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Conférence sur les systèmes sociaux et le livre « La Société-Réseau »

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Nous allons articuler cet exposé en trois étapes, qui montrent le cheminement qui va du problème à la solution.
C'est un cheminement qui passe par des rivières, des falaises et une combinaison exponentielle de moyens de se perdre en route.

Notre problème est notre système social en tant qu'objet qui a été créé sans le faire exprès, sans visions, sans science, et sans but. C'est une évolution naturelle qui a conduit l'humanité à cet étrange résultat, qui ne correspond pas du tout à ce à quoi on s'attendait de la part de la nature, dont nous sommes les parties, en suivant le précepte obtenu de la simple observation selon lequel... eh bien le plus fort gagne.

C'est en réalité insulter la nature et reléguer de soi sa partie humaine, que de croire que la nature se définit comme cela. La science nous explique la magnifique complexité, fragilité, et intelligence avec laquelle la nature opère ses choix. A chaque évolution génétique, une sur des milliards de possibilités est choisie, et c'est toujours, même rétrospectivement, la bonne.

Il se passe simplement qu'en tant qu'humains et summum de la nature, il retombe entre nos mains le devoir de faire ces choix, et de prendre graduellement possession "des lieux", de notre nature, de la comprendre, de s'immerger dedans, et tout à la fois d'en être responsables.

Pour faire cela, il s'agit de traduire en acte les leçons que nous avons apprises, selon lesquelles les choses, dans la nature, relèvent de la plus haute intelligence, et pas seulement du plus bas mécanisme qui se répète à l'infini.

C'est par ce pont jeté qu'on en vient à se questionner sur les systèmes sociaux, ce qu'ils doivent être, ce qu'ils doivent faire, ce qu'ils doivent permettre, ce qu'ils doivent signifier, et comment ils doivent fonctionner, si tant est que ce "comment" aie l'intelligence de demeurer dans le domaine de l'éthique.

La première remarque qui est faite dans le livre "La Société-Réseau", c'est d'adopter le point de vue d'un informaticien sur la question systémique. Qui est mieux placé pour cela que celui qui expérimente au quotidien les aléas, les détours, les structurations, et les lois des systèmes ?

Cela conduit à l'observation tout bête et toute simple, mais salvatrice, selon laquelle quand on étudie un problème, ou un système, il faut le fare en pensant en terme de réseau, de fonctions, et surtout d'association d'objets.

Une "chose" dans l'esprit des gens, qui agit et a des effets, reste propriétaire de ces effets, et si on veut les voir disparaître, les gens ont directement l'intuition de jeter "la chose" à la poubelle. Mais la suite des événements ne fait que se compliquer davantage, et les gens sont conduits à recommencer encore les mêmes erreurs.
Et la question qui nous tient à cœur, quand on veut faire les choses avec intelligence, c'est de se demander de quoi sont faites, ces choses. Mais est-ce suffisant d'y découvrir d'autres "choses", plus élémentaires ?
C'est dans la façon de penser qu'il y a un problème, et cette façon de penser trouve son salut dans la science.

La matière, ce sont des atomes, qui sont parfaitement indifférents au service qu'ils rendent. Selon qu'on les organise selon telle ou telle géométrie, cette géométrie impliquant des intersections où se logent les électrons (tout cela, on se l'imagine), c'est finalement plutôt la structure qui définira la valeur de l'élément chimique, la matière. N'importe quelle matière peut, en théorie, être transmutée en n'importe quelle autre élément de la table périodique, en réutilisant les mêmes composants, que sont les protons et les électrons. En eux-mêmes, ces éléments ne sont aucunement responsables de leur agencement, et de la matière qu'ils constituent. Ils sont distants d'autant d'espace relatif qu'entre deux étoiles, et n'ont aucun contact entre eux, mais ce qui les unit, c'est la façon dont ils sont liés les uns aux autres, et l'architecture globale à laquelle ils participent.

De la même manière, dans la dialectique les choses ne sont jamais dans les mots, qu'on torture trop souvent, mais dans la façon qu'on a de les employer, et de les lier ensemble. Combien de fois peut-on ne pas savoir raconter une blague, en ne se souvenant que du bon mot, mais pas de l'histoire ? Alors, la personne vous regarde en ne trouvant rien de drôle. Dans son esprit, il n'y a aucun circuit logique de tissé, aucun courant ne passe, aucune idée ne jaillit.

