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[2013] Syrie : « Le rapport de la commission d'enquête de l'Onu est unilatéral »

A la suite de la démission fort médiatisée de la commissaire de l'ONU, nous rééditons divers documents relatifs à cette commission. [publiés initialement dans le site silviacattori.net].

ENTRETIEN AVEC LA JOURNALISTE ANASTASIA POPOVA - Mars 2013

La jeune journaliste russe Anastasia Popova nous était totalement inconnue avant la sortie de l'impressionnant film qu'elle a réalisé en Syrie : « The Syrian Diary », un film donnant la parole à des Syriens ordinaires victimes des groupes armés dont les propos contrastent totalement avec ce qu'affirment les « grands reporters » occidentaux.

Nous avons connu Anastasia Popova à Genève où elle donnait une conférence publique sur la situation en Syrie. Suite à son témoignage, en totale opposition avec ce que les ONG et l'ONU affirmaient, Popova a été invitée à s'exprimer devant la Commission d'enquête des Nations unies. Nous lui avons alors demandé comment s'était déroulée cette entrevue.

Par Silvia Cattori Publié le 11 mars 2013

Silvia Cattori : La « Commission d'enquête sur la Syrie » vous a invitée à témoigner à l'ONU, à Genève le 7 mars. Vous a-t-on accordé assez de temps pour dérouler votre argumentation ?

Anastasia Popova : Nous avons été invités [Anastasia Popova, Bahar Kimyongur et Mère Agnès-Marie de la Croix -Ndt] à rencontrer les enquêteurs de la Commission d'enquête après notre présentation à l'ONU [1 ]. Après cela nous avons pu rencontrer le Président de cette commission M. Paulo Pinhero (Brésil), Mme Carla del Ponte (Suisse), Mme Karen Koning Abu Zayd (USA), M. Vitit Muntarbhornd (Thaïlande). Ils nous ont dit qu'ils avaient environ 20 minutes mais notre conversation a duré environ 50 minutes et a été à mon avis très positive. Chacun de nous a fait une courte déclaration.

Silvia Cattori : Avez-vous reçu une véritable écoute de la part des hauts représentants de la Commission d'enquête indépendante des Nations Unies sur la Syrie ? Ou aviez-vous le sentiment que cette entrevue pouvait n'être, eu égard des critiques que les allégations de cette commission ont soulevé, qu'un alibi permettant à la commission de prétendre avoir œuvré de façon neutre ?

Anastasia Popova : À ma grande surprise, la réunion s'est bien passée. Les commissaires ont essayé d'argumenter dans certains cas mais ils ont surtout écouté en prenant des notes. Ils ont demandé à chacun de nous de fournir toutes les informations dont nous disposions, y compris des vidéos, aussi rapidement que possible de sorte que certains des cas mentionnés puissent être inclus dans le rapport final. Ils ont proposé une future coopération, accepté de rencontrer les victimes et les témoins des crimes commis par les groupes armés pour rendre le rapport plus équilibré.

Silvia Cattori : Cette entrevue, qui intervient alors que le rapport de la commission est déjà établi, avait-elle encore un sens ? Dans ses déclarations à la presse Mme Carla del Ponte incrimine au premier chef les forces du gouvernement et non pas les terroristes [2 ] qui entrent par milliers en Syrie avec l'appui de la Turquie et autres puissances ?

Anastasia Popova : J'ai été surprise de recevoir une lettre de Carla del Ponte disant qu'elle avait regardé mon documentaire et qu'elle est intéressée par une coopération ultérieure. À mon avis, c'était une réunion très utile et j'espère voir bientôt des résultats positifs.

J'ai lu le rapport et j'ai fait un court résumé de tous les faits douteux sur la base de ce que j'ai vu moi-même et de ce que j'ai entendu des témoins et des victimes à l'intérieur de la Syrie. À mon avis le rapport est unilatéral [3 ].

