07/10/2017 10 min mondialisation.ca #133758

L'histoire de « l'influence russe » fortifie la puissance de la Russie : Poutine achète-t-il nos médias ?

Il était probablement prématuré d'écrire que L'histoire de « l'influence russe » tombe en miettes :

L'histoire de « l'influence russe » a été inventée par les démocrates pour expliquer l'échec électoral de Clinton et éviter d'en assumer la responsabilité. Elle a aussi permis de développer la nouvelle narrative de guerre froide et de vendre des armes. Comme aucune preuve de la campagne d'« influence russe » n'a jamais pu être trouvée, il est fait pression sur Facebook et d'autres pour qu'ils fournissent la « preuve » que les services de renseignement américains sont dans l'incapacité de produire. Le récit actuel selon lequel [la Russie] « sème le chaos » est sorti du pays des Merveilles 1.

Le dernier épisode grotesque de la campagne sur « le piratage des élections par la Russie », est la lettre que le ministère de la Sécurité intérieure vient d'envoyer à 21 États, pour les avertir, avec un retard d'une année, que leurs systèmes électoraux avaient été attaqués par quelque chose de « russe ». Jusqu'à présent, trois des 21 États ont réfuté l'allégation du ministère. Le Wisconsin, la Californie et le Texas affirment tous que leurs systèmes électoraux n'ont pas été attaqués du tout et le ministère a dû le reconnaître.
Ces États ont également souligné que les seules « attaques » que le ministère a trouvées étaient des balayages de ports d'ordinateurs qui n'avaient pas servi pour les élections. Les balayages de ports sont des demandes d'un serveur à un autre pour vérifier que certains services sont disponibles : un ordinateur demande un autre ordinateur s'il a un service Web ou un service de messagerie. Ces demandes ne sont pas des attaques mais le fonctionnement normal des systèmes Internet. Parfois, les spammeurs de courrier électronique utilisent des balayages de ports pour envoyer des spams dans des serveurs de messagerie non sécurisés. Ce sont de petits délinquants comme ceux qui volent l'appareil photo de luxe oublié sur le siège avant d'une voiture non fermée à clé dans un parking.
Mais le besoin de présenter la Russie comme le nouvel ennemi est toujours là. Comment maintenir autrement l'Europe sous la botte ? Comment consacrer autrement toujours plus d'argent à des systèmes d'armement inutiles ?
La campagne a donc évolué. De « la Russie a porté Trump au pouvoir », on est passé à « la Russie a influencé l'élection », puis à « la Russie veut détruire l'Amérique ». La campagne devient de plus en plus insensée.
Considérons le sénateur républicain James Lankford dont les déclarations sur « l'influence russe » ont été reprises par le Washington Post, Reuters, NPR entre autres. Ils veulent vous faire croire que la Russie participe aux manifestations de protestations de la NFL 2 :
« Nous avons vu, ce week-end même, les Russes, leurs trolls, et leurs partisans sur Internet, utiliser le hashtag « mets un genou en terre » ou « boycotte la NFL », a déclaré Lankford à une audition du Comité de sécurité intérieure du Sénat, mercredi.

« Ils se sont mis dans les deux camps le week-end dernier... »


C'est sûr que de soutenir les deux camps qui s'opposent sur une question controversée est la marque de fabrique des espions russes ! C'est pourtant ce que le journalise de NPR implique :
« C'est le même modus operandi que les enquêteurs du Comité du renseignement du Sénat et d'autres personnes ont observé dans l'utilisation de Facebook par les Russes pour augmenter leur influence sur Facebook l'année dernière. »

Personne n'a bien sûr jamais observé quoi que ce soit de ce genre. Les propagandistes et les fauteurs de guerre sont tout simplement en train de dire que les personnes qui discutent d'un problème qui fait l'objet d'un large débat sur Internet sont les acteurs d'une « opération russe ». Ils n'ont évidemment pas fourni le moindre élément de preuve pour étayer leurs allégations.
Les affirmations du sénateur à propos du débat sur la NFL sont évidemment des sottises. Mais des dizaines de médias les ont relayées sans se poser de questions. Seul Matt Taibbi de Rolling Stone a pris la peine d'analyser les choses en profondeur :
« Le Post a rapporté que le bureau de Lankford avait cité l'un des tweets de « Boston Antifa ». Mais l'exemple présenté semblait, de façon suspecte, avoir été rédigé par un jeune expert du net américain pour se moquer des stéréotypes antifa... »

