11/10/2017 52 min histoireetsociete.wordpress.com #133901

L'Asie centrale restera-t-elle laïque ?

Le Registan en Ouzbékistan, un des centres de l’islam local

par Nicolas Duvoux

Officiellement laïcs depuis l'instauration de l'URSS, les pays d'Asie centrale connaissent une montée en puissance de la pratique de l'islam depuis l'indépendance en 1991. Entre besoin d'exprimer une contestation politique et peur de la radicalisation, une étude tente de faire le point sur la question.

novastan.org

Novastan reprend et traduit ici un article publié initialement par Asia Plus.

L'Asie centrale, terre laïque pendant des décennies sous l'URSS, le restera-t-elle ? Cette question a été débattue par les auteurs de l'étude « Islam et politique » lors d'une conférence qui s'est déroulée à Almaty, dont Asia Plus reprend les principaux arguments. Alors que la région est pointée du doigt de plus en plus comme un nouveau « repère » des radicaux, la question prend une importance capitale.

Des experts des quatre pays d'Asie centrale, le Kazakhstan, le Kirghizstan, l'Ouzbékistan et le Tadjikistan ont étudié la dynamique des changements intérieurs dans la période postsoviétique, et établi une cartographie des pratiques dans les quatre pays, ainsi que leurs perspectives nationales. Ce travail d'analyse a été présenté le 13 septembre dernier par le centre régional d'expertise « Central Asia Policy Group » dans le cadre du projet « L'Asie centrale : l'espace de la « démocratie de la soie ». L'évènement a été organisé par le fond Friedrich Ebert.

Une forte augmentation du nombre de mosquées

Pour les experts, la forte croissance de l'islamisation résume à elle seule les mutations de la sphère religieuse depuis 1991 et les indépendances de l'Union soviétique. En effet, selon les données de l'étude, le nombre de mosquées au Kirghizstan est passé de 1 973 à 2 669 entre 2009 et 2015. Au Kazakhstan, la quantité de mosquées entre 1991 et 2016 a explosé, passant de 68 à 2 516.

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Au Tadjikistan, il y a actuellement un imam pour 2 210 personnes, et le Kirghizstan compte 102 madrasas (écoles musulmanes), 7 instituts islamiques et une université musulmane. Les gouvernements d'Asie centrale sont-ils prêts face à ce défi ? Les politologues sont convaincus que non.

Une politique de répression à grande échelle

« En façade, il y a une diabolisation de l'islam, et on discute de la manière de combattre l'extrémisme et le terrorisme. On voit clairement comment les politiques gouvernementales appliquent à grande échelle des mesures répressives et mènent une politique d'interdictions », a constaté la rédactrice de l'étude, la politologue kirghize Elmira Nogobaeva.

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Voici ce que je réponds sur le mur face book d'une amie Constance FV lancée dans un débat avec un disciple de Soral à propos du mariage pour tous. Celui-ci non content d'énoncer des contre-vérités sur le danger d'un tel mariage réclame benoitement le débat sur ses mensonges au nom de la « démocratie », un peu à la manière dont la droite et l'extrême-droite qui au Parlement refusent de participer aux auditions parlementaires sur le sujet, essaient de l'imposer sous couvert de « démocratie » dans la rue alors même qu'il s'agit d'une promesse présidentielle et que le débat est ouvert au parlement. Il s'agit en fait d'une opération politicienne dont les homosexuels sont doublement victimes.

Le « moule » de l'appel à la démocratie pour défendre l'indéfendable

C'est une stratégie bien connue de l'extrême-droite et de Soral, il suffit de voir la manière dont celle-ci tente la réhabilitation du nazisme dans le négationnisme. Un type comme Bricmont est spécialiste de la chose. Il s'agit de réouvrir un pseudo débat tranché par tous les historiens sur l'extermination et les chambres à Gaz (en fait une opération de réhabilitation du nazisme) non pas avec les dits historiens qui s'y refuseraient, mais bien d'une opération politicienne. Il s'agit d'inventer un débat via internet par la rumeur et l'ignorance dans le grand public, en profitant de la situation créée par le deni de droit des palestiniens. C'est de la manipulation et l'on prétend la justifier sous l'idée qu'en démocratie aucun débat ne doit être interdit, on peut même comme le dit Bricmont et ses copains de Grand soir pousser un double front, le premier est la référence à Voltaire, défendre le droit de mes ennemis à l'expression, le second est l'analogie injustifiée entre ce qui se passe en Palestine et la Shoah.

Sur le premier point,la référence à Voltaire est complètement erronée, il ne s'agit pas d'une opinion qui appelle le débat mais bien d'une contre-vérité visant à diffamer un peuple et des individus. Sur le second, la référence à la Shoah par rapport à la Palestine relève du même abus de vérité. Quel que soit le caractère abominable de la politique des dirigeants israéliens, leur mépris du droit international, il n'y a pas génocide de palestiniens et cette comparaison est paradoxalement utilisée à la fois pour stigmatiser les juifs, vivants et morts (vous l'avez mérité) et pour les apeurer pour qu'ils appuient tous les viols de la légalité.

C'est un mode de pensée qu'il faut dénoncer parce qu'il nourrit les haines et les illusions, les stéréotypes et constitue un obstacle à la paix qui passe non par des fantasmes mais par des choix politiques clairs. Cela ne m'étonne pas que l'on le retrouve chez les disciples de Soral cet appel au débat à propos du mariage pour tous et il à son équivalent dans la demande d'un référendum sur une proposition présidentielle. Mêmes fausses vérités assénées, le mariage pour tous déboucherait sur la polygamie et l'inceste par exemple, la nature interdit l'union dans le même sexe, et appel à la démocratie référendaire, l'opinion que l'on travaille dans le sens des stéréotypes les plus ignobles. On feint de n'avoir rien contre les gays mais on tente de pousser vers leur exclusion.

Il s'agit de mobiliser le ban et l'arrière ban de la réaction. Les églises sont appelés à rompre avec la laïcité et les églises sont appelés dans un débat où elles ne devraient pas intervenir (à leur charge de refuser le mariage religieux). Nous sommes bien devant une situation antidémocratique, réactionnaire, réactives jusque dans un passé fictif où l'on recompose les camps et fascisante qui se masque sous le droit au débat et sous des analogies foireuses.

