16/09/2017 3 articles 10 min arretsurinfo.ch #133092

Les Serbes, les oubliés du Kosovo [1/3]

Les soldats de la Force pour le Kosovo [KFOR] regardent le pogrom contre les Serbes au Kosovo en 2004. Crédit photo Nikola Mirkovic


[Partie 1]

Les médias ont tourné la page du Kosovo, oublié comme bien d'autres événements récents faisant la une des médias pendant quelques mois, puis disparaissant, chassés par une actualité sans cesse renouvelée. En 1999 pourtant, ces mêmes médias diffusaient quotidiennement des images dramatiques sur le sort des Kosovars, victimes d'un, soi-disant, génocide commis par les milices serbes. L'opinion, abusée par une manipulation parfaitement orchestrée, prenait fait et cause pour les Kosovars et approuvait l'intervention de l'Otan au Kosovo, totalement illégale en droit international, et contraire même aux propres statuts de cet organisme. Après des bombardements intensifs pendant plusieurs semaines, la Yougoslavie n'a pas eu d'autre choix que de se retirer de ce territoire [Ndlr, les Serbes y étaient alors majoritaires]. La suite fut tragique. Nous allons retracer ces événements et présenter la situation actuelle des Serbes au Kosovo.

L'histoire du Kosovo

Le Kosovo est d'abord une terre ancestrale du peuple serbe. Il serait trop long de raconter en détail l'histoire d'un peuple victime pendant des siècles de l'oppression de l'empire ottoman. Nikola Mirkovic, dans son livre « Le martyre du Kosovo » (1 ) fournit de nombreux renseignements sur cette histoire faite d'exactions, de massacres et de violence. Les Albanais, d'origine chrétienne, mais convertis à l'islam sous le règne ottoman, n'eurent de cesse d'étendre leurs terres au détriment des Serbes du Kosovo. Ils vouent une haine inextinguible envers leurs voisins chrétiens serbes.

Voici ce qu'écrit en 1913 un Français, le publiciste et historien André Cheradame: « Quant à la plaine du Kosovo, qui fut au Moyen-Âge le centre même de l'empire serbe et qui, il y a seulement quarante ans, était presque exclusivement peuplée de Serbes, les Albanais s'y sont développés en faisant fuir par leurs exactions et leurs meurtres la malheureuse population serbe qui, j'ai pu le constater sur place, il y a seulement deux ans, vivait dans un véritable état de terreur sous l'oppression albanaise ».(2 )

Après bien des péripéties, en automne 1918, les troupes essentiellement françaises et serbes, sous le commandement du général français Louis Franchet d'Espèrey, libèrent le sud de la Serbie dont le Kosovo des mains des armées austro-hongroises et bulgares alliées aux Albanais. Les traités de paix de 1919 et 1920 donnent naissance au royaume des Serbes, Croates et Slovènes qui s'unissent afin de créer un bloc des « Slaves du Sud »(Yougo-Slaves). Malheureusement, le répit fut de courte durée. L'Italie fasciste va conquérir l'Albanie en 1939 et 100 000 Albanais en profiteront pour envahir le Kosovo et s'attaquer, de nouveau, avec une violence inouïe, aux Serbes et à leur héritage.

En 1941, l'Allemagne, sans déclaration de guerre préalable, bombarde Belgrade et s'attaque à la Serbie. Pour mâter la résistance serbe, une division de Waffen SS musulmans albanais est même créée : la division Skanderberg (3 ), qui se distingua par des crimes épouvantables contre les Serbes du Kosovo, comme le massacre de Velika à la frontière du Kosovo et du Monténégro. Le diplomate italien Carlo Umilta présent sur place sera écœuré. Il écrit: « Le jour du Noël orthodoxe, les Albanais ont tué des dizaines et des dizaines de Serbes, une multitude a été blessée, et seule l'intervention de nos carabiniers a empêché la poursuite du massacre ».

Le résistant communiste albanais Saïd Bakali Jakupi est lucide sur le sentiment réel que les Albanais éprouvent pour les Serbes. Il écrit : «Les Shiptars [Albanais] ne veulent nulle coopération avec les Slaves, ils ne veulent pas d'eux ici. Quand ils entendent qu'un malheur quelconque est arrivé aux Slaves, qu'ils soient partisans [communistes] ou tchetniks [monarchiques], ils s'en réjouissent [..].. Ils extermineraient jusqu'au dernier Serbe se trouvant au Kosovo, tellement est grande leur haine des Slaves » (4 ).

Après la guerre, le nouvel homme fort de la Yougoslavie, Tito, croate par son père et slovène par sa mère, n'éprouve aucune sympathie pour la composante serbe de cette nouvelle entité. Bien au contraire, il va s'efforcer de diluer le peuple serbe partout où il se trouve. Pour honorer la promesse faite aux Albanais pendant la guerre, il fait du Kosovo une région autonome de la Serbie en 1946. Ses espoirs chimériques de faire des Albanais des citoyens à part entière de la Yougoslavie restent vains, les Albanais n'ont aucune envie de devenir « Yougoslaves », ils veulent devenir de grands Albanais dans une grande Albanie. Les conditions de vie des Albanais de Yougoslavie sont bien meilleures que celles de leurs compatriotes d'Albanie, ce qui encourage une émigration massive de ces derniers qui s'installent en grand nombre dans le sud de la Serbie, avec la bienveillance du régime communiste yougoslave. (5 )