C'est souvent cela qui cause des problèmes de communication, et il est encore très fréquent dans notre primitisme, de voir des manuels pour bien dire les choses, avec les bons mots, que les étudiant-soldats s'empressent d'y voir la valeur des idées qui en sont à l'origine, mais tout en ignorant superbement cette idée.

Ceci, et bien d'autres choses, sont le fait de l'ignorance de ce que notre façon de considérer la réalité possède le devoir de se conformer à la connaissance possible à obtenir des lois de la nature.

Ceci était le point de départ du livre. Il a consisté à aborder le système social comme un réseau fonctionnel orienté vers des buts et respectant des cliques de méthodes, de procédés, de protocoles, et surtout, dans le parfait respect des contraintes morales obtenues d'un dispositif tel que "Les droits de l'homme".

Il s'agit d'une approche mécaniste et fonctionnelle, qui oblige à se défaire des tics obsessionnels qui nous sont inculqués depuis la naissance, des croyances, des associations malheureuses, des liturgies rituelles que sont les pratiques courantes, etc. tout cela en restant uniquement concentrés sur ce qui est logique, ce qui marche, ce dont on a besoin, ce qui est inéluctable, indépassable, et ce qui est légitime ou bénéfique pour le sens accordé au mot "humain".

Ceci termine la première partie, et cela a pour intérêt de faire voir par quel prisme, il est possible de juger que dans ce monde, certaines "choses" existent sans aucune raison, tandis que d'autres manquent d'exister, pour des raisons qu'il est aisé de comprendre, pour peu qu'on adopte la bonne façon de voir "les choses"... c'est à dire en pensant en terme de système, de réseau, de structure, et de fonctionnalité.

Ce qui nous intéresse, ce n'est pas de juger des choses, mais de les positionner dans un processus qui lui, mérite réflexion.

*

La deuxième partie de la conférence devrait s'orienter vers des considérations paradigmatiques, et pour cela autant s'attaquer directement aux notions qui nous servent de paradigme, dont toutes les lois et toute la structuration sociale découle logiquement.

A chacun de ces pilier, j'y associe un verbe, pour expliquer à quoi il tient en réalité.

On parle de propriété, mais ce n'est qu'un principe, dont on parle du principe de la propriété privée. Il en va de même pour le commerce, qui n'est qu'un principe. Nous avons adopté ces principes, sans avoir besoin de distinguer si le propriétaire pouvait être une personne physique, modale, ou un état. Or il est évident que selon acceptions de ce principe, les doivent être adaptées.

On parle de valeur et d'argent, mais encore une fois on est embourbé dans un principe tourbillonnant qui va s'appliquer de façon anarchique à tous les sujets du monde, sans aucun discernement, jusqu'au point de ne plus rien vouloir dire.

Comme je le dis dans le livre, le système fondé sur le principe du commerce n'est valable que pour des petits villages distants qui pratiquent des échanges, ou en terme général, c'est dans ce cadre que Ce système social est optimal. Et si on le prive des condition de son efficacité, tel un égrégore, il conduit les circonstances et les situations à redevenir celles qui lui sont idéales. C'est en ces termes qu'on ne peut que noter le cycle de permanente auto-destruction du système social, qui lui, en tant que système auquel on ne peut quand même pas prêter une conscience, mais auquel on peut prêter des actes, et à créer des cycles de catastrophes, après lesquelles il jouit de fonctionner aussi bien. En ce sens, le capitalisme a pour principal effet de saturer au-delà d'un certain seuil de complexité, tel un haut-parleur de faible capacité poussé à fond, qui grésille et brûle ses câbles, et finalement, à ce qu'on constate, de freiner l'évolution de l'humanité, voire même de menacer de la stopper, ou de la figer dans le néant d'une dictature où les humains seraient mentalement des robots. (Ce dont les robots nous sauvent pourtant.)

Et parmi les termes qui provoquent le plus de blocage, au moins autant qu'en évoquant l'absurdité du principe du commerce, qui consiste à dire finalement qu'on ne peut rien avoir sans rendre en contrepartie, et immédiatement, quelque chose de concret et de palpable qui ait la même valeur, eh bien il y a ce terme de "valeur", qui ne veut strictement rien dire.

C'est quand même effarant, si on vient de l'espace et qu'on découvre la Terre, que toute une civilisation aie pu se bâtir sur une notion aussi flasque et vaseuse, aussi corruptible et fuyantes que le terme, tel qu'il est adopté, de "valeur".

