Ii - La pesée du cerveau du Président de la République conduit au coeur de l'histoire du monde

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1 - L'étau de la logique se resserre

Voyez comment l'arme de la dissuasion parathéologique sert de glaive aux pseudo-démocraties messianisées; voyez comment cette cuirasse biblique nourrit à nouveau le songe d'une " délivrance " du Mal et de l'avènement d'un Eden durable de la Liberté; voyez comment les licteurs de la foi de 1789 portent le sceptre du salut du monde dans les rues de l'Europe américanisée ; voyez comment la révolution française est tombée dans le mythe de la rédemption politique du genre humain. C'est dire qu'un Président de la République dont "l'inaptitude manifeste" trouvera ses racines dans l'obscurantisme intellectuel d'aujourd'hui ne démontrera précisément en rien une incapacité politique évidente aux yeux du peuple, mais une incompétence bien cachée et dont la mise en pleine lumière exigera une connaissance philosophique et anthropologique des vrais fondements de la vocation de la démocratie française à promouvoir les conquêtes de la raison lucide de demain. La mission de la France de la pensée est de faire progresser l'humanité sur le chemin de la crue clarté du "Connais-toi" du XXIe siècle.

Comment se fait-il que cet itinéraire difficile ait pourtant rendez-vous avec le simple bon sens politique ? C'est que, depuis 1945 , l'empire américain a étendu le réseau de ses légions en Europe à la faveur même de l'unification administrative systématique que le Vieux Monde a entreprise à la hâte et dans l'illusion qu'une volonté politique affichée naîtrait nécessairement de la toile d'araignée des bureaux. Naturellement, c'est tout le contraire qui s'est produit : à savoir, un naufrage continu de la souveraineté du continent. Ce désastre se révèlerait irréversible si l'Europe des grands Etats ne tentait de remonter patiemment la pente, quitte à laisser provisoirement les petits pays dans les fers jusqu'au jour où Paris, Berlin , Rome et Madrid seront en mesure de présenter un front commun suffisamment attractif pour les entraîner dans le sillage de leur propre résurrection.

C'est pourquoi " l'inaptitude manifeste " de M. Nicolas Sarkozy - épaulée par celle, non moindre, de M. Kouchner - redevient spectaculaire même aux yeux du Français moyen à l'heure où cet attelage tente de légitimer rétroactivement le scénario de 2003 , qui avait vu l'empire américain violer le droit international qu'incarne l'Organisation des nations unies (ONU) depuis 1945. Vous savez que l'empire américain a inauguré le siècle par le déclenchement d'une guerre d'agression qui n'a été "réfutée", hélas, que par son échec militaire, mais nullement par une levée de boucliers des défenseurs de l'éthique politique internationale dont les démocraties sont censées porter le rameau d'olivier .

Mais l'Italie, l'Espagne et une Allemagne relativement fidèle, pour l'instant, à la politique d'indépendance nationale embryonnaire inaugurée par M. Schröder, ont tiré les leçons du désastre des armes américaines à Bagdad ; et elles ont reçu sèchement un Bernard Kouchner qui leur proposait de reprendre purement et simplement contre l'Iran la politique de violation tartuffique, donc angélique du droit de la guerre, laquelle exige rien moins que l'expulsion préalable et définitive de l'ONU de l'arène de l'histoire du monde . On se souvient qu'en ce temps-là, M. Powell s'était donné le ridicule d'agiter une fiole salvatrice devant l'Assemblée générale des Nations Unies à titre de preuve tartuffique de ce que Saddam Hussein était en mesure de pulvériser la planète en quelques instants ; et M. Tony Blair n'avait pas tardé à recourir au même stratagème afin de convaincre la Chambre des Communes de s'associer à la croisade des saints pétroliers du Nouveau Monde dans les plaines de la Mésopotamie.

