14/09/2017 3 articles 5 min tlaxcala-int.org #133009

Les objectifs de la visite de Netanyahou en Argentine

Jorge Elbaum

La visite de Netanyahou sera la première d'un Premier ministre israélien en République argentine. Bibi Netanyahou est un tenant de la politique économique néolibérale et le chef de file des secteurs opposés à un accord de paix avec l'Autorité nationale palestinienne, qui permettrait la constitution de deux États souverains, comme le prévoyaient les Nations Unies lors de la partition de la Palestine en 1947.

Le dirigeant du Likoud (parti de la droite israélienne) est de surcroît le chef d'un gouvernement qui s'est opposé systématiquement aux positions de l'Argentine sur les Îles Malouines : tous les votes israéliens à l'ONU ont toujours été en faveur de la Grande-Bretagne, et radicalement opposés aux intérêts de notre nation. Ces votes, contraires aux intérêts de l'Argentine, n'ont été entérinés que par trois pays ─la Grande-Bretagne, les USA et Israël─, comme par hasard les pays avec lesquels l'actuel président Macri a les meilleures affinités diplomatiques. Le président argentin a reçu il y a quelques semaines le vice-président US Mike Pence et a signé en 2016 un document avec la Grande-Bretagne, selon lequel ces deux pays ─la Grande-Bretagne et l'Argentine─ s'engageaient à « lever tous les obstacles » au développement économique des îles, en ce qui concerne le commerce, la navigation, la pêche et les hydrocarbures.

Netanyahou n'est pas qu'un opposant à la souveraineté argentine sur les Malouines : c'est le principal bénéficiaire du financement des partis par le milliardaire US Sheldon Adelson, qui est de plus le propriétaire du quotidien le plus diffusé en Israël Israel Hayom, ─comparable au quotidien argentin du matin Clarín─ dont la ligne éditoriale repose sur une défense à outrance de la politique néolibérale du Likoud et de son opposition à la paix avec les Palestiniens. Adelson, qui est l'un des hommes d'affaires les plus riches au monde, a été l'un des membres les plus connus du groupe des « fonds vautours » ─en association avec Paul Singer─ qui ont obtenu le recouvrement par le gouvernement argentin actuel d'obligations pourries, après avoir échoué à faire passer leurs plans usuraires auprès du gouvernement de Cristina Kirchner.

De plus, Sheldon Adelson, que les journalistes israéliens appellent « le patron de Netanyahou », est un de ceux qui ont financé Alberto Nisman, qui a reçu sur des comptes secrets 300 000 dollars de la part d'Israel Hayom, pour des conférences qu'il était censé avoir données en Israël, mais qui n'ont jamais existé. La somme remise par Adelson s'est convertie en une propriété de même valeur sur la côte uruguayenne, et c'est pour ce motif que la mère et la sœur du défunt procureur sont actuellement poursuivies.

Le dirigeant israélien vient aussi dans notre pays pour appuyer l'accusation portée contre la République Islamique d'Iran, pour les attentats commis contre l'Ambassade d'Israël en 1992 et le siège de l'AMIA/DAIA en 1994, exiger sa condamnation immédiate, appuyer la décision de la Cour Suprême concernant l'inconstitutionnalité du Mémorandum d'entente de l'Argentine avec l'Iran et le procès intenté à Cristina Kirchner et Héctor Timmerman pour « trahison de la patrie ». Il demandera aussi que soit adoptée la loi qui autorise les procès par contumace, ainsi que l'arrêt des poursuites contre l'ex-président de la DAIA Rubén Beraja, qui est accusé de dissimulation d'actes délictueux, de concert avec des fonctionnaires du gouvernement Menem. Dans le même esprit, il apportera son appui à la politique d'ingérence au du Venezuela colportée par Trump, allié de Macri et de Netanyahou. Et enfin, il signera des accords dont les composants principaux seront la coopération en matière de sécurité et de « lutte contre le terrorisme ».

Netanyahou arrive dans notre pays au moment où il fait l'objet avec son épouse d'une enquête pour fraude contre l'État et pratiques incompatibles avec un emploi public. Le Premier ministre allègue que ces enquêtes ─menées conjointement par la police israélienne et le Parquet en charge des délits complexes─ constituent une tentative patente de coup d'État. Un des plus influents journalistes de droite israéliens, Dan Margalit, a déclaré récemment qu'« Israël a été témoin, dans le cas de Netanyahou, d'un culte de la personnalité préoccupant et d'une forme évidente de népotisme et de fascisme. S'il était prouvé que Bibi avait commis un délit, sa destitution ne constituerait pas un coup d'État ».

Les secteurs les plus conservateurs de la communauté juive d'Argentine recevront pour leur part le Premier ministre en grande pompe et avec des flonflons, pour essayer de convaincre l'ensemble de la société argentine qu'il existe un consensus sur l'appréciation positive du rôle joué par le gouvernement Netanyahou. Avec l'appui des médias hégémoniques, ils feront taire les voix dissidentes dans la communauté juive d'Argentine afin d'imposer la seule voix de ceux qui sont le moins partisans de la paix au Moyen-Orient et le plus proches du gouvernement Cambiemos (coalition macriste).

Le 30 août dernier, un des plus grands historiens de la Shoah, Yehuda Bauer, a publié dans le quotidien Ha'aretz un article intitulé Le gouvernement israélien est-il antisémite? Dans cet article, il fait état de l'ambiguïté complice de Netanyahou ─bien dans la veine de Trump qui banalisait après coup la manifestation des suprémacistes blancs─ envers les défilés néonazis et suprémacistes qui ont eu lieu à Charlottesville. Bauer conclut son article en affirmant à propos du gouvernement de Netanyahou : «...cil ne serait probablement pas faux de dire que ce gouvernement est en train d'adopter une politique qui comporte des signes évidents d'antisémitisme envers la grande majorité du peuple juif ».

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Convoquées par le Comité Argentin de Solidarité avec le Peuple Palestinien, de nombreuses organisations sociales et politiques ont également critiqué très durement les « relations charnelles » entre Netanyahou et Macri, dénonçant le fait que le Premier ministre israélien vient encore vendre des armes(les mêmes qui sont utilisées pour tuer des Palestiniens) et pour réprimer les mouvements de protestation sociale contre le gouvernement de droite argentin.