Des jeunes gens qui ont besoin de chercher leur vérité sur l'Histoire.

C'est à ce titre que j'interviens dans le débat menée par une jeune amie Face book et ses copains d'une vingtaine d'années. J'appuie les propos de Constance dénonçant Alain Soral mais je me permets de corriger sa vision de Cuba. La plupart des lecteurs de ce blog n'ignorent pas que j'ai renoncé à défendre Cuba et même l'Amérique latine. Y compris quand je suis indignée par des émissions sur Arte, de véritables infamies, des dénis de réalité, une opération de propagande anti-cubaine comme récemment. Il m'est alors trés dur de ne pas intervenir, mais je considère que les Cubains se sont mal conduits envers moi, ce qui a peu d'importance, mais surtout envers ma famille disparue dans les camps de concentration et même mon pays. Je le dis avec d'autant plus de force que mes grands parents se sont réfugiés à Cuba pour fuire le nazisme, y ont été accueillis et sont morts cubains. Jamais je n'accuserai les Cubains du moindre racisme, cette nation s'est construite contre le racisme esclavagiste, a conquis son unité sur un grand idéal celui de José Marti.

Mais je considère comme inadmissible que quelles que soient les alliances anti-impérialistes et leur soutien au peuple palestinien, les Cubains se déshonorent en acceptant de cautionner des propos antisémites et négationnistes que l'on trouve à profusion dans des sites comme le réseau Voltaire de Thierry Meyssan, mondialisation.ca et tant d'autres. Ils n'y sont pour rien si Alain Soral utilise le portrait de Fidel et celui de Chavez, mais ils ont affaibli le communisme en France en bradant leur prestige en tolérant la confusion, tant qu'ils répondront à mes combats par de telles tolérances, je tiendrai mes distances.Outre le fait que ces « aventuriers » d'extrême-droite qui la jouent révolutionnaire ont souvent un fil à la patte et mangent à tous les rateliers. la pourriture négationniste a envahi peu à peu tous les sites, Grand soir, Bellaciao qui à l'origine je peux en témoigner n'avait rien à voir avec de telles errance. Le parti de gauche admet dans son sein des gens qui à l'instar de René balme sont complétement dans cette mouvance et en assurent la promotion.

C'est d'autant plus dangereux que la france est devenu le terrain privilégié (à cause d'une forte population musulmane et juive souvent rapatriée) des appels à la haine et de la confusion raciale... C'est trés dangereux on l'a vu récemment à Toulouse et Montauban.L'analyse de ce qui se passe au Mali et sur le continent africain est plombée par ce vice de perspective où l'on finit par confondre les mafieux fascistes et les mouvements de libération, ce que ne font pas les Cubains qui ont une simple position de principe anti-intervention impérialiste, mais qui prennent garde de tout confondre. Le mouvement de la paix est bloqué par ce mélange d'ignorance et de haine sans perspective. Les Cubains ont le devoir de ne pas tolérer les confusions.

Cela dit si je ne décolère contre cette mauvaise action cubaine et je m'interdis à ce titre de les défendre, je refuse de contribuer à quelque chose d'aussi préjudiciable qui est l'offensive parfaitement injustifiée sur la réalité cubaine, sur l'histoire de ce pays et plus généralement sur l'Amérique latine.

Voilà donc ma réponse à mes jeunes amis qui ignorent un peu toutes ces questions et parlent à partir d'une désinformation orientée. Je trouve remarquable leur tentative de » chercher la vérité là où il y a tant de manipulations, je me dois au moins à eux de répondre parce que ce monde que nous leur laissons est le leur, nous avons des reponsabilités pour le leur avoir donné dans cet état.

Le fascisme est là dans toute situation de crise pour trouver des boucs émissaires

La crise est d'abord celle d'un système social qui est entré dans un profond ébranlement, accroit les inégalités d'une manière monstrueuse, entretient les guerres de pillage et fait peser sur la jeunesse la violence de ce que ce sytème exige pour perdurer en leur faisant miroiter de pouvoir s'en sortir individuellement, en écrasant les autres... La crise est économique, financière mais aussi politique, éthique, partout il y a aspiration au changement vers l'égalité et partout il y a refus du changement en entraitenant des peurs imaginaires en désignant des boucs émissaires.

Constance a parfaitement raison sur Soral, ce type est un pourri proche du Front National, il fait partie de ce qu'on appelle les identitaires.Sa haine à lui ce sont les juifs et il utilise le combat des Palestiniens pour revitaliser les thèses de l'extrême-droite sur la non existence des chambres à gaz, idée proche de celles de Le pen et de son petit copain Dieudonné, complètement obsédé par l'antisméitisme au point d'en perdre tout talent, condamné plusieurs fois pour incitation à la haine raciale.

Soral tente de créer la confusion avec les communistes en expliquant qu'il a été au PCF, c'est faux, il n'est même pas un Doriot. De même il place sur son site les portraits de Fidel Castro et Chavez, ce dont ces derniers ne sont en rien responsables, pour entretenir cette confusion.

Mais les communistes que l'on soit ou non d'accord avec eux ont pour adversaires non des individus mais une classe sociale capitaliste et à l'échelle mondiale l'impérialisme, ses invasions comme en Irak, le colonialisme et le néo colonialisme qui pille des pays. Alors que des gens comme Soral, et en ce sens ils sont proches des nazis qui procédaient de même, cherchent dans les races les boucs-émissaires. Ainsi les nazis étaient contre « le capitalisme juif » ce qui permettait d'appuyer le capitalisme non juif, de piller les biens des juifs sans toucher au contraire au capitalisme en général et en faisant par leur guerre la fortune des marchands d'arme. Faire d'une catégorie hétérogène, les juifs, les noirs, les homosexuels, une catégorie homogène permet de lui attribuer des crimes imaginaires. Ce n'est pas un hasard si la matrice de tous les stéréotypes est une opposition homme-femme fondée sur une pseudo-nature qui voue la femme à la soumission. Le nazisme joue une virilité qui transforme ses ennemis en esclaves ou en chose à partir d'individus transformés en espèce.

