Fondements systémiques

20/06/2017 21 min  capitalisme paradigme Système  démocratie réelle blockchain Bien commun intélligence artificielle  Davy  François Houtart #130333

dav (unity) 170620

Cet extrait de François Houtart ( François Houtart : « après le capitalisme, quelles alternatives ? Pourquoi je soutiens l'expérience cubaine? ») donne les bases d'une société non capitaliste.
C'est le fruit d'un travail qui doit être continué et prolongé.

C'est ici qu'il commence à aborder les alternatives. Pour parler d'un socialisme du XXIe siècle, François Houtart propose quatre grands axes :

  • 1. l'utilisation renouvelable des ressources naturelles, avec leur contrôle collectif et un usage rationnel, excluant leur privatisation ;

  • 2. la valorisation de la valeur d'usage sur la valeur d'échange, ce qui constitue le centre de la doctrine économique du socialisme et sa contradiction fondamentale avec le capitalisme

  • 3. une démocratie généralisée, non seulement dans le champ politique, avec l'adoption d'une démocratie participative, mais aussi dans le champ économique et dans toutes les institutions (par exemple l'eau, qui a été privatisée pendant 20 ans à Paris, redevient aujourd'hui un bien public).

  • 4. la multiculturalité. Pour construire une société nouvelle, toutes les cultures, tous les savoirs traditionnels, les diverses philosophies et religions peuvent contribuer à l'éthique nécessaire à la poursuite des objectifs. Le monopole de la culture occidentale ne peut pas continuer. C'est aussi cette culture qui a porté le système capitaliste.

Il faut (re)construire des utopies, non comme des illusions mais comme des éléments, petits et grands, qui sont réalisables concrètement, qui n'existent pas aujourd'hui, mais qui pourraient bien exister demain.

C'est remarquable de pouvoir résumer une telle ampleur des tâches en seulement 4 points, mémorisables facilement.

Les années passant, les modèles alternatifs évoluent, et on s'imprègnent des nouvelles possibilités et innovations, qui parfois se concrétisent et se télescopent entre eux, pour voir surgir une raison saillante et indubitable. Cet exercice de synthèse permanent participe au foisonnement des idées. C'est parfois long de pondre des idées qui paraissent simples.

A ces quatre points j'aurais juste ajouté celui de la justesse de la loi, son intérêt, sa légitimité, sa logique, et le rôle qu'elle peut jouer. Et quelques autres petites choses. Mais en général ces idées sont sous-jacentes à un des 4 axes présentés.

Un avant-propos à destination du large public consisterait à préciser que tout ceci, est dans le cadre d'un monde encore utopique, non capitaliste dans la mesure où les produits et biens vitaux relèvent du domaine public.

En réalité, je cherche à exposer le modèle des Transactions Sociales, qui fonctionne avec ces quatre piliers.
Je ne vais pas chercher à m'étendre sur les cheminements qui ont conduit à ces quatre piliers, mais on peut bien "sentir" que, un peu comme quand furent écrits les Droits de l'Homme, apparaissent quelques règles d'une scintillante évidence, qui devraient toujours être respectées... contrairement à ce qu'on constate dans le système capitaliste.

On pourrait seulement souhaiter que l'ensemble des productions de biens vitaux soient nationaliser - et ça résoudrait bien des problèmes - mais ça n'empêcherait toujours pas la gangrène du l'aspiration au "pouvoir" de revenir. Il y a des causes bien plus profondes à établir, vraiment psychologiques, et paradigmatiques, que si chercher à résoudre, permet d'aller beaucoup plus loin.

On va donc parcourir ces quatre axes depuis la perspective du modèle de Transactions Sociales qui est proposé.

1. l'utilisation renouvelable des ressources naturelles, avec leur contrôle collectif et un usage rationnel, excluant leur privatisation ;

Il y a énormément à dire sur le sujet.

Les ressources naturelles sont un des trois principaux composants du Système, avec le travail et la distribution des produits. Chacun de ces champ doit avoir ses propres règles, et constituer un gain pour les autres champs. Chacun de ces champ tourne autre de concepts, lois, morale, normes éthiques et fonctionnelles très différentes.
Comme je le dis souvent, on ne peut pas évaluer la valeur d'un pont avec des carottes, ou du travail humain avec des quote-part de pont. Évaluer le travail humain ou les ressources naturelles sur la même échelle de mesure que les produits courants, interfère sur leurs valeurs respectives. A la fin, la variable d'ajustement du système d'argent locatif [capitaliste] est le chaînon le plus faible, l'humain, qui ne récolte de sa responsabilité que les conséquences négatives.

