071215 4 min

Le discours de ce qui n'est pas

Le discours de ce qui n'est pas revient finalement à clamer son incompétence à savoir s'exprimer et donc préalablement à savoir élaborer un processus intellectuel convenablement.
Souvent les discours politiciens veulent mettre du punch en utilisant le « ce n'est pas... ».
Cela et est le fruit d'une pensée binaire mais il faut bien définir son inconvénient et ce qu'est le non discours binaire. Il ne suffit pas de critiquer le premier sans savoir où ensuite on va mettre les mieds.
Le refus est un reflex enfantin d'avant l'époque de la parole, quand il fallait jouer aux devinettes pour pouvoir s'exprimer. La maman fait défiler les objets, ou bien propose des mots différents, et l'enfant de refus en refus, attend de reconnaître ce qu'il attend.
Il faut bien comprendre que le discours par la négative est un art lent et laborieux, étant donné sa non complexité. (car peu le savent mais la non complexité est emplie de défauts de logique – il ne faut pas la confondre avec la simplification, qui succède à la complexité). Et pourtant c'est dans ce registre que le discours politique veut placer le discours.
Les élections elles-mêmes, à l'échelle des décennies, sont un continuel refus de diverses choses afin de s'approcher de ce qui est vraiment voulu. Bien qu'absurde, c'est dans la culture humaine le moyen le plus légal d'y parvenir. Ce n'est qu'une lente conversation avec des élites politiques ; alors même que les temps changent et que le discours est sans cesse réamorcé.
Une phrase qui commence par « ce n'est pas » est déjà tout un art, signifie en soit qu'on se place ailleurs de là où l'entendement collectif a tendance a naturellement se placer. C'est un discours de minorités opprimées, mais aussi un discours de visionnaire, qui comme le veut la tradition, est le plus souvent seul face au monde, comme Jésus.
Mais surtout une phrase qui commence par « ce n'est pas » n'est rien d'autre que l'illusion de ce qui précède, étant donné que si le sens réel avait été trouvé, la phrase eût commencée différemment : en disant ce que « c'est ».
Dans la dialectique il y a une composante structurelle d'une importance primordiale (chose réellement existante dans notre Univers bien que non matérielle, faisant partie de l'ontologie des systèmes – des choses qui fonctionnent) qui est la réévaluation par changement des rattachements de sens. Cette chose fait qu'un mot ou une idée ou une portion de phrase, selon son contexte peut aller du magnifique à l'affreux, sans que ce mot ou cette idée ou cette portion de phrase ne diffère d'une miette y compris dans son intonation.
Et pourtant malgré ceci (la méconnaissance des systèmes fait que) les gens continuent à essayer d'estimer la valeur de chacune des choses indépendamment des autres, sans jamais de conscience de ce à quoi ils le rattachent sans faire exprès. Ainsi ils jugent telle chose bien, telle autre mal, sans vraiment s'inquiéter du fait qu'un jour au détour d'un autre contexte qui ne pouvait leur être révélé en si peu de temps, en vérité il en est tout autrement.
Et tout est là car cet élément de l'ontologie des systèmes est qu'on peut toujours réévaluer le sens d'un mot, d'une phrase d'une idée, (chose qui paraît bien banale à dire mais justement) : par voie directe de conséquence il conviendra de ne plus, alors, avoir à utiliser la comparaison par l'absurde négative (rattachée n'importe comment à des significations insaisissables et invérifiables) mais spécifier franchement la mesure dans laquelle doit s'entendre le discours qui vient juste d'être prononcé. Ce qui change tout. Car le discours politicien est justement de faire croire à ce qu'il a dit, et de se laisser pour autant de portes de sorties qu'il y avait d'imprécisions dans son discours...
En fait quand les français écoutent un discours politique ils ne devraient même pas écouter les mots, car ils risquent de se faire barratiner par une rhétorique sans cesse retournée comme un poisson dans un bocal jusqu'à ce que plus rien ne soit reconnaissable, la chanson seule suffit à tout révéler des intentions réelles (conclusion qui est l'inverse des habituelles conclusions antipsychotiques), du moins tant que l'orateur aura laissé tremper le sens profond de son discours dans un sous-entendu implicite au lieu de situer honnêtement la mesure dans laquelle il entend ce qu'il affirme.
Par contre s'il postillonne ou si son battement cardiaque est supérieur à 80 pulsations par secondes, ou s'il n'a visiblement rien enregistré des remarques qu'on pourrait lui faire, le discours n'est plus qu'une pulsion nerveuse dénuée de sens logique, extrêmement dégradée et imprécise, et pouvant porter à confusion et à conflits.

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