Aux yeux des futurs interprètes de l'article 67 de la Constitution française qu'il appartiendra à votre génération d'inspirer, la difficulté de formuler les vrais fondements anthropologiques de la politologie mondiale des Tartuffes de la démocratie - seule cette science nouvelle leur permettra de peser la notion " d'inaptitude manifeste " applicable au Président actuel de la République - cette difficulté de méthode, dis-je, a d'ores et déjà subi un glissement fâcheux de sens ou un changement d'orientation préoccupant ; car il s'agit maintenant de savoir à quel moment une inaptitude politique inscrite dans le séraphisme démocratique doit changer de vocabulaire et se baptiser une forfaiture à la dégaine assurée et franche du collier. Car ou bien M. Nicolas Sarkozy n'est nullement conscient de ce qu'une France qui se rangerait aux côtés d'un empire ennemi du droit international se mettrait en marge de la civilisation mondiale et de ce qu'un chef d'Etat qui entraînerait sa nation sur les chemins de la barbarie la plus affichée se révèlerait de toute évidence inapte à représenter la droiture d'esprit que la patrie des droits de l'homme revendique; ou bien M. Nicolas Sarkozy est pleinement conscient de ce qu'il met en scène un ciel des pétroliers et de ce que sa complicité avec un empire étranger lui fait fouler aux pieds le droit international sur le théâtre du monde et, dans ce cas, il s'agit de savoir si l'article 67 peut conduire la bénignité des juristes d'aujourd'hui à qualifier " d'inaptitude naturelle ", donc candide, la trahison avérée ou la forfaiture avouée de la Président de la République française.

Car l'Europe de la grâce démocratique a signé un traité avec la Russie selon lequel la délivrance de la Pologne, de la Roumanie, de la Tchécoslovaquie, de la Hongrie, de la Croatie, de la Bulgarie du joug soviétique ne conduirait pas à la substitution des comparses de l'OTAN aux funérailles dévotes du pacte de Varsovie. Or, non seulement ce traité a été pieusement violé à la faveur du silence faussement innocent, donc complice de l'Europe, mais le mythe de la menace thermonucléaire iranienne a conduit Washington à tenter d'installer en Pologne et en République Tchèque un " bouclier " soit-disant "défensif ", mais, en réalité, composé de lanceurs ouvertement pointés contre la Russie . Le Général de Gaulle appelait l'OTAN " tout le saint frusquin " ; mais si ce saint frusquin étend ses tentacules, jusqu'où étendra-t-il son réseau ?

2 - La barbarie est-elle la preuve d'une " inaptitude manifeste " ?

On voit qu'une interprétation résolument logicienne, donc philosophique et anthropologique du contenu caché aux regards de l'article 67 met le droit constitutionnel actuel dans une situation politique et éthique aussi prometteuse que scabreuse. Car ou bien le hasard de l'élection d'un Président de la République " manifestement inapte " à exercer normalement ses responsabilités internationales ressortira à un malheureux accident de parcours , donc à une simple bévue du suffrage universel. Dans ce cas, la solennité excessive de la procédure de destitution aggraverait la portée, dans l'opinion mondiale, d'un coup du sort négligeable et réparable en un tournemain ; ou bien un parti de l'étranger au service des intérêts de la Sainte Alliance des Etats-Unis et d'Israël au Moyen Orient tentera à la fois d'aligner la France et l'Europe sur cet axe de la politique internationale et de le rendre irréversible et, dans ce cas, qu'adviendrait-il d'une France condamnée par sa Constitution à n'invalider qu'en catimini et quasi honteusement une forfaiture internationale concertée? Mais dans ce cas, comment brandir un diagnostic selon lequel le vote populaire aurait été trompé par inadvertance et sans que personne n'ait compris le danger ? Est-il crédible qu'aucun signe précurseur n'ait alerté un seul observateur expérimenté , un seul historien-philosophe, un seul anthropologue spécialisé dans la pesée de la boîte osseuse du simianthrope ?

