09/06/2006 6 min #1189

Qui contrôle quoi?

Le 4 juin 06 à 09:13, Laurence a écrit :

Qu'on ne me dise plus que de parler d'un gouvernement mondial c'est du

conspirationisme! Voir l'article ci-dessous qui est une belle démonstration

du pouvoir monstrueux des gros groupes industriels qui font maintenant la loi

dans le monde :

UNION EUROPÉENNE • Les OGM toujours au menu

Sous la pression de l’OMC, la Commission européenne tente d’assouplir les

contraintes pesant sur les organismes génétiquement modifiés. Mais les Etats

font de la résistance.

D’ATHÈNES

Dans ce pays frondeur, presque tous les Grecs s’entendent au moins sur une

chose : ils ne veulent pas d’organismes génétiquement modifiés (OGM) – ni

dans leurs champs, ni sur les étalages, ni dans leurs estomacs. En 2004, le

Parlement grec a adopté une interdiction nationale, mais l’Union européenne

(UE) l’a rejetée au nom de la libre circulation des biens. Depuis lors, les

cinquante-quatre préfectures grecques ont promulgué des interdictions

locales. Viendront-elles à bout de la patience des autorités

supranationales ? “En Grèce, tous les partis politiques sont contre les OGM.

Et pourtant nous sommes en désaccord sur tout le reste”, explique Theodoros

Koliopanos, député et ancien ministre adjoint de l’Environnement.

La Grèce et les quelques autres pays de l’UE qui ont interdit les OGM sont en

première ligne dans la guerre sur l’avenir de ces aliments en Europe, la

seule région du monde qui n’en cultive et n’en achète pas encore. Le 19 mai

dernier, le président polonais a ratifié une telle interdiction, l’Autriche

ayant précédé la Pologne de quelques mois.

Confrontée aux pressions internationales, poursuivie en justice par

l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’UE a déclaré cette année que

tous ses Etats membres devaient ouvrir leurs portes aux cultures

transgéniques. Dans le même temps, elle prépare une réglementation pour

s’assurer de la sûreté des OGM pour la santé et l’environnement. Mais cinq

pays ont imposé huit différents types d’interdictions. Et certains Etats

utilisent leurs voix au Conseil des ministres européens pour empêcher

l’entrée de ces cultures. Cette bataille met aux prises les Etats-Unis et le

Canada – qui produisent la grande majorité des semences et des cultures d’OGM

– avec leurs plus proches alliés européens. A en croire certains responsables

politiques européens, les Etats-Unis n’hésitent pas à mobiliser leurs

diplomates pour qu’ils poussent les pays européens à accepter les OGM.

Consommateurs et agriculteurs européens n’en veulent généralement pas, ce qui

oblige l’UE à arbitrer entre des intérêts contradictoires.

Dans la mesure où l’UE est un marché commun, les législateurs de Bruxelles

exigent une solution unique : une semence vendue en Grande-Bretagne doit

aussi pouvoir se vendre en Pologne et en Grèce. Mais certains font valoir que

les Etats devraient avoir le droit de décider s’ils acceptent ou non un

risque, si faible soit-il. Et de rappeler que, par exemple, le lait non

pasteurisé est légal en France mais pas en Grande-Bretagne.

Dans une bonne partie de l’Europe, les aliments génétiquement modifiés sont si

impopulaires que certains géants de la distribution n’en proposent pas. De

leur côté, les producteurs d’OGM défendent agressivement leur cause auprès de

l’OMC et de chacun des Etats européens. “En Grèce, dès qu’un nouveau ministre

entre en fonctions, la première visite qu’il reçoit est celle de

l’ambassadeur des Etats-Unis, qui vient lui vanter les mérites des OGM,

assure Koliopanos. Il y a une pression incroyable.”

La revendication d’une exception scientifique

Du point de vue du secteur biotechnologique et des grands producteurs d’OGM,

le problème est simple : du maïs génétiquement modifié est du maïs, du blé

génétiquement modifié est du blé, et il n’y a aucune raison scientifique de

faire une différence entre OGM et non-OGM. “L’étiquetage est une marque

d’infamie, il joue sur la peur des gens, et les détaillants sont devenus des

cibles faciles”, s’indigne Barber. De son côté, la porte-parole de la

Direction de l’environnement, Barbara Helfferich, estime que les

consommateurs doivent savoir de quel type de plante cultivée est issu ce

qu’ils achètent. Les Vingt-Cinq sont très divisés sur la question. Cinq

d’entre eux votent généralement en faveur d’une plus grande ouverture aux

OGM, une dizaine votent contre, et les autres s’abstiennent. Ces pays ne sont

pas convaincus que les OGM soient sans danger, mais ils ne veulent pas

assumer les conséquences d’un vote négatif, si l’on en croit Philip Tod,

porte-parole de la Direction de la santé et de la protection des

consommateurs.

Les semences OGM sont autorisées au cas par cas et, à partir du moment où la

Commission européenne donne son feu vert, la seule raison légale qu’un pays

puisse opposer pour justifier une interdiction est la découverte de “nouveaux

éléments scientifiques” indiquant que la semence pourrait présenter un

danger. Mais, ces derniers temps, chaque fois que la Commission a recommandé

un nouveau produit, le Conseil des ministres a rejeté cette décision – et

certains pays parlent déjà d’“exception scientifique”.

L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a pour mission d’émettre

des jugements scientifiques en matière d’alimentation. Mais, de l’aveu même

de Stavros Dimas, le commissaire européen à l’Environnement, cette instance

n’a pas suffisamment étudié les effets à long terme des OGM, notamment en ce

qui concerne la biodiversité. D’aucuns font observer que l’EFSA a approuvé

les onze demandes d’agrément qui lui ont été soumises et rejeté tous les

appels. Lors d’une récente réunion avec des Etats membres mécontents à

Bruxelles, le Dr Harry Kuiper, chef du panel OGM de l’EFSA, a défendu ses

travaux, tout en rappelant que ses experts n’avaient que six mois pour

étudier chaque cas.

“La politique de l’UE revient à promouvoir les OGM. C’est de l’aveuglement pur

et simple”, commente Helen Holder, porte-parole des Amis de la Terre en

Europe.

Elisabeth Rosenthal

International Herald Tribune

n° 813 - 1er juin 2006

Union européenne

Mesures

Les organismes génétiquement modifiés sont autorisés au sein de l’UE depuis

mai 2004. Après un moratoire de cinq ans, la Commission européenne a permis

leur culture et leur commercialisation, à condition qu’ils soient évalués

scientifiquement et étiquetés. En avril dernier, elle a décidé de renforcer

les contrôles imposés aux produits issus d’OGM. Mais les ministres de

l’Agriculture réclament que Bruxelles fasse des propositions pour garantir la

cohabitation entre cultures d’OGM et d’organismes naturels.

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