Les transactions sociales (ou la réseaucratie)

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1. Un faible énoncé des composantes du problème à résoudre


Le plus souvent j'ai pu constater combien peu de personnes étaient prêtes à croire le genre de solution qui remette en cause le Système. Il est en effet très rare de pouvoir aborder ces sujets sans se heurter à une forme d'incompréhension, en particulier dès lors qu'on envisage un système sans argent.

Pourtant quand un système entre en rupture (ce qui se produit actuellement), on na va pas critiquer les pièces qui le constitue ou accuser les impondérables qui ont empêché de le faire marcher "correctement".

Le Système, tel qu'on le nomme, est ce qui guide les actions des hommes. Cela inclue tout, autant les impondérables, que les failles, que ce qui a été réalisé sans que cela ne soit voulu, ou ce qui est réalisé de voulu, mais néfaste. Le "système" c'est la logique qui est à l'œuvre, c'est ce qui conforme les raisons d'agir de chacun.

Mais maintenant que nous sommes à la veille d'un crash systémique qui promet d'être violent et mortel, il ne faut pas rechigner à aller au fond des choses et à les analyser pleinement, quitte à remettre en cause des fondements considérés comme sacrés.

Le problème c'est que la place qu'on l'argent, l'individu, ou la propriété privé, dans le système. Et, à l'abri de ce manque de discernement dans la relation entre un système et ses composants, les personnes morales bénéficient des droits destinés aux individus, et le plus souvent aux dépends des personnes physiques.
Mais qui a voulu que les personnes morales puissent bénéficier de la propriété privée ? Quel sens donner à ce terme si tant est que nos vies sont si courtes et que ces terres doivent être rendues à nos descendants, en bon état ?

Le problème c'est aussi que l'argent personnifie à la fois les moyens, la légitimité et le pouvoir. Il combine ensemble une somme immense et très vaguement esquissée de paramètres qui eux, sont très mesurables, et surtout, qui appartiennent à des champs très distincts les uns des autres, allant des matières premières aux investissements à long terme, en passant par le temps et la qualité.

Pourtant, la prise en compte de ces paramètres mesurables de façon certaine, a le plus grand mal à rivaliser avec des prix qui eux, sont élaborés au centime près, et s'appliquent comme des lois rigides, produisant des situations aussi absurdes que celles qui consistent à jeter de la nourriture pendant que d'autres ont faim.

Le problème c'est aussi le banditisme, et le fait que "le mal" soit une source (illimitée) de revenus.
Ceci, est le fond de commerce du terrorisme, son but est l'argent, et son secteur professionnel est celui du pillage de ressources naturelles, la traite d'esclaves, la rançon, le pillage archéologique. (Bref, celui de l'impérialisme).

L'activité humaine dans son ensemble est conditionnée par les moyens qu'elle se donne à elle-même pour agir, et qui sont entre les mains de détenteurs dont la seule motivation est d'obtenir encore plus de moyens... à titre personnel. Interroger la "raison" de cela est déjà presque une insulte.

Enfin le problème ce sont les légendes insensées qui font du capitalisme une sorte de justice naturelle auto-régulée, neutre, biologique, n'attendant que l'énergie et la volonté des hommes pour briller dans les cieux. Le principe de l'auto-régulation reste un concept très important, mais à condition que cela soit vrai, c'est à dire étudié scientifiquement, notamment, dans le domaine de la systémique. (Mais on est très loin de cela).

Aussi les gens ont un problème psychologique avec l'autorité, et ceci est hérité culturellement. Ils attendent et craignent les décisions sur lesquelles ils n'ont rien à redire, et les prix agissent de la même manière. C'est ça la pire cause de souffrance dans le monde. Rien que "la Loi" ne devrait pas être crainte, mais maîtrisée, comprise, (aimée) et chacun devrait avoir l'assurance de pouvoir y contribuer. Pour faire cela, il faut un système capable de tenir compte de tous les cas de figure, de sorte à engendrer une confiance en terme de justice, envers le système. Que la loi ne soit pas crainte, mais produite, et prolifique.

*

2. L'argent et le rapport à la réalité


Fondamentalement l'argent est ce qui autorise les transactions.
Il détermine ce qu'on a "le droit" d'obtenir, parmi ce qui a été fabriqué. Par extension il autorise également ce qu'on a "le droit" de faire. C'est un arcane du "pouvoir" (le pouvoir-faire).