Vous faudra-t-il donc assortir un article 67 au petit pied d'une disposition moins timide et plus loyalement politique ? Dans ce cas, il s'agirait d'inscrire dans une constitution honnête et franche des dispositions répressives visant à châtier spectaculairement l'immoralité politique à grande échelle qui écrit l'histoire du monde depuis les origines . Mais aux Etats-Unis, la procédure de l' " empêchement " d'un Président porte des lunettes municipales, comme l'affaire du Watergate l'a fort bien démontré, tandis que l'immoralité la plus criante que la politique étrangère des Etats-Unis met en scène sur le théâtre des démocraties apostoliques n'est pas juridiquement condamnable, puisque les intérêts matériels dits supérieurs des Etats-Unis sont protégés contre la procédure de l' " empêchement ", donc autorisés à l'emporter sur ceux de la morale : on sait que le Président des Etats-Unis dispose du droit de veto contre les censeurs du Sénat ou de la chambre des resprésentants qui tenteraient de condamner ou de sanctionner les pratiques les plus barbares de ses mercenaires, ce qui permet à la démocratie de légitimer des camps de concentration et des guerres d'agression menées en violation du droit international. Le Monde du 9 octobre 2007 posait la question en ces termes: " M. Bush nie l'usage de la torture dans les geôles de la CIA, malgré la multiplication de pièces accablantes " . Une pratique qu'il faut démentir n'est pas encore légalisée. Il s'agit donc de savoir si l'article 67 de la Constitution française pourrait déclarer " manifestement inapte " un Président de la République qui entraînerait la politique étrangère de la France à violer impunément la Convention de Genève et à pratiquer légalement la torture pour la défense des intérêts matériels de la nation.

3 - Les démocraties modernes et la légalisation de la torture

Il se trouve que les principes qui ont guidé la jurisprudence du tribunal de Nuremberg font partie intégrante de la législation des Etats-Unis. Ils stipulent notamment que tout le personnel militaire a l'obligation de désobéir à des ordres illégaux. La section 609 du " Army Field Manual 27-10 ", ouvrage utilisé pour instruire l'armée des lois de la guerre, par exemple, de l'existence de la Convention de Genève, de même que l'article 92 de la loi Uniforme Code of Military Justice, proclament inviolable ce principe fondateur d'une éthique mondiale de la politique . Cela signifie qu'un traité international ratifié par les États-Unis devient la loi suprême du pays ; et puisque les États-Unis figurent parmi les membres et les signataires de la charte des Nations Unies, dont l'article II, de la section 4 stipule que, " tous les membres s'abstiendront dans leurs relations internationales, de la menace ou de l'utilisation de la force contre l'intégrité territoriale ou l'indépendance politique de n'importe quel Etat " , il en résulte que l'Iran n'ayant pas attaqué les États-Unis , que je sache, toute agression d'un gouvernement américain contre l'Iran serait illégale en vertu non seulement du droit international d'aujourd'hui, mais légalement de la Constitution des États-Unis. En s'enrôlant dans l'armée, le citoyen américain fait le serment de défendre les principes qu'il a appliqués à l'Allemagne en 1945 . Mais il se trouve que, dans l'état actuel de l'évolution psychogénétique de notre espèce , le tartuffisme politique répond à la structure schizoïde du cerveau simiohumain. C'est pourquoi de nombreuses personnalités américaines ont rappelé cette législation en ces termes : " Nous vous lançons cet appel , mais vous n'avez pas la tâche facile. Si vous obéissez à un ordre illégal, par exemple de participer à une attaque contre l'Iran, vous pourrez vous voir inculpés de crime de guerre. " *

Jimmy Carter, ex-Président des Etats-Unis et prix Nobel de la paix a osé écrire : " Nous avons dit que la convention de Genève ne s'appliquait pas à Abou Ghraib et à Guantanamo ; nous avons dit que nous pouvions torturer des prisonniers et les priver d'une procédure de mise en accusation. Pour la première fois dans son existence, notre pays a abandonné les principes essentiels des droits de l'homme. " **

