L'émergence de la légitimité dans l'intelligence sociale

170125 13 min
J'ai vu un monde qui avait foi en la démocratie et en TF1 devenir un monde qui a compris la nécessité de s'organiser rationnellement, et de s'unir.
La crise de notre époque est celle de l'abandon de la foi aveugle en la hiérarchie, et de la recherche de légitimité.
En douze ans et cent-vingt millions d'articles distribués, je fais partie de tous ceux qui ont désiré et travaillé pour l'avènement de ce monde.

Au fond la question était de supplanter ce qu'on croyait savoir sans jamais y avoir réfléchit, par ce qu'une démarche scientifique pouvait démontrer. La démarche scientifique c'est d'établir des théories, puis d'en faire l'expérience, dont résulte un nouveau discernement.

Le thème de l'intelligence collective est au cœur de ce qui définit une civilisation.
Aujourd'hui nous sommes à la veille de l'effondrement économique qui va entraîner ce qui l'histoire qualifiera de chute de la Civilisation, de la fin d'un système. Cent millions de morts dans le monde sont attendus durant cette période qui est très proche.
Et pourtant malgré cela, pour reprendre les mots de plusieurs philosophes, "c'est dans la joie que se fera la révolution" !

Je vais exposer quelques exemples où on a vu l'intelligence collective surpasser les attentes et résoudre de nombreux problèmes.
On verra que sa démarche a tout d'une démarche scientifique, et que la clarté et l'évidence qui en découlent ne seraient pas les mêmes si elle ne reposait pas sur le fondement le plus sacré, qui est celui de la liberté.

C'est aussi très amusant d'observer de façon macrosociale l'élaboration d'une idée, telle que si elle avait germée dans l'esprit d'une seule personne. Et même s'il faudra veiller à ne pas pour autant dénigrer les individus qui, seuls contre tous, ont de tous temps été les précurseurs de l'avenir, on aura l'occasion de voir l'importance du rôle de chacun dans cette évolution.

On aura aussi l'occasion de voir que ce n'est pas tant le nombre que la qualité irréfutable de la vérité découverte qui fait sa légitimité. Et cette qualité est maximale quand tout le monde y a apporté son grain de sel.
Lorsque l'intelligence collective a débouché sur une idée concrète, elle s'efface aussitôt, et chacun de ses membres devient professeur d'une "éducation populaire", en informant les autres de proches en proches.

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Il y a cet exemple où on peut voir l'intérêt de l'intelligence collective dans l'élaboration d'un logiciel. C'est important car un logiciel, c'est un système logique, et c'est aussi cela qu'on attend d'un système social, qu'il soit logique.
Un jour, la meuf Kardashian avait fait une faute sur putain de twit. Il était aussitôt liké par des millions de fans, mais elle avait honte de sa faute, et a demandé à Twitter de créer une fonction pour rééditer son twit. Mais le problème est qu'elle n'y connaît rien et n'a pas réfléchi aux conséquences de l'idée qu'elle propose. Si on intègre cette fonctionnalité, on permet aussi de faire liker un twit pour ensuite le convertir en un message de haine et tromper le public. Pour éviter cela il fallait donc permettre de revenir à l'ancienne version. Pour permettre cela, les twits étant datés, il fallait créer une nouvelle table, y copier l'ancien, et remplacer le texte avec le nouveau. Mais encore faut-il ensuite régler toute la mécanique qui répercute ces changements sur tous les serveurs du monde. Bref l'opération peut coûter vite très cher. Et quand on mesure cela, on se demande s'il n'y a pas mieux à faire avec ce temps et cette énergie.

C'est comme une reine d'une ancienne époque qui demandait des choses irrationnelles à des servants qui n'osaient pas lui dire à quel point ça allait être compliqué. Ce rapport de force entre l'ignorance et la logique est celui de l'intelligence collective, face à l'autorité. Aujourd'hui ce qui fait autorité, est ce qui est légitime, et cette légitimité n'est ni décrétée ni imposée, mais obtenue par déduction, suite à une démarche scientifique.

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Il y a aussi cet exemple, sur le site Quora où les internautes répondent aux questions d'autres internautes, où il fallait résoudre le problème des assiettes tombées dans l'armoire, et retenues comme figées dans le temps par la porte en verre. Si on l'ouvrait, tout allait tomber en se fracassant.
Certains on proposé de pencher l'armoire, mais avant cela il fallait la déplacer, ce qui aurait tout fait tomber. D'autres ont proposé d'inonder la pièce, puis de la faire ouvrir par un plongeur...
Et puis comme le problème était insoluble, un dernier a suggéré : "Demandez à votre mari d'aller vous chercher un verre, et dites-lui que c'est de sa faute !".

Dans l'intelligence collective, le travail de chacun conduit à la solution idéale, et le dernier arrivé dans l'histoire de cette élaboration, est celui qui est capable de sortir suffisamment du cadre formé par les autres pour en définir les limites avec certitude.

Parfois nos attentes sont trop grandes pour nos moyens, mais parfois aussi nos attentes sont très en-deça de ce qu'on pourrait faire.

