20/05/2017 6 min tlaxcala-int.org #129039

Usa : le complexe nucléaire de Hanford est mûr pour une explosion

Joshua Frank

La semaine dernière, sur le site du complexe nucléaire de Hanford dans l'État de Washington, un tunnel souterrain où étaient entreposés des déchets nucléaires s'est effondré en laissant un trou béant de plus de 40 mètres carrés. Le tunnel, construit en terre et en bois, a fini par céder.

Qu'avait de surprenant cet accident, qui a obligé des milliers d'ouvriers à se mettre en sécurité ? Pas grand-chose, si l'on en croit un rapport découvert par Hanford Challenge, un groupe de plaidoyer de Seattle.

Le complexe de Hanford est né en 1943 autour du Réacteur B, construit pour produire du plutonium destiné aux bombes atomiques bricolées par les brillants savants du Projet Manhattan. Il a ensuite été un fleuron du complexe militaro-industriel nucléaire, avant de devenir la plus grande poubelle nucléaire des USA, où sont stockés même des déchets français gracieusement fournis par AREVA

En 1991, la compagnie Westinghouse Hanford a demandé à la compagnie Los Alamos Technical Associates, Inc. (LATA) d'évaluer l'intégrité de la structure du tunnel appelé PUREX Storage Tunnel n°1 (pour Plutonium Uranium Extraction Facility = Installation d'extraction d'Uranium/Plutonium, NdT), la partie qui s'est effondrée. Bien que l'étude de 1991 indiquât une faible probabilité de dégradation du bois de soutènement traité sous pression, le rapport notait que « la seule dégradation structurelle constatée est due à l'exposition constante du bois de soutènement au fort champ de rayonnement gamma régnant dans le tunnel.”

Tout en notant que les effets de cette exposition étaient faibles à l'époque, le rapport indiquait que la résistance du bois des murs de soutènement n'était que de 65,4% de ce qu'elle était à l'origine. L'étude recommandait qu'un autre test soit fait en 2001 par le « United States Forest Product Laboratory » (Laboratoire de produits forestiers du service des forêts du département de l'Agriculture US, NdT) pour vérifier le bon état des poutres de bois du tunnel.

Rien n'indique que d'autres tests aient été effectués en 2001, ou à un moment quelconque depuis que cette recommandation a été faite en 1991. Le Laboratoire de produits forestiers US et le Département de l'Énergie (DOE), malgré plusieurs demandes, n'ont pas daigné faire de commentaires.

« Comment peut-on stocker des déchets radioactifs dans un tunnel ? Qui a bien pu avoir cette idée ? » se demande Rod Ewing, un chercheur en sécurité nucléaire de l'université de Stanford. Je suis allé à Hanford à de nombreuses reprises pour des conférences et des événements de cet ordre, mais je ne me souviens pas que quiconque ait mentionné l'existence de déchets radioactifs dans des tunnels souterrains. Je n'en comprends pas du tout la raison. »

Le Département de l'Énergie a dit qu'il n'y avait pas trace de fuite radioactive, et a choisi de boucher le trou avec cinquante camions de terre et de recouvrir le tout d'une bâche en plastique.

C'est un peu comme donner une aspirine à un cancéreux, car la question reste posée : est-ce que cela empêchera que se produisent d'autres effondrements qui pourraient avoir des conséquences bien plus dramatiques ? Selon Doug Shoop, directeur du Bureau des Opérations de Richland (à proximité du complexe de Hanford, NdT) du Département de l' Énergie, la réponse est non.

« D'autres effondrements sont possibles », déclare Shoop.

« Un des principaux problèmes à Hanford est que le DOE manque de personnel et est surchargé de travail,» m'a dit le Dr Alexander, un éminent physico-chimiste qui travaille à Hanford. Dans l'état actuel des choses, nous ne pouvons pas effectuer de contrôles individuels approfondis de chacune des installations. Par conséquent il y a de fortes chances qu'à l'avenir plusieurs systèmes connaissent des défaillances ou ne fonctionnent pas de façon optimale.

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Le Dr. Alexander déclare que Hanford pourrait être le théâtre d'un événement comparable à l'explosion qui a eu lieu en 1957 à la centrale nucléaire de Maïak (Union Soviétique), connue sous le nom de catastophe nucléaire de Kychtym. Kychtym est considérée comme l'une des plus graves catastrophes nucléaires jamais connues, après Tchernobyl et Fukushima. Le complexe nucléaire Maïak, qui est considéré comme le « frère » de celui de Hanford, produisait aussi du plutonium pour les bombes nucléaires. Au moins 22 villages et leurs 10 000 habitants ont dû être évacués quand Maïak a explosé. Selon une estimation de l'antenne de Tchélyabinsk du Ministère soviétique de la Santé, le dernier bilan des décès dus à l'explosion de Maïak est de 8 015 personnes sur une période de 32 ans.

Hanford a un total de 177 réservoirs de déchets souterrains, dont 149 n'ont qu'une seule paroi et sont considérés par l'EPA (Agence pour la Protection de l'Environnement) comme susceptibles de fuir.

Au pire, selon le Dr Alexander, un autre accident de la magnitude de la catastrophe de Kychtym pourrait se produire à Hanford.

Un contrôle laxiste et des économies de bouts de chandelles pourraient bien être la cause d'une explosion mortelle telle que celle que redoute le Dr Alexander.

Et alors, quel est le problème ?

Rien qu'un complexe nucléaire vieillissant de plus au bord de la catastrophe.

"Pour la protection de tous, ne parlez pas. Silence = sécurité": cette consigne militaire de la Deuxième Guerre mondiale semble toujours en vigueur quand il s'agit des déchets nucléaires

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