4 - La pesée anthropologique du cerveau du chef de l'Etat

Dans ce contexte, il importe que je vous rappelle de nouveau que, "l'inaptitude manifeste" d'un Président de la République qu'évoque l'art 67 de la Constitution française vous renverra toujours et nécessairement à peser le manque de profondeur de son jugement politique, parce que sa courte vue - que la presse qualifie encore d' " incohérence " - s'exprimera fatalement par un irréalisme foncier dans l'ordre de la réflexion éthique. Il appartiendra donc à votre génération de peser le degré de myopie des démocraties messianisées à l'école même de l'idéalisation tartuffique de leur barbarie dans laquelle un M. Nicolas Sarkozy armé de séraphisme entraînerait la France si l'Amérique déclarait une guerre " démocratique " à l'Iran; car il n'est pas facile de radiographier la sauvagerie aux ailes d'ange des modernes. En l'espèce, l'innocentisme parareligieux du chef de l'Etat lui ferait feindre d'ignorer qu'il sera bien impossible d'interdire pour toujours à un Etat de soixante-dix millions d'habitants de disposer de l'arme de la dissuasion théologique , donc tartuffique par nature, qui lui permettra de défendre sa dignité et son rang dans les imaginations, alors que, de leur côté, le Pakistan et Israël brandissent ce leurre avec la bénédiction de l'excommunication majeure dont dispose le Dieu octocéphale actuel.

Mais tous les simianthropes ne savent pas encore que leur gesticulation pseudo apostolique est une arme aussi illusoire que celles de l'Eglise romaine du Moyen-Age et qu'elle fournit seulement son apocalypse matamoresque à la religion d'une Liberté démocratique édénisée par sa foudre; tous les simianthropes ne sont pas encore informés de ce que cette mythologie biblique se heurtera fatalement au plat réalisme des ancêtres, dont le bon sens naturel ne se serait jamais laissé berner par les banderoles du sacré verbifique qu'agite la civilisation du sauvetage de l'humanité par l'intercession du seul concept de salut ; tous les simianthropes n'ont pas encore appris que l'auréole de la délivrance que l'Amérique prétend placer en bouclier sur la tête d'une Europe piteusement placée sous le joug de l'OTAN commence de dessiller les yeux et d'ouvrir les oreilles d'un nombre croissant de leurs congénères.

Dans ces conditions, est-ce volontairement ou par faiblesse cérébrale que M. Nicolas Sarkozy oublie pieusement que le traité de non-prolifération des armes nucléaires signé, mais non ratifié par l'Iran est assorti de clauses tellement tartuffiques qu'elles mettent une camisole de force tout imaginaire aux grandes puissances à leur tour, puisque les huit nations nucléaires se sont dévotement engagées, elles aussi, à détruire leur arsenal onirique ? Mais qui peut croire que ces clauses auraient été signées les mains jointes et les yeux levés vers le ciel des démocraties s'il s'agissait de l'arme d'une apocalypse réelle ? Qui ne voit que ces saintes dispositions ne sont si iréniques qu'en raison de la nature mythologique de la trinité des idéalités qui la motorisent dans l'absolu ? Qui ne voit que si ces divinités du langage se sont néanmoins révélées " réalistes ", c'est seulement au second degré, parce que quelques anthropologues avertis de ce que le cerveau du simianthrope fonctionne sur les piles de son vocabulaire rédempteur ont su rappeler que le nucléaire redonne son actualité à la dimension théologique de la politique bimillénaire de la damnation éternelle? Sinon, comment pérenniser de siècle en siècle la présence bien réelle de quatre-vingt-dix-huit gigantesques garnisons américaines sur le territoire de la seule Allemagne, alors que l'Europe de la dissuasion vaticanesque n'est menacée par aucun ennemi en chair et en os et que la foudre calquée sur celle de la divinité n'en a pas moins grand besoin de se forger un adversaire onirique - le Diable du Terrorisme, dont le réseau sera censé enserrer les cinq continents ?