Mais mieux que cela, l'argent est une organisation, ou plutôt une structuration de la gratuité. En fait "on donne" ce qu'on produit, ou notre temps, en échange de quelque chose qu'on nous donne également.
Par exemple imaginons un peuple de fermiers et une banque, la banque fabrique l'argent contre lequel il obtient de la nourriture, et le fermier avec cet argent, obtient "le droit" d'échanger gratuitement des produits avec ses propres voisins. N'est-ce pas absurde ?

Si on voulait stopper la mafia qui dispose de 90% de l'argent du monde, il suffirait de ne rien lui vendre.
Pour cela il faudrait ne pas dépendre de ce qui est offert en échange des biens réels qu'on est prêts à donner. Surtout que ce qui est donné en échange, c'est le droit d'échanger, alors que ceci est facile à mettre en œuvre, sans banques. (Mais avec une base de données).
Refuser tout argent sera le seul moyen de nous [Le Peuple] évader d'un esclavagisme destructeur.
C'est une solution radicale mais tangible.

Et surtout il faut se souvenir que l'accession à l'indépendance, garante de la liberté, doit être un des objectifs d'un système.

Mais lorsqu'on aborde la question de reconstruire ce qu'il y a après, les idées sont un peu confuses. Y compris les mots qu'on emploie sonnent parfois violemment faux dans l'esprit de nos interlocuteurs. Pourtant il y a des faits qui sont indubitables, indépendamment de ce que les gens en acceptent la véracité.

Il paraît impossible d'envisager un système sans comptabiliser la valeur des choses, mais c'est faux. c'est juste un réflex. D'abord parce que cette valeur est aussi symbolique et discutable, que décidée de façon arbitraire et rigide. Le seul fait d'avoir à faire des comptes de boutiquiers pourrie la vie et le mental des gens. Et ensuite parce qu'on devrait plutôt s'atteler à mesurer, ce sont les choses mesurables, aussi nombreuses et diverses que la pollution, l'accès aux biens de première nécessité, la santé, l'éducation, le bonheur... la motivation...
C'est la somme de toutes ces choses qui produisent "une valeur" dont on veut qu'elle soit connectée à la réalité, réaliste.

(Attention, on ne parle pas ici de vendre des reliques au clou, mais des choix stratégiques civilisationnels).

L'argent est le seul instrument de mesure que le capitalisme possède pour évaluer la réalité. Et ainsi par mégarde, ce qui est ignoré est détruit. On se figure donc donc qu'un système qui se veut réaliste possède de nombreux moyens d'évaluer la réalité, et d'en tenir compte raisonnablement.

Ces diverses questions font appel à des niveaux de complexité qui ne nous font plus peur aujourd'hui. On ne peut pas reprocher aux aïeuls de ne pas y avoir pensé. Mais surtout la solution qui en découle promet une immense tâche qui mettra plusieurs dizaines d'années à être accomplie, rien que pour poser "des bases saines".

Cette tâche consiste à créer les instruments d'évaluation de la réalité, sous toutes ses formes.
La première valeur est celle de l'énergie humaine. Elle englobe toutes les autres sortes de valeurs, hormis celles qui sont du domaine psycho-émotif. Tout ce qui existe n'est que la somme du temps passé à travailler dessus.

Pour commencer on va ne s'occuper que des choses fondamentales, c'est à dire essayer de reproduire - pour tout le monde - ce que le capitalisme est capable de produire - pour les plus favorisés. C'est à dire en somme les moyens naturels de subsistance, permettant une réelle autonomie, garante de l'indépendance vis-à-vis des marchands.

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3. Ce qui justifie les transactions


La deuxième tâche consiste à combiner ces informations pour en faire une planification opérationnelle. C'est à dire ce "ce qui avalise l'existant", ce qui "donne les moyens d'agir" doit appartenir au Droit, et non au seul fait d'avoir un argent imaginaire, et des raisons aussi aberrantes qu'indiscutables.

Et comme on va (vraiment) se retrouver dans des villages isolés dans une grande précarité (après le crash civilisationnel de 2020), l'entraide et le partage seront les bases d'un système viable.
C'est un environnement propice pour expérimenter un moyen équitable de répartir les richesses. Et de longue date, ce laboratoire de micro-société permet d'expérimenter les prototypes de systèmes d'échanges alternatifs.

