L'Assemblée Constituante du Venezuela

02/08/2017 7 min tlaxcala-int.org #131830

Juan Diego García

Ce qui est vraiment surprenant, c'est que dans le contexte vénézuélien actuel, l'appel à élire l'Assemblée constituante ait été suivi par plus de 40% des citoyens. Et ce qui est encore plus étonnant, c'est que beaucoup des gouvernements qui protestent contre Maduro en ce moment aient été élus lors de scrutins qui n avaient même pas réussi à mobiliser 50% de l'électorat.

Au vu des événements des mois derniers, pratiquement personne n'aurait du se rendre aux urnes, ce qui aurait obligé le gouvernement à revoir sa gestion du conflit et à chercher un type d'arrangement avec l'opposition. Mais un soutien aussi massif, avec plus de huit millions de voix (alors que le « référendum » organisé deux semaines plus tôt par l'opposition a eu de maigres résultats, d'ailleurs impossibles à vérifier) pourrait amener Maduro à proclamer la victoire et à s'engager beaucoup plus loin dans le processus de changement.

Le vote de dimanche dernier, dont les résultats ont été enregistrés dans la transparence et mis à la disposition de ceux qui voudraient les vérifier (au Venezuela ou ailleurs) contraste avec le référendum de l'opposition qui, admet elle-même n'avoir obtenu que sept millions de voix. Ce vote a été réalisé sans la moindre garantie et les bulletins et les bordereaux ont été brûles le lendemain du scrutin, de sorte que personne ne pourra vérifier. Rien d'étonnant à cela. L'opposition vénézuélienne ne s'est jamais distinguée pour son respect de la démocratie (il suffit de voir la violence qu'elle déploie dans ses « manifestations pacifiques »), ni pour son respect de la vérité : suivant l'intérêt qu'elle y trouve, elle peut défendre la légalité, de façon très formelle, ou la piétiner.

Au-delà des manipulations quotidiennes auxquelles la presse nous a habitués, au-delà des condamnation de l'Assemblée Constituante par certains gouvernements qui ne reconnaissent pas le vote, une chose apparaît clairement : Maduro a gagné et les conspirateurs de l'intérieur et de l'extérieur (à commencer par les services secrets US) ont perdu. C'est une victoire significative pour le gouvernement, dans une bataille décisive ; mais, en aucune façon, la fin de la guerre qui a commencé lorsqu'Hugo Chavez a lancé la révolution bolivarienne. On peut déjà entrevoir, dans un futur proche, d''autres batailles dont l'issue sera décisive.

Les premières déclarations du gouvernement vénézuélien donnent une idée des chemins que va peut-être emprunter la nouvelle Assemblée constituante pour réformer de façon beaucoup plus radicale l'ordre social du pays. Et ce sont certainement ces perspectives qui produisent le courroux de certains des gouvernements de la région, en particulier les USA. Car si ce que le gouvernement annonce se réalise, le paysage local va changer en profondeur, des changements sans doutes semblables à ceux que la révolution cubaine, un jour réalisa, donnant forme aux désirs des secteurs populaires qui voulaient la reforme agraire, la fin de la corruption, une véritable souveraineté nationale, et aussi un règlement de comptes avec ceux qui toujours ont abusé du pouvoir, vidé les coffres de l'État, humilié et offensé les humbles, pratiqué le génocide des minorités nationales, systématiquement et sans état d'âme éliminé l'opposition ; ceux qui se montraient arrogants avec leurs compatriotes mais baissaient a tête et se prosternaient devant les divers impérialismes qui ont sévi dans la région.

L'objectif premier de l'Assemblée Constituante est de transformer le Venezuela, et de faire d'un pays producteur de matière première une nation capable de fournir à sa population les biens de bases ; c'est-à-dire qu'il s'agit d'en finir avec la forme « traditionnelle» d'insertion sur le marché mondial en tant que fournisseur de pétrole, de promouvoir le plus énergiquement possible l'industrialisation, la modernisation du tissu économique, et surtout d'atteindre un équilibre raisonnable entre les différents secteurs. Soutenir le processus de changement implique de transformer la structure de l'État et de prendre des mesures radicales (c'est-à-dire, qui prennent les problèmes à la racine). Des mesures qui auront des retombées réelles sur le pouvoir économique et le leadership économique d'une bourgeoisie locale qui, pourtant, n'a pas le pouvoir. Il faut que l'État arrive à contrôler les secteurs clefs de l'économie et assure ainsi son contrôle de la production et de la distribution des richesses tout en modifiant sa place dans l'économie mondiale. L'appui de la plus grande partie des couches populaires ne suffit pas, le contrôle du gouvernement et le soutien sans faille des forces armées, non plus. Le projet suppose un contrôle effectif de toutes les formes de pouvoir, y compris le pouvoir économique.

Pour cela, le processus doit d'abord compter sur le soutien des secteurs populaires, ceux qui sont dans le système (les salariés des divers secteurs, d'abord) et l'immense masse des pauvres et des marginaux qui confient leur avenir à ce projet novateur. Il ne s'agit pas seulement de la traditionnelle « armée de réserve » de l'économie mais de bataillons décisifs pour défendre les acquis de la révolution. Il est également important d'arriver à gagner à ce projet d'amples secteurs de la petite bourgeoisie qui, pour le moment, sont neutres, indifférents, ou simplement gagnés à l'opposition. La tâche n'est pas aisée, mais arriver à isoler le plus possible les noyaux durs de l'opposition locale, en neutralisant du même coup la droite continentale, serait vraiment bénéfique pour le projet bolivarien

Pour le moment, le gouvernement doit résoudre la question des troubles urbains. Sans céder à la provocation (stratégie de la droite, qui pourrait alors appeler à une intervention étrangère), mais en appliquant la loi avec la rigueur nécessaire. C'est possible ; comme il est possible de stopper les délinquants qui ont été engagés pour semer le trouble dans les rues, d'en finir avec les mises à sac et les incendies, de bloquer les infiltrations de paramilitaires colombiens, de neutraliser les snipers professionnels et d'empêcher que, dans les guarimbas, l'opposition ait recours à des mineurs et à des jeunes de milieu défavorisés tandis que les enfants des leaders de droite sortent du pays pour se mettre à l'abri. Cette minorité violente et subversive doit être maîtrisée sans plus attendre.

Dans ce contexte, il est significatif que les personnes blessées par des représentants de l'ordre lors des troubles puissent se compter sur les doigts d'une main alors que les cagoulés violents sont responsables de la mort de représentants de la loi et de civils innocents qui essayaient pacifiquement de traverser les barrages. En plusieurs occasions, les cagoulés ont fini victimes de leurs propres agissements. En même temps, la presse occulte le fait que la plupart des gens qui sont morts étaient des partisans du gouvernement, qu'ils ont été victimes de tueurs à gages et exécutés, en général loin des lieux de manifestation.

Si les agissements violents de l'opposition vénézuélienne se produisaient dans n'importe quel autre pays (aux USA ou en Espagne par exemple), comment seraient-ils présentés par les médias?

tlaxcala-int.org

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