Les futurs juristes de l'art. 67 de la Constitution française que vous devrez éduquer s'entoureront d'une phalange d'anthropologues d'avant-garde qui aideront votre génération à percer les secrets du machiavélisme théologique du simianthrope pseudo auto-pulvérisateur. En vérité, elle sera fort nouvelle, la science des cosmologies mythiques que l'encéphale de nos ancêtres sécrétait dans le laboratoire des meurtres sacrés qui jalonnaient leur Histoire. Lorsque, en 1966, le Général de Gaulle a brisé les chaînes de l'OTAN et désincarcéré la France, il existait encore un ennemi bien réel - une armée soviétique en mesure, croyait-on, de faire dévaler sur Berlin, Paris, Rome et Madrid les tanks dont les canons avaient imposé leur loi à Varsovie, à Budapest, à Prague, à Sofia et à Bucarest à la suite de la victoire américaine en Europe. Il fallait que le Général se dotât à son tour d'une arme à feu résolument mythologique, donc fantastique par définition, donc tartuffique en diable, donc inutilisable sur le champ de bataille des épileptiques de leur propre folie , la bombe dite " tous azimuts ", dont le " vrai corps " était aussi purement doctrinal et astral que la chair et l'hémoglobine dites réelles du Christ que Rome déclare mordicus physiquement présentes sur l'autel du sacrifice substantifié des chrétiens. Mais à la suite de la chute du mur de Berlin, l'empire américain n'avait plus besoin d'une apocalypse biblique à brandir contre un ennemi subitement vaporisé. Comment redonner à Lucifer ses marmites infernales, comment faire hurler le simianthrope sous un ciel désormais inhabité ? Le génocidaire du Déluge avait péri corps et biens dans les ruines du mur de Berlin .

5 - La démythification du thermonucléaire place Israël au cœur de la politique mondiale

Vous remarquerez que, dans un premier temps, les théologiens de la démocratie américaine ont imaginé de toute urgence une apocalypse de substitution, qu'ils ont placée sous l'auréole de la " guerre des étoiles ", faute de mieux, et qu'ils ont conviée, toutes affaires cessantes, l'immensité à lui servir de logis cérébral. Mais cette mouture platement mécanique du mythe biblique était trop hâtive et cousue de fil blanc pour se rendre crédible aux Etats-majors des armées de terre, de mer et de l'air. Aussi les haruspices de Washington demeuraient-ils privés d'autel et de victime. Par bonheur, un certain Ben Laden a couru au secours des devins tout pantois de la démocratie et il les a grandement aidés à faire croire à tout l'univers que les deux buildings du World Trade Center et un troisième, ancré à quelques encablures du premier, se seraient tout subitement effondrés. Quel était le magicien dont le coup de baguette avait produit un si grand prodige ? Un avion piloté par un ciel en acier trempé a redonné son offertoire à un empire en panne de sacrifices et de sacrificateurs.

Il vous appartiendra donc de contraindre la communauté politique internationale à prendre acte de la solidité cérébrale inébranlable du sacré simiohumain, puisque la démonstration dûment filmée et diffusée en boucle sur les cinq continents d'un miracle truqué vous a révélé que les immeubles avaient été soigneusement dynamités au préalable par des prêtres de l'empire de la Liberté, ce qui n'a réfuté en rien l'alliance indéfectible du Démon du terrorisme avec la menace thermonucléaire hier afghane , puis irakienne et aujourd'hui iranienne, de sorte que les colonnes du temple de l'OTAN ne se sont pas effondrées. Vous êtes les privilégiés de la science de l'homme qu'explicitera le Discours de la méthode de l'anthropologie de demain. Songez que les futurs juristes de l'art. 67 de la Constitution française devront nourrir leur politologie critique d'une radiographie cérébrale des religions du simianthrope dont le Grand Pontife trône sur les propitiatoires de la Démocratie mondiale.

Sachez, de surcroît, que les juristes qui tenteront de préciser le véritable contenu de la notion, si nouvelle en droit international, " d'inaptitude manifeste " du Président de la République française auront la consolation de voir leur mission se clarifier à la lumière de la saine logique d'Aristote, tellement la question politique qui fera difficulté demeurera seulement de préciser le contenu désormais atomique du concept romain de réalisme que requiert la politique sacrificielle des modernes ; car le pseudo réalisme nucléaire se révèlera si viscéralement " théologique " aux yeux de votre génération, que toute politologie future qui prétendrait se passer d'une anthropologie des religions fondées sur un meurtre de l'autel ne disposera pas de la connaissance scientifique de l'esprit simiohumain dont un chef d'Etat d'aujourd'hui devra disposer s'il entend descendre dans les profondeurs anthropologiques de l'article 67 de la Constitution française.