Soral agit de même, ses ennemis ce sont les juifs, même pas les Israéliens mais les juifs.Mais on retrouve pour se faire le même appel à « la virilité » et Dieudonné ne cesse de dénoncer la lâcheté du juif qui aurait peur de la confrontation physique. Pour Soral on n'échappe pas plus à sa race qu'à son sexe, Il m'a consacré une vidéo dans laquelle il explique qu'en tant que juive non sioniste je suis pire que les autres parce que je veux répandre partout ma saloperie judaïque. A qui s'attaque Thierry Meyssan? A Dominique Vidal qui a consacré sa vie à la défense des palestiniens... Non seulement tous les juifs sont semblables (comme les noirs étaient considérés par les esclavagistes comme soumis à la servitude naturellement)... mais ils le sont depuis des millénaires ce qui bien sûr minimise le crime nazi... Faut le faire ! Comme Dieudonné qui accuse « les sionistes » d'avoir tué Jésus Christ ou encore d'avoir été des esclavagistes, ce qui est faux et la simple analyse de qui étaient ces esclavagistes à Bordeaux ou à la Rochelle le prouve. Mais ce sont des malades comme pouvaient l'être certains nazis type Himmler, la vérité leur importe peu.

La méconnaissance de Cuba comme modèle de résistance

La seule remarque que je ferai sur les propos de Constance concerne sa méconnaissance de qui est Fidel Castro, de l'admiration qu'il suscite en Amérique latine et en Afrique comme d'ailleurs face au rôle héroïque de Cuba, qui a aidé à libérer l'Afrique du Sud.Le premier pays qu'a visité Mandela à sa libération a été Cuba pour remercier l'héroïsme des Cubains. J'ai vécu à Cuba et pas dans les hôtels, j'ai écrit trois livres sur ce pays et je m'inscris en faux contre la propagande immonde contre ce pays. Deux points parmi d'autres, premièrement quand on parle de la situation difficile économique des Cubains, jamais on ne dénonce l'infamie du blocus américain qui est pourtant chaque année condamné par la totalité des pays de la planète y compris la France et l'étranglement de ce pays qui a subi de la part de son puissant voisin, attentats, épidémies... Avec un tel blocus dans l'Irak de Saddam Hussein, il mourait 5000 enfants par an, alors que Cuba a un meilleur taux de mortalité infantile que les Etats-Unis. En outre Amnisty international a reconnu que le seul endroit où l'on torturait à Cuba était Guantanamo. Donc il est absurde de comparer Cuba avec le président iranien qui est une franche canaille même si ces deux pays ont le même ennemi. Enfin, sur le points dont il est question l'homophobie, l'Iran pend les homosexuels alors qu'à Cuba, ils sont parfaitement accepté désormais et où la sécurité sociale rembourse le changement de sexe pour les transexuels. Fidel Castro a fait son autocritique sur les débuts de la Révolution et la fille de Raoul Castro, Mariela, a joué un rôle immense dans la défense des droits de homosexuels sans équivalent dans le monde. Cela va de pair avec la défense des droits des femmes dans ce pays et ça dès le début de la Révolution, dans un pays de tradition masciste, le viol a été puni de la peine de mort et Cuba est un des pays les plus surs pour une femme...

Voilà Cuba n'est pas un modèle comme l'URSS a prétendu être un modèle, c'est tout au plus un modèle de résistance et de ça nous avons besoin, dans un monde qui pratique toutes les exclusions, les exploitations en inventant une légitimité absurde des pires oppressions. Continuez à vous battre vous les jeunes, parce que le seul combat que l'on est sûr de perdre c'est celui que l'on ne mène pas...

Le nombre de mosquées au Kirghizstan a connu une forte hausse depuis l'indépendance.
La rédaction

Dans le même temps, la sensation que des mondes parallèles se côtoient est grandissante, et il suffit pour s'en rendre compte de sortir de Bichkek ne serait-ce que d'un kilomètre. « Dans le pays, le lieu principal de socialisation des jeunes est la mosquée », a-t-elle ajouté.

Des organisations officielles pour « contrôler » l'islam descendantes directes de l'URSS

Chacun des quatre gouvernements a non seulement adopté des lois sur la pratique ou les associations religieuses, mais a également élaboré des doctrines spécifiques ou des stratégies à l'égard de la religion. De plus, comme l'a relevé Elmira Nogobaeva, l'institutionnalisation de la sphère religieuse se renforce constamment, les commissions et les comités aux affaires religieuses se transformant en ministères.

Le tableau est similaire pour les institutions non-officielles : au Kazakhstan, au Kirghizstan et en Ouzbékistan, il existe des conseils du culte musulman, et au Tadjikistan un conseil des oulémas, des théologiens de l'islam. « Le paradoxe, c'est que les conseils actuels ne sont que les « descendants » d'une institution soviétique créée par Staline », a remarqué Elmira Nogobaeva, soulignant le rôle dominant du gouvernement dans le fonctionnement de ces organisations.

Entre « sécurisation » et pèlerinage à La Mecque par les présidents

Cette ambivalence s'observe aussi dans le domaine de l'éducation religieuse et le comportement des principaux personnages des gouvernements. D'un côté, on œuvre pour la « sécurisation » de l'islam, soit une politique gouvernementale dans le champ religieux dictée par les intérêts et les impératifs de la sécurité nationale. Mais de l'autre, les présidents accomplissent le hajj (pèlerinage à La Mecque), et prennent ostensiblement part aux rites et aux fêtes religieuses.

Lire aussi sur Novastan : Un Islam particulier à l'Asie centrale nomade : hier et aujourd'hui

Enonçant les raisons d'une telle hausse de la religiosité au Kirghizstan, Elmira Nogobaeva a émis l'idée qu'elle reflète la déception dans les « révolutions » de 2005 et de 2010. « La protestation trouve son exutoire dans la religiosité. Cela se voit dans la relation avec les institutions comme la médecine et l'éducation », a remarqué la chercheuse. De plus en plus souvent, les enfants sont envoyés dans des écoles religieuses, et l'on se tourne vers des médecines alternatives. Pour Elmira Nogobaeva, c'est un signal inquiétant.