Matt creuse dans le compte Twitter de « Boston Antifa » et trouve, en Oregon, les deux plaisantins qui ont envoyé le tweet. Ils sont connus pour leurs farces et ont déjà été interviewés à propos de leurs canulars :
« Ils ont aussi prétendu que les spinners 3 causaient du stress post-traumatique chez les victimes des ouragans. Bref, ce sont deux jeunes qui montent des canulars sur Internet. »

Au cours des années 1960 et 1970, on a utilisé l'accusation « d'influence communiste » pour dévaloriser et discréditer les opinions différentes. Des groupes de droite comme la John Birch Society ont affirmé que tout le mouvement des droits civils était un complot du Kremlin. Les enquêtes et la répression du FBI se sont basées sur de telles affirmations. L'histoire se répète maintenant.
Tout le monde devrait s'inquiéter de ce que le Washington Post, Reuters et CNN tentent tous de relier Black Lives Matters à « l'influence russe ». « Les Russes », imaginez-vous, ont acheté des publicités qui promeuvent ce groupe et d'autres qui le vilipendent :
« Les pubs seraient soi-disant centrées sur les failles raciales, politiques et économiques aux États-Unis, certaines faisant la promotion de Black Lives Matter et d'autres le décrivant comme une menace. »

Encore une fois, il y a « des Russes » dans les deux camps. Faut-il qu'ils soient pervers !
Tout ce que CNN trouve, c'est un compte Facebook et Twitter anonyme appelé Blacktivists qui exagère le nombre de crimes contre les Noirs. CNN nous dit qu'on soupçonne le compte d'être « russe », devinez pourquoi :
« Le compte Twitter, @Blacktivists, a fourni plusieurs indices qui, à l'examen, indiquent qu'il n'est pas ce qu'il prétend être. Dans plusieurs tweets, il emploie des expressions maladroites qu'un Anglais né en Angleterre serait peu susceptible d'utiliser. Dans tous ses posts, les apostrophe sont toujours également tournées du mauvais côté, par exemple 'c`est' au lieu de 'c'est'. »

L'utilisation de la mauvaise apostrophe signifie, bien sûr, forcément, que Poutine a personnellement payé celui qui se cache derrière ce compte.
« L'influence russe » est également responsable de l'activisme contre la fracturation hydraulique. Elle est à l'origine des votes en faveur de Jill Stein, Bernie Sanders et Trump. Les Russes ont même acheté des publicités Facebook faisant la promotion d'Hillary Clinton.
Des douzaines, sinon des centaines d'histoires de « piratage russe » et d'« influence russe » ont été publiées. Nulle n'a fourni la moindre preuve d'une implication russe malveillante. Toutes les allégations de piratage se sont dégonflées. « L'influence russe » est un fantasme. Mais cela ne rend pas ces accusations moins efficaces. Elles font partie d'une campagne orchestrée pour créer une nouvelle guerre froide et faire de la Russie le méchant en la caricaturant.
Du dehors, les médias américains semblent tout simplement être devenus fous. Il ne semble pas y avoir d'autre moyen d'expliquer le niveau d'absurdité de leurs « informations ».
On peut même se demander s'ils ne sont pas sous l'influence de la Russie ? Les services secrets russes les ont-ils achetés pour qu'ils écrivent ces articles ? Après tout, ces histoires de « piratage russe et d'influence russe » ne font qu'amplifier (l'illusion de) la puissance russe.
N'est-ce pas exactement ce que souhaite Poutine ?
Moon of Alabama
Article original en anglais :

The "Russian Influence" Stories Promote Russia's Might - Is Putin Paying for Them?

Moon of Alabama, le 1er octobre 2017
Traduction : Dominique Muselet

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