08/08/2017 5 min entelekheia.fr #131986

La solitude tue, affirment des psychologues

Le libéralisme de nos sociétés occidentales, avec son accent sur l'intérêt personnel, son culte obsessionnel de l'ego et son déni de la nature sociale et grégaire de l'humain, a tenté de la supplanter par un modèle artificiel de compétiteur solitaire inscrit dans un schéma social « gagnant-perdant » fondé sur le profit individuel, la méfiance envers l'autre et la « guerre de tous contre tous » où « l'homme est un loup pour l'homme », imposant par là des références contre-nature littéralement, concrètement mortifères.


Communiqué de l'American Psychological Association
Paru sur EurekAlert sous le titre So lonely I could die
La solitude et l'isolement social peuvent représenter une menace plus grande à la santé publique que l'obésité, et leur impact a augmenté et continuera d'augmenter, selon des recherches présentées à la 125eme convention annuelle de l'Association des psychologues américains (American Psychological Association, APA).

« Être socialement relié aux autres est généralement considéré comme un besoin humain fondamental - nécessaire aussi bien à la survie qu'au bien-être. Les exemples extrêmes démontrent que les bébés et les enfants en bas âge placés dans des institutions de garde d'enfants, s'ils manquent de contacts humains, accusent des retards de développement et meurent même, et de fait, l'isolement social ou les cellules d'isolement carcérales ont souvent été utilisées comme punitions, » explique Julianne Holt-Lunstad, professeur de psychologie à l'université Brigham Young. « Malgré tout, de plus en plus d'Américains font quotidiennement l'expérience de la solitude. »

Une estimation de 42,6 millions d'Américains âgés de plus de 45 ans aux USA souffrent de solitude chronique, selon l'étude sur la solitude d'AARP. De plus, selon le recensement le plus récent, plus du quart de la population vit seule, plus de la moitié est célibataire ou divorcée et, depuis le recensement précédent, les taux de mariages et le nombre d'enfants par foyer ont baissé.

« Ces tendances suggèrent que les Américains sont de moins en moins connectés entre eux et vivent davantage dans la solitude, » ajoute Holt-Lunstad.

Pour illustrer l'incidence de l'isolement social et de la solitude sur le risque de mortalité prématurée, Holt-Lunstad a présenté les données de deux méta-analyses. La première comprenait 148 études, pour plus de 300 000 participants, et concluait qu'un plus grand lien social est associé avec une réduction de 50% du risque de décès prématuré. La seconde étude, qui réunissait 70 études représentant 3,4 millions d'individus principalement venus d'Amérique, mais aussi d'Europe, d'Asie et d'Australie, examinait les rôles de l'isolement social, de la solitude ou de la vie en célibataire dans la mortalité. Les chercheurs ont conclu que les trois avaient un effet significatif et égal sur les risques de décès prématuré, un risque égal ou supérieur à d'autres facteurs de risque reconnus, par exemple l'obésité.

« Nous avons des preuves solides quand à l'isolement social et à la solitude en tant que facteurs causaux de mortalité prématurée, et l'importance des risques dépasse celle de nombreux autres indicateurs de santé, » a dit Holt-Lunstad. « Avec une population de plus en plus âgée, nous nous attendons à une amplification de l'effet de la solitude sur la santé publique. De fait, de nombreuses nations du monde suggèrent aujourd'hui que nous faisons face à une « épidémie de solitude ». Le défi auquel nous devons répondre est celui du remède a y apporter ».

Holt-Lunstad recommande d'accorder une plus grande priorité à la recherche et aux ressources nécessaires à la prise en charge de cette menace à la santé publique, du niveau sociétal au niveau individuel. Par exemple, une plus grande attention devrait être portée au développement d'aptitudes sociales chez les enfants des écoles, et les médecins devraient être encouragés à inclure des données portant sur la sociabilité de leurs patients dans leurs diagnostics, a-t-elle dit. De plus, les gens devraient se préparer à leur retraite socialement tout autant que financièrement, parce que nombre de liens sociaux ont trait au travail, a-t-elle noté, ajoutant que les planificateurs communautaires devraient s'assurer de prévoir des espaces sociaux conçus pour encourager les réunions et les interactions, par exemple des centres récréatifs et des jardins communautaires.

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Séance 3328 : « La solitude, une menace grandissante à la santé publique », plénière, samedi 5 août 2017, Washington DC.

Les présentations sont accessibles sur demande. Ecrire à l'public.affairs@apa.org.

Contact: Julianne Holt-Lunstad, julianne_holt-lunstad@byu.edu<

L'Association psychologique américaine, basée à Washington, D.C. est la plus importante association scientifique et professionnelle de psychologues des États-Unis.

Traduction et note d'introduction Entelekheia
Photo Pixabay

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