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Un autre problème logiciel, est la gestion des messages frauduleux. Sur Twitter quand on se fait harceler on peut bloquer une personne, mais ça ne l'empêche pas de continuer à dire du mal de vous sans que vous le sachiez. On peut la signaler, mais alors ça ressemble trop à une délation au poste de police de la CIA.
Et évidemment si on plaçait des administrateurs qui devaient valider les twits, il faudrait des millions d'employés...
Facebook a opté pour une intelligence artificielle - Ah que voilà un terme concurrent de l'intelligence sociale - et très vite il s'est posé en dictateur qui interdisait la diffusion de photos de guerre historiques, comme la petite fille nue fuyant les bombardements au Vietnam, voire même l'interdiction de statues de Rodin ou des illustrations d'anciennes déesses grecques... Bref, l'intelligence artificielle n'a pas plus d'intelligence que le concepteur de son algorithme (même si cet algorithme est rudement complexe).

La solution pour résoudre ce problèmes, est tout simplement de permettre aux gens eux-mêmes de décider si un message doit être mit en quarantaine. Par exemple on peut décider que si 10% des abonnés à un compte votent pour la mise en quarantaine, alors le message est effacé d'urgence, puis soumit à une délibération, à moins que son auteur n'insiste pas. Cette délibération peut à son tour être publique.
Et d'un coup d'un seul, non seulement on s'épargne bien des soucis logiciels, qui sont d'ailleurs très énergivores, en plus d'être iniques, mais surtout il se produit une émergence de toute beauté, une fonction nouvelle qui apparaît comme par magie (selon le terme de la sérendipité), qui est celle de la légitimité. On ne confie pas la décision de cette légitimité à un état, un pouvoir, ou des intérêts économiques aveugles. Par essence, puisque la décision a été collective, sa légitimité s'impose d'elle-même. La réponse obtenue est indiscutable (à moins qu'il y ait eu des fraudes).

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Il y a le même exemple avec les fraudes aux scrutins populaires. Les autorités ont toujours été réticentes contre le vote électronique, parce que ça impliquait que désormais, les gens pouvaient facilement voter pour toutes les questions de démocratie, tous les jours, de façon chronique. Ils se voyaient perdre leur petite autorité et leur ridicule sentiment de puissance. Alors évidemment très vite les fraudes se sont multipliées, au point de freiner au maximum le développement du vote électronique.

Mais si on change juste une seule donnée du problème, il est possible d'obtenir une certitude de 100% sur la validité d'un scrutin. Les votes secrets peuvent être ceux de grands décideurs, qui sont en petit nombre, et dont le scrutin est compté par des gens fiables et accrédités. Mais pour un scrutin populaire, quel intérêt de faire que le vote soit secret ? Tout ce que ça produit est que les gens peuvent voter en douce pour des partis honteux, que je qualifie d'illégaux, quand ils s'attaquent au genre humain, et rendent les faibles et les innocents responsables de leurs maux qui sont surtout psychologiques.

Mais bon, si le vote n'est plus secret, alors chacun peut, à l'issu de son vote, procéder à la vérification de deux ou trois autres votes, attribués de façon ordonnée, en envoyant un mail à cette personne pour lui demander ce qu'elle a voté, et si les deux réponses correspondent le vote est validé. De cette manière, grâce à la redondance, chaque vote aura été vérifié plusieurs fois. Et évidemment les éventuels fraudeurs seraient très vite isolés et localisés.

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Jusqu'ici on a pu dégager certains caractères de l'intelligence sociale, tels que :
- sa démarche, qui est scientifique par essence, qui repose sur l'exercice de la liberté individuelle,
- le fait que ça résolve des problèmes complexes par des solutions économiques,
- l'autorité de sa légitimité, qui rivalise avec le minable sentiment de supériorité de nos "élites"
- sa transparence, qui conduit les gens à travailler ensemble plutôt qu'à chercher à se convaincre mutuellement.

Mais il y a un dernier domaine où l'intelligence collective pourrait obtenir un rôle magistral, c'est dans la mise en œuvre de la justice sociale.
Il est certain que depuis l'avènement de l'ère de l'informatique, l'intelligence collective n'en est qu'à ses débuts. Mais une de ses finalités pourrait être paradigmatique.

Ce qui pourrit ce monde, c'est l'argent, du moins l'idée qu'on s'en fait et le pouvoir qu'il procure.
Être riche ça veut dire finalement que pour vous, tout est gratuit, puisque tout ne coûte "rien" par rapport à ce que vous avez déjà. Rien n'a de valeur à vos yeux, au point que même ceux qui n'ont rien et se rêvent riches, n'arrivent jamais à se sentir chez eux quand ils regardent la nature autour d'eux.
On peut dire que ça a brisé nos liens avec notre Terre.

