14/06/2006 9 min #1247

USA-Urgence médicale : état des lieux à la Nouvelle Orléans aux lendemains de l’ouragan Katrina, par

« La semaine épouvantable que nous avons vécue à l’intérieur du

Charity Hospital après le passage de Katrina est celle que tout le

monde a pu voir sur CNN, mais c’était pour nous la semaine la plus

facile de ces 6 derniers mois. »

WSWS, 24 mai 2006.

Un récent article du New England Journal of Medicine met en lumière

la tragédie qui se déroule actuellement aux lendemains de l’ouragan

Katrina et met en évidence un système en crise. En outre, la tragédie

en actuelle, qui est maintenant à peine évoquée dans les principaux

médias, souligne la négligence et l’indifférence criminelles affichée

par l’Administration Bush à l’égard des habitants de la Nouvelle

Orléans.

Les auteurs de l’article, le Dr Ruth Berggren, maître de conférence

en maladies infectieuses et le Dr Tyler Curiel, professeur en

hématologie et en oncologie à la faculté de médecine de l’Université

de Tulane, font partie de l’équipe médicale qui participe à la

reconstruction du système de santé de la Nouvelle Orléans. Ils

révèlent que, sept mois après l’ouragan Katrina, les services

médicaux sont « primitifs au point d’être inacceptables » pour

satisfaire les besoins d’une communauté dont beaucoup de membres ne

sont pas encore retournés chez eux.

L’article, daté du 13 avril dernier, et intitulé « Après l’orage- infrastructure du système de santé à la Nouvelle Orléans après

l’ouragan Katrina » souligne le manque d’aide gouvernementale pour la

reconstruction du système de santé ainsi que pour satisfaire les

demandes urgentes et immédiates de soins de santé d’une communauté

dévastée par l’ouragan et par l’innondation de la ville qui a suivi.

Une telle inertie a également mis en évidence le fossé existant entre

ceux qui peuvent s’offrir une assurance maladie et ceux qui n’en ont

pas les moyens.

En ce moment, la population de la ville de New Orleans a diminué d’à

peu près 24 pour cent par rapport à celle d’avant l’ouragan,

néanmoins seuls 15 des 22 hôpitaux sont ouverts, ce qui équivaut à

2000 lits, soit moins de la moitié des 4 400 lits habituels. Avant

l’ouragan, selon le New Orleans Times-Picayune, New Orleans était en

dessous de la moyenne nationale, en ce qui concerne les lits

d’hôpitaux, avec 3,03 lits d’hôpital pour 1000 habitants contre une

moyenne nationale de 3,26 lits d’hôpital pour 1000 habitants dans les

villes américaines. Aujourd’hui, après l’ouragan et la diminution de

la population, on trouve 1,99 lit d’hôpital pour 1000 habitants.

Les ressources actuelles des consultations externes comprennent des

médecins qui peuvent proposer une consultation de généraliste et dans

une mesure très limitée une consultation de spécialité. Tous ces

services font face à des complications chez les patients souffrant de

maladies chroniques non soignées - en particulier l’hypertension, le

diabète et le SIDA.On ne dispose pas sur place d’accès à des tests de

dépistage des maladies infectieuses comme la tuberculose ou le SIDA,

et les équipements pour procéder à des tests généraux essentiels de

laboratoire sont réservés à ceux qui ont une assurance maladie, ceux

qui ne sont pas assurés devant se rendre à l’hôpital public de Bâton

Rouge, qui se trouve à plus de 120 kilomètres.

Citant l’exemple d’un patient qui tousse, qui n’est pas couvert par

l’assurance maladie et qu’elle soigne dans un service de consultation

externe pour patients souffrant du virus HIV, le Dr Berggren écrit :«

Il ne m’est pas possible d’effectuer un prélèvement de dépistage de

la tuberculose à New Orleans. Il me faut envoyer ce patient en dehors

de la ville où alors je vais devoir prélever un échantillon de ses

crachats pour les envoyer au Texas. » Comme ce patient dépend du

système de santé public de la Nouvelle Orléans, il devrait dépendre

des services de laboratoire publics de la Nouvelle Orléans et celui- ci, suite à l’ouragan, n’est pas opérationnel.

Nombreux, parmi les pauvres qui n’ont pas d’assurance maladie, sont

restés à la Nouvelle Orléans pendant l’ouragan et il est fort

probable qu’ils ne disposent pas de moyen de transport pour sortir de

la ville et avoir accès à ces services de santé.Le Dr Berggren a fait

remarquer que « Le CDC, Centre de contrôle et de prévention des

maladies (Center for Disease Control and Prevention) facilite ce

genre de dépistage dans des pays en voie de développement comme

Haiti. Pourquoi n’est ce pas le cas à l’intérieur de la Nouvelle

Orléans ? »

Avant l’ouragan, les services de santé pour les pauvres à la Nouvelle

Orléans relevaient du Charity Hospital et de l’Université d’Etat de

Louisiane. Ces hôpitaux ont été détruits par l’inondation qui a

succédé à l’ouragan et ils n’ont depuis pas été rouverts, pas plus

que leurs services de consultation externe. Si des cliniques- relais

commencent à s’ouvrir ici et là, une grande confusion règne chez les

habitants de la Nouvelle Orléans qui ne savent pas où, ils peuvent

avoir accès aux soins médicaux essentiels dans la ville ni combien

cela leur coûtera.

