Un demi-siècle de spoliations

19/06/2017 6 min amnesty.fr #130309

Israël intensifie sa main-mise sur les Territoires palestiniens occupés.

C'était il y a juste cinquante ans. Après une offensive éclair contre les armées arabes, Israël prend une partie de la péninsule du Sinaï et la bande de Gaza à l'Égypte, le plateau du Golan à la Syrie, la Cisjordanie et Jérusalem-Est à la Jordanie. Depuis juin 1967, ces conquêtes militaires ont profondément changé la donne dans la région, avec la poursuite par les gouvernements israéliens successifs d'une politique d'implantation de civils juifs israéliens et de confiscation des terres, principalement en Cisjordanie et à Jérusalem-Est.

D'abord justifié par des nécessités militaires, l'établissement d'implantations dans les Territoires occupés, a vite obéi pour Israël à des objectifs idéologiques. Résultats de très longues négociations, les accords d'Oslo, signés en 1993, ont découpé la Cisjordanie en trois zones : la A (8 % de sa superficie), où la sécurité et l'administration sont gérées par l'Autorité palestinienne, les frontières, les communications et l'espace aérien contrôlés par les autorités israéliennes ; la B (22 %), où la sécurité est gérée par Israël et l'administration civile par l'Autorité palestinienne ; la C, qui se trouve sous contrôle militaire israélien (60 %).

Mais ces accords n'ont pas permis une paix durable, notamment en raison de l'obstination israélienne à poursuivre la colonisation. En 1993, on comptait moins de 250 000 colons. En 2017, 421 000 colons vivent en Cisjordanie et 200 000 à Jérusalem-Est, pour près de 3 millions de Palestiniens. De véritables villes ont vu le jour, comme Ariel, Maale Adumin ou Modin Iilit. Et le mouvement se poursuit, le gouvernement affichant un mépris flagrant pour le droit international. Le Premier ministre Benyamin Netanyahou s'enhardit depuis l'arrivée au pouvoir de Donald Trump, qui a nommé ambassadeur à Tel Aviv, un chaud partisan des colonies, David Friedman. Au 23 mars 2017, 6 219 unités de construction illégales ont été autorisées, dont 719 à Jérusalem-Est.

Occupation, discrimination, arrestations

La politique israélienne, depuis près d'un demi-siècle, constitue une violation grave du droit international, en outre intrinsèquement discriminatoire. En Cisjordanie occupée, les Palestiniens ont perdu leur droit à la sécurité et à la protection car les colons israéliens harcèlent fréquemment leurs communautés. Les militaires protègent ces colons le plus souvent sans assurer la protection des Palestiniens. Les plaintes ne donnent lieu à aucune poursuite et sont classées sans suite. Par contre, les manifestations des Palestiniens, le plus souvent pacifiques, contre la colonisation et le Mur (illégaux), sont systématiquement interdites et réprimées par l'utilisation d'une force excessive. Les forces israéliennes procèdent également à des milliers d'arrestations. En avril 2017, il y a eu 509 arrestations, dont 75 enfants, ainsi que 111 placements de Palestiniens en détention administrative. Des actes de torture et d'autres mauvais traitements sont régulièrement infligés aux détenus, y compris aux mineurs.

Le Mur renforce les violations

Les Palestiniens sont victimes de restrictions arbitraires et discriminatoires à la circulation et au déplacement dans leur propre pays.

Des contrôles d'identité sont massivement imposés à plus de 500 postes de contrôle et barrages de l'armée israélienne, en particulier à Jérusalem-Est, à Hébron, dans la vallée du Jourdain et dans les zones proches des colonies. Il n'est pas rare que des Palestiniens soient victimes de mauvais traitements au cours de contrôles musclés à ces checkpoints. En réponse aux attaques perpétrées par des Palestiniens, les autorités militaires ont imposé des annulations de permis de travail en Israël pour des proches des agresseurs et bouclé des villages et des secteurs entiers. Les sanctions collectives sont pourtant interdites par le droit international qui, par ailleurs, exige d'Israël, puissance occupante, qu'elle respecte le droit des Palestiniens de Cisjordanie à mener une vie normale.

En réalité, harcèlements, vexations, arrestations sans justifications sont monnaie courante. Et pire, le mur/barrière dont la construction a débuté en 2003, condamné par la Cour internationale de justice en 2004 puisque construit en grande partie en Cisjordanie, renforce toutes les violations des droits des Palestiniens. De plus, il contourne de nombreuses colonies. Et 80 % des colons israéliens se retrouvent à l'ouest du Mur bénéficiant ainsi de la continuité territoriale avec Israël. Une nouvelle « loi de régularisation », votée par la Knesset le 6 février 2017 permettra au gouvernement de saisir des terres palestiniennes privées sur lesquelles des colonies ont été établies. Avec cette loi, si la Cour suprême la confirme, les propriétaires palestiniens n'auront plus la possibilité de réclamer leurs terres.

Depuis 1967, la communauté internationale a condamné à plusieurs reprises, l'illégalité des colonies en Palestine avec des résolutions votées à l'Onu, comme à l'Union européenne. Sans aucun effet. Cependant, le 23 décembre 2016, une résolution historique du Conseil de sécurité a été adoptée demandant à Israël de mettre fin, immédiatement et totalement, à ses activités d'implantation de colonies en Cisjordanie et à Jérusalem-Est. Amnesty International a salué cette résolution et suivra sa mise en œuvre. Pour arriver à une paix durable, le respect des droits humains et la justice doivent être au cœur de toutes les initiatives. Par conséquent, la fin de la colonisation illégale par Israël est incontournable.

Martine Brizemur. Coordonnatrice Israël et Territoires palestiniens occupés pour La Chronique d'Amnesty International

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