17/07/2017 7 min arretsurinfo.ch chantage sionisme violation antisionisme apartheid justice Ecosse boycott #131325

Importante victoire judiciaire en Écosse contre le chantage à l'antisémitisme

Activist from the Scottish Palestine Solidarity Campaign protest Israel's violations of Palestinian rights outside the Glasgow Sheriff Court, Scotland on 10 July 2017 [Scottish Palestine Solidarity Campaign/Facebook]

Des membres de la "Scottish Palestine Solidarity Campaign” (SPSC - Campagne écossaise de solidarité avec la Palestine) qui faisaient l'objet de poursuites judiciaires honteuses ont remporté cette semaine une éclatante victoire. La Justice écossaise a, malgré l'acharnement de l'accusateur public, reconnu que s'opposer au sionisme n'a rien à voir avec le racisme.

Le procès s'est achevé vendredi à Glasgow par une victoire totale (hormis, on le lira plus loin sur un point fort accessoire) pour les deux militants de la SPSC, mettant un terme à trois ans d'une procédure éprouvante et scandaleuse. Ils étaient poursuivis à la suite d'une action de protestation contre la compagnie israélienne "Jericho”, qui produit des cosmétiques et dont les activités se déploient autour de la Mer Morte, en Cisjordanie occupée. La manifestation avait eu lieu à la suite de l'agression militaire israélienne d'août 2014 contre la population civile assiégée de la Bande de Gaza, au cours de laquelle plus de 2.200 Palestiniens (dont 550 enfants) furent tués par l'armée israélienne.

L'offensive israélienne avait pris fin le 26 août, et au cours d'une manifestation, qui avait eu lieu le 13 septembre, la SPSC avait dénoncé le massacre de civils qui a été commis.

La police avait été appelée dans le centre commercial où la manifestation avait lieu, ce qui avait débouché sur l'arrestation de deux manifestants, et par la suite sur leur mise en accusation pour "racisme”. «En d'autres termes, explique Mick Napier, l'un des deux militants poursuivis, nous étions accusés d'être motivés par la haine d'Israël plutôt que par notre opposition aux massacres à répétition commis par Israël, à l'apartheid qui s'est installé dans toute la Palestine, et par la violence génocidaire qui s'est abattue sur Gaza».

Des militants de la SPSC protestent contre les violations des droits des Palestiniens par Israël devant le tribunal de Glasgow, le 10 juillet 2017. Sur une des banderoles (à g.) on lit : «L'antisémitisme est un crime - L'antisionisme est un devoir»

Pendant le déroulement du procès à Glasgow, la SPSC a été confortée par une décision de la "High Court” de Londres, qui a jugé que le gouvernement britannique avait agi illégalement pour tenter d'interdire aux pouvoirs locaux de Grande-Bretagne de retirer leurs capitaux des entreprises impliquées dans l'occupation militaire israélienne. Le succès de l'action en Justice intentée par la "Palestine Solidarity Campaign in London”, avec le soutien de plusieurs autres organisations, pour défendre le droit de boycotter avait constitué un message particulièrement bienvenu.

Pour autant, Mick Napier restait convaincu que le résultat du procès était loin d'être acquis d'avance. "Compte tenu de leur attitude dans le passé, nous avions estimé qu'il était peu probable que même cette décision de la Haute Cour en faveur de BDS [Boycott, Désinvestissement, Sanctions] arrête les efforts déployés par les procureurs écossais pour criminaliser la campagne en faveur de la liberté des Palestiniens”, dit-il.

Le procureur - appelé "Procurator Fiscal” dans le système judiciaire propre à l'Écosse - a affirmé en audience publique que Mick Napier et son coaccusé, Jim Watson, recyclaient une antique «diffamation du sang» antisémite (1 ) en parlant du meurtre massif de Palestiniens par l'armée israélienne. Le bureau du Procureur a proféré ces allégations infâmes, rappelle Mick Napier, à un moment où les habitants de Gaza soumis à une violence inouïe «étaient toujours à la recherche de congélateurs de crème glacées et de réfrigérateurs pour légumes dans le but d'entreposer les corps d'enfants tués par l'armée israélienne», parce que les morgues des hôpitaux débordaient de cadavres.

Pendant l'agression militaire israélienne de l'été 2014, visant principalement la population civile de Gaza, des corps d'enfants que les morgues étaient incapables d'accueillir ont été entreposés dans des surgélateurs ménagers, faute d'autres moyens de conservation.

Au cours de leur déposition devant le tribunal, le mois dernier, Mick Napier et Jim Watson, les deux prévenus, avaient rejeté les affirmations de l'accusation, qui reposaient sur les déclarations d'un inspecteur de police, du gérant de la boutique de la firme "Jericho” et de deux militants sionistes locaux. L'accusation soutenait que le personnel de "Jericho” avait été intimidé par des affiches "racistes” et des slogans eux aussi de nature "raciste”.

L'affiche incriminée, qualifiée de "raciste” par le "Procurator Fiscal” et les témoins sionistes, représentait une image symbolique mais graphique de sang qui goutte sous le nom de "cosmétiques de la Mer Morte”. Mick Napier avait souligné qu'au moment de la manifestation, le Secrétaire général de l'ONU décrivait le massacre de milliers de Palestiniens par Israël comme un «un outrage à la morale et un acte criminel» et une «violation flagrante du droit humanitaire».

«Tandis que le gouvernement écossais se joignait [aux protestations] en dénonçant la "profonde inhumanité” du massacre israélien», avait ajouté Mick Napier,«les procureurs écossais travaillaient avec des groupes de pression pro-israéliens pour faire taire les voix de la solidarité avec les Palestiniens».

La SPSC a été à de multiples reprises confrontée aux tentatives conjointes des lobbies pro-israéliens en Écosse et du Parquet ("Procurator Fiscal”) pour criminaliser les activités du groupe. Jusqu'à ce jour, les efforts des sionistes se soldaient par un échec cuisant : ils n'avaient jamais obtenu la condamnation d'aucun militant pro-palestinien.

«Il y a, quand même, un prix de consolation [pour les sionistes] car nous avons tous deux été reconnus coupables de refuser de quitter le centre commercial lorsque la police nous a demandé de le faire», a déclaré Mick Napier. «J'ai également été reconnu coupable d'une infraction pour avoir protesté à l'intérieur du centre commercial. Nous allons faire appel contre ces deux condamnations, de sorte que les célébrations des sionistes, je le crains, sont un peu prématurées.»

Yvonne Ridley | 14 juillet 2017 | Middle East Monitor

(1) allégation, remontant au XII ème siècle selon l'anthropologue Johanna Torkarska-Bakir, professeure à l'Institut des sciences sociales appliquées de l'université de Varsovie (dans la revue "Sciences Humaines” - fév. 2015), selon laquelle les Juifs assassinaient des enfants non-juifs, en particulier chrétiens, afin d'obtenir du sang pour la Pâque ou d'autres rituels : la plupart des persécutions antisémites liées à cette croyance médiévale se sont produites près de la Pâque, étant essentiellement une autre forme de la croyance que les Juifs étaient et demeurent responsables de la passion et de la crucifixion de Jésus-Christ; selon la conception qui veut que les Juifs détestent le christianisme et l'humanité en général.

Article original: "Opposing Zionism is not racism, rules Scottish court” sur Middle East Monitor. Adaptation française : Luc Delval

Source: pourlapalestine.be

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