Très peu est dit sur les crimes commis par les groupes armés, et les choses qui figurent malgré tout dans le rapport sont censées se produire à une échelle très faible. Certaines des méthodes utilisées dans les combats sont décrites comme des tactiques de l'armée, alors qu'elles ne le sont pas. Le gouvernement est accusé de certaines formes spécifiques de tortures alors que dans le clip vidéo que j'ai montré dans The Syrian Diary on peut clairement identifier le drapeau de l'opposition. [On y voit des hommes en uniforme, se faisant passer comme appartenant à l'armée régulière syrienne, en train de torturer des civils, mais qu'un détail trahit -Ndt].

Nombres d'informations rapportées dans ce rapport sont des mensonges éhontés. Certaines ont été obtenues à partir de sources non vérifiées qui utilisent le mot PEUT dans leurs témoignages mais les conclusions de la commission blâment le gouvernement en accordant pleine confiance à ces témoignages douteux !

À mon avis il est difficile de faire un rapport probant sur la base de 445 témoignages recueillis dans des camps de réfugiés en dehors de la Syrie alors qu'il y a 23 millions de personnes vivant en Syrie, y compris plus de 5 millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays. Le manque d'accès au pays ne peut pas être utilisé comme un argument ; il y a différentes manières d'obtenir des informations en dehors des sources gouvernementales ; par exemple les enquêteurs pourraient utiliser du matériel fourni par des journalistes ; ou ils pourraient rencontrer des victimes hors de Syrie, par exemple au Liban.

Silvia Cattori : En effet, votre documentaire « The Syrian Diary », diffusé par Rossiya 24, donne la parole aux Syriens de toutes origines qui vivent l'arrivée des groupes armés dans leurs quartiers avec effroi. Il contraste singulièrement avec ce qui est rapporté dans les reportages des journalistes qui se font embarquer dans les fourgons des « opposants » armés. Avez-vous le sentiment qu'en tant que journaliste russe, vous êtes frappée d'une sorte d'ostracisme en Occident raison pour laquelle, votre témoignage aussi honnête et remarquable soit-il ?

Anastasia Popova : En ce qui concerne le documentaire « Syrian Diary », je pense que les gens vivent encore sous le stéréotype selon lequel les médias occidentaux sont les meilleurs, que c'est là qu'il y a la liberté d'expression et le respect des téléspectateurs ; et que des « icônes » de l'information comme la BBC ou CNN ne peuvent pas leur fournir des informations non vérifiées. Il leur est difficile de reconnaitre qu'aujourd'hui des nouvelles sont FABRIQUÉES par ces mêmes journalistes qui étaient autrefois objectifs. La différence est que maintenant ils sont devenus un instrument qui forme les opinions en créant des histoires capables d'orienter les téléspectateurs. On peut ajouter un soutien Internet massif et coordonné aux histoires présentées. Les autres informations non désirées sont supprimées ou demeurent invisibles dans le tsunami de celles qui sont fournies.

Le système médiatique en Russie n'est pas aussi développé qu'en Occident ; il n'est pas instrumentalisé de cette façon et nous pouvons de ce fait avoir la liberté de présenter différents points de vue. Par exemple en ce qui concerne la Syrie, nous avons des comptes rendu et des avis qui sont complètement à l'opposé les uns des autres. De sorte que les gens peuvent penser, analyser et se former leur propre opinion. J'ai souvent entendu dire qu'il y a un énorme manque d'information « alternative » [la liberté pour les voix dissonantes de s'exprimer dans les médias traditionnels -Ndt] en Europe, qu'elle n'est pas facile à trouver dans les médias dominants. J'espère que ce documentaire [The Syrian Diary] montre au moins que l'information « alternative » existe, et qu'il faut juste continuer à la chercher.

Silvia Cattori : Je vous remercie.

PS : Ce lundi à l'ONU à Genève à la réunion sur la Syrie qui se déroulait en présence de la commission d'enquête, les représentants des Etats occidentaux ont loué le rapport de la commission et s'y sont abondamment référés dans leurs interventions. A méditer.

(*) Voir : silviacattori.net

[1] Anastasia Popova, Bahar Kimyongur, étaient initialement venus témoigner à Genève à l'invitation de l'Institut International pour la Paix, la Justice et les Droits de l'Homme (IIPJHR) et du Collectif des Syriens de Suisse (CSS), dans le cadre de la Conférence qui s'est tenue à Genève le 28 février 2013, en marge de la 22e session du Conseil des droits de l'homme de l'ONU silviacattori.net. Suite à cela, la commission d'enquête de l'ONU, embarrassée par les critiques l'accusant à raison de faire la part belle aux bandes terroristes, leur a demandé de revenir à Genève, ainsi qu'à Mère Agnès, afin d'entendre leurs témoignages.