Il y a ici deux points bien distincts, mais on va voir qu'ils conforment à eux deux un fonctionnement.

1.1 - L'utilisation renouvelable des ressources naturelles

Ce titre résout tous les problèmes, car quand une ressource naturelle est inépuisable, alors il n'y a plus aucun besoin de spolier les autres (chose qui devient impossible quand le monde entier est en crise).

1.1.1 - L'utilisation renouvelable (c'est pas renouvelable "tout seul")

En réalité, dès lors qu'on cultive, on abime les sols inévitablement, donc même si on minimise les effets, il faut aussi se soucier de permettre à la nature de se régénérer. Déjà, on montre un schéma où, outre la production, le "coût" du produit inclue celui de sa perpétuation à long terme. Elle peut consister en un ralentissement volontaire de l'utilisation des sols (une perte planifiée), autant que dans le fait de laisser une terre en friche.

Ceci nous fait constater comme le libéralisme atomise les process au point de les rendre isolés de ceux dont ils dépendent, et donc dépendants (asservis), ce qui permet de faire glisser progressivement le commerce vers un système de chantage.

- Par exemple les déchets industriels (emballages) sont vendus au client qui devient responsable (propriétaire) de la pollution, que la collectivité est chargée de gérer, à des coûts qui n'ont aucun rapport avec les profits générés de l'autre. Les processus sont dissociés, et ça, c'est un problème qu'il faut résoudre

En fait, à un autre degrés, c'est comme le coût de l'éducation et de la santé (des agriculteurs). On ne peut pas décemment dire à chaque segment de cette chaîne de se "débrouiller tout seul" pour subsister, alors que l'agriculture en dépend. Ce serait comme demander au pompier de s'acheter lui-même son camion de pompier. (Pourtant c'est ce qui se passe quand les entreprises attendent de l'éducation qu'elle forme des professionnels, à sa place, gratuitement).

De plus, une fois sur deux (au long d'une chaîne de conséquences) ces segments n'ont pas vocation à être "rentables", mais plutôt "efficaces" ; c'est à dire qu'on ne mesure pas leur performance avec les mêmes outils.

En fait au final le capitalisme est le système qui profite de la somme incroyable de choses auxquelles on ne fait pas attention, et dont on s'attend qu'elles fonctionnent toutes seules. Seulement à un moment, arrive la confrontation avec la réalité.

- A toutes les échelles de la société doit s'organiser une relative autonomie, et autour de cela des règles doivent permettre la circulation de marchandises afin d'équilibrer les inégalités, dues principalement à la chance (d'habiter sur des terres fertiles ou pas).
Obtenir une relative auto-suffisance est parent de la liberté, puisque la dépendance aux autres n'est pas vitale, ni conflictuelle.

A terme l'objectif idéal est de réserver 40% du globe terrestre à la vie animale, interdite aux humains, qui eux d'ici-là pourront se contenter amplement de ce qu'ils ont déjà, grâce à leurs techniques et leur organisation rationnelle des richesses.

Il s'agit aussi, dans le fond encore, de pointer du doigt une société et une mentalité de la Consommation, où il est commun et admit que tout chose s'use, dépérit, aussi bien les objets que les humains, que les victoires du passé. Pendant trop longtemps le snobisme occidental a tourné en dérision les gens du passé, en voyant les fermiers comme non cultivés, les étrangers comme non-éduqués, les vieilles bâtisses comme bonnes à détruire, et les terrains vierges comme bons à exploiter. L'humanité s'est perdue dans une fuite en avant vers un modernisme qui avait pour seul moteur la détestation de soi-même, des anciens, de l'ignorance, et qui ridiculisait la différence.

Ce que je veux dire est encore plus vaste, une société de la consommation où tout s'use et se jette, où on prend, on abîme et on dénigre, avant de recommencer en permanence, où même les travailleurs sont jetables dès que les techniques ont évoluées (on ne leur apprend rien, on attend que l'école en forme des nouveaux), une société où les gens s'utilisent les uns les autres avant de se retrouver sans plus rien à se dire, est une société en cours de destruction. Cela, est indubitable, et inéluctable.

