Monedero : « La démocratie espagnole est à la croisée des chemins la plus déterminante depuis la mort de Franco »

19/10/2017 4 min investigaction.net #134177  español

Article de : Alexandre Anfruns

La discorde entre le gouvernement de Rajoy et la Generalitat de Catalunya s'accentue de jour en jour. Aucune solution ne semble se dessiner. À la place, ce sont une réponse policière ainsi que des persécutions judiciaires qui ont été imposées. Au-delà du dialogue de sourds entre les droites catalane et espagnole, quels sont les véritables enjeux de la question catalane ? Afin d'ouvrir les perspectives d'analyse et éviter les pièges des faux débats qui mèneraient à une impasse pour les majorités sociales, nous avons interrogé Juan Carlos Monedero, professeur et co-fondateur de Podemos, mais aussi et surtout un des observateurs les plus lucides de la crise du régime en 1978.

Quel regard portez-vous sur les récents événements en Catalogne ?

En Catalogne, il y a eu une grande mobilisation populaire prolongeant les manifestations populaires du 15 mai, quand la politique espagnole a pris un nouveau cap. Mais la direction politique de ce mouvement était aux mains de la vieille politique, en particulier de l'ancien parti de Jordi Pujol, aujourd'hui le Parti démocrate européen catalan (PdeCat), en pleine ébullition à cause de ses affaires de corruption et parce qu'il a embrassé l'indépendantisme. Cela les a mené à renforcer le processus, ce pour quoi la faible implication démocratique du PP fut d'une grande aide.

Pensez-vous que cela a contribué à unir ou plutôt à diviser les classes populaires ?

Ledit « choc des trains » (en réalité un grand train et un plus petit) a polarisé la société catalane en deux camps. Les choses ne se sont pas bien goupillées.

Quel rôle ont joué les différents acteurs de cette crise institutionnelle ?

Le Roi s'est aligné sur le parti le plus corrompu d'Europe, le PP ; le PSOE s'est rendu devant la politique de répression et le manque de dialogue du PP ; et le PP s'est jeté dans les bras de ses secteurs les plus à droite, fomentant en outre l'emprisonnement de politiques, en plus de jouer un rôle de premier plan dans la répression du premier octobre.

De plus, ils comptent avec Ciudadanos, le parti des banquiers. Mais cela ne refrène pas la demande de référendum en Catalogne.

Le dialogue entre Rajoy et Puigdemont reste bloqué. Quelles sont les conséquences immédiates de cette situation ?

Il y a 85% de Catalans qui veulent un référendum. D'un côté, tant le PP que le PSOE ne représentent qu'une force résiduelle en Catalogne et préfèrent gagner des votes dans le reste de l'Espagne avec un discours anti catalan.

De l'autre, il y a le besoin d'un changement constitutionnel qui satisfasse d'une certaine manière les demandes de la Catalogne.

Tu penses que la question catalane peut servir à lancer une force de changement au niveau étatique ?

Historiquement, la question catalane a toujours été un trou noir pour la gauche. Ça l'a été après la Ière République, avec la Restauration canoviste et la dictature de Primo de Rivera.

Ainsi qu'après la IIe République, avec le coup d'État de Franco et la dictature militaire pendant quarante ans (avec le soutien des pays européens), et on doit voir ce qui va arriver aujourd'hui.

Quels peuvent être les opportunités et les obstacles à venir ?

Si le PSOE, en pleine décadence tout comme la social-démocratie européenne, fomente une grande coalition avec le PP, Podemos se retrouvera bien seul pour essayer de sauver la démocratie à une époque de réajustements néolibéraux. Certes, ça l'aide à se consolider comme le seul parti d'opposition, mais ça lui sera difficile de former un gouvernement.

La question sociale est restée au second plan. Que propose la coalition Unidos Podemos pour ouvrir le débat et redonner la priorité à cette question ?

Podemos propose la réalisation d'un référendum en ouvrant un processus constituant d'en bas et incorporant les questions sociales, soit les partis du régime passeront un accord constitutionnel par le haut dans lequel se reconnaîtront les éléments mineurs et où l'on donnera la sérénité économiques aux secteurs dominants.

La démocratie espagnole se trouve au tournant le plus décisif de son histoire depuis la mort du dictateur.

Traduit de l'espagnol par Jean Noel Pappens pour Investig'Action

Source : Investig'Action

investigaction.net

 commentaire