18/06/2006 7 min #1337

Lettre au Ministre des Affaires Étrangères français contre la suspension de l’Aide économique de l'UE à l’autorité palestinienne

Lettre au Ministre des Affaires Étrangères français contre la suspension de l’Aide économique de l'UE à l’autorité palestinienne de l' Union Juive Française pour la Paix (UJFP)

Le 16 juin 06 à 14:32, thibaut a écrit :

A l'heure de la surenchère guerrière de l'Etat d'Israël, coûtant la

vie de nombreuses vies palestiniennes innocentes, massacrées

cyniquement et classées comme victimes de "dommages collatéraux";

A l'heure de la lâcheté des Etats européens coupant les vivres aux

populations opprimées et martyrisées de Palestine, au nom d'un refus

inique du choix démocratique fait par la population palestinienne;

A l'heure de la démission généralisée dans la presse officielle du

devoir d'informer;

A l'heure ou toute critique des choix bellicistes, planifiés et

systématiquement appliqués par l'Etat d'Israël sont taxés

d'antisémitisme;

A l'heure de la propagande univoque donc:

il est indispensable de rappeler que le sens de la justice n'est pas

un copyright pris en otage et instrumentalisé à son seul bénéfice par

un Etat qui viole les principes démocratiques dont il se prétend le

défenseur;

que de nombreux Juifs, d'Israël ou d'ailleurs, s'opposent à cette

vision manichéenne et arbitraire de l'Etat d'Israel;

qu'ils s'opposent de même au choix de la communauté européenne de

geler son aide aux palestiniens, qui ont pourtant élu de façon

transparente leurs dirigeants, ce qui, au delà du principe ici violé

de non ingérence dans les choix souverains d'un peuple, est un mépris

affiché de ces choix.

D'où l'importance de relayer l'appel repris ici, toujours d'actualité.

Thibaut

Union Juive Française pour la Paix (UJFP) http://www.ujfp.org/

Paris, le 9 avril 2006

Monsieur Philippe DOUSTE-BLAZY

Ministre des Affaires étrangères

37, quai d’Orsay 75007 PARIS

Concerne : Suspension de l’Aide économique à L’Autorité palestinienne

Sommet européen des Ministres des Affaires étrangères

Monsieur le Ministre,

L’UJFP est une association juive laïque qui travaille pour une paix

juste au Proche-Orient et contre l’antisémitisme, l’islamophobie et

d’autres formes de discrimination ici en France. La nouvelle d’une

éventuelle suspension de l’aide européenne au gouvernement

palestinien nous alarme au plus haut point.

Cette question sera débattue lors du prochain Conseil des Ministres

des Affaires étrangères de l’Union européenne, au Luxembourg, ce

lundi 10 avril. Aussi voulons-nous insister auparavant, sur la

gravité et le risque d’une telle décision.

Vous n’êtes pas sans savoir que cette aide (de 500 millions d’euros

en 2005) est absolument vitale pour la population qui vit sous

occupation, dans des territoires dont l’économie est détruite par

l’absence de liberté de circulation, par le vol des terres, le vol de

l’eau, l’arrachage des oliviers qui constituent sa principale

ressource agricole.

L’Union européenne est la première contributrice économique du peuple

palestinien. Malgré cette aide, les conditions de l’occupation

condamnent la majorité de la population à ne survivre qu’en deçà du

seuil de pauvreté (voir rapport de l’UNRWA). La première condition

d’un développement durable en Palestine reste l’arrêt de

l’occupation. En attendant, Les Palestiniens ont besoin de toute

l’aide internationale pour sortir du « dé-développement » auquel

l’occupation l’a réduit. D’autre part, dans la situation politique

actuelle à l’échelle mondiale, il est à craindre que la contribution

européenne reste la seule, les Etats-Unis ayant déjà annoncé leur

retrait, avec les conséquences possibles d’autres retraits d’appuis

financiers, y compris dans des pays arabes soucieux de leur alliance

avec les Etats-Unis.

