14/06/2006 7 min #1256

capital social

Le 13 juin 06 à 03:33, dav8119 a écrit :

Pour résumer, une notion que j'avais estimée très importante sans pouvoir la nommer est ici le centre névralgique de tous les points de vues. D'ailleurs c'est presque fatigant mais au moins des sujets très importants sont abordés.

Le plus important c'était (pour moi) de s'extraire de ce qui est profitable à court terme afin de démontrer que l'éducation, par exemple, comme la culture la science la religion, étaient des investissements rationnels. Le seul problème (qui subsiste) c'est de pouvoir les évaluer dans le but de les comparer entre eux dans un système de comptabilité global = Le système.

La difficulté étant de évaluer pou les rendre compa:h4les ; en fait, c'est tout ce travail de relationnement habituellement confié au subconscient qui est primitif et qui mériterait d'être compris et pris en charge par cette compréhension.

En fait vouloir pondre un nouveau système c'est un peu mettre l'accent sur toutes les incompréhensions et incompa:h4ilités qui découlent d'une profonde méconnaissance de nos mécanismes psychosociaux, c'est un travail qui se fera petit à petit, si on l'estime avec soin, il faudrait plus de temps pour en arriver là que le temps qu'il faut pour détruire tout ce qui produit de l'oxygène sur terre (les arbres) et pour consommer celui qui reste.

http://www.revuedumauss.com.fr/Pages/KSOC.html#Anchor-19-11481

http://wwwrevuedumauss.com.fr/index.html#Anchor-37516

Alors que la notion de capital social est une de celles

– avec la thématique des réseaux à laquelle elle est étroitement apparentée – qui

ont fait l’objet ces vingt dernières années du plus grand nombre de débats et

de contributions dans la science sociale internationale, celle des universités ou

des grandes organisations internationales, elle est restée confinée en France à

d’étroits milieux académiques. C’est pourtant en France, sous la plume de Pierre

Bourdieu, qu’elle a pris son premier essor significatif. Il est même permis de

considérer qu’elle condense à la fois toute l’ambition et toute l’ambiguïté de la

théorie sociologique bourdieusienne, autrement dit de l’« économie générale

de la pratique ».

Ce que Bourdieu reprochait aux économistes, on le sait, c’était au fond

de ne pas prendre suffisamment au sérieux leur propre modèle explicatif, de

croire qu’il n’avait de portée que pour le seul ordre de l’économie et donc,

symétriquement, de faire l’hypothèse que ce dernier pouvant fonctionner en

quelque sorte tout seul, de manière indépendante, le capital économique serait

suscep:h4le de s’accumuler selon des modalités exclusivement économiques.

À l’encontre de quoi Bourdieu soutenait et montrait que la reproduction et

l’accroissement du capital économique supposent en fait tout un travail de

transformation en d’autres types de capital – le capital scolaire, culturel,

linguistique, symbolique (le prestige) et plus généralement le capital social

qui d’une certaine manière actualise et réalise toutes ces formes de capital

extra-économiques sans lesquelles l’enrichissement économique se révélerait

impossible. Dans son article fondateur de 1980, peu connu et heureusement

reproduit ici, il définit le capital social comme « l’ensemble des ressources

actuelles ou potentielles qui sont liées à la possession d’un réseau durable

de relations [c’est Bourdieu qui souligne] plus ou moins institutionnalisées

d’interconnaissance et d’interreconnaissance ; ou, en d’autres termes, à l’ap- partenance à un groupe comme ensemble d’agents [...] unis par des liaisons

permanentes et utiles [...] fondées sur des échanges inséparablement maté- riels et symboliques. » « Le volume du capital social que possède un agent

particulier, poursuit-il, dépend donc de l’étendue du réseau des liaisons qu’il

peut effectivement mobiliser et du volume de capital (économique, culturel

ou symbolique) possédé en propre par chacun de ceux auxquels il est lié. »

Et il ajoute : « Les profits que procure l’appartenance à un groupe sont au

fondement de la solidarité qui les rend possibles. » « Ce qui ne signifie pas

qu’ils soient consciemment poursuivis comme tels », précise-t-il. Il n’en reste

pas moins que l’existence du réseau est « le produit du travail d’instauration et

d’entretien qui est nécessaire pour produire et reproduire des liaisons durables

et utiles, propres à procurer des profits matériels ou symboliques. Autrement

dit, le réseau de liaisons est le produit de stratégies d’investissement social

[...] grâce à l’alchimie de l’échange (de paroles, de dons, de femmes, etc.)

comme communication supposant et produisant la connaissance et la recon- naissance mutuelles. »

(...)

Poser ce type de questions à l’aide du concept de capital social présente certains

avantages. Des avantages d’abord diplomatiques sans doute. Il permet de faire

entendre à des gestionnaires ou à des experts internationaux, avant tout soucieux

d’efficacité économique, préoccupés de « faire du chiffre », qu’ils ne parviendront

à leurs fins qu’à la condition de prêter attention à autre chose qu’aux objectifs

économiques immédiats et qu’ils ne doivent donc pas tout sacrifier, comme ils

y sont trop souvent enclins, à la rentabilité à court terme.

(...)

Et ce qui est vrai des relations sociales l’est également de toutes les autres

dimensions du capital social. Aucune règle de droit, aucune loi ne tiendrait

si on changeait à tout instant le droit en fonction de considérations pragmati- ques immédiates ; aucune administration ne fonctionnerait sans un minimum

de dévouement à l’esprit du service public ; aucune association ne survivrait si

ses militants n’étaient là que pour se servir, etc. À tel point qu’il est tentant de

proposer du capital social une définition qui surprendra peut-être, mais qui est

pourtant pleinement cohérente avec ce qui vient d’être dit jusqu’ici : le capital

social d’un acteur, individuel ou collectif, d’une institution, d’un pays, etc., c’est

l’ensemble de ce qui, dans leurs actions et dans leurs représentations, donne la

priorité hiérarchique aux considérations extra ou anti-utilitaristes sur les consi- dérations d’intérêt immédiat.

(...)

Mais comment penser sérieusement que des relations

sociales puissent être désirées et cultivées pour elles-mêmes dans le cadre d’une

posture individualiste méthodologique qui prend pour point de départ le postulat

de l’indifférence mutuelle des individus ?

Nous en arrivons ainsi au nœud du problème soulevé par la notion de capital

social et que met très bien en lumière Bernard Perret dans le dernier chapitre de cet

ouvrage. Aussi longtemps qu’on emploiera l’expression même de capital social,

qu’on raisonnera en termes de capital donc, et quelque subtilité ou raffinement

qu’on introduise dans la problématique, on sera immanquablement ramené vers

une interprétation de type utilitariste. Or, pas plus que notre propre existence, notre

vie ne peut être conçue comme un capital à gérer – pas plus qu’il n’est possible de

tenir pour tel l’ensemble de nos amitiés, de nos affections, de nos engagements,

de nos croyances, de nos institutions ou de notre héritage culturel. Non qu’ils ne

soient à l’occasion suscep:h4les de produire quelque effet utile, voire de se révéler

rentables. Mais ils ne peuvent l’être que pour autant qu’ils ne sont pas d’abord

cela. Ou encore, l’ensemble des dimensions de l’existence sociale que les théories

du capital social tentent de cerner sous cette appellation ne peuvent engendrer

les effets économiques (ou politiques) qu’elles leur imputent qu’aussi longtemps

qu’elles ne sont précisément pas considérées comme un capital19.

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