D'abord, qu'est-ce que ça peut faire de savoir la valeur des choses ? A quoi cela sert-il ? Quand se pose-t-on cette question, réellement ? Avoir le sens des valeurs, et reconnaître la valeur de quelque chose, appartient quand même à un de ces rares sentiments de bonté qu'on peu éprouver parfois dans l'année, quand on est en forme et au calme.

Et dire que par un incroyable subterfuge, les humains de la terre se complaisent de croire qu'il ont un sens des valeur qui est en permanence actif pour toutes choses, uniquement en pratiquant un art absurde et invraisemblable, qui consiste à donner un prix aux choses.

Si encore cette fantaisie relevait du loisir, peut-être qu'à terme on pourrait en extraire des théories scientifiques amusantes, mais tout cela ne se passera qu'au rez-de-chaussée de l'immeuble de l'intelligence, en tous cas bien avant que les gens ne se rendent compte que les choses, dans la réalité, sont dimensionnées.

C'est là qu'on peut linker (perdone pour l'anglicisme) la première partie de la conférence, le moment où on préparait les esprits à comprendre que ce ne sont pas les choses, les principes ou les gens qu'il faut accuser d'avoir des effets positifs ou négatifs, mais la relation qu'on a à eux, et qu'eux, ont à leur système social.

Parce que de la même manière, les objets sont entourés de verbes, et peuvent se conjuguer, de manières aussi indifférentes que les noyaux atomiques et leurs cortèges d'électrons qui se collent à eux.

Et en l'occurrence, parler de valeur, ou de quoi que ce soit dans l'absolu, sans le confronter à un cas de figure pratique, par un biais ou par un autre, relève vachement plus de la religion que d'une mécanique. Pourtant c'est en espérant que "cela fasse mécanique" que repose la survie des gens, et l'enfer de leur quotidien.

Mais en réalité une mécanique, c'est un lien entre deux choses, et en l'occurrence quand on parle de valeur, il est apparu au cours de l'écriture de ce livre, au moment de traduire les idées sous forme d'un logiciel, qu'il s'est avéré élémentaire d'instituer la notion de "critère" [de la valeur].

En effet, une valeur n'a que la valeur du critère par lequel on considère cette valeur. Elle-même, bien sûr, ne relève que d'une estimation faite entièrement mentalement, et de tête, approximativement, en fonction du "connu en commun", que le consentement d'un "prix d'échange" est sensé signifier. Finalement, dans le plus grand respect des principes philosophiques les plus éclairés, la société pratique sans le vouloir mais tout en y étant attachés, la routine qui consiste à partager l'information, à la communiquer d'une personne à l'autre, afin de conformer un socle comme des "valeurs".

D'un point de vue anthropologique, la pratique du commerce n'était qu'une bonne raison pour aller rencontrer les gens, discuter, sympathiser, et apprendre des choses. Sans ce constant besoin d'échanger des informations, l'évolution de l'humanité aurait été impossible, ou bien d'autres voies auraient été trouvées [par la nature] (telles que la télépathie).

Mais pour en revenir à ce point fondamental, qui est un exemple parfait de chose inculquée dès la naissance, qui est l'instinct de la valeur, on est en droits de s'interroger sur ce qui veut être fait, ce qui essaie d'être fait, et ce qui devrait être fait, ou qui aurait intérêt à être fait, quand on emploie cette malheureuse et préhistorique technique.

Il se passe qu'on est dans un monde mondialisé, et que l'intérêt premier commun est celui qui consiste à s'unir, unir nos forces, partager nos richesses, et et en tout état de cause promouvoir et mettre en oeuvre le sentiment de justice, qui ne peut émerger que d'un gestion rationnelle des richesses, et d'une maximisation des procédés, et des industries.

Cette maximisation après laquelle nous nous devons de courir afin d'engendrer le sentiment que "tout a été fait pour le mieux, pour le plus de monde possible", n'est pas celle conférée par le sens commun du mot "valeur". Les entreprises, les industries, sont un peu bêtes, elles se contentent seulement de l'acception dont la valeur a des effets sur leur subsistance, mais pas du tout les critères de la valeur qui ne relèvent "que" de l'éthique, ou dont le bien fondé relève de la responsabilité globale. (Ils n'en ont rien à foutre, pour le dire clairement.)

La maximisation que nous recherchons, est celle qui consiste à obtenir le meilleur score possible dans tous les critères qui constituent un levier mécanique fondamental pour la bonne santé du système social.

