13/09/2017 46 min arretsurinfo.ch #132995

L'Iran, la Grande-Bretagne, le pétrole et la Cia : 1953, Operation Ajax

« Le manque d'objectivité quant aux pays étrangers est tristement célèbre. D'un jour à l'autre, une autre nation est dépeinte comme totalement dépravée et diabolique, alors que notre pays se lève au nom de tout ce qui est bon et noble. Chacune des actions de l'ennemi est jugée sur un seul critère - chacune de nos actions sur un autre. Même les bonnes actions de l'adversaire sont considérées comme un signe de perfidie diabolique dont l'objectif est de nous tromper et le monde avec, alors que nos mauvaises actions sont nécessaires et justifiées par la noblesse des buts qu'elles servent. » - Erich Fromm

Par Corinne Autey-Roussel | 5 AVRIL 2017

Au cours des décennies suivant le renversement de Mohammad Mossadegh, le Premier ministre démocratiquement élu d'Iran, l'implication de la CIA dans le coup d'Etat a fait l'objet de controverses auxquelles les gouvernements successifs d'Amérique ont répondu par un silence buté et l'Agence, selon qui l'Amérique n'avait été qu'une « simple observatrice », par des affirmations répétées selon lesquelles ses dossiers sur le sujet avaient « tous été détruits ». En même temps, dans un de ces paradoxes dont elle est coutumière, la CIA, qui s'aimait beaucoup, ne pouvait pas s'empêcher de plastronner et de laisser filtrer ici et là des informations à sa gloire. A telle enseigne que, dès le 15 août 1953 - le jour même du coup d'État - l'un de ses principaux artisans, le général Herbert N. Schwarzkopf, 1 sur la sellette, se retrouvait dans la fâcheuse obligation de nier son intervention et d'inventer un faux alibi pour expliquer sa présence à Téhéran. L'année suivante, en 1954, la CIA admettait benoîtement ses manoeuvres en Iran dans un article du Saturday Evening Post. 2 Puis, plus rien pendant 25 ans.

Qui étaient les commanditaires du coup d'État ?

La preuve suivante des manigances américaines émanera d'une source imprévue : en 1979, le propre petit-fils de Theodore Roosevelt, Kermit Roosevelt, grand mufti du Département du Moyen-Orient (Middle East Department) de la CIA, raconte par le menu sa mission de déstabilisation en Iran dans un livre, Countercoup: the struggle for the control of Iran. 3 La CIA, prise entre sa tendance à l'ostentation et son obligation de secret, lui demande d'en réviser certains passages (au nombre de 150) et de gommer des noms, en somme de le défigurer jusqu'à en faire une « oeuvre de fiction » pendant que les Anglais de la British Petroleum, au bord de l'apoplexie, tentent désespérément d'en faire interdire la publication. 4 BP arrivera à faire retirer la première édition du marché - même si 400 exemplaires en sont déjà vendus, dont un à la bibliothèque de UCLA. En manière de pied de nez, la CIA, qui avait caché la participation des services secrets britanniques dans la première édition du livre (passée au pilon) sur leur demande expresse « pour raisons de sécurité nationale », la révélera dans la seconde mouture (en 1980). Kermit Roosevelt assène même, dès la page 3, que l'idée du coup d'État venait directement du MI6, le service de renseignements britannique.

En 1986, d'autres informations se font jour. Dans son autobiographie de 1986 intitulée Adventures in the Middle East: Excursions and Incursions, un agent de la CIA spécialiste de la Perse, Donald N. Wilber, donne quelques indications éparses sur le putsch d'Iran. L'histoire révélera qu'il en est l'un des principaux planificateurs. 5

Les journalistes et les historiens, quant à eux, demandent à la CIA à quoi rime la classification des dossiers de l'opération Ajax quand leurs cerveaux, dont son maître d'oeuvre Kermit Roosevelt, 6 relatent tranquillement leurs exploits avec la bénédiction de l'Agence ? Leurs demandes n'aboutissent partiellement qu'en 2000 ; la CIA, décidément d'humeur badine, accepte de déclasser... une phrase, « Le QG a passé une journée de dépression et de désespoir ». 7 Un ex-agent non nommé transmet toutefois un livre classifié entier au New York Times, 'Overthrow of Premier Mossadeq of Iran, November 1952-August 1953', par le sus-cité Donald N. Wilber. Après en avoir effacé les noms des relais iraniens de la CIA, le magazine l'assortira d'un épais dossier explicatif et publiera le tout en ligne. 8

Mais la confirmation officielle des rôles conjoints de la CIA et des services secrets du Royaume-Uni dans l'affaire du coup d'État contre Mossadegh n'intervient qu'en août 2013. 9 A ce jour, il reste à l'agence américaine des documents qu'elle refuse de rendre publics, peut-être en raison des tensions persistantes entre les USA et l'Iran.