Un contrôle contre-productif en Ouzbékistan

« Les autorités ouzbèkes estiment que moins la religion est présente, mieux la société se porte. Tant que la modernisation n'aura pas ôté toute signification à la religion, il faut la contrôler et la restreindre. Pourtant, en dépit de cette position, on assiste en Ouzbékistan à une forte islamisation », a relevé de son côté le politologue ouzbek Sadrov Salimov, soulevant une contradiction au sein de son gouvernement.

Le Monde.fr | 19.06.2012 à 11h25 • Mis à jour le 19.06.2012 à 11h25

Un policier inspecte l'appartement de Mohamed Merah rue du Sergent-Vigné, à Toulouse, vendredi 23 mars. | Reuters/JEAN-PAUL PELISSIER

Zones d'ombre, déclarations contradictoires, surenchère médiatique, récupération politique, résonances avec le conflit israélo-palestinien, ratés des services de police, rôle trouble des services de renseignement... l'affaire Mohamed Merah, le jeune homme accusé d'avoir tué sept personnes en mars à Toulouse et à Montauban, réunit tous les ingrédients dont se nourrissent les théories conspirationnistes.

Dès l'origine de l'affaire, les premiers soupçons de manipulation politique surgissent. Alimentés par les incohérences du dossier, ils ne cesseront d'enfler jusqu'à s'agréger en véritables thèses alternatives à la version officielle.Plongée dans la nébuleuse complotiste, ses réflexes, ses techniques, ses arrière-pensées idéologiques.

Décryptage : « Tentative de déconstruction d'un discours conspirationniste »

Nous sommes le 19 mars. La France est encore sous le choc du meurtre de trois militaires à Montauban quand un homme, baptisé le « tueur au scooter » par la presse, tue trois enfants et un adulte devant une école juive de Toulouse. Le nom de Merah n'est pas encore apparu, les médias véhiculant encore la thèse d'un tueur néonazi. Quelques heures à peine après le drame, Philippe Poutou, alors candidat NPA à la présidentielle, déclare : « Ça a l'air d'être un fou, mais ce n'est peut-être pas un hasard si ça arrive en pleine campagne. Il y a peut-être un calcul politique derrière pour faire diversion par rapport à la crise. » Le NPA se désolidarise aussitôt de cette sortie hasardeuse. Les germes du complot, eux, ne tarderont pas à s'épanouir sur Internet.

  • De l'innocence de Merah à la culpabilité d'Israël 

Mohammed Merah, accusé d'avoir abattu sept personnes à Toulouse et à Montauban, a été abattu chez lui au cours d'un assaut du RAID le 22 mars. | AFP/-

Ils sont rapidement relayés sur des sites « spécialisés » comme Sott.net, le Réseau Voltaire, Mecanopolis, Oulala.net ou Legrandsoir.info. Avec l'identification de Merah, ce n'est plus tant sur le « timing » politique que sur l'identité du tueur, que portent désormais les soupçons de manipulation.

Pour Sott.net, un réseau de sites multilingue qui occupe une place de choix dans la complosphère, l'affaire est entendue : Merah est « innocent ». La « démonstration », truffée de contrevérités, se nourrit des nombreuses zones d'ombre de l'affaire (récits contradictoires de l'assaut, nature exacte des relations entre Merah et les services secrets, etc.) pour aboutir à une conclusion lapidaire : le jeune homme a été manipulé par les services de renseignement avant d'être exécuté.

Il faut lire l'exposé jusqu'à son terme pour comprendre l'arrière-fond idéologique qui sous-tend cette thèse : « Les véritables cerveaux du terrorisme à l'échelle mondiale » sont... « les Israéliens ». Sous l'article, un texte intitulé « Comment le monde va finir en 2012 » nous explique « que la mise en place finale du Nouvel ordre mondial fasciste et totalitaire aura lieu cette année«.

« L'idéologie conspirationniste pense que tout est complot, qu'il y a un complot mondial. Elle recycle les vieux thèmes anti-judéo-maçonniques, l'idée d'un sionisme international tentaculaire«, explique Rudy Reichstadt, fondateur de Conspiracy Watch, site qui se décrit comme un « observatoire du conspirationnisme et des théories du complot«. « La complosphère est une galaxie rouge/brune, qui s'agrège de l'extrême gauche à l'extrême droite autour d'un fond idéologique anti-impérialiste«. Une collusion illustrée récemment par le cas René Balme, candidat du Front de gauche aux législatives qui hébergeait sur son site, Oulala.net, des textes d'extrême droite, antisémites et complotistes.

Les ruines du World Trade Center après les attentats du 11 septembre 2001 à New York. | AFP/ALEX FUCHS

L'idéologie conspirationniste se signale par une approche systématique, quasi obsessionnelle, qui tend à tisser un lien invisible entre certains grands événements de l'histoire récente au service d'une même vision du monde.

Sur Mecanopolis, Hani Ramadan, le frère de Tariq, défend ainsi la thèse d'un attentat sous fausse bannière, destiné à faire monter l'islamophobie, qu'il met en relation avec la mort de Ben Laden et les attentats du 11-Septembre : « A propos de Mohamed Merah, nous pouvons être sûrs qu'il est l'auteur des crimes de Toulouse et de Montauban. Du moins, aussi sûrs que nous avons la certitude que le corps de Ben Laden gît au fond des mers, écrit le directeur du Centre islamique de Genève. Comment ne pas ressentir un malaise devant la version officielle des faits, en cette période électorale ? Comment ne pas faire la comparaison avec le 11-Septembre ? »

« La complosphère s'est engouffrée dans cette affaire avec sa célérité habituelle, dès les premiers jours, comme pour le 11-Septembre, la mort de Ben Laden ou l'affaire DSK«, constate Rudy Reichstadt. Dernier exemple en date de ce complotisme systémique, le réalisateur Mathieu Kassovitz, qui avait déjà publiquement mis en cause la version officielle du 11-Septembre, s'est fendu, la semaine dernière, d'un tweet dubitatif (supprimé depuis) sur la culpabilité de Mohamed Merah :

Twitter | Twitter

  • Parole officielle contre source alternative : qui croire ?