La réponse à cette mentalité, car c'est à elle qu'on s'attaque, est une spiritualité de la création, de l'interdépendance, d'une recherche de perfectionnement de soi-même. L'approche est opposée à la précédente : là où on "kiffe" la nouveauté tout en méprisant tout ce qui n'est plus à la hauteur de cette nouveauté, au contraire, on se positionne humblement face à la découverte. On a besoin de s'enrichir de l'autre (et donc on ne veut surtout pas l'influencer). Ceci, est un paradigme.

Cela veut dire qu'aussi bien dans les relations avec autrui que dans notre rapport à l'utilisation des ressources, on devient capables de penser de façon globale, par démultiplication de ce qu'on est en train de faire et de dire. "Et si tout le monde faisait, ou disait ce que je dis, son absurdité ou sa vertu ne seraient-elles pas plus visibles ?".

La conclusion de cette façon de se positionner par rapport à la réalité, revient à traiter la nature avec le maximum de respect et de délicatesse possible, sachant que cela sera toujours insuffisant, puisque avant tout, l'humain y puise sa vie.

Le mieux c'est d'avoir un exemple à l'esprit pour disserter autour, comme celui de la forêt. Une forêt, produit du bois. Si on la rase il est évident qu'on manquera de bois. Si on n'y touche pas, ce sera le même résultat. Mais la forêt a besoin de jardinage, ce travail dont son responsables les animaux, afin de ne pas s'étouffer dans l'obscurité. Si des humains veulent exploiter son bois, ils peuvent s'en prendre aux arbres en train de mourir, aux arbres malades, ce faisant, garantir la pérennité et la santé de la forêt.
Il suffit de mesurer la quantité de bois qu'elle peut produire sans perdre en taille et densité, et de considérer ce résultat comme une décision de la forêt.

1.2 - avec leur contrôle collectif et un usage rationnel, excluant leur privatisation

1.2.1 - Le contrôle collectif

Après des années d'études, je trouvais une solution qui s'appelle "les transactions sociales". Intro-développement-conclusion en une ligne : l'argent c'est l'organisation de la gratuité, et si on veut que cette organisation soit rationnelle, les transactions doivent être décidées socialement, c'est à dire avalisées dans le cadre d'une recherche d'optimisation, de maximisation. Et pour l'argent ? Il n'existe pas pour les choses de l'ordre des ressources naturelles, il n'y a que des droits, qui peuvent être accordés et retirés, de les exploiter (de profiter de leurs fruits).

1.2.2 - un usage rationnel, excluant leur privatisation

Un contrôle collectif sous-entend que les ressources naturelles ne peuvent pas, par définition, être une propriété privée. (Quelle vanité peut bien avoir l'humain à courte-vie pour se déclarer propriétaire de ce qui le dépasse). Ce ne sont que des richesses disponibles. Leur entretien et les soins qui y sont apportés, relèvent des états. Les richesses qui en découlent, relèvent du travail de comités qui veillent à ce que les ressources soient utilisées le mieux possible, ou en tous cas, pas de façon irresponsable.

Il y a donc un lien de cause à effet entre le fait que les ressources naturelles appartiennent au Bien Commun, et qu'elles soient utilisées le plus judicieusement possible.

Aparté : En parlant "d'organisation rationnelle des richesses", j'espère que dans l'esprit du lecture cela sonne comme une révélation de ce que n'est absolument pas, et ne pourra jamais être, un système capitaliste. C'est même un parfait opposé. Ici, la "raison", est celle du bien Commun, et non celle d'un bien privé, dont la vocation est de happer et confisquer des richesses qui auraient pu sauver bien des vies humaines.

2. - la valorisation de la valeur d'usage sur la valeur d'échange, ce qui constitue le centre de la doctrine économique du socialisme et sa contradiction fondamentale avec le capitalisme

2.1 - la valorisation de la valeur d'usage sur la valeur d'échange

Cette expression, "la valeur d'usage", est tirée du dernier article signé François Houtart :  Le Venezuela d'aujourd'hui et de demain.

L'auteur la reprend scolairement, mais en réalité le vocabulaire est limitant, il faut creuser pour comprendre. Il est certain qu'il y a là une volonté révolutionnaire. Le texte original dit :

Cette vision implique aussi de privilégier la valeur d'usage au détriment de la valeur d'échange, (la seule qui existe pour le capital), avec toutes ses conséquences sur la propriété des moyens de production.

