071107 3 min

La vue

Je suis destiné à perdre la vue, et qu'ainsi j'observe des phénomènes grâce à mon esprit, qui est l'oeil qui possède le plus grand nombre d'angles de rotations.

Les petits cônes qui captent les photons et les transmettent au cerveau via le nerf optique transcodant, vont en s'épuisant de sorte que je reste ébloui comme avec la lumière d'un flash, de façon permanente.

L'excès de lumière accumulée est irritant, et parfois douloureux. Quand je ferme les yeux, j'ai l'impression de pouvoir souffler, mais même là tout n'est que gris à 50%.
Cette tension s'applique au nerf optique, qui est tendu, et fait pleurer dès lors que j'essaie de faire des mouvements oculaires.

J'ai passé une vingtaine d'années derrière mon ordi, ayant su dès le début que j'allais pouvoir changer le monde en partant de là,, avant même qu'internet n'apparaisse.
J'ai mis à profit ce temps pour fabriquer les outils que je ne pourrai plus fabriquer après.
Mais au bout d'un moment je sais que ce sera fini.

La vue n'est pas que l'oeil, c'est aussi le cerveau, et c'est aussi de là que vient la dégénérescence qui est la mienne.
Aussi je peux, selon ma concentration, focaliser sur le centre oculaire, qui est plus usé, a moins de contrastes, et provoque un point lumineux éblouissant à chaque fois que je cligne de l'oeil, de sorte à ne voir que cette trace, et perdre de la vue le reste. Puis je peux me refocaliser sur l'environnement, auquel cas j'oublie le défaut oculaire, qui pour un des yeux, se traduit en plus par une bulle déformante comme une goutte d'eau sur le verre de lunette, et bientôt, par des éclairs lumineux.
Je peux donc choisir entre la cécité ou la vue.

Quand je regarde le ciel bleu méthylène, je peux y voir en plus des bolides noirs habituels qui se baladent en fonction de l'élan donné par le dernier mouvement oculaire, d'autres bolides beaucoup plus petits, blancs lumineux, très nombreux, très mobiles, et qui se déplacent dans tous les sens de façon absolument stochastique.

Quand je regarde une diode lumineuse dans le noir, un effet de microscope me permet de voir le fond de mon oeil comme si j'étais un observateur extérieur, avec les mobiles, des cicatrices molles, et les reliefs microscopiques que constituent les bâtonnets coniques.

Quand la diode clignote, là c'est très pertinent, selon que je me place allongé sur le côté ou debout, je vois la large point lumineux que cette diode affiche sur ma rétine, s'afficher progressivement de bas en haut, puis de haut en bas quand il s'éteint.

Pourtant un diode n'a pas de sens d'allumage, ce ne sont que quelques électrons.
Mais l'oeil + cerveau, met un temps différent pour afficher une provenance lumineuse selon qu'on s'approche de centre de la rétine, sachant que l'image arrive plus tard si elle frappe le centre de la rétine, qui est moins dense en capteurs de lumière.

Par contre, s'ils s'agit de repérer une étoile dans le ciel, je vois et repère immédiatement cette étoiles, même de très faible luminosité, mais sans être capable effectivement de la « voir » consciemment. Je sais qu'elle est présente, mais je dois encore la chercher et me concentrer pour la trouver dans le ciel. Mais je la trouve exactement là où je pensais la trouver...

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