Mohamed Merah ne sera jamais jugé, et rien n'interdit de s'interroger sur les innombrables questions laissées ouvertes par cette affaire complexe et par les lenteurs de l'enquête. « Toute thèse alternative n'est pas délirante, remarque le sociologue Pascal Froissart, auteur de La rumeur. Histoire et fantasmes. L'appareil d'Etat nous a déjà abondamment menti par le passé - Tchernobyl, la maladie de Mitterrand, etc.. Le doute est plutôt sain. »

Ce tweet est néanmoins révélateur de la mécanique conspirationniste. A partir de « zones d'ombre », le complotiste remonte un fil qui le conduit irrésistiblement à rejeter en bloc la version officielle. On ne sait pas tout, c'est donc qu'il y a complot.

La prise de position de Mathieu Kassovitz fait suite à la publication, mardi 12 juin, par le quotidien algérien arabophone Echourouk, de la traduction en arabe des propos qu'aurait tenus Merah dans deux vidéos tournées durant l'assaut du RAID. Selon la transcription en français du contenu supposé de ces vidéos, le jeune homme aurait découvert peu avant de mourir qu'il avait été manipulé par les services secrets. « Je suis innocent », affirme-t-il, selon la transcription.

Personne n'a jamais vu ces vidéos. La justice française les réclame, jusqu'ici en vain. Les enquêteurs ont fait part de leurs « sérieux doutes » concernant leur existence, tout comme le parquet de Paris, au motif qu'aucun matériel d'enregistrement n'a été retrouvé dans l'appartement de Merah.

Sur les sites conspirationnistes, le contenu de ces vidéos fantômes, relayé par un journal proche des services secrets algériens, eux-mêmes réputés pour leur art consommé de la manipulation, est pourtant cité comme une preuve matérielle du complot. L'autorité de la source importe peu : la version officielle étant par nature mensongère, seules les assertions émanant de la marge sont à même de faire éclater la vérité.

Et quand bien même ces vidéos n'existeraient pas ou seraient des faux, l'objectif serait atteint, explique Rudy Reichstadt : « Il est moins important de convaincre que d'instiller le doute. Dans dix ans, on aura oublié les détails, on retiendra la suspicion. »

  • Le rôle des médias : le diable est dans le détail

Une suspicion entretenue par les médias (vidéo ci-dessous) et les déclarations d'anciens patrons du renseignement, comme Yves Bonnet, ancien responsable de la DST, qui a laissé entendre, sans preuve, que Merah avait pu être un indicateur de la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). L'enquête n'a pas encore permis de faire la lumière sur ce point : une carence d'information dont s'emparent les tenants des thèses alternatives.

A l'heure d'Internet et des chaînes d'information en continu, affirmations contradictoires non recoupées et contrevérités s'accumulent, semant la confusion dans les esprits. Sur Sott.net, les approximations des médias ne sont pas le signe d'un manque de rigueur, mais la preuve qu'on nous ment :

« Un témoin oculaire des meurtres de Montauban [a] déclaré de façon claire que le tireur, qui portait toujours un casque de moto, était 'corpulent'. ... Ainsi, conclut l'auteur, il y a des chances que Mohamed Merah ne soit pas l'assassin de Toulouse. » Ce lien de cause à effet sur la foi d'un unique témoignage est développé dans cette vidéo :

« Les témoins disent n'importe quoi, comme souvent dans ce genre d'affaires. Le témoignage de cette dame, Martine, n'a jamais été pris au sérieux par les enquêteurs. Mais il faut alimenter l'antenne, et cela créé de la confusion dans l'opinion », explique Frédéric Helbert, journaliste indépendant, qui décrypte sur son blog les développements de l'affaire depuis le premier jour.

« Les conspirationnistes discréditent par avance toute parole officielle, tout média officiel, alors qu'ils ne se nourrissent eux-mêmes que des informations diffusées par ces canaux, explique Rudy Reichstadt. Ils n'enquêtent pas, ils collationnent ce qu'ils trouvent et le mettent en scène de façon plausible. Ils agissent par sous-entendus, pointent les zones d'ombre comme autant de preuves et excluent de leur démonstration ce qui les gêne. Il arrive bien sûr que la parole officielle mente, mais les discours conspirationnistes sont eux-mêmes mensongers et manipulatoires. »

  • Le récit de l'assaut : une version officielle défaillante

Les policiers du RAID quittent les lieux de l'opération après l'assaut contre l'appartement de Mohamed Merah, le 22 mars à Toulouse. | AFP / PASCAL PAVANI

Cette suspicion à l'égard de la parole officielle a été largement renforcée par la fantastique confusion qui règne depuis le début de cette affaire. « On est dans une histoire où tous les officiels mentent. La communication est totalement verrouillée. C'est du pain béni pour les complotistes ! », résume Frédéric Helbert.

La description tout en non-dits de l'assaut faite au Monde.fr par le patron du RAID, qui coïncide avec son rapport complet de l'opération, est abondamment commentée sur certains sites. Amaury de Hauteclocque y déclare : « Il est venu à l'engagement contre nous avec trois Colt 45 de calibre 11.43 alors que nous avions alors engagé uniquement des armes non-létales. J'avais donné l'ordre de ne riposter qu'avec des grenades susceptibles de le choquer. Mais il a progressé dans l'appartement et il a tenté d'abattre mes hommes qui étaient placés en protection sur le balcon. C'est probablement l'un des snipers qui l'a alors touché. »

A aucun moment le patron du RAID n'évoque des tirs de la part de ses hommes engagés dans l'appartement laissant entendre, par omission (« alors que nous avions alors engagé... »), qu'ils étaient équipés d'armes non-létales. En réalité, Merah n'avait qu'un seul Colt, et non trois, et les premiers intervenants du RAID ont tiré à balles réelles lorsqu'il a surgi de la salle de bain en faisant feu dans leur direction, racontent Eric Pelletier et Jean-Marie Pontaut dans Affaire Merah, l'enquête. Au terme de près de six minutes de fusillade, la PJ retrouvera 69 douilles de balles 11.43 tirées par le Colt de Merah, qui avait plusieurs chargeurs, et près de 300 appartenant aux policiers.