En toile de fond : Moyen-Orient, colonialisme, pétrole et corruption

A la fin du XIXème siècle et au début du XXème, Mozaffaredin Shah règne sur l'Iran. « La colère publique se nourrissait de la propension du Shah à brader des concessions à des Européens contre des paiements généreux à lui-même et à ses officiels. » 10

Effectivement, en 1901, l'entrepreneur britannique William Knox D'Arcy 11 obtient une concession d'1 million 243 mille kilomètres carrés de territoire iranien pour y prospecter du pétrole. Quatre ans et 225 000 livres sterling d'investissements infructueux plus tard, il jette l'éponge et cède les droits de sa concession à la firme britannique Burmah Oil, qui finit par y trouver, le 26 mai 1908, ce qui s'avérera le plus grand champ de pétrole au monde (à l'époque). Les termes du contrat entre D'Arcy et Mozaffaredin Shah, signé à grand renfort de pots-de-vin à des officiels véreux, sont particulièrement profitables : le détenteur de la concession ne paiera que 16% des profits de ses ventes de pétrole à l'Iran, aucun Iranien n'aura le moindre droit de regard sur ses comptes et personne d'autre n'est autorisé à forer, à raffiner, à extraire ou à vendre le pétrole iranien.

La Burmah Oil devient la Anglo-Persian Oil Company, change encore de nom à plusieurs reprises et finit par se décider en 1955 pour British Petroleum (BP). Entre-temps, elle alimente l'État britannique qui, en 1914, a acheté 52,5% de ses parts et s'assure ainsi un approvisionnement régulier à tarif préférentiel. 12 « Des années 1920 aux années 40, le niveau de vie britannique était soutenu par le pétrole de l'Iran. Les voitures anglaises, les camions, les bus marchaient à l'essence bon marché iranienne. Les usines, à travers le Royaume-Uni, tournaient grâce au pétrole venu d'Iran. La Royal Navy, qui projetait l'image du pouvoir britannique partout dans le monde, faisait marcher ses moteurs avec du pétrole iranien. Après la Seconde Guerre mondiale, les vents du nationalisme et de l'anticolonialisme soufflaient dans le monde émergent. En Iran, le nationalisme signifiait une chose : nous devons reprendre notre pétrole. » - Stephen Kinzer. 13

Le 28 avril 1951, l'un des plus fermes opposants à la rapacité britannique, Mohammad Mossadegh, est élu Premier ministre. Le 2 mai, le Parlement iranien nationalise l'Anglo-Persian Oil Company.

Les Britanniques, tirés du confort douillet de leurs décennies de pillage et en conséquence peu amènes, lancent une salve de mesures destinées à manifester leur humeur bilieuse et incidemment, à renverser Mossadegh : ils bloquent le port d'Abadan, retirent ingénieurs et techniciens de leur raffinerie, stoppent leurs exportations de denrées de première nécessité vers l'Iran, gèlent les comptes iraniens déposés dans des banques britanniques, tentent de soutirer des résolutions anti-Iran à l'ONU et à la Cour internationale de justice (ICJ) et recrutent l'antenne persane de la BBC 14 pour faire campagne contre Mossadegh et la nationalisation, censément « désastreuse pour l'Iran ». 15
Rien de tout cela n'a le moindre effet visible sur les Iraniens.

En désespoir de cause, le Royaume-Uni se tourne vers Washington et lui demande de l'aider à renverser « le fou Mossadegh ». Pour les Britanniques, qui connaissent bien les petits biais cognitifs de leur grand allié de l'Atlantique, la voie royale consiste à transformer les nationalistes de Mossadegh en communistes, mais ils butent sur un obstacle de taille : même s'il est prêt à prêter main-forte aux Britanniques dans leurs machinations contre la nationalisation de leur compagnie pétrolière, le président des USA Truman s'oppose catégoriquement à un coup d'État contre le gouvernement iranien, parce qu'à la suite de la Seconde Guerre mondiale, 16 la cause du Kremlin est populaire en Iran, que cela donne des migraines régulières aux Américains et que l'administration Truman (2 avril 1945 - 20 janvier 1953) considère précisément Mossadegh comme un rempart contre le communisme. 17

Quelques jours après l'élection d'Eisenhower (20 janvier 1953), les Britanniques reviennent à la charge. Un agent du MI6, Christopher Montague Woodhouse, rencontre des huiles de la CIA (dont son imperator, Allen Dulles) et du Département d'État, et juge habile d'éveiller, selon ses termes, « les passions à Washington » 18 en remettant sur le tapis la « menace communiste » en Iran. 19 Et de fait, le ton de ses interlocuteurs change : Eisenhower juge Mossadegh trop faible pour résister à un possible coup d'État du Tudeh (le parti communiste iranien) et souhaite l'éliminer sur-le-champ. Dès mars 1953, la CIA esquisse le schéma d'une intervention secrète des USA en Iran. 20

Les Américains croient-ils réellement à une menace communiste en Iran ? Cinq jours avant le coup d'État, un rapport de la CIA aujourd'hui déclassé montre un divorce flagrant de l'administration Eisenhower avec la réalité : même s'il admet la possibilité d'une montée en influence du Tudeh, l'auteur s'en tient à l'analyse de l'administration Truman. D'une part, il doute sérieusement des capacités du parti communiste iranien, trop faible et désorganisé, à perpétrer un coup d'État en Iran ; d'autre part, il fait valoir la solidité du gouvernement Mossadegh, le large soutien populaire dont il jouit et son emprise totale sur l'armée iranienne, « la plus importante de toutes les forces de dissuasion anticommunistes. » 21

