16/09/2017 11 min arretsurinfo.ch #133078

Les soldats syriens ont salué Deir-Ezzor libérée les bras ouverts et avec compassion

Les soldats irakiens ont salué les civils de Mosoul avec des tortures - Les soldats syriens ont salué Deir-ez-Zor libérée les bras ouverts et avec compassion

Le programme politique baasiste non exclusif a aidé à sauver la Syrie du sort de l'Irak.

Tandis que l'Armée Arabe Syrienne, flanquée des Forces Aériennes Russes et des spécialistes militaires continue à libérer Deir-ez-Zor, un des développements les plus intéressants de la situation est ce qui ne s'est pas produit.

Un peu plus tôt dans l'année, quand les forces irakiennes et celles des USA ont repris la ville de Mosoul à l'ISIS, ce qui en est ressorti pour les innocents civils de la ville irakienne qui venait de connaître un long siège fut moins une libération que le remplacement du monstrueux ISIS par la brutalité des forces irakiennes.

Lors de la libération de Mosoul de l'occupation par l'ISIS et ce qui s'ensuivit, beaucoup de soldats irakiens ont été accusés d'avoir torturé des civils et même d'en avoir tué de sang-froid.

Quoiqu'il ne puisse y avoir aucune excuse pour un comportement qui viole toutes les lois internationales, la réalité, c'est qu'après des années de violences entre chi'ites et sunnites irakiens, fomentées par l'occupation anglo-américaine du pays consécutive à son invasion, la stratégie du « diviser pour régner » des envahisseurs a infligé une blessure profonde et durable à un pays qui, sous la règle baasiste avait été paisible et où on avait pu voir des chi'ites, des sunnites et des chrétiens participer ensemble au gouvernement et à la fonction publique.

Le gouvernement baasiste de Syrie fonctionne selon le même principe d'ouverture. En Syrie, grâce à la direction très ferme du parti Baas Socialiste Arabe, les gens se pensent Syriens plutôt que membres d'une secte religieuse politiquement chargée.

En Irak, ce n'est plus le cas. Après des années de brutales occupations politiques étrangères, qui ont vu marginaliser et abandonner les ex-baasistes sunnites, les régions à majorité sunnite de l'Irak sont devenues terrain fertile pour l'idéologie salafiste et Al-Qaeda, plus tard métamorphosée en ISIS.

Parce qu'ils avaient été ainsi marginalisés après 2003, certains sunnites se sont alors tournés vers Al-Qaeda comme seul espoir d'améliorer leurs conditions de vie extrêmement mauvaises. Pourtant, les sunnites irakiens dans leur majorité se sont opposés à A-Qaeda, comme l'Irak l'avait fait sous la direction de son parti baasiste socialiste arabe. Ces civils innocents sont devenus des hommes, des femmes et des enfants sans patrie dans leur propre pays.

Ces gens-là se sont retrouvés entre l'enclume d'un gouvernement chi'ite à Bagdad et le marteau des seigneurs de guerre extrémistes wahhabites dans leurs villes et leurs régions.

Ceci ne veut pas dire que le gouvernement irakien, qui compte en son sein beaucoup de nobles individus, soit en rien comparable à l'ISIS. ISIS est unique dans sa malfaisance, mais la marginalisation des sunnites dans les régions tenues par l'ISIS a été « récompensée » avec une perversité massive par les soldats irakiens, qui ont fait payer à la population sunnite tout entière le fléau de l'ISIS.

Le résultat est que les sunnites, qui ont d'abord souffert aux mains des Américains puis à celles de l'ISIS, ont souffert une troisième fois aux mains de leurs compatriotes irakiens.

Comme je l'ai dit précédemment dans The Duran :

« L'invasion illégale de l'Amérique et de la Grande Bretagne et leur occupation de l'Irak en 2003 furent des désastres dont l'Irak ne s'est pas remis. Après que les envahisseurs impérialistes aient eu illégalement déposé le gouvernement légitime de l'Irak, les occupants ont conspiré pour priver de toute espèce de droit, quiconque était par eux considéré comme lié à ce gouvernement, même quand, en réalité ils, n'étaient pas liés au gouvernement du tout.

