071118 5 min

Quand les larves sortent de leur torpeur

La chose la plus saugrenue de cette saison est (bien sûr) l'apparition d'une nouvelle classe-catégorie de manifestants, qu'on appellera les manifestants-bobo, qui sont riches et inconséquents.

Ceux-ci trouvent le moyen de faire grève contre les grévistes, de manifester contre les manifestants.

Leur revendication est purement égoïste et va à très court terme. Ils s'inquiètent d'une façon disproportionnée de leur journée du lendemain ou de leur semaine, et pour ce motif, trouvent le moyen d'avoir la parole à la télé, sous l'étiquette (bien sûr) des jeunes UMP.

Ce qu'ils veulent c'est prendre le métro normalement comme d'habitude, sans avoir la moindre considération pour les gens qui y travaillent et qui font fonctionner cette institution centenaire, publique et sociale.

Ils sont prêts à affirmer que 'ceci n'est pas une démocratie' pour pouvoir justifier leur 'liberté' de circuler, qu'ils jugent compromise (pas le fait de circuler, mais la seule et entière 'liberté').
Pour eux la démocratie et la liberté sont érodés ou en danger à cause des grèves, mais par contre pas du tout en raison de l'actualité internationale et des choix désastreux de la présidence, par exemple.

Leur vision à court terme qui pathologique, fait qu'ils estiment que les fautifs sont les grévistes directement et non les provocations historiques auxquelles ils répondent.

Ils semblent se dire que les employés de métro s'ils ne sont pas content, n'ont qu'à regarder la télé et laisser leur emploi à des autres gens. Ou un truc comme ça, enfin de n'est pas clair.

Leur discours est de dire « qu'ils fassent grève autrement qu'en nous embêtant ».
Mais justement la grève n'aurait aucun impact sans avoir des effets, imputable directement à ceux qui ont provoqué la colère et fermé les portes de la négociation, tout en soudoyant les syndicats et en clamant qu'il n'y a personne pour négocier.

Justement, il faut bien comprendre ceci de fondamental dans une société, que les uns et les autres sont liés et au point que si les transports ne fonctionnent plus, la grève ne fait qu'annoncer ce qui adviendra dans le futur, si on voulait se passer d'eux : plus rien ne fonctionnerait, ni le transport de marchandises, ni de voyageurs, du moins pas à ce prix-là.
Ceci est crucial, pourtant les contre-manifestants bobos semble oublier que sans les transports ils ne seraient rien.

C'est parce que chacun est important que chacun doit être soigné, et non l'inverse, où si chacun est important rien n'a d'importance....

Ils ont l'air de se comporter comme si tout leur était dû, et comme si ces gens-là qui leur devait tant, n'avaient rien à redire à la diminution de leur niveau de vie, comme s'il s'agissait de les fouetter pour qu'ils travaillent.

Et ici les politiciens reprennent le flambeau de la propagande, exhibant la raison du plus fort qui est la suivante : « dans tous les pays du monde ça se passe comme cela, alors pourquoi pas nous ? »

C'est à dire que la raison pour laquelle « tous les pays du monde » diminue leur niveau de vie, reste inconnue et non débattue, tandis que la raison de diminuer le niveau de vie des gens, se justifie elle-même par le fait que cela soit observé par un ou deux politiciens comme étant « normale ».
Ce sera la seule explication qu'ils daigneront produire.

Parmi les mongoliens qui ne comprennent rien à la vie, dans la catégorie des jeunes qui sont souvent étroits d'esprit, on trouve donc ceux-là.
Mais il ne suffit pas d'être jeune pour être étroit d'esprit, de vieux réactionnaires font partie du lot de manifestants pour clamer 'le droit de leurs enfants à aller à l'école'.

De même, certains employés zélés préfèrent affirmer qu'ils vont faire une fausse déclaration de » maladie pour justifier leur absence, qu'ils ont l'air de regretter profondément.

Ça pour de la PSYOP si ç'en est pas, qu'est-ce que c'est ?
Le but des opérations psychologiques peut être défini comme la mise en scène des circonstances qui font complètement abstraction des éléments les plus cruciaux d'un dossier, comme s'ils n'avaient aucune valeur. C'est une forme moderne de dénigrement, lui-même très familier du fascisme.

Ils n'ont aucun complexe à vouloir rivaliser avec des travailleurs, qui eux, je le dis en passant, ne font pas grève pour sauvegarder le bienfait de leur journée ou de leur semaine, mais de toute leur durée de travail tout au long de leur vie, et bien au-delà, si tant est qu'ils manifestent également au nom de tous les travailleurs futurs, y compris parmi lesquels on comptera sûrement dans le futurs, des anciens jeunes UMP qui jadis manifestaient pour avoir le droit de prendre le métro.

Ce n'est que dans cette mesure que le mouvement peut prendre une dimension symbolique et névralgique, pas du tout dans la mesure où cela serait un « rapport de force brute et bête », qui plus est dénoncé par les agresseurs (l'état) comme étant l'idée des manifestants, alors que les paroles de Sarkozy « je ne reculerai pas » sont totalitaires.

Il faut ajouter avant de fermer cette parenthèse, que les contre-manifestations orchestrées en sous-terrain par les pouvoirs hégémoniques, s'ils sont nouveaux en France, sont monnaie courante dans les pays fouettés par le libéralisme américain, en Amérique Latine notamment, où les partis dissidents sont amplement financés.

Et aussi, que parmi « tous les pays du monde » qui font pareil, on aura judicieusement ôté les quelques exceptions de la révolution bolivarienne, dont le niveau de vie a augmenté très sensiblement, et la durée du travail, est passée à 30 heures par semaines (même si ces expérimentations sont sujettes à des difficultés de naissance).

_8119