Apparemment contre toute logique, le coup d'État est maintenu. 22

C'est qu'en réalité, le communisme n'a aucun rapport avec l'interventionnisme américain en Iran. « Il faut revenir à, disons, la Seconde Guerre mondiale. C'est le moment où les USA sont devenus une puissance mondiale. (...) Et les planificateurs ont soigneusement mis au point leurs plans - ils sont tout à fait publics - sur la façon dont ils allaient diriger le monde de l'après-guerre. L'idée de base tenait à ce qu'ils appelaient une Grande Zone (Grand Area) qui serait complètement sous contrôle US, et dans laquelle les USA ne toléreraient aucune expression de souveraineté qui interférerait avec les ambitions mondiales américaines. Aucun concurrent ne serait autorisé, bien sûr. Et la zone était assez étendue. Elle incluait l'hémisphère occidentale, l'Est asiatique, l'ex-empire britannique que les USA allaient prendre - y compris, de façon cruciale, les ressources énergétiques du Moyen-Orient, qui sont les plus vastes du monde. Et les planificateurs en chef soulignaient que, si nous pouvons contrôler le pétrole du Moyen-Orient, nous pouvons contrôler le monde. (...) Dans les années 50, les USA étaient le premier producteur et exportateur. Malgré tout, les USA, l'administration Eisenhower avaient la ferme intention de contrôler le Moyen-Orient, le pétrole du Moyen-Orient, pour les raisons que j'ai données plus haut. Les planificateurs en chef reconnaissaient que celui qui contrôle le pétrole du Moyen-Orient peut contrôler le monde. Si vous avez la main sur le robinet, vous pouvez contrôler ce que font les autres, que vous l'utilisiez ou non » - Noam Chomsky. 23

Mossadegh n'est pas un homme de paille des Américains, et les Américains comptent bien s'emparer du pétrole iranien. Ce sont les seules et uniques raison de l'implication de la CIA dans le coup d'État. « Lord knows what we'd do without Iranian oil. » (« Dieu seul sait ce que nous ferions sans le pétrole iranien ») - Dwight D. Eisenhower.

Une fois le premier obstacle écarté grâce à l'enthousiasme frétillant de l'administration Eisenhower, la Grande-Bretagne en rencontre un second : le Shah d'Iran, considéré par la CIA comme « pathologiquement effrayé par les intrigues britanniques, de nature une créature indécise, assaillie par des doutes et des craintes informulées », refuse obstinément de se plier à l'agenda du coup d'État. Comme nombre de dictateurs, il est en fait aussi couard que despotique.Malgré tout, en mai 1953, le QG de Téhéran de la CIA commence à disséminer de la « propagande grise. » 24 Des caricatures de Mossadegh sont placardées dans les rues et des articles à sa charge insérés dans la presse iranienne.

Mais la plus rigoureuse des préparations ne dispense pas la CIA de l'obligation d'enrôler le Shah, dont les décrets royaux seront seuls à mêmes de légitimer le départ de Mossadegh et l'intronisation de son remplaçant. C'est ainsi que démarre un véritable festival de cajoleries et de pressions : dans les jours qui suivent la signature de l'ordre du coup d'État par Eisenhower (le 11 juillet 1953), la CIA et le MI6 dépêchent une délégation sur la Côte d'Azur pour enrôler la princesse Ashraf, soeur du Shah, et la persuader de convaincre son frère. Son retour en Iran éveille la colère des pro-Mossadegh autant que de son frère, qui refuse d'abord de la recevoir.

Il faudra l'intervention d'un agent britannique pour qu'il accepte de la rencontrer ; la princesse explique alors au Shah que le général Schwarzkopf, un de ses amis personnels, fera partie de l'aventure. Un autre agent du MI6, Asadollah Rashidian, expose un plan au Shah pour le rassurer sur le feu vert donné par Downing Street : il choisira un mot-code qui sera retransmis sur l'antenne persane de la BBC, à un moment prédéterminé. De cette façon, le Shah saura qu'il est protégé par le pouvoir britannique.

Le jour dit, le mot-code est transmis par la BBC, mais le Shah, impavide, « demande plus de temps pour réfléchir à la situation ». La CIA continue malgré tout ses préparatifs : propagande dans les médias iraniens, attaques de leaders musulmans sous faux drapeau communiste ou pro-Mossadegh, pots-de-vin à divers officiels, etc.

Dans l'oeil du cyclone, Mohammed Réza Shah Pahlavi reste inébranlable. Le 1er août, il refuse de signer les décrets d'éviction de Mossadgeh et de nomination de son successeur, le général Zahedi, que lui tend la CIA ; selon lui, l'armée n'appliquera pas de décrets évidemment illégitimes. Au cours des jours suivants, Kermit Roosevelt et Asadollah Rashidian se relaient auprès du Shah. Ils n'arriveront à lui arracher son consentement - et sa signature - que le 13 août.