Déjà dans les campagnes, se pratique une forme de troc non-comptable, en forme de cadeaux et d'entraide. Ce sont des arrangements entre bons amis. Le plus souvent avec le maire de la ville d'ailleurs...

Mais la principale question à l'échelle sociétale est celle de "ce qui autorise l'existant". L'existant ce sont autant l'usage des ressources naturelles, que les grands-projets, l'infrastructure, les soins apportés à l'alimentation, la santé, l'éducation, etc... Tout ce qui existe est avalisé par des raisons. Le fait d'avoir les moyens d'agir, lui, agi comme un veto sur ce qui voudrait exister. C'est ainsi que, tant que les moyens d'agir sont confiés à l'argent lui-même, des projets destructeurs sont avalisés avec entrain.

C'est à dire que l'argent s'intercale entre les raisons et l'existant, comme un filtre d'une très grande sévérité, indolence, inconséquence, et injustice. Et les humains se retrouvent commandés par une mécanique aussi improbable que rigide.

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4. Les transactions collectives


Fidèle à la volonté d'obtenir le maximum de résultats avec le minimum d'effort, les solutions proposées sont extrêmement simples à comprendre et à mettre en œuvre.

Par mégarde, on éradique tout le système économique, de même que lui, par mégarde, éradique les humains.

Quand une transaction a lieu dans le monde moderne, elle implique un nombre d'acteurs nettement plus vaste que l'acheteur et le vendeur. La plupart du temps aucun des deux n'a conscience des implications pour les autres de leur transaction. Ce qui serait plus "juste" c'est que ces transactions soient avalisées par des instruments de mesure, capables de prendre en compte toutes les considérations politiques, légales et prévisionnelles qu'on serait capables d'esquisser. ("Politique", au sens de ce qui organise la société, pas au sens courant de ce terme).

Dans la pratique, on aura une carte de paiement sans argent, qui interrogera "la machine" qui, elle, donnera "le droit" d'obtenir tel ou tel produit. C'est à dire que la décision prise pour chaque transaction relèvera non pas des moyens individuels, mais de l'intérêt collectif. (Évidemment il y aura une amplitude autour de ce droit, qui est fonction de la richesse globale).

Pour obtenir cela, on établit que les transactions ne doivent pas être discutées entre "un vendeur et un acheteur", car dans ce cas aucun des deux n'est suffisamment informé pour connaître la véritable valeur de leur transaction, au sein de la société. Le bien commun, doit être prodigué par le système social.

La transaction ne mesure pas une valeur arbitraire, mais une somme de paramètres mesurables dans la réalité.
Le plus souvent, pour les petites transactions, le résultat de l'opération sera (avec une voix de robot) "Aucune contre-indication".
Mais surtout et c'est là que c'est intéressant, la transaction est décidée en communauté.
Il s'agit donc ni plus ni moins, en tout et pour tout, que d'élaborer le système qui va avaliser chaque transaction.

Selon l'échelle, cela peut s'appliquer aux personnes, aux organisations sociales, aux industries.
Et dans chaque cas la complexité du calcul de ce qui avalise la transaction fait intervenir une plus ou moins grande proportion d'automatismes informatiques et de décisions humaines. (En fait c'est un système cybernétique).
Cela peut s'opérer au sein d'un comité, qui devra faire reposer sa décision sur des mesures strictes et chiffrées de la réalité, évaluer les conséquences, prendre en compte les argumentaires.
Cela peut s'opérer à l'échelle mondiale, lorsqu'il s'agit d'affecter des ressources naturelles à des activités.

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Ce qui est notable sur le plan technique, c'est que "le droit" ainsi émis constitue lui-même la monnaie, en quelque sorte. Implicitement, on parle d'un système législatif qui n'a rien à voir avec le droit tel qu'on le connaît, mais au contraire d'un système d'une grande souplesse et intelligence, adaptatif, capable de prioriser les paramètres décisifs de la transaction. C'est à dire que la décision fera office de légalité, dans le sens où elle sera établie en respect de la loi.

Il s'agit d'un formidable outil démocratique puisqu'au final ce sont les décisions humaines - potentiellement aidées d'une intelligence artificielle - qui avaliseraient ou non les transactions. De façon plus ou moins automatisée.