La seule valeur qui existe pour le capitalisme, c'est la valeur d'échange. Elle est fondée sur quoi ? Sur la valeur d'échange (celle des autres trucs comparables). Il n'y a pas de raison ou de logique, les prix sont très volatiles. Cette valeur d'échange est l'occasion d'exercer une pression pour commettre des guerres économiques, autant que le moyen de tendre des pièges destinés à créer une dépendance.

C'est à cause de cette dépendance permanente à un système frauduleux qu'il devient acceptable pour la dialectique de parler d'esclavage. Les hommes sont esclaves du système qu'ils congénère. Le système, si on peut dire, de son point de vue, a la propension à devenir autonome, et à "marcher tout seul", sans que la volonté de quiconque n'aie besoin de s'en occuper. Le problème est que ce système est destructeur, il correspond plus à un virus, d'autant qu'il a atteint son niveau maximal de complexité, et ne peut plus qu'engendrer la destruction pour se perpétuer.

Quand Monsieur Houtart parle de valeur d'usage, j'avoue ne pas connaître ses développements antérieurs, mais on peut les deviner. On veut estimer la valeur d'une machine-outil, d'une pomme, d'une place publique... ça va rester des exercices très difficiles. L'inusité n'a-t-il aucune valeur ? Je trouve que cette notion est mal développée, et on ne sait pas du tout comment la mettre en oeuvre, ni si cette mise en ouvre aura les effets escomptés. Il y a que beaucoup de choses parmi ce qui et sujet à des transactions, appartiennent à des champs trop différents, faisant intervenir des notions (des paramètres d'évaluation) plus ou moin utiles telles que l'usure, le vital, le social...

Fondamentalement, l'argent est un outil d'évaluation de la réalité, et c'est parce que cet outil est rachitique que l'économie n'est plus qu'une bulle spéculative mondiale en train d'exploser.
L'usage n'est qu'un des moyens d'évaluer cette réalité, autant que la quantité, la qualité, la distribution, l'usure, l'amortissement, et surtout (l'usage au second degrès) les conséquences de l'usage.

On doit pouvoir jongler avec ces paramètres comme on compte les sous, et formuler de façon formelle une estimation de valeur, comme "utile, pas utile, dangereux, déconseillé", etc...

Ce que cette notion implique, en tout état de cause, c'est que la valeur n'est pas millimétrique (au centime près), mais plutôt quantique, c'est à dire quantifiée, et (donc) échelonnée. Il est donc possible d'imaginer une échelle allant du "contre-productif" au "fonctionnel", et d'évaluer les biens sur cette gradation.

Mon idée, l'étape suivante de la précédente, est que la valeur des biens reste inconnue, mais qu'on n'en sache que ce qu'on doit savoir : "y ai-je le droit ?" (oui / non), ou "que faut-il pour en avoir le droit" (si). Le fondement de cette conception consiste à dire "j'ai le droit de prendre cette pomme, car ainsi je contribue au système, mais je n'ai pas le droit de les prendre toutes, car ainsi je nuis aux gens, ce qui nuit au système".

L'idée finale est de remplacer les valeurs par les droits, et d'utiliser dans une chaîne de blocs (Blockchains) les objets désignés par leur description "pomme, cultivée ici, transportée là, distribuée ici". Ce sont les objets eux-mêmes qui sont l'objet d'une transaction (informatique), et leur existence est entièrement tracée, jusqu'à la destruction. Simplement, les différentes étapes (chaîne de production et de distribution) sont l'objet de décisions, plus ou moins automatiques ; ou tout du moins, sur laquelle on peut exercer un contrôle.

Ce sont les décisions, prises tout au long de cette chaîne d'activité, qui doivent relever de la conscience de l'usage de ces biens.

2.2 - ce qui constitue le centre de la doctrine économique du socialisme et sa contradiction fondamentale avec le capitalisme

Sortir du capitalisme n'est pas changer de doctrine économique.
Ce qui s'oppose au capitalisme, est le fait que les richesses soient organisées rationnellement, c'est à dire du mieux possible, dans le but d'éviter le gâchis, optimiser les rendement, améliorer le rapport entre l'énergie dépensée et celle générée. Cette définition aurait pu être celle du libéralisme, à la différence près que nous l'entendons dans une perspective mondiale, et à long terme. Ce n'est vraiment "rationnel" que si ça répond aux exigences évolutives à long terme, par opposition aux profits privés à court terme.

