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La journée du burkini

Il est difficile de rester indifférent à l'affaire du burkini, malgré que toute analyse ne fasse que polariser les avis préconçus. Les gens se forgent leur avis en fonction du groupe auquel ils appartiennent, et en fonction de l'auto-soulagement suscité par leur opinion. Mais il faut se battre ! Dénouer des liens douloureux fait souffrir, c'est normal.

Ceux qui collaborent avec la loi nazi sont bien évidemment, comme la plus grande masse des gens, des suiveurs du pouvoir, pris en otage par leurs peurs, auxquelles le pouvoir fait mine d'apporter une solution. C'est une bonne vieille technique d'asservissement qui a fait ses preuves. En réalité ceux-là veulent juste faire du mal aux arabes car ils les haïssent.

Évidemment je suis contre la violation du corps par qui que ce soit. l'habeas corpus, le fait de disposer de son propre corps, inclue la façon dont on se vêtit. A partir du moment où on force quelqu'un à adopter une tenue particulière, c'est une oppression, une privation de liberté. Ou alors, il faut que cette soumission soit volontaire, par exemple si on est payé et qu'on nous fourni une combinaison de travail.

Ce thème, qui est sûrement une arnaque pour faire diversion, et qui sera oublié avant d'être à nouveau relancé de façon plus dramatique, est à la croisée de toute une somme de facteurs de nervosité.

Je vais essayer de ne m'en tenir qu'aux facteurs qui sont de l'ordre de ma spécialité, la logique pure.
Comme le note cet auteur : medium.com
sonder les raisons pour lesquelles une personne choisi de se vêtir de telle ou telle autre manière, est strictement "impossible et ridicule". Cela relève de la folie pure, si tant est qu'on aie un minimum de notions d'anthropologie. Sinon ce n'est que de l'ignorance crasse.

Il est acquit que ces vêtements ne sont que des coutumes qui relèvent du folklore. Si derrière cela il y a une oppression des femmes à qui on obligerait de s'habiller ainsi, ce serait le même crime, d'oppression, d'humiliation, et un motif pour que la loi intervienne.

Le rôle de la loi doit être de préserver la paix. Son fonctionnement ne peut qu'être un chemin allant du peuple vers le législateur, puis du législateur vers le peuple, en réponse à son désir et à ses besoins. Elle ne peut pas seulement provenir de la tête de l'état, sans qu'aucune raison ne vienne la soutenir. Car sinon quel citoyen, à son tour, s'aventurerait à rappeler la loi ?

Et inversement, dans le cas qui nous obsède (c'est un lapsus, je veux dire : dans le cas qui nous occupe), regardez un peu le citoyen qui voudrait porter préjudice aux femmes arabes en les opprimant, à qui on demanderait les raisons de son acte, et qui, ne sachant quoi répondre, pourrait argumenter "c'est la loi, c'est tout !".
Faire de la loi un argument terminal de la réflexion est à proprement parler un détournement de la raison d'être des lois, une violation de la philosophie du droit. Ce comportement injustifiable ne peut, en temps normal, qu'être l'apanage des psychopathes.
Il y a toujours une raison aux choses, et vouloir le faire oublier, c'est vouloir asservir.

C'est justement contre l'injustifiable que l'humanité a créé le concept de "loi", afin de faire que les citoyens conforment une unité, elle-même garante de leur propre survie en tant que groupe. Cette survie a pour principaux caractères l'entraide, la compassion, le partage, la conciliation. Et ici c'est justement ces critères qui sont violés par cette loi inique.

Le rôle de la justice doit être de faire réparation, de ramener la paix, de suturer les plaies et de créer une situation d'harmonie. On doit pouvoir dire après le passage de la justice que les comptes sont réglés, et qu'il n'y a plus aucune rancœur à garder.
Mais là, on crée des tensions, on opprime, et on encourage la haine à se propager encore plus.

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Maintenant observons les cas de figure. Comme je l'ai souvent réutilisé avec le voile islamique au collège, qu'en est-il si quelqu'un décide de se couvrir la tête en hiver pour se protéger du froid et de la pluie ? La couleur du tissu sera-t-elle le dernier moyen de discerner le légal de l'illégal ?
Et si ces femmes voilées optaient pour une nouvelle couleur, gris foncé ? Ou avec des motifs de Mickey ?
On voit ces femmes habillées en plongeur aller à la plage. Ont-elle le droit d'effectivement faire de la plongée ? Ont-elle le droit de se protéger des rayons ultra-violet du soleil si leur peau y est spécialement sensible ? Interdira-t-on un jour les lunettes de soleil pour faciliter le travail des caméras de surveillance, comme on interdit les capuches dans le métro ? Ou comme on tire à balles réelles dans les fesses de ceux qui portent des pantalons trop bas, aux états-unis ?

Mesurera-t-on la longueur des shorts pour qu'ils soient réglementaires comme on le faisait il y a cent ans ?
Sous la monarchie française les femmes étaient considérées comme les femmes arabes aujourd'hui, la moindre de leur prétention à découvrir leurs chevilles était considérée comme une provocation, un outrage.
Les femmes ont toujours été la cible de l'intolérance et de la névropathie des hommes, particulièrement des hommes de loi.

Celle loi stipule de façon autoritaire qu'il est carrément interdit d'aller se baigner "habillé". Ira-ton mettre une amende aux Kardashian qui ont pourtant lancé cette mode, qui pour eux est une sorte de tradition de riche (qui n'a pas peur d'abimer ses vêtements) ?
Et enfin, qu'en est-il des hommes qui portent des costumes traditionnels eux aussi ? Même le simple vendeur de pin's de plage pourrait être en ligne de mire, avec son tissu "ostensiblement africain" autour de la taille.