Le 15 août, le coup d'État est lancé. Et tombe directement à l'eau, à cause d'un officier iranien dont les indiscrétions sont rapportées séance tenante à Mossadegh. S'ensuivront des journées noires pour la CIA. Selon Donald N. Wilber, « l'opération aurait pu marcher malgré cet avertissement prématuré, si la plupart des participants ne s'étaient pas révélés incompétents et incapables de décision aux moments cruciaux. » (Overthrow of Premier Mossadeq of Iran).

Le Shah ajoute à la confusion générale en continuant à se faire tirer l'oreille à chaque fois qu'il lui est demandé d'intervenir. Le 16 août, il en arrivera à fuir le pays, plantant là la CIA, le MI6 et leurs simagrées. La CIA est forcée d'admettre le ratage de l'opération TP-Ajax. Celle-ci ne sera menée à terme qu'après, à la surprise générale, par l'action séparée d'éléments incontrôlés de l'armée iranienne dont le général choisi par la CIA, Fazlollah Zahedi, prendra tardivement la tête avec l'aide de Kermit Roosevelt. 25

Anticommunisme, exotisme et têtes couronnées, une presse complice

Comme toujours dans ces cas-là, les médias américains, invités par la CIA et le Département d'État à soutenir les intérêts nationaux, façonnent l'opinion avec entrain. L'histoire leur mâche le travail : depuis les débuts de la colonisation, la vision occidentale, fortement teintée de paternalisme, considère les Orientaux comme de grands enfants incapables de décisions rationnelles. De multiples exemples, en France comme ailleurs (par exemple le conte de Maupassant « Allouma » 26 ou les expositions coloniales), présentent les Orientaux comme systématiquement menteurs, puérils, déloyaux, cruels et énigmatiques.

En 1897, le Major-General Sir Frederic Goldsmid, un représentant de l'Empire britannique au Moyen-Orient, en écrivait : « Rien n'est plus frappant, aux yeux des étrangers occidentaux, que la grande importance attachée par les Orientaux à des détails infimes. En revanche, la difficulté de faire comprendre le sérieux et l'urgence de certaines affaires publiques à l'esprit oriental, qui les négligera si elles interfèrent avec son confort personnel, est un trait remarquable du caractère des natifs. » (préface aux Adventures of Hajji Baba of Ispahan, de James Justinian Morier).

Loin de mitiger ses vues au cours des décennies suivantes, la nécessité de justifier sa mainmise sur le Moyen-Orient pousse l'Occident à renforcer les stéréotypes colonialistes, de sorte qu'en 1953, Time magazine reprend tels quels les mêmes éléments de langage : Mossadegh est « le chef pleurnichard, sujet à s'évanouir, d'un pays sans défense », « un écervelé qui met Shéhérazade dans le business du pétrole et huile les roues du chaos », une « caricature d'homme d'État (...) qui pleure des larmes acides » et « se livre à des « singeries grotesques », etc. 27 Dans le même organe, un autre article du même tonneau explique que « Mieux que la plupart des hommes d'État modernes, le premier ministre d'Iran Mossadegh connaît la valeur d'une crise de colère infantile ». 28

Les articles insérés dans la presse par le MI6 au Royaume-Uni, guère plus embarrassés de scrupules, décrivent Mossadegh comme un « fanatique incorruptible », « inaccessible au bon sens », n'ayant « qu'une seule idée dans sa gigantesque tête » (The Observer), « timide » sauf quand il est « émotionnellement agité », « nerveusement instable »et « aux allures de martyr » (The Times of London). Le professeur d'histoire Mary Ann Heiss, dans son étude de 2001 sur les perceptions anglo-américaines de Mohammad Mossadegh et la nationalisation du pétrole iranien, 29 rend également compte de descriptions caricaturales de Mossadegh : il vit dans « un monde de rêve », est « émotif », manque de capacités à « se concentrer sur des négociations compliquées et part dans tous les sens », « a tendance à changer d'avis, à oublier, à tout confondre » ; il est « fou », « dément », « malade », « hystérique », « névrosé » ; c'est un « Oriental roublard », ses partisans « des lemmings fous et suicidaires » et sa conception du droit souverain iranien à son pétrole « presque purement mystique ». Un aspect du caractère de Mossadegh, en particulier, fait l'objet de gorges chaudes de la part des médias d'occident : son évidente sensibilité, qu'ils confondent avec de la faiblesse. Pour les Iraniens, au contraire, les larmes dont Mossadegh est capable sont autant de preuves de son humanité et de sa sincérité, mais leur avis n'arrivent ni à Londres, ni à Washington.

Toutes ces calomnies martelées avec le plus parfait aplomb - et intégrées dans le raisonnement occidental - poussent les diplomates à écarter de possibles négociations, tout en rejetant la responsabilité du hiatus anglo-iranien sur « les défauts caractérisant le mode persan de conduite des affaires » inhérents à la « mentalité iranienne » et à « l'esprit oriental ».