Et là on en arrive à un point essentiel, qu'on va aborder, la question des buts poursuivis par un système. Car si ces buts ne sont pas définis, ce n'est pas pour autant qu'ils ne sont pas existants, dans les faits. Le capitalisme errant sans but, peut très bien se voir accusé d'avoir pour objectif d'éradiquer la vie sur Terre, et de soumettre les humains à l'esclavage. En tous cas, on voit qu'il y parvient. Ce n'est peut-être pas son intention mais c'est son résultat.

Dès lors on voit l'importance de se fixer des buts à moyen et long terme, et à travers ceux-là, d'avoir des raisons d'avoir besoin d'avoir un contrôle, sur ce système. C'est quand même assez important à souligner.

3. - une démocratie généralisée, non seulement dans le champ politique, avec l'adoption d'une démocratie participative, mais aussi dans le champ économique et dans toutes les institutions (par exemple l'eau, qui a été privatisée pendant 20 ans à Paris, redevient aujourd'hui un bien public).

Là, je trouve que c'est déficient. Mais à la fin on retombe sur le même souhait, la présence de l'humain dans toutes les strates décisionnelles.

La démocratie c'est la promesse que les choix sont faits pour le bien du plus grand nombre, mais sous-entendu, seul eux-mêmes peuvent s'en occuper, et implicitement, "il n'y arriveront jamais", car le niveau d'organisation requis excède allègrement les capacités à travailler ensemble.

Pour moi la démocratie c'est du libéralisme politique, l'air d'excuser ceux qui votent pour leur intérêt personnel. Et au final, ça a été facile de la fausser, les élites de ce monde ayant acheté les médias, et ayant forgé en quelques générations à peine une mentalité taillée pour leur profiter. (Ceci, sciemment).

Résultat des courses, l'ennemi des hommes sont les hommes eux-mêmes, qui sans le savoir, défendent et servent les intérêts de ceux qui les oppriment. Et sans le savoir, ils génèrent les causes de leur propre malheur.

La société peut très bien être considérée comme "malade", obscurantiste, incompétente. D'autre part, la société peut aussi très bien se considérer elle-même comme n'ayant pas à s'intéresser à ces questions qui les dépassent, et à demander que pour autant, ces questions ne soient pas négligées.

Je pense que des comités spécialisés, dans autant de domaines que possible, ont suffisamment de légitimité pour servir de référant dans des questions complexes. Que les décisions doivent être prises pour le bien de tous, mais par les gens les plus compétents possible. Et que les référendum ne doivent servir que dans les cas où une décision est impossible.

Par contre l'accès à des postes de premier plan ne doit jamais être brimé par une clique de professionnels avides de pouvoir. Ce pouvoir, qui n'est qu'une illusion, doit reposer sur l'action collective.

Un des champs de recherche est celui de l'intelligence collective, dont la particularité est de produire des réponses puissantes rapidement, un peu comme si, dans les faits, l'intelligence de tous les acteurs venait s'additionner à celle des autres, accélérant le temps et la qualité de la décision. Avec cette notion, on a là l'ordinateur le plus puissant du monde. Et le plus humain. Cette intelligence peut très bien avoir à être mise en contribution pour des questions ponctuelles et locales que des questions ayant de grandes et nombreuses conséquences.

Il ne suffit pas de clamer "démocratie réelle" pour obtenir "justice sociale", autant directement clamer "justice sociale", et cela, quels que soient les moyens pour l'obtenir, et la constater.

La place de la décision humaine est centrale dans l'évolution du système social. Disons qu'on peut attendre de lui qu'il soit capable de s'auto-entretenir, mais qu'il est hors de question d'en arriver à préférer croire l'intelligence artificielle qui fait fonctionner tout cela, plus que soi-même.

Il y a donc tout un champ à conquérir.

D'une part, (ce qu'il va se passer, avec une certitude de 100%) on va robotiser à outrance tout ce qu'un robot peut faire, et on va libérer les humains pour qu'ils se consacrent entièrement aux tâches qui ne peuvent relever que de l'humain. Et parmi ces tâches, se trouvent les décisions cruciales. Quand une décision est prise, il y a toujours une cause, des conséquences, un différentiel avec la non-prise de décision (comment seraient les choses si on n'avait touché à rien)... et des responsables.

