Synthèse des mutations paradigmatiques du principe des transactions sociales

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Déléguer à une décision sociale les transactions est une idée simple qui implique une multitude de caractéristiques, qui font système.

1. Le principe de l'argent

Premièrement ça rénove le principe de l'argent. La définition de ce qu'est l'argent est si vaste que n'importe quel exemple d'aberration peut servir de point de départ.
Il y a celui-ci : les impôts. On prélève sur la population un argent qui sert à fabriquer des biens publics. La production de biens publics est donc sujette, limitée par cet argent amassé. Finalement on demande aux gens de prendre de l'argent aux autres gens pour le donner à l'état, pour qu'il donne cet argent à d'autres gens qui fabriquent les biens publics. En fait c'est un circuit qui est onéreux, et hasardeux. Le plus grave reste encore qu'on a aucune certitude que ces décisions politiques soient vraiment le fruit d'une concertation faisant intervenir tous les paramètres véritablement opérationnels. Donc déjà on a deux problème, la prise de décision, qui devrait inclure les conséquences à long terme (hors des intérêts du présent), et la limitation artificielle en terme de valeur.
Il est certain que quelque soit le projet, on doit avoir l'assurance qu'il ne soit pas dispendieux, qu'il soit optimal.
Cette contrainte est la seule utilité du fait de se retrouvé limité en argent. Elle ne serait pas utile si on avait établi dès le départ l'obligation de faire que le résultat soit optimal. La conséquence de ceci serait le renversement selon lequel on ne serait plus limité par les moyens, mais seulement pas les besoins.

En réalité l'argent est un système d'administration de la gratuité. Au final on ne fait que faire intervenir des corps de métiers dans un projet, et on les rémunère de sorte à garantir leur subsistance. A la seconde itération, on fait intervenir des corps de métiers qui servent à la subsistance de ces premiers, et ainsi de suite.
Finalement ce qu'on fait n'est rien d'autre qu'incomber à tous ces acteurs de fournir le nécessaire à toute une chaîne orientée vers un objectif, en l'occurrence, la production de biens communs.

Ce qui est notable est que tous ces acteurs contribuent à une œuvre positive mais n'en savent rien. Ils pourraient aussi bien fournir des banquiers qui n'ont rien fait d'autre que fabriquer ces billets ou des mafieux qui l'ont volé aux commerçants). Le fait que "l'argent n'aie pas d'odeur" devrait être substitué par un moyen de visualiser la chaîne d'activité à laquelle il contribue. C'est cette chaîne d'activités qui devrait justifier de la priorité des transactions. Elle pourrait facilement prendre forme de chaîne de blocs (Blockchains) dont le réseau serait facile à retracer, toutes les transactions étant identifiées par un ID (il suffit d'en entrer une pour découvrir tout le réseau auquel il appartient).

2. Le principe du profit

L'intérêt des transactions sociales est de déléguer à l'intelligence collective l'avalisation des transactions à grande échelle, celles qui en impliquent beaucoup d'autres auxquelles les décisionnaires eux-mêmes risquent d'être impliqués.

Mais surtout cela permet d'aller plus loin, car en somme dans ces transactions contributives à une œuvre sociale, quelle légitimité les acteurs ont-ils de vouloir "en tirer profit" ?
Pour simplifier la réponse à cette question, voyons ce qui se passe avec les prestations sociales :
Les gens paient des impôts pour contribuer à l'état providence, qui permet de sauver la vie des gens en marge du système. Déjà, la première remarque serait de vouloir s'empresser de changer ce système, qui exclue des gens. Mais bon. Cet argent de l'aide social revient à l'état sous forme de taxes et d'impôts, à hauteur d'environ 50%. Et deuxièmement, une partie de cet argent de l'aide sociale va dans les poches de multinationales multimilliardaires avides et impitoyables. A partir de là, si cet "argent social" devait n'être utilisé que pour des transactions sans but lucratif, et sans taxes, ça économiserait toute une somme de chaines de transactions parfaitement inutiles, autant qu'onéreuses.

En réalité l'action sociale devrait se situer dans une chaîne sans but lucratif et sans taxes ou impôts, puisque les acteurs de cette chaîne sont commandités par l'état, dont l'intérêt est l'économie en terme d'intervenants et la recherche d'efficacité.

3. Le principe du salaire

Au-delà de ça, il reste les salaires. Il est évident qu'ils sont inclus dans un coût sans but lucratif, qui rime avec le fait que les prix soient quand mêmes suffisants pour que l'affaire tourne. De nos jours il n'y a pas beaucoup d'entreprises qui peuvent s'en vanter, en général, bien qu'ils aient un but lucratif, ils n'atteignent même pas ce seuil. Le but non lucratif organisé tel que je l'ai décris est aussi l'assurance de la subsistance de la production, puisque son but n'est pas lucratif, toute la chaîne est à prix coûtant, et le produit final n'a que la valeur de son coût de production.

En plus de cela (ou en moins), si les salaires appartenaient à un autre circuit bien distinct du coût de la marchandise, son coût de revient serait encore d'autant plus diminué. C'est à dire que le travail humain n'interviendrait pas dans le coût final, puisqu'il est nul s'il est assumé par l'état. C'est un compte qui est réglé par l'état, et non pas par l'acquéreur du produit. Ainsi c'est à l'état qu'il revient d'assumer le travail, qui ainsi n'est pas considéré comme une marchandise.

La certitude dont nous avons besoin est que ces salaires soient corrects, aussi bien en tirant vers le bas que vers le haut. C'est pourquoi ils devraient être normalisés, à l'intérieur d'une échelle de mesure, sachant que personne ne "vaut" véritablement beaucoup plus que n'importe quel autre. Pour moi cette échelle devrait être comprise de 1 à 10. Elle n'a pas besoin de plus que cela car les humains doivent rester sur un pied d'égalité. Et surtout, aucun n'a de besoin réellement supérieur à 10 fois les besoins des autres.
En procédant de la sorte, l'économie en terme d'attribution des richesses est tel qu'il garanti à chacun les biens et services de première nécessité. Les plus favorisés auraient seulement accès aux biens plus rares.

Mais surtout, une fois garantis de façon sociale, ces salaires peuvent eux aussi suivre le même procédé que si c'étaient des prestations sociales, dont on a besoin de la garantie qu'ils ne servent pas d'autres intérêts que ceux qui contribuent à fournir aux gens ce dont ils ont besoin (et en respect des lois, législations, et préconisations écologiques et sur la santé, par exemple). C'est pourquoi ces salaires ne sont que des droits d'accès à des marchandises existantes et répertoriées, et non pas des passe-droits pour des activités qui ne peuvent être approuvées par tous ceux qui, aux itérations suivantes, y contribueraient sans le vouloir.

Toutes ces garanties sont ce qu'on demande à un état d'assumer. C'est à lui, car lui seul le peut, de garantir que les chaînes de transactions soient respectueuses d'un nombre croissant de contraintes qui les rendent légitimes.
Munis de la certitude que toutes leurs actions servent le bien commun, les travailleurs auraient à cœur d'y contribuer du mieux possible. Ce n'est pas avec un super salaire mirobolant qu'on obtient un tel désir de qualité et de service, mais avec seulement de la confiance en un système social.