Par leur mise en cause des capacités des Iraniens à gouverner leur pays, les officiels et commentateurs justifient une politique interventionniste en arguant de « sauver les Iraniens de leur propre destruction ». 30 Le schéma se répétera quasiment à l'identique jusqu'à nos jours. Les éléments de langage stéréotypés qui tracent le portrait d'un Mossadegh confus, dictatorial, cyclothymique, déconnecté de la réalité et enfermé dans une bulle fantasmagorique, obscurantiste et même « suicidairement fanatique » resserviront à la virgule près, des années plus tard, à dépeindre l'Ayatollah Khomeini.

Dans leur livre de 1988 The US Press and Iran: Foreign Policy and the Journalism of Deference, William Dorman et Mansour Farhang définissent l'interaction du Département d'État et des médias américains comme une relation de vassalité nourrie par un entrelacement d'intérêts et d'amitiés (en particulier anglo-américaines) créé durant la Seconde Guerre mondiale.

Des publications aussi respectées que le New York Times, Time ou Newsweek, qui souscrivent sans la moindre réserve aux vues anticommunistes de la Guerre froide, présentent un terreau idéal pour la propagande anti-Mossadegh de la CIA. Pendant toute la durée du règne du Shah, la presse se confinera d'ailleurs à une « narrative » surréaliste qui le présente comme un monarque « vénéré, moderniste et éclairé », de sorte qu'elles ne verra pas plus venir la révolution de Khomeini qu'elles n'en comprendra les motifs. Le Washington Post ira jusqu'à expliquer la révolution par l'ingratitude intrinsèque d'une population iranienne « incapable d'apprécier toutes les choses merveilleuses que le Shah a fait pour elle ».

Outre la CIA, le MI6 et les liens de complicité entre médias britanniques et américains, un réseau serré d'obligations s'est tissé entre certains pontes des médias anglo-américains et le Shah, dont ils acceptent largesses et invitations. Au-delà des aspects géopolitiques du Moyen-Orient, le Shah et ses épouses successives (Soraya, Farah Diba), en tant que têtes couronnées, font régulièrement les unes de la presse people. La liste des amis du Shah inclut Arnaud de Borchgrave (Newsweek), Joseph Kraft (Prix Pulitzer, 200 supports médiatiques), la chroniqueuse mondaine Betty Beale (Washington Evening Star, Washington Post, Washington Times), Walter Cronkite (CBS News), etc. 31

Pendant la période du coup d'État, aucune publication occidentale ne mentionne les griefs iraniens contre les Britanniques, par exemple le Conseil d'administration de la compagnie pétrolière qui exclut les Iraniens, ses comptes que pas un Iranien ne peut examiner ou ses profits de 3 milliards entre 1913 et 1951 et les malheureux 624 millions reversés à l'Iran ; tous concentrent leur feu sur la personne de Mossadegh, « une Shéhérazade qui pique des crises de colère ». D'aucuns vont même jusqu'à le comparer à Hitler ou Mussolini, alors même que contrairement au Shah, Mossadegh ne censure pas les médias, n'emprisonne pas les dissidents, n'interdit pas les partis, ne torture pas les prisonniers et n'exécute personne.

Depuis l'élection de Mossadegh et la nationalisation, la presse britannique autant qu'américaine s'acharne à inverser la réalité : les Britanniques seraient « ouverts aux négociations » et « prêts aux compromis » face à des Iraniens intraitables, alors que sur le terrain, au contraire, Mossadegh et son administration proposent d'excellents accommodements aux Britanniques : ils offrent 25% des profits nets du négoce du pétrole iranien à la compagnie à titre de compensation pour la nationalisation, garantissent la sécurité de l'emploi de ses employés britanniques et proposent de vendre le pétrole iranien aux mêmes conditions draconiennes que les autres compagnies pétrolières internationales, 32 mais les Britanniques, braqués, n'entendent pas lâcher une miette de leurs prérogatives autoproclamées et complotent pour renverser le Premier ministre d'Iran. Quand les négociations capotent, la presse en attribue tout naturellement la responsabilité à « l'intransigeance de Mossadegh ».

A mesure de l'avancée de la dispute iranienne, les détails gênants qui s'accumulent obligent les médias à se retrancher derrière la narrative la plus simpliste et éprouvée du temps, l'anticommunisme. Le 10 août 1953, Newsweek publie un article de la CIA intitulé « Iran : les Rouges prennent le pouvoir ». Le 17 août, deux jours après le coup d'État raté, le Washington Post relate la fuite du Shah après que « Mohammad Mossadegh, le Premier ministre soutenu par les communistes, ait contrecarré une tentative de la garde impériale pour le renverser » ; Time, de son côté, compare Mossadegh à Hitler et Staline et signale ses positions « dangereusement pro-communistes ». Le jour suivant, c'est au tour du Christian Science Monitor de titrer « les Rouges renforcent l'emprise de Mossadegh ».