Du coup, le principe de propriété privée est lui-même absout lorsqu'il s'agit de personnes morales (ou plutôt d'activités sociales), puisque la décision d'allouer les moyens d'une production relèverait de décisions prises collectivement, entres autres, directement par ceux-là-mêmes qui fournissent ces biens.

De fait les ressources naturelles appartiennent à tout le monde, et surtout, ne peuvent être utilisées qu'à bon-escient.

Dans un monde où les transactions seraient sociales, elles seraient d'autant plus légitimes, et surtout on décuplerait la confiance de l'individu envers son système ; ce qui est une notion primordiale de sa motivation et fierté d'y contribuer.

Une dérive dictatoriale est impossible si tous les acteurs concernés à un degrés ou à un autre par une transaction sont actifs pour en avaliser la décision, et si ces décisions sont prises dans dans le respect des droits élémentaires, et dans l'optique d'atteindre des buts à l'échelle de l'évolution.
Cela est rendu possible si on est libéré de l'obsessionnelle question de trouver des moyens. (Les moyens, c'est nous !).

Ce dont il est question au fond, au travers du principe des transactions collectives, est d'intelligence collective, cette toute récente découverte qui permet de trouver des solutions plus puissantes et plus rapidement qu'avec n'importe quel "expert".
Elle se substitue au marchandage. Les décisions prises par des tiers sont dépassionnées, et quand c'est le fruit d'un effort commun, elles sont plus rationnelles.

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5. Quelques projections


Il paraît évident qu'on n'a pas un centre névralgique qui décide de tout, mais de nombreux offices à tous les niveaux de la société, ainsi que de nombreux liens entre eux. On peut dire que c'est une "réseaucratie" !

En se complexifiant un tel système va construire progressivement des sources plus ou moins fiables et reconnues pour la qualité de leurs décisions.
Chaque décision doit engendrer un suivi pour évaluer l'idéalité du choix qui a été commit. Il faut sans cesse pouvoir s'instruire de son expérience pour pouvoir l'intégrer aux futures décisions.

De manière automatisée, les droits usuels doivent garantir les moyens de subsistance pour tous de façon inaliénable.
C'est à dire que les comités chargés de la redistribution doivent fournir la garantie du bon usage de ces richesses.
C'est d'une importance capitale si on sait que chaque personne travaille en moyenne pour 2 personnes (les vieux, les jeunes et les malades représentent 50% de la population), et qu'on n'est pas encore à l'ère de l'abondance. (Mais ça viendra, et le système sera prêt pour cela ; Il lui aura ouvert la voie).

Ce système réserve de grands espoirs à la robotique, et aux innovations futures, qui tendent à permettre l'abondance. Il n'y a plus de raison de craindre les formidables gains de productivité permis par la technologie. Un jour quand l'énergie sera gratuite, un système de transactions sociales dans son ensemble ne s'en porterait que mieux.

Il est relativement simple d'esquisser la base logicielle à partir de laquelle opérer une organisation rationnelle des richesses.
On établit par exemple la quantité de calories nécessaires et produites, ce qui donne une moyenne, à laquelle on laisse une certaine amplitude pour chacun. Cela préside (si on peut dire, c'est notre président !) la répartition des biens.
Dans un monde qui n'est pas régit pas l'appât du gain, la possession, la jalousie, les gens ne tenteront pas tentés d'abuser de leurs droits (et d'en priver d'autres) dans le but de pourvoir à un futur incertain.

Le seul inconvénient est la somme de travail qu'un tel système nécessite. Mais que voulez-vous ? C'est un bon travail ! C'est pourquoi l'idée de commencer dans un village est séduisante. Peut-être qu'en montrant l'exemple d'une réussite voulue socialement, ça pourrait en inspirer d'autres. Et d'ailleurs les exemples qui s'approchent de cela ne manquent pas.

La promesse au final, est de garantir la sérénité morale de ne pas risquer de finir ses jours à la rue. De faire que, et de voir le monde s'améliorer chaque jour.
Une fois les cœurs apaisés sur ce point, la paix consistera en ce que les hommes ne sont plus en concurrence les uns contre les autres pour obtenir cette paix, mais en seront les contributeurs.

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