14/09/2017 6 min reporterre.net #133033

Retour sur la manifestation contre la loi Travail : « Le mépris de la classe dirigeante fait mal »

Le mépris de la classe dirigeante fait mal

Mardi 12 septembre, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé à Paris contre les ordonnances réformant le Code du travail. Reporterre a recueilli des paroles de plusieurs manifestants et rend compte de la manifestation en diaporama.

  • Paris, reportage

Mardi 12 septembre 2017 s'est déroulée la première mobilisation sociale du quinquennat. Partout en France, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont défilé dans la rue contre les ordonnances et la réforme du Code du travail. À Paris, la préfecture comptait 24.000 manifestants, la CGT, 60.000. À Marseille, la préfecture a compté 7.500 manifestants, les organisateurs, 60.000. À Toulouse, ils étaient entre 8.000 et 16.000 selon les sources.

La CGT a déjà annoncé une nouvelle journée de mobilisation, le 21 septembre, à la veille du Conseil des ministres durant lequel doivent être présentées les ordonnances. La France insoumise organisera quant à elle une manifestation le 23 septembre à Paris.

Reporterre a rencontré des manifestants, parfois sous la pluie, mais déterminés, en leur demandant pourquoi ils s'étaient joints au cortège.

Mardi 12 septembre 2017, à Paris, lors de la manifestation contre le projet de réforme du Code du travail.

  • Louise Duley-Haour est étudiante en carrière sociale. Elle est venue manifester avec ses amis étudiants, également en carrière sociale :

Nous manifestons contre la suppression d'un grand nombre de contrats aidés. Pour nous, futurs travailleurs sociaux, c'est un enjeu important, car il y a dans le secteur social beaucoup d'associations et de structures qui s'appuient sur ces contrats aidés. Il y a déjà eu 166 postes supprimés à la rentrée et ça risque de continuer. Comme nous sommes travailleurs sociaux, nous avons un aperçu de toute la société, des gens qui sont dans la précarité, qui rencontrent des difficultés, et on sait que les lois et les ordonnances Macron vont précariser encore plus ces gens.

Ce sont des lois qui suivent la volonté du patronat, dont le désir n'est pas de relancer l'économie, mais de défendre ses intérêts. Des intérêts qui passent par la précarisation des travailleurs, des chômeurs, des étudiants, des retraités, et de toutes les personnes qui bénéficient du système social qui est en train d'être démantelé et qui doit de plus en plus répondre à une logique de rentabilité.

La suppression des contrats aidés va dans ce sens. On nous demande de faire mieux avec moins de moyens, alors que l'on fait déjà beaucoup avec peu de moyens. Si ça continue comme ça, on ne pourra bientôt plus rien faire. »

Mardi 12 septembre 2017, à Paris, lors de la manifestation contre le projet de réforme du Code du travail.

  • Bruno Liebon est secrétaire général de la CGT à l'hôpital Paul-Guiraud, à Villejuif (Val-de-Marne) :

Je manifeste contre la loi travail de Macron, qui est dans la continuité de celle d'El Khomri, et qui va complètement à l'encontre des salariés. C'est une politique ultralibérale et nous sommes radicalement opposés à cela. Le pays s'enrichit d'année en année, mais continue pourtant à oppresser financièrement les salaires les plus bas, les catégories les plus précaires. C'est injuste. Il y a par exemple le plafonnement des indemnités prud'homales. Aujourd'hui, un patron peut planifier combien va être licencié un salarié et calculer le nombre d'années nécessaires pour l'amortir alors qu'avant, c'était un juge qui évaluait la bonne ou mauvaise foi d'un employeur. À présent, les patrons peuvent calculer, planifier les licenciements.

Aujourd'hui, ils veulent diminuer le nombre de représentants dans les établissements en supprimant des instances et en réunissant les mêmes.

Par ailleurs, il était possible jusqu'à présent d'assigner au tribunal l'administration ou les patrons, à la charge de l'employeur, mais ce sera désormais à la charge du syndicat et du salarié de payer les avocats pour pouvoir aller au tribunal. Ce qui change tout sur ce qu'ils peuvent se permettre. »

Mardi 12 septembre 2017, à Paris, lors de la manifestation contre le projet de réforme du Code du travail.

  • Hervé Gallon refuse globalement ces réformes :

Nous manifestons contre cette politique extrêmement inquiétante. Les indemnités prud'homales en matière de licenciement, la fusion des instances représentatives, la baisse des APL [les aides au logement], la CSG, les emplois aidés, qui sont un grand licenciement collectif de 150.000 personnes dans les services publics et associations, ce qui les place dans une situation déplorable. Ces réformes touchent toutes les catégories sociales, les jeunes en particulier, les retraités, mais également les fonctionnaires qui vont être maltraités avec la CSG. »

Mardi 12 septembre 2017, à Paris, lors de la manifestation contre le projet de réforme du Code du travail.

  • Helena, 24 ans, se fait écho d'une colère générale :

C'est le premier moment où on peut tous se rassembler pour dire que le mépris de la classe dirigeante fait mal, d'où la pancarte « Macron un rien vaut mieux que deux comme toi ». Il va y avoir une diminution des cotisations sociales pour passer sur la hausse des CSG. Cela impacte et les retraités, et les chômeurs, alors que ce sont les plus fragiles. Puis, il y a les étudiants et la baisse des APL. Pour les actifs, ce sont les conditions de travail qui se dégradent encore un peu plus.

On ne s'occupe pas des précaires, comme par exemple des caissières qui ont 25 ans d'ancienneté et qui sont toujours payés au Smic, ce n'est pas normal.
On est tous dans la rue pour des raisons différentes, mais pour une raison globale, le mépris des puissants aujourd'hui pour tous les gens qui travaillent, que ce soient les intermittents, les précaires, les salariés. Pourtant, je pense qu'il ne faudrait pas grand-chose pour améliorer la situation pour tout le monde. »

Voir la manifestation du 12 septembre 2017 en diaporama


Source : Fanny Dollberg pour Reporterre

Photos : © Fanny Dollberg/Reporterre
chapô : Mardi 12 septembre 2017, à Paris, lors de la manifestation contre le projet de réforme du Code du travail.

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