Cela s'est rapidement mué en une technique du « diviser pour régner », par laquelle les impérialistes ont tenté de dresser sunnites et chi'ites les uns contre les autres, dans un pays où avaient toujours subsisté quelques tenions latentes, où les efforts souvent couronnés de succès du parti baasiste pour les minimiser avaient été couronnés de succès, parce que le baasisme est une idéologie explicitement anti-sectaire tant en théorie qu'en pratique.

L'inepte soi-disant « processus de débaasification » entrepris par les occupants ne fut rien d'autre qu'un génocide des Irakiens sunnites. Pendant ce temps, les Irakiens chi'ites n'étaient pas moins enragés par la conquête éhontée de leur pays, quoique pour des raisons différentes. Pendant ce temps, les Irakiens chrétiens furent victimes d'un génocide total. Ceux qui réussirent à survivre s'enfuirent, très souvent vers la Syrie baasiste, où il furent accueillis sans hésitation par le gouvernement du président Bachar al-Assad. Même au cours des années de la présidence parfois pesante de Saddam Hussein, le gouvernement et la fonction publique d'Irak avaient vu des sunnites, des chi'ites et des chrétiens de toutes les principales obédiences occuper des postes d'importance et de distinction.

Les Irakiens sunnites furent en conséquence poussés vers toute idéologie, tout mouvement et finalement tout groupe susceptible de leur fournir l'un ou l'autre moyen de s'en sortir, dans le nouvel Irak post-sunnite. Beaucoup de ces gens furent, pour la première fois de leur existence jadis laïque, poussés vers l'idéologie d'Al Qaeda. Alors que les combattants d'Al-Qaeda inondaient un pays qui avait été, sous le parti Baas, un des endroits les plus anti-Al-Qaeda au monde, beaucoup de sunnites rejoignirent ses rangs, pour la triste raison que ses rangs étaient les seuls qui allaient encore vouloir d'eux.

Al-Qaeda en Irak était né. Plus tard, Al-Qaeda en Irak allait devenir l'État Islamique d'Irak. Peu de temps après, ses membres se sont mis à voir plus grand et ont tenté de devenir l'État Islamique d'Irak et du Levant. Celui-ci est devenu ensuite l'État Islamique d'Irak et de Syrie et finalement, aujourd'hui, s'appelle l'État Islamique tout court, bien qu'il continue à être désigné, dans les pays anglophones, par l'acronyme ISIS.

Le fait que les Irakiens sunnites soient toujours torturés, toujours associés à des terroristes même quand ils ne le sont pas au terrorisme et toujours considérés avec suspicion, signifie que le virus du « diviser pour régner » que les puissances impérialistes ont inoculé à une nation irakienne jadis unie, est toujours bien présent en Irak.

Aussi longtemps que les conditions qui ont permis qui ont permis à l'ISIS d'être fomenté sont présentes en Irak, la menace de l'ISIS, quel que soit le nom qu'il se donne à l'avenir, continuera de hanter l'Irak.

La raison pour laquelle la situation syrienne est tellement plus encourageante, c'est que la situation en Syrie était très différente. En Syrie, le parti Baas est resté au pouvoir et a continué à unir la vaste majorité de la nation contre les sectarismes de toutes sortes. En Syrie, la majorité des combattants de l'ISIS et autres terroristes salafistes sont des combattants étrangers. En Irak, on pense que c'est aussi largement le cas, mais la différence est qu'en Irak, l'ISIS a su saisir la chance pour lui que beaucoup de nationaux, au moins pendant un temps, ont cru qu'il était un moyen d'échapper à l'oppression tant des forces chi'ites militarisées que des forces barbares omniprésentes de l'impérialisme occidental.

En Irak, les citoyens sunnites ont eu beaucoup d'ennemis, ils ont été cernés de tous les côtés. L'ISIS a jeté de l'huile sur le feu des tensions à son propre pervers avantage. À l'opposé, en Syrie, l'identité syrienne de tous les citoyens n'a jamais pu leur être enlevée et le résultat est que le salafisme n'a jamais eu la moindre chance de sévir organiquement comme il l'a fait partiellement en Irak.