Au final, on se voit déjà devant l'obligation de créer, ex-machina, la machine-système qui parviendra à rendre possible à l'humanité, de poursuivre son évolution. Ce qu'on cherche, d'est non pas un couvercle paternaliste qui va dire à tout le monde ce qu'il doit faire et où est sa place (sinon nous ne verrions plus les étoiles), ce qu'on cherche c'est un correspondant auquel l'humanité va pouvoir se référer, et qu'elle va pouvoir faire évoluer, en même temps qu'elle-même évoluera. J'appelle cela dans le livre, un auxiliaire de civilisation (le terme n'est pas de moi).

Et le point central de son fonctionnement, ce sur quoi il agit, c'est de juguler non pas l'estimation des biens, mais les critères sur lesquels les biens sont estimés. Ce qui est révolutionnaire dans cette idée, c'est que les critères de la valeur sont une plage infinie de discussions offertes aux humains, pour de nombreuses générations.

Il s'agit, forcément, et logiquement, de confier la gouvernance mondiale,, au monde lui-même. Ce sont les peuples, les personnes, intéressées, instruites, avides de justice, qui établiront les nombreux et infinis critères de la valeur qui permettront de justifier les transactions.

Ah oui parce qu'on ne s'est pas étendus sur ces points, mais il faut savoir que d'office, toutes les industries sont internationalisées, appartiennent au public, le bien commun est définit comme le principal objectif à long terme du système, et son but est d'assumer la satisfaction des besoins, par ordre de priorité et en fonction des moyens mis en œuvre.

Il n'y a aucun doute pour celui qui a l'œil, au vu de la complexité illimitée que requiert le fait de tendre vers toujours plus de justice, que cela ne peut relever que d'une œuvre logicielle. Cet auxiliaire de l'humanité, ne peut être qu'une intelligence artificielle, d'une puissance insoupçonnable, ayant à sa disposition l'ensemble de l'information dont elle a besoin pour remplir correctement sa tâche, qui consiste à... assumer, satisfaire les besoins, de tous, le plus équitablement possible.

Ceci, aura été choisi par le programmeur initial et historique, pour la simple raison que c'est ce qui permet de dégager le plus de liberté chez les humains, et ainsi de faire que leur génie profite au mieux l'ensemble de l'humanité.

*

Le troisième volet de cette conférence porte sur le modus operandi qui a été développé dans le livre.

Pour penser le système social tel qu'il devrait être, dans l'idéal, on ne va pas se priver de la magie qui permet d'obtenir la puissance de calcul infinie. En effet, en informatique, ce qu'il faut savoir c'est que un le logiciel peut mettre des années ou même des décennies à être développé, et s'il tient compte d'une quantité faramineuse de données pour fonctionner, quand on l'utilise il ne met qu'une fraction de seconde à donner son résultat.

C'est à dire que le cadre du développement de l'humanité, le domaine dans lequel il va étendre ses colonies, est un domaine informatique, consisté uniquement de données, et de structures de données. Tout le travail évolutif qui sera accompli maintenant que l'humanité est entrée dans l'ère de l'informatique, va se dérouler et s'appliquer dans la milliseconde que mettra le système à répondre à une situation.

A partir de là il y a deux constats, premièrement on va s'attacher au résultat qui veut être obtenu, sachant qu'on a un "truc magique" qui donne toujours la meilleure solution, on va se demander comment va s'ordonner la société autour de ces nouvelles pratiques, et d'autre part, à l'intérieur du logiciel, on va en même temps ériger les règles de fonctionnement qui répondent aux besoins.

Ce qui est notable du point de vue utilisateur, c'est qu'il va devenir un composant actif du système social, et que son rôle ne s'exprimera pas dans le choix des produits, mais dans la fabrique de la justification de la production. C'est à dire que le système-logiciel auquel il se réfère, est un instrument de coopération, dans la mesure où le logiciel possède une capacité à s'adapter aux situations, et dans la mesure où l'utilisateur final est aussi celui qui génère les moyens qu'a le système, de remplir son rôle.

C'est à dire qu'on peut dire qu'il y aura une sorte d'harmonie qui va s'installer progressivement avec le système social, dont le rôle consiste seulement à appuyer et soutenir les évolutions collectives.

Sur le plan matériel, au moment où on dispose de l'outil magique qui donne des solutions à toutes les situations, on a remarqué qu'on avait besoin, dans le cadre qui consiste à "rationaliser l'existant", (c'est ce à quoi revient le fait d'attribuer une valeur arbitraire à un objet, c'est pour pouvoir le gérer, et estimer les actions qu'il est possible à faire avec), on s'est vus contraints d'inventer le principe de la cluster-chain.

