Le quatrième pouvoir en mode despote

17/06/2017 4 min altermonde-sans-frontiere.com  médiatique  liberté de la presse #130215

Par Christophe Lemardelé

Dans un entretien avec une journaliste du JDD, la romancière Virginie Despentes a parfaitement synthétisé les abus et les paradoxes du quatrième pouvoir quand celui-ci déborde de son rôle humble d'informateur pour s'ériger en juge et partie.

Dans un entretien avec une journaliste du JDD, la romancière Virginie Despentes a parfaitement synthétisé les abus et les paradoxes du quatrième pouvoir quand celui-ci déborde de son rôle humble d'informateur pour s'ériger en juge et partie, et criant à l'outrage contre la liberté de la presse, telle une vieille fille s'accrochant à sa vertu malgré ses œillades outrancières, dès que l'on manifeste une quelconque critique à son encontre.

En effet, malgré des tentatives réelles d'assainir le monde politique initiées par certains de ses responsables, les chaînes et les sites d'information se font le relais de soi-disant affaires qui occupent toute la place : « affaire » Ferrand et « affaire » Bayrou en ce moment. Le journalisme d'investigation du Canard Enchaîné et de Médiapart nourrit en toute conscience un système médiatique paresseux qui, sous prétexte d'informer et d'analyser, ressasse des éléments d'information décontextualisés, incomplets, voire déformés. Les hommes politiques, pris dans les rets du système qui a le monopole de la parole, n'ont plus qu'à se taire puisque chaque mot peut se retourner contre eux. Comme le dit si bien Virginie Despentes : « J'ai découvert que les journalistes déjeunent tous ensemble. Ils avancent soudainement en meute et il est impossible de faire entendre une parole différente. Ils ne parlent plus de nous, ils parlent sans nous. Le maillage est si étroit qu'on ne peut même pas espérer passer au travers pour s'expliquer un peu. »

Dès lors, la communication de tout gouvernement se doit d'être verrouillée dans un tel contexte car chaque phrase d'un ministre pourra être analysée de manière pernicieuse. Par exemple, on cherchera à opposer tel à tel et à suspecter des mésententes, de futures évictions, des remaniements tout proches... Bien souvent, les titres des articles se révèlent fallacieux, racoleurs et infirmant parfois le contenu même du texte. Sur Médiapart, par exemple, il y eut l'article « L'autre bonne affaire immobilière de Richard Ferrand », plein de sous-entendus jetant la suspicion sur cette personnalité politique - comment passer de l'affaire au système Ferrand... Mais il y eut aussi « Trois médias visés par la plainte du ministère du Travail », article dans lequel on se rend compte à la lecture que les trois médias en question (Libération, Le Parisien et Médiapart) ne sont aucunement inquiétés par la justice. On va vite en besogne et le dénigrement est systématique.

Désormais, les médias se plaignent de ce que le président tout nouvellement élu se distingue de ses prédécesseurs en les tenant à distance. Voilà un président ennemi de la liberté de la presse ! Or, comme le rappelle si bien Virginie Despentes, Hollande fut jugé très sévèrement par ces mêmes médias pour ses confidences à deux journalistes : « J'ai trouvé courageux la volonté de transparence de François Hollande. Il est salutaire qu'il ait voulu désacraliser la fonction de président et livrer aux citoyens le maximum d'informations. Les journalistes lui sont tombés dessus, comme si l'exercice du pouvoir devait être l'exercice du secret. »

On peut donc en conclure que le quatrième pouvoir est devenu despotique, c'est lui qui décide de la bonne attitude à avoir avec lui. Et, en l'occurrence, ce n'est jamais la bonne attitude. Quant aux conséquences sur le vote démocratique (abstention, extrémismes)... pas son problème.

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