En Irak, l'ISIS a profité des cœurs brisés, des rêves brisés, des os brisés et des vies brisées. En Syrie, tout ce qu'il a pu faire, c'est profiter d'une frontière poreuse.

La situation en Irak n'est pas prometteuse. Ce ne sont pas seulement les Kurdes irakiens qui vont se séparer presque à coup sûr du reste du pays de manière formelle en ce mois de septembre, mais la division entre sunnites et chi'ites dans le pays est encore bien réelle, comme elle n'a cessé de l'être depuis l'invasion de 2003. Et ce n'est pas de bon augure pour l'unité irakienne. Au contraire, les vrais Syriens n'ont jamais été et ne sont pas divisés de cette façon.

Les sunnites irakiens vont se retrouver une fois de plus les mains vides. Les chi'ites irakiens voient à présent l'Iran comme leur seule sauvegarde, leur seule chance de se débarrasser de l'influence vénéneuse de l'occident impérialiste

L'Irak n'est pratiquement plus une nation et ne l'a pas été depuis 2003. Je doute qu'il en redevienne jamais une. Tandis que l'Iran reste un facteur de stabilisation dans la région et que la Syrie semble maintenant avoir maîtrisé la tempête, l'Irak commence à gagner la guerre contre l'ISIS à court terme. Mais l'Irak a perdu la guerre contre l'ISIS à long terme, une guerre inséparable du conflit déclenché par l'Amérique et la Grande Bretagne. »

À Deir-ez-Zor, ville à majorité sunnite qui vient d'être pendant trois ans assiégée par l'ISIS, l'histoire ne pourrait pas être plus différente. Des compatriotes syriens ont embrassé les soldats de l'Armée Arabe Syrienne et la Syrie, au coude à coude avec la Russie, a fourni aux citoyens de Deir-ez-Zor les vivres et les médicaments dont ils avaient tellement besoin.

Les photos qui suivent, de civils de Deir-ez-Zor accueillant un retour à la normalité, ne pourraient pas être plus différentes qu'elles ne le sont des images de la « libération » de Mossoul par l'Irak.

Ce que révèle tout ceci, c'est que tandis que l'occupation occidentale faisait sombrer l'Irak dans un marécage empoisonné de sectarisme, le parti Baas socialiste arabe de Syrie a maintenu un gouvernement et armé des forces qui sont aussi pluri-religieuses que pluri-ethniques. L'accent mis sur l'unité nationale, sur le nationalisme arabe opposé à l'extrémisme religieux ou au néo-colonialisme, ainsi qu'une définition constitutionnelle précise de l'égalité entre tous les hommes et toutes les femmes, a permis à tous les peuples de Syrie d'être des Syriens, d'abord et par dessus tout.

En Irak, ce n'est plus le cas et bien que des progrès soient en cours, les tortures que les civils sunnites ont subies aux mains des militaires irakiens sont révélatrices du fait qu'il reste un énorme travail à faire pour sortir l'Irak des oubliettes où il croupit depuis 2003.

En 2003, l'armée irakienne n'a pas résisté à l'invasion des USA et du Royaume Uni, mais l'Armée Arabe Syrienne, elle, a résisté sur de multiples fronts, à des envahisseurs intermédiaires, qui avaient fait allégeance à des pays aussi divers que les États-Unis, la Turquie, le Qatar, l'Arabie Saoudite, Israël, la Grande Bretagne, la France, la Belgique, la Hollande et l'Allemagne, tout comme elle a résisté aux militants séparatistes kurdes et aux extrémistes salafistes.

La Syrie a opposé à tout cela un front uni, guidée par l'idée implicite du baasisme.

Le baasisme a gagné parce que la Syrie a gagné, et de son côté la Syrie a gagné parce que le baasisme est resté le principe directeur du système politique et de la philosophie civique de la Syrie moderne.

Pour cette raison, s'il est sûr que la Syrie se remettra difficilement de ce conflit sur le plan matériel, elle a déjà, sur beaucoup d'autres plans, évité les écueils et les chausse-trappes qui sont la plaie de l'Irak depuis 2003.

Adam Garrie - The Duran - 13 septembre 2017

Source : theduran.com

Traduction : Les Grosses Orchades

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