Intoxications au plomb dans l'ex raffinerie Petroplus, rachetée par Bolloré Energy

13/07/2017 4 min multinationales.org #131200

12 juillet 2017 par Nolwenn Weiler

« Le groupe Bolloré doit arrêter d'empoisonner les travailleurs ! », accuse un communiqué de l'union départementale CGT de Seine-Maritime, publié le 14 juin dernier. Dans ce document, le syndicat accuse le groupe Bolloré de ne pas avoir pris les dispositions nécessaires pour évaluer et protéger les salariés de l'exposition au plomb sur le site de l'ex-raffinerie Petroplus Petit-Couronne, à proximité de Rouen.

Liquidée en avril 2013 avec 470 salariés, la raffinerie a été reprise en partie un an plus tard par Bolloré Energy, une entité du groupe éponyme, pour en faire un dépôt de fioul et de carburant. Pour transformer le site de production de Petit-Couronne en site de stockage, plusieurs centaines de salariés s'activent sur le site depuis le mois d'août 2016. Au cours de l'hiver, des médecins du travail, alertés par l'état de certains salariés, prescrivent des analyses de sang. Celles-ci révèlent des niveaux de teneur en plomb alarmants. Interdit dès les années 1950, notamment dans la peinture, le plomb a des effets sanitaires très graves. En s'accumulant dans l'organisme, en particulier dans les os, où il peut rester plusieurs dizaines d'années, le plomb peut s'attaquer au système nerveux et détériorer les capacités intellectuelles, les reins, le sang, les systèmes immunitaires et reproducteurs. « Les symptômes de l'intoxication au plomb - une fatigue excessive notamment - sont difficiles à mettre en évidence, explique Gérald Le Corre, inspecteur du travail en Seine-maritime, syndiqué à la CGT. C'est pourquoi la prise de conscience de ce très grave problème s'est faite plusieurs mois après le début du chantier. »

« En tant que maître d'ouvrage, Bolloré Energy a l'obligation de coordonner la mise en sécurité du site, rappelle l'inspecteur du travail, en commençant par la prise en charge des diagnostics qui permettent de détecter les matériaux dangereux : amiante et plomb notamment. » À Petit-Couronne, le diagnostic amiante a bien été réalisé, mais pas le diagnostic plomb. « Comment est-il possible, en 2017, de zapper le diagnostic plomb sur une raffinerie d'avant guerre où il y a nécessairement de la peinture au plomb un peu partout ? », s'interroge Gérald le Corre.

Une reprise du travail partielle ?

Le 31 mai dernier, la direction du dépôt Rouen Petit-Couronne (DRPC) annonce la suspension du chantier. « En collaboration avec l'inspection du travail, des diagnostics complémentaires pour évaluer la présence de plomb sur le site vont être réalisés afin de ne faire courir aucun risque aux personnes travaillant à la construction du futur dépôt pétrolier », annonce la direction dans un communiqué de presse [1 ]. « Toutes les actions sont prises actuellement pour permettre la reprise du travail dans les meilleurs délais et dans des conditions de sécurité maximale pour l'ensemble des salariés », assure-t-elle. Le 8 juin, le chantier reprend partiellement, sans que davantage d'informations aient été transmises, y compris sur le nombre de salariés intoxiqués. Sollicités, ni la direction de DRPC, ni le groupe Bolloré Energy n'ont répondu.

« Rien ne bouge. On a retrouvé du plomb jusque dans le réfectoire, sachant que les intoxications les plus graves se font par ingestion », déplore de son côté Gérald Le Corre. « Ils essaient de reporter la responsabilité sur les sous-traitants qui s'occupent des travaux. » La CGT demande une nouvelle suspension des travaux jusqu'à la réalisation d'un diagnostic exhaustif de toutes les substances dangereuses présentes sur le site, ainsi que la réalisation de fiche d'exposition au plomb à remettre aux salariés, et la mise en œuvre des mesures de protections collectives garantissant l'absence de risque d'exposition pour les travailleurs et les riverains : douches, sas de décontamination, pause hors des zones contaminées pour s'hydrater et s'alimenter...

Bolloré Energy possède une trentaine de dépôts de carburants en France, en Suisse et en Allemagne. L'entreprise détient par ailleurs 95 % de l'oléoduc Donges-Melun-Metz qui traverse la France d'Ouest en Est et plusieurs dépôts pétroliers.

Nolwenn Weiler

Photo : TaraO CC via Wikimedia Commons

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