Le fait est que :
1. une névorse,
2. voit des folies inconséquentes là où il n'y en a pas,
3. avec pour effet de la générer.

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Avant avec l'affaire de la burqa, on pouvait objecter que la protection des femmes contre la violation humiliante qui consiste à les forcer à s'habiller de façon encombrante, n'était absolument pas dans l'esprit de la loi visant à l'interdire. En faisant cela la loi se dénonçait elle-même comme incapable de faire justice aux femmes opprimées. Non son vrai but était simplement raciste.

Sous prétexte de laïcité, dont le sens a été détourné de telle manière que l'effort à faire pour Accepter Les Autres paraisse plus difficile que celui de Forcer les Autres à se soumettre à un dictat, on exerçait sur les femmes exactement l'oppression et la privation de liberté que l'argument de laïcité était sensé combattre.

Ici avec le burkini on a franchi un nouveau pallier dans la folie, puisque l'argument du bien des femmes, de leur protection, qui fut fallacieux et dénoncé comme tel, est désormais contourné de manière carrément opportuniste, en raison de la croissance des attentats. L'argument de la loi est que cette mesure vise à "calmer" les esprits racistes surexcités par la peur d'attentats terroristes.

En somme, la loi répond non pas à un désir de la population, mais à la névrose d'une partie atterrante de la population, ceux qui ne tolèrent pas le civisme. C'est exactement si, comme pour éviter la colère des bandits et des voleurs, on ordonnait aux bijouteries de laisser la porte ouverte la nuit !

*

C'est toujours en se drapant de vertu que frappe l'illégitime. On peut interroger le paternalisme d'une loi qui vient à la rescousse des citoyens les plus psychopathes, non pas en leur prodiguant les soins qui mettront un terme à leurs névroses, de façon à "faire justice" mais en cédant à leur "désir", si tant est qu'ils en aient le désir, puisque celui-ci n'est que pré-supposé. A la limite, le discours de la loi consiste même à s'exprimer à leur place et à leur faire dire ce qu'ils n'ont pas dit. En fait même les racistes devraient s'insurger contre ce que la loi leur fait dire. En réalité les gens croient encore que les attentas sont exceptionnels, alors qu'ils sont :
- en croissance et accélération constante
- provoqués par l'état lui-même.

Ceci pour en revenir à ce qui est le plus fondamental, dans cette société qui sombre vers la dictature, où on voit des lois pleuvoir comme des coups assénés contre la liberté, le savoir-vivre, le vivre ensemble, assénés contre la justice elle-même : la respectabilité de la loi.
Pour être respectable la loi doit être défendable, et désirable. Pour qu'une loi puisse se prévaloir de répondre à un besoin, il faut en amont que les citoyens en voient la nécessité. Peu importe si une minorité ne la voit pas et ne la comprennent pas, les faits doivent prouver son intérêt.

C'est à dire qu'au fond il faut que les citoyens puissent allers vers une dame voilée en lui exprimant, sereinement et clairement, les raisons tangibles et indubitables pour lesquelles elle devrait agir de telle ou telle manière.
Moi personnellement, je ne me vois pas aller prendre ce risque inconsidéré, qui serait immédiatement qualifié de trouble à l'ordre public et d'appel à la haine. C'est à dire que les citoyens voulant faire respecter cette loi seraient immédiatement passibles de telles violations.

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Enfin on peut noter l'aberration de la séquence des événements : au début un étudiant marseillais proposait une "journée du burkini", une façon drôle et amusante de faire valoir le droit de se baigner habillé. Cela aurait dû être un jour de fête, inspirant la tolérance. Et non seulement cette journée a été interdite in-extremis, mais aussitôt une loi (absolument injustifiable, pur produit de la névropathie) est tombée du ciel dans la même journée, celée deux jours après de façon officielle. C'est à dire que les haut-parleurs (orwelliens) des plages proféraient des menaces allant contre les personnes habillées avant même que la loi ne fut effective.

Encore une fois, tout cela renvoie aux attentats, sert à y faire penser, et à prolonger le sentiment de peur. C'est comme l'état pré-dictatorial ressentait de la colère envers les gens qui se promènent en étant heureux, et leur rappelle par haut-parleurs qu'ils feraient mieux d'avoir peur et de craindre Autrui, en permanence.

Je pense que la résistance devrait permettre au public, au peuple français de faire preuve, comme il sait très bien le faire, de son humour grégaire et solidaire, de créer la confusion par le fait de se vêtir systématiquement sur les plages. Rien n'interdit de se baigner en costard-cravate, non ? Enfin pas encore.
Et si tout le monde le fait, sera-t-il interdit de se baigner en maillot de bain ?

Décidément toute cette ébullition me semble être les derniers soubresauts d'une civilisation en cours d'extinction, toute une mentalité occidentale qui consiste à haïr la diversité, à vouloir aplatir pour égaliser, à forcer la conversion pour normaliser, standardiser, son incapacité à comprendre les différences, à projeter sa compassion, pour obtenir un eugénisme, tout ceci afin finalement d'avoir un contrôle plus facile et moins fatiguant de ses esclaves.

Inlassablement, chacune des tentatives pour restaurer l'inquisition se heurte à la simple et complexe réalité.

medium.com