Des images de France 2 montrent des impacts de balles sur un mur de l'appartement de Mohamed Merah. | AFP/-

Sott.net s'est aussitôt engouffré dans les failles du récit du patron du RAID, en y ajoutant plusieurs erreurs factuelles : « Aucune de ces balles n'a atteint Merah ni un seul membre du groupe d'assaut... On peut supposer que les policiers susmentionnés sont tombés en état de choc lorsqu'ils ont réalisé que trois cents cartouches tirées avec des armes automatiques dans un 38 m 2 avaient toutes manqué leur cible. » Cette affirmation est fausse : près de trente impacts de balles ont été retrouvés sur le corps de Merah, qui portait un gilet de protection, et plusieurs policiers ont été blessés durant l'opération.

« Le récit officiel de l'assaut est incohérent, estime Frédéric Helbert. Six à sept minutes de mitraillage dans 40 m 2, 300 cartouches, 28 impacts de balles sur le corps de Merah, c'est difficile à croire. J'ai moi-même du mal à comprendre. Rien n'a été clairement expliqué, et ça ressort comme une hydre. Quand on ne sait pas, on invente. A quoi il faut ajouter que la mère de Merah n'a pas pu voir le corps de son fils, qui était dans un cercueil plombé. Et ça, les complotistes adorent... »

  • Nous sommes tous conspirationnistes 

« Le conspirationnisme a plusieurs étages, explique Rudy Reichstadt. Au premier niveau, une structure de discours qui tend à privilégier un récit alternatif à celui communément admis sur un événement donné. Et quand on creuse un peu, on trouve l'idéologie conspirationniste, qui veut que tout soit complot. »

Inutile d'être un conspirationniste avéré pour céder, ponctuellement, à la tentation du complot. Au lendemain de la révélation de l'affaire du Sofitel de New York, et alors que l'opinion ne disposait encore d'aucun élément permettant de se forger un avis sur la culpabilité de Dominique Strauss-Kahn, une majorité de français (57 %) pensaient que DSK était victime d'un coup monté. Le pourcentage montait même à 70 % chez les sympathisants socialistes.

Le réflexe complotiste a alors constitué une forme d'autodéfense patriotique, voire partisane. Elle trouve un équivalent dans l'affaire Merah, avec un conspirationnisme « communautaire », certains Français de confession musulmane refusant de croire qu'un des « leurs » ait pu commettre de telles atrocités. Une façon de se libérer d'une culpabilité collective, d'anticiper par le déni toute stigmatisation de leur communauté.

En témoigne ce clip du rappeur d'Alif (qui se présente lui-même comme le chanteur « le plus boycotté du rap français »), dans lequel il se glisse dans la peau de Merah : « La France m'a pris pour cible et m'a collé une affaire d'Etat. (...) En période électorale, tous les coups sont permis. (...) Ils m'accusent de tous ces meurtres que je n'ai pas commis. (...) Ce que nous vivons est un deuxième 11-Septembre à la française. (...) J'pisse le sang dans leur complot. (...) Je sais que tuer des enfants est horrible, mais le plus horrible est d'en avoir reçu l'ordre. »

« Le doute est sain en démocratie, admet Rudy Reichstadt. Le problème, c'est que les conspirationnistes se méfient de tout, sauf de leur propre méfiance. » Prisonniers de leur idéologie ou de leur réflexes défensifs, « ils sont le contraire d'un esprit libre«.

Soren Seelow

Un homme prie dans une mosquée de Samarcande.
Dennis Keller

Dans l'étude, l'expert détaille les trois phases de la réislamisation de l'Ouzbékistan. La première est orientée vers la renaissance de la culture islamique et le démantèlement du système laïc. Les politiques commencent à utiliser un vocabulaire religieux, réalisent le pèlerinage à La Mecque. La deuxième phase est intellectuelle. De plus en plus de croyants ne se contentent plus de prononcer des prières en arabe, mais essaient de comprendre leur sens. Les connaissances au sujet de l'islam se diffusent.

Les autorités ouzbèkes démunies face à des croyants plus actifs

La troisième phase commence avec l'apparition d'une « masse critique » de musulmans éduqués et qui est orientée vers l'action. « De plus en plus de musulmans activistes sont désormais prêts à exiger que le pays et sa politique s'orientent selon les valeurs islamiques », précise l'étude.

Lire aussi sur Novastan : L'Asie centrale, cœur historique du monde musulman

Dans quelle phase se trouve l'Ouzbékistan ? Selon Sadrov Salimov, le pays le plus peuplé d'Asie centrale aurait déjà atteint la troisième. Les autorités sont-elles prêtes à cela ? « Il me semble que nous démontrons dans notre étude que non », a-t-il répondu.

Une cohabitation entre islam et politique qui a viré à la répression au Tadjikistan

Le Tadjikistan est le seul pays d'Asie centrale où a milité pendant de longues années un parti religieux puissant. Le parti de la renaissance islamique du Tadjikistan (PRIT) a été créé avant même la dissolution de l'URSS, puis a été très actif à partir de 2008, avant de cesser son activité il y a deux ans après une répression féroce du gouvernement d'Emomalii Rahmon, le président tadjik depuis 1994.