De la même manière que les blockchains sont, en fait, rien d'autre qu'une base de données qui permet de retracer le destin d'une pièce monétaire virtuelle - ce qui est stupide, entre nous), eh bien on a appliqué cela à des clusters, nommant ainsi n'importe quel objet d'une transaction, qu'il soit matériel, spatial, informatique ou intellectuel. On va même inclure ce qui appartient au droit, c'est à dire globalement ce qui est justifié, par le logiciel-Système.

Ainsi, on aura des objets physiques représentés par leur cluster, qui lui-même sera une base de données comportant toutes les informations à propos de cet objet, qu'il s'agisse d'un atome de charbon prélevé dans une mine ou d'un ancien vélo dont on veut se débarrasser.

C'est à dire, et il est facile d'en convenir, que si l'ensemble de l'existant matériel était relaté par une telle chaine de clusters, capable de retracer le destin de ces objets, et d'élucider la dynamique qui les met en mouvement, déjà, nous aurions rien qu'avec cela fait la moitié du travail qui consiste à sauver l'humanité de son auto-destruction imminente.

Car dès lors, on aura une base matérielle sur laquelle fonder notre logiciel-Système-social.

Lui, à son tour, relèvera des fonctionnements qu'on lui aura indiqués, c'est pour cela qu'à quelques reprises dans le livre je parle d'infrastructure élémentaire pouvant servir à n'importe quel système social décidé ensuite par l'humanité, quelle que soit son niveau de folie ou de génie, au moins elle aura les moyens de parler rationnellement de la réalité.

Ce qui se passe, comme avec les lois qui ne peuvent qu'augmenter au point de devenir inaccessible à l'entendement humain, c'est que de toutes manières il nous faut simuler la réalité pour pouvoir comprendre et observer les incidences de nos choix. A partir où on a un modèle informatique de la réalité toute entière, en tenant compte de toutes les considérations qui auront été produites par le plus lointain des paysans qui signale à la machine "on se les caille dans ce bled", quand un choix est fait, et quand une décision est prise, elle n'est juste qu'en mesure des éléments qu'elle aura bien voulu prendre en compte dans son calcul de la solution.

Cela, rien que cela, met dans une lointaine perspective la façon de procéder des politiciens qui agissent encore aujourd'hui, selon les façon de faire héritées de l'ère pré-informatique, où les choses était estimée maladroitement de tête, et où il fallait attendre la prochaine révolution pour admettre s'être trompés quelque part. (Et encore.)

Pour finir, ce qui attend l'humanité qui survivra au collapsus systémique qui est imminent, consistera à s'interroger férocement sur leur rapport à la réalité, et sur les moyens de pallier à leur méconnaissance des processus naturels qui sont à l'œuvre, au moins en se montrant scrupuleux avec ce à quoi on peut l'être.

Car en définitive, le sort qui est réservé à l'humanité, cette effondrement du capitalisme qui est inéluctable, est inéluctable parce que cela dépend de la seule et simple logique. C'est à dire qu'il y a des lois de la nature, qui existent, qui n'attendent pas qu'on aie conscience d'elles pour exister, et qui agissent, sur nous et sur notre destin collectif, dans la mesure où nous appartenons pleinement à la nature. Nous ne pouvons pas y réchapper, nous subissons les conséquences de nos actes, et la seule voie à suivre est celle qui consiste à être en harmonie avec ces lois.

L'enseignement qui découle de cela, est finalement la principale richesse qu'on retire à vivre dans ce monde. On observe comment la majestueuse complexité et à la fois liberté des choses s'entendent entre elles, à toutes les échelles en même temps, et avec encore un peu plus de recul on peut se dire que ce passage que doit traverser l'humanité, est véritablement décisif et transcendantal. Il s'agit ni plus ni moins que du moment où une civilisation s'unit, devient "Une", se connecte comme pour allumer une ampoule, et cela, si c'est bien jolie dans la symbolique, dans la pratique c'est encore plus extraordinaire, puisque ça consiste aux yeux de la nature, et de la création, à faire que l'humanité obtienne le contrôle, et la responsabilité, désormais, de son propre destin. Il s'agit véritablement de la naissance d'une humanité, en élevant la définition de ce terme vers encore de plus hauts cieux.