6 - Le réalisme politique à l'âge nucléaire

Mais, encore une fois, vous avez de la chance : le vieux réalisme romain aura plus que jamais rendez-vous avec la notion "d'inaptitude politique ", le vieux réalisme romain sera encore capable de radiographier l'échec planétaire des cerveaux du Moyen-Age d'aujourd'hui. Car si le véritable réalisme politique de votre temps se fondera sur l'évidence que la bombe thermonucléaire n'est décidément pas réaliste pour un sou, en ce sens qu'elle n'a plus d'existence militaire - autrement dit, en ce qu'elle se révèle inutilisable sur un champ de bataille devenu pluri-atomique - tandis qu'elle se révèle hautement stratégique dans la guerre cérébrale à laquelle le mythe de la damnation ou du salut démocratiques servent d'enjeux, qu'adviendra-t-il de la politique des sanctions économiques contre l'Iran censées en mesure d'arrêter à jamais le cours de l'histoire sur cette terre ? Ne serez-vous pas contraints de vous demander comment la diplomatie parareligieuse américaine s'efforcera de trouver un semblant de cohérence politique , c'est-à-dire quelle pseudo-logique de substitution pilotera son champ de vision ?

Car Israël a le plus grand intérêt à demeurer la nation politiquement et militairement hégémonique au Moyen-Orient , de sorte que si la Perse disposait à son tour du prestige de la possession de l'arme mythologique - donc efficace sur le champ de bataille des représentations imaginaires du monde - cette situation mettrait tous les Etats profitablement, mais seulement provisoirement placés sous la tutelle du messianisme américain devant la nécessité d'avouer qu'ils se sont mis à leur tour et plus ou moins tartuffiquement au service de l'axe sacré Washington-Tel-Aviv et que la foudre théologique que leur souverain lancera sur l'Iran pour le salut de l'humanité et en laquelle ils feindront de croire les yeux fermés ne sera que l'alibi de leur vassalité, donc de leur fausse piété. Combien de temps leur servitude idéalisée leur permettra-t-elle de se cacher à eux-mêmes et au monde que leurs dévotions intéressées font les yeux doux à Elvire dans la nouvelle maison d'Orgon, celle que la politique internationale est devenue pour quelques années encore ? Qui peut croire durable le règne de la sainteté démocratique dont Molière a livré les secrets il y a près de quatre siècles aux anthropologues de demain?

7 - La réduction du politique à l'économique

Mais si de nombreux Etats tentaient de se dérober au spectacle de leur servitude, ne faudrait-il pas qu'ils y trouvassent un intérêt proportionné à la dissimulation rusée de leur asservissement religieux, et même un type d'avantages de la piété largement répandus sur une planète divisée depuis la nuit des temps entre des maîtres et des serviteurs de leurs dévotions? Qu'est-ce donc qui a convaincu M. Nicolas Sarkozy d'envoyer M. Kouchner en Irak , non point afin de faire la nique au souverain du monde, non point afin de prendre acte à la face de l'univers de ce que l'Histoire a tranché et de ce que son tribunal a pris acte du désastre militaire qui a humilié l'envahisseur dans le désert d'Arabie, non point afin de hisser le drapeau tricolore à la barbe du souverain vaincu à Bagdad - le mauvais goût n'est pas le fort de la civilisation française - mais parce qu'un accord a été passé entre le groupe pétrolier américain Chevron et le groupe franco-belge Total, qui a récupéré le contrat passé avec Saddam Hussein pour l'exploitation des champs pétrolifères de l'île de Majoun, située au nord de la ville de Bars et tout au long de la frontière avec l'Iran. Est-il donc réaliste , au sens de l'art. 67 de la Constitution française, d'exploiter des champs pétrolifères dont la production journalière pourrait atteindre un million de barils par jour à un prix d'extraction et de traitement très bas ?