Évidemment, les articles qui suivent les journées du coup d'État travestissent le putsch en « révolte populaire » en faveur du Shah. Le 19 août, le New York Times intitule « L'armée a pris la barre » un récit soi-disant franc et honnête du « soulèvement royaliste »; un article de Newsweek daté du 31 août décrit le putsch comme « une affaire strictement intérieure déclenchée par une immense insatisfaction devant l'incompétence de Mossadegh » ; le même jour, Time magazine titre « Iran : le peuple prend le pouvoir » 33 et écrit, entre autres énormités, « Ce n'était pas un coup d'État militaire, mais un soulèvement populaire spontané ».

Le choeur des médias occidentaux acclame chaudement le Shah, « un monarque éclairé » qui a démarré des « réformes de grand ampleur » avant l'élection de Mossadegh, et proclame son soulagement de voir l'Iran « tiré des griffes de nationalistes carriéristes enragés ».
La presse marche sur la tête. L'inversion est totale.

Tous les journalistes ne sont toutefois pas dupes, et certains, ici et là, devinent l'ingérence indue de politiciens américains dans les affaires intérieures de l'Iran (mais pas encore de la CIA, dont nombre de journalistes américains ignorent encore l'existence). Si aucune de leurs rares pistes ne donne lieu à des investigations, elles permettent à la CIA de faire discrètement son auto-promotion. Kenneth Love, un journaliste du New York Times présent à Téhéran au moment des faits, écrit « la presse iranienne accuse de plus en plus les USA et leur ambassadeur lui-même d'avoir trempé dans le conflit entre le Shah et le gouvernement iranien. » (18 août 1953). Love écrira plus tard qu'il ne connaissait pas encore la CIA à cette époque, mais qu'il allait rapidement en savoir plus... 34

Un an plus tard, la CIA elle-même insère un article rocambolesque dans le Saturday Evening Post, 'Les mystérieux faits et gestes de la CIA' pour manifester son existence, installer son image d'efficacité et, à la fois, brouiller les pistes. 35

Depuis le tout début des manigances anglaises, la presse assaisonne ses rapports de clins d'yeux épisodiques à un complot étranger anti-Mossadegh ; certaines des accusations proviennent des services secrets soviétiques, d'autres de journalistes perspicaces, d'autres encore - nous l'avons vu - de la CIA elle-même. Mais l'ensemble est très nettement insuffisant, pas assez informé ou trop tardif pour équilibrer une presse et une opinion occidentale majoritairement acquises à la cause anticommuniste et au Shah. 36

C'est ainsi que l'administration Eisenhower, les médias et l'essentiel du public anglo-saxon lisent le monde : en méchants contre gentils. Blanc et noir. La paranoïa anticommuniste de la Guerre froide représente le creuset de la politique étrangère des USA, une politique essentiellement définie encore aujourd'hui par la devise « si vous n'êtes pas avec nous, vous êtes contre nous » : tous les pays non-alignés sont perçus comme des menaces.

L'après-putsch, confettis et auto-couronnement de la CIA

Impossible de savoir à quel point l'administration Eisenhower, la CIA et la presse étaient elles-mêmes victimes de leur propagande, mais le fait est que, alors même qu'elle raté l'opération Ajax - encore une fois, le coup d'État n'a été rattrapé que par des circonstances extérieures aux Américains - la CIA s'évade de la réalité au profit d'une narrative d'invulnérabilité construite dans les jours qui suivent le putsch. S'agit-il de préserver des sièges chancelants en clamant victoire contre les faits ou d'une véritable autosuggestion ? Quoi qu'il en soit, le Grand vizir de la CIA, Frank Wisner, envoie des mémos euphoriques à Allen Dulles, 37 recommandant chaleureusement le Département de la communication pour son « sérieux » et sa « célérité », puis le directeur du Bureau iranien de la CIA, John Waller, pour « sa diligence, son intelligence, et son haut degré de jugement » dans les diverses manoeuvres de l'opération Ajax. 38

Redonnons ici l'analyse de l'architecte du coup d'État, Donald N. Wilber : « l'opération aurait pu marcher malgré cet avertissement prématuré, si la plupart des participants ne s'étaient pas révélés incompétents et incapables de décision aux moments cruciaux. » Une lettre d'Allen Dulles, bien qu'écrite sur le même ton absurdement triomphant, souligne un détail important : l'importance accordée par la CIA aux « psyops » (la guerre psychologique) 39 - à savoir la diffusion de fausses informations et la manipulation de l'opinion par les médias. Et de fait, il n'est pas impossible que la guerre de propagande de la CIA ait sapé l'image de Mossadegh aux yeux de l'armée iranienne et ainsi, indirectement contribué à la réussite du putsch.

Immédiatement après le coup d'État, selon le voeu de la CIA et du Département d'État, la presse travaille à affermir l'image du Shah et à continuer de ternir celle de l'ex-Premier ministre. 40 Le 23 août 1953, le New York Times publie ces mots dans un article intitulé « Revue de la semaine : revirement en Iran » (« Week in Review - Reversal in Iran ») : « Le Shah, Mohammed Réza Pahlavi, est le roi constitutionnel d'Iran. Il a le pouvoir de nommer le Premier ministre. Il est le commandeur en chef de l'armée. Il est jeune (33 ans), aime à conduire des voitures de sport, pilote son propre avion, a la réputation d'être pro-occidental et progressiste dans ses idées sociales. Il a aussi la réputation d'être indécis.