La présence dans le même champ politique d'un parti politique musulman et d'un gouvernement laïc aurait pu être vue comme une source de fierté pour les Tadjiks. Cependant, selon le président de l'association nationale des politologues du Tadjikistan Abdugan Mamadzimov, « l'existence même du PRIT a entaché la réputation de la laïcité du gouvernement. Désormais, on s'indigne, relevant que nous avions un modèle de coexistence pacifique entre un parti religieux et un gouvernement laïc. Oui, pacifique, mais pendant ce temps, ils [les religieux] aiguisaient leurs armes. »

Désormais, du point de vue du chercheur, le Tadjikistan s'est habitué au radicalisme, et le gouvernement a pris en mains les fonctions de gestion de la sphère religieuse. D'autres observateurs font remarqué que cette « prise en main » s'est réalisée au prix de nombreuses victimes et de la suppression du seul parti politique d'opposition dans le pays. Le Conseil des oulémas du Tadjikistan (l'équivalent du conseil du culte musulman) est totalement contrôlé par le gouvernement, les imams reçoivent un salaire et sont considérés comme des fonctionnaires.

La laïcité est déjà en question

Le Kazakhstan n'a pas le même contexte musulman que le Tadjikistan et l'Ouzbékistan. Malgré cela, le gouvernement est de plus en plus actif dans le domaine de la politique religieuse. C'est ce qu'a exposé l'auteur de la partie de l'étude consacrée au Kazakhstan, Sanat Koushkoumbaev, prenant comme exemple l'instauration de l'Aïd el-Kébir, la plus important des fêtes islamiques commémorant le sacrifice par Abraham de son fils unique Ismaël, et de Noël comme fêtes nationales. L'auteur est également revenu sur la division des courants islamiques entre « traditionnels » et « non traditionnels », ou encore la reconnaissance officielle du « rôle de l'hanafisme », la plus ancienne des écoles juridiques musulmanes.

L'intervention de Richard Prasquier, le président du CRIF, est plus que préoccupante et je voudrais la prendre avec distance, réflexion sur le fond qui s'impose non seulement aux juifs mais à l'ensemble de la société française.

Voici pas mal de temps que l'on peut considérer le président du CRIF comme un porte-parole détestable et dans une lettre récente à propos de son mensonge sur Salah Hamouri je dénonçais le danger d'une vision qui attisait les haines au lieu de chercher la paix.

La France est le pays qui se caractérise par la présence d'une des plus forte communauté juive et de la plus forte communauté musulmane d'Europe, cela peut-être une chance ou un drame et sur le fond c'est bien pour cela que nous pouvons craindre la montée de Marine Le Pen ou l'évolution parallèle de Nicolas Sarkozy: le choix des antagonismes et de l'ouverture des hostilités au sein de la Nation.

L'intervention de Prasquier au quotidien Haaretz va dans le même sens celui de l'enfermement et de la peur. Chacun aura noté la manière dont il minimise ce que représente Marine Le Pen et ce n'est pas un hasard, comme le président Sarkozy il choisit de se déplacer sur le même terrain, celui des fantasmes face à l'Autre et de choix identitaires mortifères.Alors même que nous avons un rôle politique de dialogue à jouer nous citoyens français de confession juive et musulmane pour aider à la paix.

Reprenons l'affaire Salah Hamouri, ce jeune homme est franco-palestinien et il est devenu dans une partie de la jeunesse française le porte drapeau d'une cause juste comme le soldat Shalit l'a été pour la communauté juive. Apparement ces deux emprisonnements ont été l'occasion de marquer la fermeture de tout dialogue et ceci largement par la faute du président du CRIF. Alors que sur le fond que l'on prenne le soldat Shalit et sa famille ou Salah hamouri nous avons là les conditions d'un véritable dialogue entre des gens faits pour s'affronter certes mais pour le faire dans des conditions politiquement fructueuses. Nous sommes avec la famille Shalit et la famille Hamouri loin de tous les fanatismes religieux et trés proches en revanche d'un positionnement de gauche à la recherche de la paix dans la justice.

Israêl a fêté hier les 64 ans de son existence et cet anniversaire intervient dans une situation de crise profonde comparable à celle qui existe en france et dans le monde et partout se pose la question d'un dialogue pour la paix comme seule voie pour la survie de l'humanité ou l'enfermement dans les ghettos de la haine derrière des murailles que l'on érige et qui ne nous protègent de rien.

D'abord il faut résoudre ensemble la question fondamentale du vivre ensemble, celle des conditions matérielles d'existence, le droit à la santé, à l'éducation,aux protections sociales, aux logements et au travail. Les murailles ont la fonction de nous faire accepter non seulement la spoliation de l'Autre mais la notre, de donner tous les leviers au profit et aux marchands d'armes. En israêl comme en France.

Les murailles du ghetto sont celles de la peur dans lequel on espère faire trembler celui que l'on hait mais peu à peu chacun se trouve pris. Est-ce cela que nous voulons pour israêl et pour la France ? Regardez comme ceux qui font ce choix font la démonstration de vers quoi ils sont prêts à aller? On nous raconte que Salah hamouri est un monstre, un dangereux terroriste, on transforme ses propos et on termine dans le délire intégral où c'est françois Hollande qui est désigné comme le danger pour mieux minimiser celui de marine Le pen, alors même que l'on use et abuse des peurs légitimes des survivants de la Shoah; Mais jusqu'où ira-t-on?

Je voudrais m'adresser en priorité à vous Juifs d'Israël et de France, parce que chacun doit interpeller les siens et que je souhaite que de leur côté des musulmans interpellent les leurs pour dénoncer le négationnisme et l'antisémitisme qui se développe comme un lèpre chez eux. je sais qu'il existe des gens capables de s'élever contre ces horreurs. Mais je voudrais parler au coeur des « miens ». Oui les miens, pourquoi taire ce sentiment d'appartenance, cette obscure fierté qui fait que chaque persécution nous attache plus les uns aux autres même et surtout quand nous sommes des « laïcs » et que nous ne voulons pas que religion et Etat se confondent. Je ne sais d'où vient ce sentiment mais il est trés fort et l'antisémitisme le renforce encore. Confrontée à la stupidité du négationnisme il a envahi mon propre coeur et aurait pu me conduire à l'injustice, à aider le ghetto à m'enfermer dans ses murs, à fermer les yeux sur l'injustice face à d'autres être humains et alors comme le président du CRIFj'aurais accompli contre les « miens » le pire: l'autodestruction programmée.

