La guerre politique à Washington s'intensifie. Un Trump défiant accuse le directeur renvoyé du Fbi de mentir au Congrès

13/06/2017 8 min mondialisation.ca  Barry Grey  Donald Trump  confrontations collusion impérialisme  sommet de l'OTAN  Corée du nord #130020

Par Barry Grey

Lors d'une conférence de presse de la Maison-Blanche vendredi, le Président, Donald Trump, a accusé le directeur renvoyé du FBI, James Comey, d'avoir menti sous serment dans son témoignage la veille devant la Commission des renseignements du Sénat, dans lequel Comey a accusé Trump d'avoir fait pression sur lui pour qu'il laisse tomber l'investigation du FBI sur son équipe électorale dans le cadre d'une ingérence supposée du gouvernement russe dans les élections américaines de 2016.

Debout dans le Jardin des roses de la Maison-Blanche aux côtés du Président roumain invité, Klaus Iohannis, Trump a déclaré que le témoignage jeudi par Comey avait confirmé son propre rôle. Il a catégoriquement nié qu'il avait exigé une promesse de fidélité personnelle de Comey ou lui avoir demandé de laisser tomber l'enquête du FBI sur son ancien conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, sur les liens de Flynn avec Moscou. Trump a renvoyé Flynn en février pour supposément avoir menti au vice-président Mike Pence au sujet de ses discussions avec l'ambassadeur russe aux États-Unis, Sergey Kislyak.

« Hier n'a montré aucune collusion, aucune obstruction », a déclaré Trump. Réitérant son accusation selon laquelle l'acharnement sur le piratage informatique russe supposé et la fuite des e-mails de campagne du Parti démocrate et de Clinton était une chasse aux sorcières politiques, il a déclaré : « C'était une excuse par des démocrates qui ont perdu une élection qu'ils n'auraient pas dû perdre. » Il a poursuivi en disant : « mais nous étions très, très heureux, et, franchement, James Comey a confirmé beaucoup de ce que j'avais dit, et certaines des choses qu'il a racontées ne sont pas vraies. »

On lui a demandé s'il avait dit à Comey lors d'une réunion privée de la Maison-Blanche qu'il « espérait » que l'enquête sur Flynn pourrait être abandonnée, Trump a déclaré : « Je ne l'ai pas dit, et il n'y aurait rien de mal si je l'avais dit. »

En réponse à une question, Trump a déclaré qu'il serait « 100 pour cent » prêt à répéter ses démentis contre Comey sous serment au procureur spécial Robert Mueller. Ancien directeur du FBI, Mueller a été nommé à la tête de l'enquête du FBI le mois dernier, après que Trump a congédié Comey, et Comey a répondu en faisant fuiter au New York Times, le fait qu'il avait écrit des notes juste après chacune de ses neuf discussions privées avec Trump.

Trump a dénoncé Comey comme l'« organiseur des fuites », faisant allusion à son admission devant comité sénatorial qu'il avait organisé la fuite de ses notes sur la réunion de la Maison-Blanche du 14 février où, selon lui, Trump lui a demandé de reculer sur l'enquête du FBI concernant Flynn. Mark Kasowitz, l'avocat personnel de Trump, a suggéré jeudi que la fuite était illégale et a déclaré qu'il renverrait l'affaire à l'inspecteur général du ministère de la Justice et à la Commission judiciaire du Sénat.

Le témoignage de près de trois heures de Comey, transmis en direct par tous les principaux réseaux de télévision, et la réponse des médias dits « libéraux » en général alignés sur le Parti démocrate ont souligné le contenu réactionnaire de la campagne politique menée par des sections de l'établissement de renseignement et les démocrates pour diaboliser la Russie et pour la « désignation » de Trump comme un larbin du président russe Vladimir Poutine.

Comey parle pour les factions au sein de l'appareil d'espionnage et plus largement de l'État qui sont déterminées à revenir sur la ligne plus conciliante de Trump envers la Russie et à réaffirmer la politique de l'Administration Obama d'escalader les confrontations économiques, diplomatiques et militaires avec Moscou ou, si nécessaire, de forcer Trump de démissionner, ou lui imposer un impeachment [processus par lequel un Président peut être démis de ses fonctions]. Le Président, dont la politique étrangère n'est pas moins imprudente et guerrière, veut prioriser l'agression américaine contre la Chine, la Corée du Nord et d'autres pays qu'il a dans le collimateur comme l'Iran.

Les démocrates cherchent également par leur campagne néo-McCarthyiste contre la Russie à canaliser derrière l'agenda de guerre de l'impérialisme américain la colère contre Trump qui est massive aux États-Unis, provoquée par ses attaques contre les droits démocratiques et les programmes sociaux.