[2] « Dans notre rapport on a établi que les crimes du gouvernement sont majeurs » affirme Mme Carla del Ponte sur radio France culture le 8 mars 2013

[3] Voir : silviacattori.net
Voir également : silviacattori.net

Toutes les versions de cet article :
- Siria: « Il rapporto della commissione d'inchiesta dell'Onu è unilaterale »
- سورية: « تقرير لجنة التحقيق التابعة للأمم المتحدة أحادي »

Source: silviacattori.net

Le rapport de l'ONU sur la Syrie innocente les terroristes

Anastasia Popova
le 9 mars 2013

Dans un nouveau rapport la « Commission internationale d'enquête qui suit la situation des droits de l'homme en Syrie » fait la part belle aux groupes terroristes qui agissent au sein de l'Armée libre syrienne (ASL). Dans ce rapport la commission s'attache à incriminer principalement les forces gouvernementales de Bachar el-Assad. Elle omet curieusement de mettre en évidence la gravité et l'ampleur des crimes que les divers groupes d'insurgés ont commis contre des civils depuis le début de l'insurrection.

Tout cela est ahurissant ! Le mensonge est global. Les victimes sont transformées en bourreaux par ce rapport ! Pourtant les crimes commis contre des civils par les combattants armés ont été portés à la connaissance de tout un chacun par les nombreuses vidéos diffusées par les insurgés eux-mêmes.

Ce rapport est un scandale.

Contrairement à ce qu'affirme le président de la commission d'enquête de l'ONU, M. Paulo Pinheiro, la commission n'a pas collecté « l'information des deux côtés ». Elle a fait bel et bien fait une différence entre les parties au conflit car tout devait conduire à viser au premier chef le président Bachar el-Assad.

Tout cela porte à penser que la voix des vraies victimes, ainsi que la voix des rares journalistes qui depuis le début du conflit documentent de manière honnête et impartiale les crimes commis par les groupes armés en Syrie, ne sera pas entendue. Car, comme on le voit dans ce rapport inique, les insurgés ont gagné la bataille de l'information et de la propagande depuis longtemps. Pourquoi une pareille dérive est-elle possible ? Parce que les puissances qui financent et légitiment les groupes armés en Syrie, ont l'entier soutien de la presse occidentale, des ONG humanitaires et de l'ONU.

Cela est fort choquant mais n'est pas une surprise pour les gens bien informés. Car cette « Commission internationale d'enquête » n'est pas indépendante et impartiale, comme le prévoit la résolution S-17/1 du Conseil des droits de l'Homme de l'ONU. Elle est apparue partiale dès son premier rapport. Le parti pris de ses membres, tout comme leur premier rapport, a été mis en cause par l'ONG « Union des Juristes Arabes » devant le Conseil des droits de l'Homme de l'ONU à Genève.

Dans le PDF attaché on peut prendre connaissance des remarques critiques que la journaliste russe Anastasia Popova a adressées, ce 9 mars, à M. Paulo Pinhero, à Mme Carla del Ponte et à Mme Karen Koning Abu Zayd, membres de la Commission d'enquête internationale sur la République arabe syrienne, au sujet de ce rapport.

Anastasia Popova réfute point par point ici les allégations de la Commission accusant de facto l'armée gouvernementale d'être responsable y compris des crimes commis par les insurgés.

A l'attention de M. Paulo Pinhero, Mme Carla del Ponte et Mme Karen Koning Abu Zayd, membres de la Commission d'enquête internationale sur la République arabe syrienne. J'ai pris connaissance du rapport de la Commission et j'y ai trouvé beaucoup de contradictions.

Veullez trouver mes remarques ci-joint.

Salutations respectueuses
Anastasia Popova
le 9 mars 2013

Titre documents joints:

Critique du rapport de la Commission d'enquête de l'ONU sur les violences en Syrie élaborée par la journaliste Anastasia Popova

Source: silviacattori.net

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