C'est ici que les jurisconsultes que votre génération chargera de peser la notion hautement politique, je le rappelle, "d'inaptitude manifeste " du Président de la République devront s'armer d'une politologie tellement nouvelle qu'il leur faudra non seulement l'ancrer dans une philosophie entière de l'histoire de l'humanité, mais l'armer d'une documentation et d'une argumentation d'une rigueur sans égales; car si le monde entier est destiné à soutenir de génération en génération l'hégémonie militaire d'Israël au Moyen Orient , et cela pour le seul motif que la politique internationale se réduirait à négocier la répartition des richesses du monde entre les grandes puissances; et, par conséquent, pour le motif que ce serait au nom de la logique interne à l'histoire économique de la " liberté " que les Etats-Unis auraient fait la guerre à l'Irak - c'est-à-dire à seule fin de s'emparer des gigantesques ressources en or noir de son sous-sol - et pour le motif que Saddam Hussein avait décidé de vendre son pétrole en euros, comme le reconnaît M. Greenspan , ex-Président de la FED ; si, pour tous ces motifs, l'entrée de plein droit de la France dans le groupe mondial des pilleurs des richesses naturelles des pays arabes sera la rançon légitime que Paris demandera à Washington pour cesser de s'opposer au viol systématique du droit international et des lois de la guerre, alors la question de la véritable nature du réalisme politique se révèlera plus que jamais celle de savoir quelle est l'acuité du regard que M. Nicolas Sarkozy porte sur les prédateurs de l'histoire.

Car l'alliance inconditionnelle de Washington avec Israël a mûri au fil des années. Voici que le sionisme est devenu l'abcès de fixation de l'histoire de la planète. La morale politique de la civilisation mondiale s'y trouve à la croisée des chemins : ou bien le droit international fera naufrage, parce que la guerre américaine contre l'Iran illustrera le triomphe parallèle de l'Etat hébreu et d'une économie internationale fondée sur les profits des grands prédateurs du pétrole, ou bien la Russie et la Chine, soutenues par l'Amérique du Sud et l'Inde conduiront les ambitions conjointes des Etats-Unis et d'Israël à l'échec.

Les acteurs de la pièce vont monter sur les planches. Personne ne les a mieux décrits d'avance que l'ex-ministre de l'économie de M. Lionel Jospin, Dominique Strauss-Kahn , qui a souligné avec force que les Etats-Unis auraient dû s'attaquer à l'Iran au profit d'Israël et qu'ils se sont trompés de cible . " On mesure que les Américains se sont trompés de cible: la menace ne venait pas de l'Irak, mais de son voisin perse" (…). À ce propos, c'est pour moi une grave erreur d'avoir prétendu, comme l'ont fait Jacques Chirac et son ministre des Affaires étrangères, Philippe Douste-Blazy, que l'Iran jouait " un rôle stabilisateur " dans la région. " ***

Alors, l'article 67 vous révèlera son dernier secret : si la France faisait jouer au Vieux Continent le rôle d'un gigantesque polichinelle de la démocratie américaine, votre pesée du cerveau du Président actuel de la République française vous conduira au cœur de l'histoire. Je vous laisse reprendre votre souffle jusqu'à lundi. .

* La lettre a été publiée sous la forme d'une pétition pour que d'autres puissent la signer à cette adresse : dontattackiran.org. Traduction de Dany Quirion pour Alter Info

** Voir cbsnews.com "Our country, for the first time in my lifetime, has abandoned the basic principle of human rights," Mr. Carter said on CNN. "We've said that the Geneva Conventions do not apply to those people in Abu Ghraib prison and Guantanamo, and we've said we can torture prisoners and deprive them of an accusation of a crime."

*** In La Revue "Le Meilleur des Mondes " à l'occasion de la dernière campagne présidentielle française (Mai 2007) : interview croisée entre Nicolas Sarkozy, ministre de l'intérieur à l'époque, et, Dominique Strauss Khan, candidat à la candidature socialiste.

le 18 octobre 2007 perso.orange.fr