L'idée est la suivante : ce sont les transactions qui permettent la circulation de marchandises, or il est clair que leur répartition n'est pas équitable, et que ces inégalités nous déshonorent.
Ces transactions fonctionnent toujours, même à l'échelle mondiale, sur le mode antique d'une l'économie locale, de main à main, de personne à personne, entre deux acteurs, qui agissent en secret. Sur aucun de ces deux acteurs ne peut reposer la responsabilité de faire que cette transaction soit "juste" ou "profitable" pour les autres. Ce qui les intéressent, c'est eux-mêmes, et uniquement eux-mêmes.

Pourtant, avec l'argent, ce qu'on vend c'est le travail de tous ceux qui vendront leurs produits, c'est en somme l'accès à leur gratuité, et au final, leur implication. A ce titre si un vendeur de légumes les vend à un mafieux, de facto il s'implique dans les crimes de ce mafieux. C'est avec cette ruse que les riches s'enrichissent et laissent les générations suivantes faire les frais de leur folie.
Pourtant si la transaction était décidée collectivement, et cela, indépendamment des "moyens" en terme d'argent, c'est à dire sans être limité par cet artifice inutile, mais uniquement en se basant sur des faits rationnels et tangibles, imaginez ce qu'on pourrait faire...

Quand une catastrophe naturelle a lieu, c'est de la faute de personne, mais ne faut-il pas pour autant mettre en œuvre "tous les moyens disponibles" pour intervenir, sauver les gens, les reloger, et réparer les dégâts ? Ne faut-il pas le faire "le plus vite possible" ? Si on pense en terme d'argent et de moyens, on est très limités, voire confrontés à des choix douloureux. Mais si la "transaction" est décidée par un comité qui tient compte d'un ensemble de paramètres, de la loi, et des Droits de l'Homme, ce serait un monde sans argent, mais avec des principes. Ou du moins dont les principes moraux SONT la monnaie d'échange.

Les principes, la raison, la loi, et les Droits de l'Homme sont très suffisants pour déclencher et légitimer de telles "transactions". Si cette décision est prise collectivement, elle ne commet aucune faute.
Implicitement, toutes les personnes impliquées sont rémunérées avec ce que produisent les personnes impliquées au second degrés, et cela, à la suite d'une décision collective.

Ce qui en résulte, c'est un paradigme selon lequel, dans nos actions, dans la mise en œuvre du génie humain, aucune restriction n'a de raison d'être. On a le droit, et le devoir de faire, que notre alimentation, notre santé, notre éducation, nos logements, transports, énergie, information... soient toujours de la meilleure qualité possible... et non pas les plus "cheap" possibles.

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Enfin, il y a un dernier aspect très intéressant à l'intelligence sociale qui celui de la structure sociale qui en découle. Aujourd'hui avec les médias (qui appartiennent à des vendeurs d'armes), on assiste à une forme de dictature à l'ancienne, où une voix est centrale, rayonne, et demande aux gens de se plier à son opinion et sa vision du monde, un peu comme un super-roi cybernétique. Dans ce système, ceux qui en sont éloignés sont soit oubliés, soit une menace.

Mais l'information n'a souvent que la valeur qu'on accorde à celui qui la transmet, aussi, c'est dans les micro-groupes sociaux que cette information est de meilleure qualité. La structure sociale idéale est celle de micro-groupe très solidaires, qui ensuite sont rattachés les uns avec les autres via des délégations régionales, et ainsi de suite au niveau national puis au niveau mondial.

Si un gouvernement mondial devait apparaitre, ce qu'on redoute le plus c'est qu'il cherche à "rayonner" comme les anciens rois, au lieu de les représenter dignement et de garantir les intérêts majeurs, comme le suggère une structure fractale.

A chaque échelle, et ce jusqu'à l'individu, les relations entre les plans se doivent de respecter la liberté de chacun. Un système à l'ancienne, régit par des règles qui deviennent rapidement anachroniques, ne fait que briser la liberté individuelle. Par contre dans un système social pro-actif, les échelons supérieurs ne servent qu'à faire valoir les intérêts de ceux qu'ils représentent. En un sens, ils représentent la réalité, plutôt que de vouloir la formater.

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Ce que tout ceci nous enseigne, est que nul n'est supérieur aux autres, il y a seulement des circonstances qui font de nous des acteurs plus ou moins décisifs, à des moments plus ou moins cruciaux, de l'histoire évolutive de l'humanité. C'est un peu la loterie qui décide les noms qu'on retient, mais d'un autre côté rien n'est possible sans la contribution de tous et de chacun, quel que soit le niveau où il opère.

Il y a cette magie dans l'intelligence collective qui fait de chacun un élément décisif et important de l'ensemble, et de l'ensemble un miroir dans lequel chacun se reconnaît.
Aucune patrie n'est plus invincible que celle qui est aimée, désirée et formée par ses citoyens.
Face à cela, la dictature de l'argent, où les humains sont forcés de trimer pour survivre, où le commerce n'est qu'un chantage, et où l'autorité est si nulle qu'il faille la forcer par la répression, n'a aucune chance survivre dans un milieu pro-actif, tel que rendu possible par cette nouvelle ère de l'information.