11/09/2017 5 min investigaction.net #132908

« Salah Hamouri est une cible »

Article de : Pierre Barbancey

Le juge a refusé la détention administrative, mais le Franco-palestinien est condamné à trois mois de prison. Tel-Aviv, gêné par la mobilisation en France, essaie de donner le change.

Incroyable « justice » israélienne ! Une attitude et un comportement à inscrire très vite dans toutes les universités de droit du monde entier. Salah Hamouri a été arrêté le 23 août dernier au prétexte qu'une enquête était en cours sur son appartenance supposée à une « organisation ennemie ». Le jeune Franco-palestinien de 32 ans, qui a récemment obtenu avec succès son diplôme d'avocat qu'il met au service de la défense des prisonniers politiques palestiniens, était supposé être libéré cinq jours plus tard, après avoir subi en tout et pour tout un interrogatoire d'une vingtaine de minutes à son arrivée au centre de police. Mis à l'isolement, il apprend par la suite que, pour les besoins de l'enquête, il est maintenu en détention. Le 29 août, il est présenté devant un juge de la cour de Jérusalem, qui décide tout d'abord de le placer en résidence surveillée pour vingt jours, sans qu'aucune des charges ne soit révélée, contenues dans un « dossier secret ». Le magistrat lui interdisait également l'entrée à Jérusalem ainsi que toute sortie du pays pendant trois mois. En plus de cette décision, Salah Hamouri devait s'acquitter d'une caution de 10 000 shekels (environ 2 300 euros). Sa famille s'est alors rendue à Al-Moskobyeh, le centre d'interrogatoire, pour payer la caution. C'est alors que l'ordre émanant du ministre de la Défense, Avigdor Liberman, est tombé : placer Salah Hamouri en détention administrative. Soit six mois renouvelables au bon gré du ministère.

Le « dossier secret » est vide

Dans son simulacre de justice, l'État d'Israël fait bien les choses. Un juge de la cour de Jérusalem devait se prononcer sur cette mise en détention administrative. L'audience s'est tenue, hier, à huis clos. Le juge a refusé la détention administrative mais a estimé que le jeune Franco-palestinien devait purger la peine de trois mois de prison qui lui restait à effectuer lorsqu'il a été libéré le 18 décembre 2011 à l'occasion d'un échange de prisonniers palestiniens et du soldat israélien Gilad Shalit, possédant la double nationalité israélienne et française. La France a eu son mot à dire dans la négociation. De plus, dès sa sortie les autorités israéliennes ont interdit à Salah Hamouri de sortir du pays jusqu'à la fin de la durée réelle de sa peine.

En refusant la détention administrative, le juge montre l'évidence : le « dossier secret » est vide et la mobilisation qui s'est amplifiée en France a forcé les autorités israéliennes à, au moins, donner le change ! Mais le but est le harcèlement. La Haute Cour de justice israélienne a indiqué qu'elle faisait appel. Rien ne dit, donc, que dans les prochains jours, une nouvelle détention administrative ne sera pas ordonnée et le cycle serait sans fin, dans le cadre d'une mascarade judiciaire. Le même problème pourrait de toute manière se poser dans trois mois. « Salah est une cible, pour rendre sa vie très difficile », estime son avocat, Hassan Mahmoud. Malgré les appels de milliers de citoyens en France, de députés et de sénateurs de différents groupes, Emmanuel Macron ne dit mot et consent donc à ce qu'un ressortissant français soit emprisonné sans aucune raison. Il accepte que la parole donnée à la France soit bafouée. Le consul général de France à Jérusalem a pu rencontrer Salah Hamouri en prison. Mais le ministère français des Affaires étrangères adopte une étrange attitude.

L'Humanité a envoyé plusieurs questions au Quai d'Orsay. Nous interpellions ainsi le ministère, notamment pour savoir pourquoi la France n'avait pas « officiellement réagi lors de l'arrestation de Salah Hamouri et sa détention sur la base d'un dossier secret ». Nous demandions également ce que pense le ministère sur l'attitude de l'ambassade d'Israël en France, qui a envoyé une lettre à certains députés français signée par un ministre plénipotentiaire, Marc Attali, dans laquelle des contrevérités et de fausses informations sont présentées comme des réalités. « Peut-on accepter que les députés français reçoivent ainsi de fausses informations de la part de représentants d'un pays étranger sans que les autorités françaises ne réagissent ? »

Seule réponse obtenue, outre le rappel de l'aide consulaire : « Le ministère suit avec beaucoup d'attention la situation de M. Salah Hamouri et est pleinement mobilisé » et « Nous continuerons de suivre avec la plus grande attention la procédure judiciaire en cours ». Et un appel aux autorités israéliennes pour « permettre à M. Hamouri de recevoir la visite de son épouse et de leur enfant comme sa famille en a exprimé le souhait », ce que celle-ci réfute. Rien, en tout cas, qui s'apparente à une exigence de libération immédiate. Le PCF appelle à amplifier la mobilisation en ces termes : « Ce n'est ni 3 mois, ni 6 mois que Salah Hamouri doit passer en prison. Innocent, Salah doit être relâché immédiatement : #LibérezSalah ! »

Source: L'Humanité

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