Il n’est pas concevable que les ministres européens s’entendent pour

prendre une mesure qui entraînerait famine, crise sanitaire et

désordres divers en Palestine.

L’Union européenne a reconnu que les élections ayant porté le Hamas

au gouvernement ont été organisées et se sont déroulées dans le

respect de la démocratie et du droit. Que certains pays membres

s’alarment des positions politiques du Hamas est une chose. Mais les

opinions politiques ne sauraient surpasser le droit.

Dans les règles de coopération de l’Union européenne, il y a des

règles de suspension des accords avec tout pays qui ne respecte pas

les droits de l’homme. Or Israël les viole ouvertement depuis des

années (voir rapport produit en décembre par des diplomates des pays

de l’UE à Jérusalem, Tél-Aviv et Ramallah sur la violation des droits

à Jérusalem-Est et dans des colonies annexées). Pour autant, la

suspension de l’Accord d’association entre l’Union européenne et

Israël, demandée depuis plusieurs années par les sociétés civiles et

par le Parlement européen, n’a pas été ratifiée.

Les dirigeants de l’État d’Israël refusent d’appliquer la IVème

Convention de Genève, de reconnaître l’État palestinien ou simplement

le droit du peuple palestinien à un État dans les frontières de 1967,

de respecter les accords signés et de renoncer à la violence contre

la population civile palestinienne.

Même les résolutions de la Cour Internationale de Justice du 9

juillet 2004 déclarant l’illégalité du mur d’annexion israélien en

Cisjordanie et requérant de la communauté internationale qu’elle

prenne ses responsabilités pour en interrompre la construction,

abattre les parties déjà construites, et restituer leurs terres et

leurs biens confisqués aux Palestiniens, sont restées sans suite, et

ce, en dépit du vote de l’Assemblée générale des Nations unies. En

dépit aussi du fait que les 25 États membres de l’UE ont approuvé ces

recommandations.

Et voici que c’est à l’encontre du peuple palestinien et de ses

dirigeants démocratiquement élus que surgit, pour la première fois

dans ce conflit, l’hypothèse de sanctions. Ce n’est pas seulement un

choix fondé sur un « deux poids, deux mesures », c’est aussi une

inversion des termes du conflit, celui d’une occupation par Israël

des territoires palestiniens. L’impunité d’Israël vis-à-vis de toutes

ces violations du droit international est un facteur de guerre.

Il est temps de mettre un terme à une lecture factice du conflit qui

impose au peuple occupé de faire la preuve préalable de sa capacité à

l’autodétermination et à l’indépendance et qui donne des gages à la

puissance occupante pour poursuivre sa stratégie unilatérale

d’annexion et de violation du droit international. Il est temps de

redonner une chance à la paix.

L’Union européenne en a l’occasion ce 10 avril.

En tant qu’association juive, nous vous demandons de ne pas supprimer

un seul euro de l’aide européenne accordée au peuple palestinien, et

ceci au nom de la justice et de l’équité à laquelle nous sommes

fermement attachés. En espérant que vous comprendrez qu’on ne peut

tolérer l’oppression d’un peuple, ici le peuple palestinien, nous

vous demandons de ne pas prendre une décision que nous jugeons

scandaleuse et dangereuse.

La France a continuellement confirmé son adhésion à la recherche

d’une solution qui préserve les droits des Palestiniens à jouir d’un

État viable dans des frontières sûres.

Nous demandons solennellement au représentant de la France au Conseil

des ministres européens d’intervenir en ce sens avec détermination

auprès des autres États membres, afin que l’aide financière de

l’Union européenne soit maintenue et débloquée rapidement.

Veuillez croire, Monsieur le Ministre, en l’assurance de notre plus

haute considération.

Richard WAGMAN Président

cc : M. Javier SOLANA, Conseil de l’UE

Union Juive Française pour la Paix (UJFP),

21 ter rue Voltaire, PARIS

Tél.: 01 42 02 59 76 • Fax: 01 42 02 59 77 • e-mail : ujfp@filnet.fr•

Site : http://www.ujfp.org

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