Progressivement, avec un taux de fécondité des femmes albanaises qui s'envole (avec en moyenne 7 membres par famille), les Serbes deviennent des étrangers sur leur propre terre. La violence envers les Serbes, attaqués, volés, humiliés par les Albanais qui agissent en toute impunité sous le regard complaisant des autorités locales, va provoquer en 1961 et 1981 une vague de départ d'environ 150 000 à 200 000 Serbes. Pendant la même période 200 000 à 240 000 Albanais arrivant d'Albanie, s'installent au Kosovo. A cet égard, on notera que toutes les chancelleries occidentales étaient clairement au courant de la situation et de nombreux médias occidentaux évoquent déjà les revendicationssécessionnistes des Albanais et leurs crimes contre les Serbes, tels le New York Times, The Economist, Le Monde, Reuters, etc (6 ). Avant de modifier radicalement leurs points de vue quelques années après et de devenir les critiques les plus féroces des Serbes et les soutiens des »malheureux Kosovars » victimes des »méchants Serbes ».

Enfin, les Serbes du Kosovo s'organisent et manifestent contre la terreur dont ils sont l'objet. Le 23 mars 1989, le parlement du Kosovo adopte des amendements à la constitution de la Serbie proposés par Belgrade et qui reviennent sur les privilèges octroyés par Tito. Un sursaut national traverse le peuple serbe. Le 28 juin 1989, un demi-million de Serbes fêtent le 600 ème anniversaire de la bataille de Kosovo Polje (7 ), sur les lieux mêmes du combat. Le président de la République fédérale de Yougoslave, Slobodan Milosevic déclare que, si le Kosovo devait être défendu par les armes, il le ferait et que les batailles ne pourront être gagnées sans la détermination, le courage et l'abnégation, ces vertus présentes jadis au Champ des Merles.

Les Kosovars albanais vont alors riposter d'abord par une grande mobilisation organisant des grèves générales et mettant progressivement en place une véritable administration parallèle. Déjà, les médias occidentaux vont colporter l'image d'une Serbie nationaliste, voulant réduire les aspirations du peuple Kosovar et faire taire les voix dissidentes. Le discours de Slobodan Milosevic sera bien évidemment utilisé par les médias pour dénoncer une prétendue dérive xénophobe et guerrière.

Quelques années plus tard, les Kosovars vont créer l'UCK (Ushtria Clirimtare e Kosovës), l'Armée de libération du Kosovo. Utilisant des méthodes de guérilla - d'ailleurs qualifiée d'organisation terroriste par les pays occidentaux - l'UCK va semer la terreur parmi les Serbes, les non Albanais et même les Albanais accusés de loyauté envers Belgrade.

Nous analyserons dans une seconde partie comment les pays occidentaux, principalement les Etats Unis secondés par le Royaume Uni, vont, d'abord attiser, ensuite instrumentaliser, ce conflit dans leurs seuls intérêts géopolitiques, en violation du droit international et en mépris total des droits des Serbes du Kosovo. Nous relèverons aussi le rôle cynique des médias qui, bien avant les épisodes libyen et syrien, seront leurs relais serviles. Dans un troisième volet, nous présenterons la situation tragique des Serbes, parqués aujourd'hui dans des enclaves, au milieu d'une population hostile.

MARC Jean | 15 septembre 2017

(1) Nikola Mirkovic, dans son livre Le martyre du Kosovo. Editions Jean Picollec, 2013, dont sont extraits un certain nombre d'observations de cet article. Nous recommandons vivement sa lecture.

(2) André Cheradame, Douze ans de propagande en faveur des peuples balkaniques, Paris, 1913, p.328-329, cité par Komnen Becirovic, dans Le Kosovo sur le calvaire, p.209, L'Âge d'Homme, 2009

(3) Au même moment, une autre division SS formée de bosniaques musulmans, est créée en Bosnie : la division Handschar, de sinistre réputation. Une troisième division de musulmans SS sera également créée en Bosnie : la division Kamar

(4) Smilia Avramov, Le Génocide en Yougoslavie dans le contexte du droit international, p.208, Belgrade, 1992, cité par Komnen Becirovic dans Le Kosovo sur le calvaire, p.241, L'Âge d'Homme,2009

(5) Nikola Mirkovic, Le martyre du Kosovo, Editions Jean Picollec, 2013, p.62-63

(6) Exodus Of Serbians Stirs Province in Yugoslavia (L'exode des Serbes remue la province en Yougoslavie), Marvin Howe, New York Times, 12 juillet 1982

(7) La bataille entre l'armée serbe commandée par le prince Lazare et le sultan Murat 1er au Kosovo Polje, le »Champ du Merle », se déroula le 28 juin 1389. La lutte est féroce et laisse les deux armées quasiment anéanties. Le royaume serbe y perd presque toute sa chevalerie aux côtés du prince Lazare, décapité. Cette bataille, et cette date, sont à tout jamais gravées dans le cœur des Serbes et dans leur mémoire collective pour de multiples raisons. Le prince Lazare deviendra un symbole historique pour le peuple serbe, héros de la chrétienté et héraut de la liberté. Autant de valeurs, est-il besoin de le préciser, méprisées aujourd'hui par les mondialistes comme un Bernard Henri Lévy, qui fut, dans ce conflit comme aussi en Bosnie, un des plus farouches pourfendeurs des »méchants » Serbes. fr.wikipedia.org

Source: arretsurinfo.ch

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