Hier j'ai lu un texte que je voudrais vous citer. « Que peux la parole? Tout. Ce que ne peuvent plus, en certains cas les armes, ce que ne peut soudain plus la ruse. Ce que les dieux choisissent comme argument quand les hommes ne croient plus en eux. Arafat fut un combattant d'une intelligence tactique extraordinaire, d'une ruse constante, doué de qualité hors du commun. Mais il lui manqua la parole. Prononcer des phrases simples. Dire à son peuple: Il y aura dorénavent et à jamais un Etat Israélien à côté de notre Etat. C'est un honneur pour nous arabes d'héberger le peuple d'Israêl. Les Juifs, l'occident les a exterminés, nous nous les recevons, nous les accueillons. » Il aurait fait des palestiniens un peuple fier des paroles que prononçait son chef et qui valaient serment devant l'histoire. Le sort du Monde en eut été changé à jamais. C'est cela la parole » (1 ).

C'était le rêve d'Einstein que les Juifs deviennent comme à Cordoue l'occasion d'un rayonnement intellectuel et artistique, une prospérité au sein du monde arabe mais trés vite il a dénoncé la facisation d 'Israêl sous l'infuence de ceux qui prétendaient chasser les Palestiniens au lieu d'inventer un vivre ensemble qui aurait ébloui le monde.

Cette parole n'a pas été prononcé par les Palestiniens parce que les israéliens ou du moins un certain nombre d'entre eux ont refusé de la dire. Et la spoliation continue s'accélère, on parle beaucoup de Gaza mais m'indigne tout autant et plus encore la manière dont on chasse les Palestiniens de jérusalem est, dont on traverse les terres de leur culture, les prive d'eau. Darwich le grand poète palestinien avait su trouver les parole pour dire l'identité en éternelle construction de son peuple et par là même il s'est le plus approché de cette mystérieuse identité juive que la persécution renforce et l'espérance qui se développe alors au coeur de ceux qui la vivent. A cause de cela, je ressens les Palestiniens comme les descendants de ces anciens hébreux, ces tribus d'esclaves révoltées qui ont fondé un monde messianique criant la soif de justice et revendiquant la LOI. Nous juifs nous avons une histoire originale remontant haut dans le temps et sommes capables de retrouver les notres dans un temps et un espace sans équivalent. Les Palestiniens sont notres eux aussi sauront répéter sans fin « l'an prochain à Jérusalem! » quoique nous fassions. Et si nous ne respectons pas cela, le peuple de la LOI perd son droit à l'existence, il perd son âme. Le dialogue ou la mort, un nouvel exil ou pire encore, est-ce cela le destin auquel nous vouent des gens qui ne veulent pas de la paix et du dialogue, qui refusent de saisir au coeur des périls la moindre espérance ? Qui veulent que les victimes du nazisme ignorent où mènent la haine et la recherche de boucs émissaires ? Jusqu'à quand allons nous ignorer cette évidence nous n'avons pas le choix, les Palestiniens et nous appartenons au même creuset, et comme tous les combats fratricides il peut mener au pire ?

Est-il encore temps, je l'ignore ? je l'ignore pour Israël, je l'ignore pour la France. Quand j'en suis pour éviter le pire à aller voter pour François Hollande dont je n'attends rien si ce n'est et c'est déjà beaucoup des paroles de paix et de respect du droit, c'est dire... La parole n'a de sens que si nous imposons les conditions matérielles de la justice, sans elles la parole ne sera pas entendu et la haine renaîtra toujours plus forte. Déjà ceux qui vivent de plus en plus mal ne sont pas en état de croire dans des mots justes et cherchent l'utilité immédiate.

C'est un travail immense auquel nous sommes tous confrontés pour que puisse naître cette parole qui donnera confiance à tous, à chacun et le conduira à s'engager aux côté des autres pour la survie de l'humanité, par des phrases simples, inédites que respecte enfin celui qui les prononce parce que les corps, les actes sont là et donnent sens à cette parole qui libererait l'être humain de tous les ghettos.

En seront nous capables? je l'ignore mais c'est ça ou la mort! Et comme toujours derrière le destin juif se profile celui de l'humanité.

Danielle Bleitrach

(1)Michel Butel. L'Impossible, N°2, la Parole, p 10

Une vieille dame a pris ses quartiers sur les marches menant à une mosquée de la vieille ville de Tachkent (Ouzbékistan).
Etienne Combier

« Rien qu'au cours des dix dernières années, l'organe gouvernemental des affaires religieuses a fait l'objet de cinq réformes. Chaque fois, il s'agissait de changements conjoncturels, motivés par la réaction du gouvernement à des problèmes d'actualité. L'organe gouvernemental compétent a pris plusieurs fois la forme d'un comité, puis s'est transformé en agence. En septembre 2016, après des attentats terroristes, un Ministère des affaires religieuses et de la société civile a été créé », observe l'expert dans l'étude.

« Il ne s'agit pas d'une islamisation de la politique, mais d'une mutation de la protestation »

Ce faisant, le politologue partage l'avis de son collègue du Kirghizstan et conclut lui aussi que « les contestations religieuses sont inévitables quand il n'y a pas d'autres moyens d'exprimer son opinion. »

« Il ne s'agit pas d'une islamisation de la politique, mais d'une mutation de la protestation », a ajouté discussion le politologue Aïdos Sarim. « L'islamisme devient aujourd'hui une alternative au niveau mondial, comme le fascisme en son temps, et comme le libéralisme. Et quand le feu emportera tout sur son passage, nous nous demanderons : mais pourquoi n'avons-nous pas réagi ? », a questionné le chercheur.

Pour autant la répression ne saurait être une réponse à la terreur. « L'actualité de la problématique des défis et des menaces qui apparaissent comme un effet collatéral de la réislamisation préfigure une sécurisation de l'islam dans le cadre d'une politique étatique », conclut l'étude. Cela, à son tour, fait naître la question de la nécessité des mesures de régulation de la sphère religieuse de la part du gouvernement et ainsi que l'indispensable énonciation des principes et des bases d'une confiance mutuelle entre l'islam et le gouvernement.

Traduit du russe par Adrien Sauvan

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