A la Nouvelle Orléans, les troubles nerveux et les suicides post

traumatiques sont actuellement des problèmes de santé urgents très

préoccupants, comme ce serait le cas dans n’importe quelle ville

touchée par une catastrophe naturelle majeure. Il n’y a pas assez de

services de psychiatrie ni de soignants pour faire face à la crise

actuelle. Avant l’ouragan Katrina, la Nouvelle Orléans manquait déjà

de lits dans les services psychiatriques pour les malades mentaux

lourds. A présent, le service pour ces patients au Charity Hospital

est fermé.

Le Dr Berggren a écrit :« Nous avons connaissance d’un certain nombre

de suicides au sein de la communauté médicale, ce qui nous inquiète

fortement. Même si la ville ne nous a fourni aucun chiffre, nous

sommes inquiets parce que les suicides sont également en

augmentation. » Il y a des cas de suicides à la fois parmi le

personnel médical et les patients. Après l’ouragan, deux médecins se

sont suicidés et leurs collègues pensent que leurs suicides étaient

liés aux conséquences de l’ouragan et qu’ils souffraient de névrose

post-traumatique.

Beaucoup de gens pensent que la mortalité a aussi augmenté de façon

importante après l’ouragan même s’il est difficile d’obtenir des

chiffres précis. Le Département de Santé de l’Etat de Louisiane n’est

toujours par arrivé à finir la compilation des données de 2005. Comme

indicateur rudimentaire, les avis de décès ont augmenté de 25 pour

cent dans le Times Picayune en janvier 2006 par rapport à janvier

2005. Le stress qui aggrave les problèmes de santé sous jacents est

considéré comme responsable de certains de ces décès.

Interrogé sur l’aide apportée par le gouvernement à ce problème, et

en particulier à la lutte contre le nombre élevé de névroses post

traumatiques et autres urgences médicales faisant suite à la

catastrophe à la Nouvelle Orléans, le Dr Curriel a déclaré :« Si nous

regardons la réponse du gouvernement lors de la phase chronique

(après l’ouragan), celle-ci ressemble beaucoup à la réponse apportée

lors de la phrase aigue. Devant la presse, ils tiennent un beau

discours sur l’argent qui a été mis de côté et sur les ressources

mises à disposition, mais la première semaine après Katrina, quand

nous étions coincés à l’intérieur de Charity Hospital, entourés par

les eaux, nous avions beaucoup de mal à voir où étaient les secours,

même si le gouvernement en parlait à la télévision. Dans la phrase

chronique, les choses n’ont pas changé. »

On a évoqué la promesse gouvernementale de mettre de côté 2.1

milliards de dollars pour aider les services de santé après

l’ouragan, néanmoins il n’y a, à cette heure, dans la ville, aucune

clinique financée par l’état. Le Dr Curriel a déclaré :« Nous en

sommes encore à nous occuper de patients dans des tentes ou dans des

grands magasins, certains patients ont même été soignés dans le zoo

Audubon, c’est tout à fait scandaleux. »

Selon les auteurs de l’article, 40 médecins sur les 600 travaillant

dans les cliniques Ochsner de la ville ont donné leur démission suite

à l’ouragan. En tout 1500 employés des cliniques sur 7400 ont donné

leur démission. Les raisons invoquées sont nombreuses : mise au

chômage de l’épouse, fermeture des écoles des enfants, ou manque de

logement.

Une infirmière de la Nouvelle Orléans qui a dû démissionner parce

qu’elle n’en pouvait plus a expliqué que « les salles d’attente sont

bondées, le personnel est stressé et il y a un manque criant de

matériel. Il est difficile de satisfaire nos critères de qualité

quand le système est tellement tendu. » Le manque de personnel crée

des longues attentes dans de nombreux hôpitaux. A cause du manque

d’anésthésistes, les opérations non urgentes ont été ajournées dans

certains hôpitaux.

Si les organismes gouvernementaux ne fournissent pas une aide

urgente, coordonnée et efficace, les auteurs de l’article craignent

que des souffrances humaines disproportionnées et des décès vont

continuer à rendre la vie très difficile dans l’agglomération de la

Nouvelle Orléans. Parlant récemment de l’immense tâche de

reconstruction, Fred Lopez, vice président de l’Ecole de Médecine à

l’Université publique de Louisiane a fait remarquer :« La semaine

épouvantable que nous avons vécue à l’intérieur du Charity Hospital

après le passage de Katrina est celle que tout le monde a pu voir sur

CNN, mais c’était pour nous la semaine la plus facile de ces 6

derniers mois. »

John Mackay

- Source : WSWS www.wsws.org

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