Dans son témoignage au Sénat jeudi, Comey a combiné des allégations d'ingérence de la Maison-Blanche dans l'enquête de Russie avec des accusations incendiaires contre Moscou. Dans un éditorial élogieux vendredi, le New York Times a choisi à louer la déclaration de Comey : « Il s'agit de l'Amérique. » La Russie « a essayé de façonner la manière dont nous pensons, nous votons, nous agissons [..]. Ils en ont après l'Amérique. »

L'ensemble des accusations d'une ingérence russe supposée dans l'élection à l'appui de Trump, promu par les agences d'espionnage américaines et les démocrates, repose sur des affirmations gratuites, sans aucune preuve concrète.

Le rôle des médias dans la promotion de cette campagne hystérique, dont le résultat logique est la guerre entre les deux plus grandes puissances nucléaires au monde, a été souligné lors de la conférence de presse par le correspondant d'ABC News, le correspondant de la Maison-Blanche Jonathan Karl, le seul grand représentant des médias appelé par Trump. Après avoir demandé à Trump de répondre aux allégations de Comey, il a invité le président roumain à peser sur l'agression russe, voulant impliquer que Trump ne s'en inquiète pas assez. « La Roumanie n'est pas étrangère à l'agression russe. À quel point êtes-vous préoccupé et à quel point devrions-nous être concernés ? » demanda Karl.

Tout en restant méfiant sur l'enquête en Russie, Trump a fait une concession aux critiques de sa politique étrangère. En réponse à une question d'un journaliste roumain, il a explicitement affirmé son soutien à l'article 5 de la charte de l'OTAN, qui oblige tous les États membres à défendre un État membre qui subit une attaque étrangère. S'exprimant lors d'un sommet de l'OTAN le mois dernier, Trump n'avait pas déclaré le soutien de son gouvernement à l'article 5, ce qui a provoqué des dénonciations de ceux qui font la politique américaine et de commentateurs des médias préoccupées par ses propos précédents, mettant un point d'interrogation sur l'engagement continu de Washington envers l'alliance militaire transatlantique.

Dans le même temps, cependant, Trump a réitéré ses attaques contre les alliés traditionnels européens de Washington tels que l'Allemagne et la France pour ne pas avoir augmenté leurs dépenses de défense à 2 pour cent du PIB et a suggéré qu'ils soient forcés de payer pendant des années pour compenser le prétendu sous-financement de l'OTAN.

En réponse à une question sur son indication antérieure selon laquelle la Maison Blanche pourrait avoir des enregistrements de discussions qui ont eu lieu dans le bureau Oval, il a déclaré qu'il allait faire une annonce sur le sujet sous peu et a ajouté que la presse serait « déçue » quand il la fera.

Tout indique que la guerre politique à Washington s'intensifiera. Le procureur général, Jeff Sessions, l'un des accusés d'avoir eu des réunions secrètes et non divulguées avec des responsables russes lors d'une campagne électorale de Trump, devrait témoigner mardi prochain devant une sous-commission des crédits du Sénat, sur le budget du ministère de la Justice. Les démocrates ont prévenu qu'il sera interrogé sur ses liens russes.

Plus tôt cette semaine, il a été signalé que Trump était furieux contre Sessions pour sa décision de se récuser l'enquête du FBI et parce que Sessions avait proposé de démissionner de son poste de procureur général. Maintenant, il peut être désigné comme un membre vulnérable du cabinet Trump par les ennemis du gouvernement à Washington.

Dans un témoignage à huis clos, jeudi suite à l'audition ouverte du Comité des Renseignements du Sénat, Comey aurait déclaré aux sénateurs que Sessions aurait rencontré une troisième fois l'ambassadeur de Russie, Kislyak, et n'aurait pas fait état de cette réunion lorsqu'on lui a posé la question au cours d'une audience au Congrès. C'est une référence à une réception organisée en avril 2016 dans un hôtel de Washington par le ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Lavrov, à laquelle ont participé Sessions et Jared Kushner, le beau-fils de Trump qui est aussi un assistant de haut niveau du président.

À la suite du témoignage de Comey, le sénateur démocrate de New York, Charles Schumer, chef de la minorité du Sénat, a déclaré que les déclarations de Comey « soulèvent de sérieuses questions sur Sessions dans son rôle de procureur général auxquelles lui et le ministère de la Justice doivent répondre immédiatement. »

Barry Grey

Article paru d'abord en anglais, WSWS, le 10 juin 2017

La source originale de cet article est wsws.org

mondialisation.ca

 commentaire