Le Premier ministre Mossadegh est le symbole du nationalisme iranien. Il a éjecté les Britanniques des puits de pétrole iraniens, une victoire qui lui a valu une grande popularité. Il est vieux (72 ans selon ses propres comptes) et internationalement célèbre pour ses habitudes étranges, comme de recevoir des visiteurs diplomatiques dans son lit, de pleurer à chaudes larmes et de s'évanouir en public, ou de bondir comme un lapin vers l'étage supérieur à des rencontres officielles. »

L'un, jeune, « est progressiste dans ses idées sociales, pilote son propre avion et conduit des voitures de sport » alors que l'autre, vieux, « pleure, s'évanouit et bondit comme un lapin »... armés de détails aussi pertinents sur les deux hommes, impossible de se faire une idée objective de leur valeur politique et humaine respective...

Coup gagnant pour les USA, perdant pour le Royaume-Uni et à terme, perdant pour les deux

Après le coup d'État, le Shah, piloté par les USA et les Britanniques, installera un régime autocratique 41 et brutal doté d'une police secrète comparable à la Gestapo, la SAVAK. L'Amérique obtient ce qu'elle cherchait depuis le début par la vassalisation de l'Iran aux USA et non plus au Royaume-Uni, qui sera obligé d'accepter des prises de participation de compagnies américaines. Dès 1956, l'Amérique aura supplanté le Royaume-Uni en Iran et se sera positionnée comme première puissance impériale au Moyen-Orient. 42

Pendant que la police secrète du Shah traque les dissidents, le peuple iranien n'oublie ni les USA, ni Mossadegh - un homme révéré à ce jour en Iran à l'égal d'un Gandhi.

« Du point de vue historique, le coup d'État a été un ratage pour les États-Unis. La révolution de 1979 a été l'effet à long terme de l'augmentation de la répression par le Shah, qui est revenu au pouvoir après le coup d'État. La révolution islamique a mis au pouvoir un régime fanatiquement antiaméricain. » - Stephen Kinzer. 43 Mark Gasiorowski ajoute, « Le renversement de Mossadegh a ouvert la voie à deux courants politiques - les islamistes menés par l'Ayatollah Rouhollah Khomeini et et les gauchistes radicaux, les militants moudjahiddines - qui ont gagné du terrain au cours des décennies suivant le coup d'État. Tout ce que le putsch a accompli a été d'éliminer les éléments modérés, sécularistes, de la politique iranienne et de permettre aux mollahs et aux radicaux de gauche d'émerger en tant que factions-clés de l'opposition [au cours des années 60 et 70]. » 44

Les conséquences de l'Opération Ajax ont dépassé de très loin les frontières de l'Iran et se font encore sentir dans le monde entier. Laissons le mot de la fin à Stephen Kinzer : « Si l'opération iranienne n'avait pas réussi, l'idée des opérations secrètes qui sont devenues une partie si intégrante de la politique étrangère américaine pendant les années 50 et au-delà n'aurait pas semblé si attrayante. »

Corinne Autey-Roussel | 5 AVRIL 2017

Références :

1 The First American Implicated in 1953 Coup: Gen. H. Norman Schwarzkopf Denies Role in CIA Plot, par Arash Norouzi
mohammadmossadegh.com

2 Operation Ajax Was Always An Open Secret - From Conspiracy Theory To Verified History, A Timeline, par Arash Norouzi. Descendre sur la page.
mohammadmossadegh.com

3 Countercoup: the struggle for the control of Iran, par Kermit Roosevelt (1979, seconde édition révisée)
mohsen.1.banan.byname.net

4 Iran 1953: The Strange Odyssey of Kermit Roosevelt's Countercoup
www2.gwu.edu

5 TP Ajax : Les trois jours où la CIA a renversé Mossadegh
etudesgeostrategiques.com

6 Taking Credit For Ruining Iran? Kermit Roosevelt Explains the Iran "Mess”, July 30, 1980 The Los Angeles Times
mohammadmossadegh.com

7 The Secret History of the Iran Coup, 1953. Malcolm Byrne, National Security Archives (2000)
www2.gwu.edu

8 Secrets of History, The CIA in Iran. Dossier du New York Times (18 juin 2000)
nytimes.com
et
cryptome.org

9 CIA Confirms Role in 1953 Iran Coup. (août 2013). Les documents déclassifiés de la CIA, descendre sur la page.
www2.gwu.edu et
CIA admits role in 1953 Iranian coup, The Guardian
theguardian.com
et
The Battle for Iran, 1953: Re-Release of CIA Internal History Spotlights New Details about anti-Mosaddeq Coup
www2.gwu.edu

10 History of Iran, chapitre « The Qajar dynasty »
iranchamber.com

11 William Knox D'Arcy, notice biographique par by David Carment
adb.anu.edu.au

12 Iran's Concession Agreements and the Role of the National Iranian Oil Company, article sur les liens entre secteur public et privé dans le pétrole d'Iran, par Homayoun Mafi.
lawschool.unm.edu

