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Le libéralisme veut s'octroyer les bienfaits de ce qui n'est que de la logistique

On n'a pas besoin du libéralisme.
Il existe un gars quelque part qui est né dans une très grande pauvreté et a toujours été mû par un désir de justice, qui a fait beaucoup d'études, est devenu riche, vieux, et surtout un des plus fervents néo-libéraux qui puissent être. Il faut le faire quand même. Son idée est que le libéralisme surpasse toutes les mécaniques, que par sa nature il a toujours tendance à créer les équilibres les plus justes.
Son idée du libéralisme est tellement pure qu'on ne peut qu'être séduit par ce mécanisme, seul capable de produire des effets bénéfiques spécifiquement sur les développements les plus profitables, ce qui a pour effet de concentrer le plus judicieusement l'énergie humaine.

En effet on peut dire que c'est le libéralisme qui a créé la société de consommation et rendu l'informatique abordable, fait exister la communication instantanée, valorisé la culture en la rendant payante, fait monté le niveau de vie moyen (des pays riches) jusqu'à rendre quasiment sans valeur des biens comme l'eau et l'électricité, accessible à tous ou en tous cas le plus grand nombre, en quatité suffisante, tellement suffisante que de les privatiser ne heurte personne, etc etc...
Les transports, les affaires, toute l'activité humaine et tout son dynamisme est permis en fin de compte par le libéralisme.

Alors proposer une alternative à ce genre d'analyse, qui ne soit pas du libéralisme, lui fera se demander le pourquoi d'un tel gâchis ?
Mais en fin de compte, ce qui fait baisser les prix des objets, est la mise en commun des moyens de production, tandis que la technologie, l'infrastructure urbaine et culturelle, eux sont des acquis du travail des humains, et en ce sens reste gratuit et non imputable au libéralisme lui-même.

Au moment où le système qui consiste à évaluer mentalement et sans règle précise la valeur des choses, laissant une place démente à l'abstraction et au délire, est confronté à l'injustice qu'il produit, on se demande naturellement quel autre système aurait pu éviter l'injustice.
On comprend aussi que quel que soit cet autre système, il aurait aussi produit à peu près les mêmes bénéfices, le même niveau de vie moyen, et peut-être plus uniformément qu'avec le libéralisme alogarchique.

C'est à ce moment qu'apparaissent les premières réprimandes paternalistes du libéralisme, qui voudrait s'approprier les bienfaits qu'il aurait produit, enfin permis de produire, un peu comme un tortionnaire-moyen s'exclame « avec tout ce que j'ai fait pour toi ! ».

Comme si on devait au libéralisme une sorte de vénération respectueuse, comme s'il bénéficiait d'une immunité semblable à celle du père qui sait et qui impose à juste titre, des règles strictes à ses enfants, que sur l'instant ceux-ci estiment injuste, mais qu'ils trouveront eux aussi « justes », rétroactivement, une fois nien formatés évidemment.

Comme si le libéralisme tenait à réagir comme un humain, en s'assurant de la confiance aveugle de ceux qui dépendent de lui, et que, se préparant à trépasser, il voulait laisser un souvenir impérissable afin que son idée lui survive.

C'est marrant d'ailleurs quand on y pense, car c'est la logistique qui est au centre de toute l'organisation, et qui invente les règles des échanges afin qu'ils répondent à des critères numériques plus globaux.
La logistique a l'époque pré-informatique, ne pouvait pas s'étendre au-delà d'un réseau trop compliqué, du moins pas tant qu'un diagramme informatif n'était pas là pour éclaircir les idées.
Mais dans l'ère informatique le réseau peut être complet et global, instantané et automatique, paramétrable et administrable.
La gestion de la mise en commun des ressources, le choix des distances les plus courtes, la possibilité de faire fonctionner ensemble la diversité, sont ce que permet la logistique moderne.

Alors à la question de savoir si à la prochaine ère de la logistique va subsister l'idée-noyau du libéralisme, celle qui permet des équilibres magiques, sans aucun doute que oui, puisque le libéralisme n'était qu'une forme primitive et instinctive de ce que peut être la logistique aujourd'hui.

Mais dans le temps de cette mutation, il conviendra de surtout se concentrer sur les non-dommages causés par une alternative au libéralisme, voire même à philosopher sur les dommages qui auraient pu être évités si on avait fait cette transition beacoup plus tôt ; où même si on découvre que dans le passé elle a été faite avortée par de puissants conspirateurs qui avaient peur de perdre le côté numériquement vérifiable de leur prestige relatif.

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