L'important à retenir est que la robotisation va pousser les humains à se consacrer aux questions humaines, et qu'il y aura beaucoup de décisions à confier à l'intelligence collective.

Dans ce cas, on ne parle plus vraiment de "démocratie", mais de la place de l'homme dans le système.

Aparté, à propos de la nationalisation :
Il ne doit pas y avoir trente marques qui font la même chose, mais l'assurance que le produit est le meilleur possible ; que la santé, l'alimentation, l'éducation, les transports, l'information sont les meilleurs possibles.
(CECI est en parfaite opposition avec le libéralisme, où les produits sont les moins coûteux possible.)

4. - la multiculturalité. Pour construire une société nouvelle, toutes les cultures, tous les savoirs traditionnels, les diverses philosophies et religions peuvent contribuer à l'éthique nécessaire à la poursuite des objectifs. Le monopole de la culture occidentale ne peut pas continuer. C'est aussi cette culture qui a porté le système capitaliste.

Alors bon je fais partie de ceux qui se font insulter de multiculturalisme, plein de gens lancent des twit-sentence "Ah voilà les conséquences du multiculturalisme", ça a été un mot à la mode qui est devenu exorbitant (qui fait sortir les yeux de leur orbite).

Alors qu'en face, la réponse est la tolérance, mais que voulez-vous le mot "laïcité" a été spolié pour le priver de sa dimension de tolérance, et le rabaisser à celle de "standardisation". Mise en conformité.

Un peu comme si on voulait que ne poussent que des pâquerettes dans les forêts.
Mais ce que veulent les gens, n'est pas toujours bon pour eux. Souvent ce n'est que l'expression d'un malaise, une sorte d'appel au secours, qui dénonce une lacune philosophique, dont l'absence provoque de la douleur, qui devient de la rancune et de la colère. Les humains ont énormément de craintes irrationnelles, qui sont comme des superstitions à l'envers. D'instinct, ils se protègent contre l'inconnu, de peur qu'il ne fermente la mauvaise partie du cerveau, par méconnaissance. C'est long à acquérir, la connaissance, ça doit se diluer, s'imprégner, et se positionner délicatement dans l'arbre de la connaissance, qu'est le mental. Cela demande des compétences (intellectuelles), qui peuvent aussi être endommagées.

En tout état de cause, aucun argument non-fonctionnel ne saurait être à l'origine d'une loi, ou d'une décision collective. Il ne s'agit que de liberté civile, et individuelle. Tout ce qui appartient à la sphère individuelle, n'est quand même pas sacré, mais certainement inviolable. Il est aussi immoral de forcer quelqu'un à avoir un comportement éthique sans qu'il n'en soit convaincu, que n'importe quel autre viol. Le plus important, est qu'il en soit convaincu, et pour cela, qu'il soit ouvert à la discussion. A la limite, une personne ayant un comportement immoral inextinguible, peut se voir refuser l'accès à certains lieux. Un apartheid à l'envers.

En terme général, laissant de côté ces questions superficielles, les relations inter-humaines doivent s'enquérir d'une culture du travail collaboratif, de la complémentarité, la curiosité, la capacité à comprendre et à s'entraider, et se soutenir mutuellement.

Ce n'est jamais facile de comprendre l'intelligence des autres. Beaucoup de gens semblent croire que tout le monde "devrait" être comme eux. Ils ignorent simplement (les causes de leur souffrance) qu'il ne peut pas exister deux êtres humains, dans tout l'univers, qui pensent de la même manière.

Historiquement, l'immigration de peuples entiers, par exemple dans l'Amérique naissante de la fin du XIXième siècle, a provoqué des troubles dont la résolution a porté des fruits inattendus : cela a rendu plus visible le fait que les femmes étaient elles aussi l'objet d'une ségrégation arbitraire. Alors les opinions xénophobes se sont retrouvées minoritaires, coincées entre d'un côté des étrangers aussi étrangers que les locaux qui étaient étrangers seulement une génération plus tôt, et de l'autre côté leur propres femmes....

L'enjeu du savoir-vivre-ensemble consiste à cultiver la différence, la richesse, et le potentiel incroyable des miracles de Dame Nature.

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