13 BP in the Gulf The Persian Gulf/How an Oil Company Helped Destroy Democracy in Iran, par Stephen Kinzer (auteur de deux livres sur l'Opération PBSUCCESS) tomdispatch.com

14 A Very British Coup, émission de radio de la BBC radio 4 (22 août 2005). Présentation.
bbc.co.uk

L'émission elle-même (audio) youtube.com
Part two


Part three

15 Witness - Iran coup. Émission de la BBC (2010)
bbc.co.uk

16 Anglo-Soviet invasion of Iran
saylor.org

17 A report to the National Security Council, United States policy regarding the present situation in Iran, CIA declassified (November 20, 1952)
www2.gwu.edu

18 Page 27, A Cold War Narrative : the Covert Coup Of Mohammad Mossadegh
digitalrepository.trincoll.edu

19 All the Shah's men par Stephen Kinzer, pages 3 et 4.
amazon.com

20 State Department, « Measures which the United States Government Might Take in Support of a Successor Government to Mosadeq, » Top Secret Memorandum, March 1953.
www2.gwu.edu

21 State Department, top secret draft memorandum.10 août 1953. Declassified.
www2.gwu.edu

22 Mohammad Mosaddeq and the 1953 Coup in Iran, synthèse par Mark J. Gasiorowski et Malcolm Byrne, National Security Archive
www2.gwu.edu

23 Noam Chomsky on American Foreign Policy and US Politics. Interview de Cenk Uygur, 26 octobre 2010
chomsky.info

24 "White propaganda comes from a source that is identified correctly, and the information in the message tends to be accurate...Although what listeners hear is reasonably close to the truth, it is presented in a manner that attempts to convince the audience that the sender is the 'good guy' with the best ideas and political ideology.

Black propaganda is credited to a false source, and it spreads lies, fabrications, and deceptions.

Gray propaganda is somewhere between white and black propaganda. The source may or may not be correctly identified, and the accuracy of information is uncertain.” - Garth S. Jowett et Victoria O'Donnell, Propaganda and Persuasion.
amazon.com

25 A short account of 1953 Coup/Operation code-name: TP-AJAX
iranchamber.com

26 Allouma, par Maupassant (1889)
maupassant.free.fr

27 Mohammed Mossadegh - Time Person of the Year - 1953, article
smileiran.com

28 Iran : To Quit or Not to Quit, article de Time
content.time.com

29 Real Men Don't Wear Pajamas: Anglo-American Cultural Perceptions of Mohammed Mossadeq and the Iranian Oil Nationalization Dispute, par Mary Ann Heiss (2001)
ohiostatepress.org

30 Perceptions of Persia: The Persistent & Pervasive Orientalism of the West's Iran Policy, article par Nima Shirazi
wideasleepinamerica.com

31 Dorman and Farhang, The US Press and Iran, chronique par Ervand Abrahamian
http://www.merip.org/mer/mer153/dorman-farhang-us-press-iran

et
The U.S. Press and Iran: Foreign Policy and the Journalism of Deference, par William A. Dorman et Mansour Farhang (1988)
amazon.com

32 Killing Hope - U.S. Military and CIA Interventions Since World War II par William Blum
williamblum.org

33 IRAN: The People Take Over, article de Time magazine, (31 aout 1953)
mohammadmossadegh.com

34 The U.S. Press and Iran: Foreign Policy and the Journalism of Deference, par William A Dorman, Mansour Farhang, page 50
amazon.com

35 The Mysterious Doings of the CIA par Richard and Gladys Harkness, article du Saturday Evening Post en date du 6 novembre 1954
connection.ebscohost.com

36 Operation Ajax Was Always An Open Secret - From Conspiracy Theory To Verified History, A Timeline, par Arash Norouzi (descendre sur la page jusqu'au chapitre Timeline)
mohammadmossadegh.com

37 The Dulles Brothers...how to wreak havoc in Guatemala and Iran... par Ebrahim Norouzi
mohammadmossadegh.com

38 A Job Well Done CIA Commendations Proposed for AJAX
Aug. 1953: Agency Pleased With "Successful Result” of Coup
mohammadmossadegh.com

39 A "Major Victory” for the CIA Spymaster Allen Dulles Praises Iran Coup par Arash Norouzi
mohammadmossadegh.com

40 Installing A Dictatorship: A 'How-To'- mohammadmossadegh.com

41 What Kermit Roosevelt Didn't Say par Sasan Fayamanesh, article sur la vie sous la dictature du Shah
counterpunch.org

42 A Cold War Narrative ; The Covert Coup of Mohammad Mossadegh, Role of the U.S. Press and Its Haunting Legacies, par Carolyn T. Lee (thèse universitaire, 2013)
digitalrepository.trincoll.edu

43 All The Shah's Men: An American Coup And The Roots of Middle East Terror, par Stephen Kinzer
amazon.com

44 Mohammad Mosaddeq And The 1953 Coup In Iran, par Mark Gasiorowski
amazon.com

Photo :  Mohammed Mossadegh

Source: entelekheia.fr /

arretsurinfo.ch

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