L'histoire des mots qui se décomposent

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Le terme de souveraineté est apparu il y a un an dans le vocabulaire publique. (Je me réfère à mes 115 000 articles référencés sur 10 ans). 1nfo.net
Ses premières apparitions appartenaient à la philosophie de la relation des nations, une discipline rare et ample.

Il fait écho au terme de l'ingérence et à celui de l'autodétermination. Pourtant il y a quelques nuances à chacun de ces termes, et le choix de l'un oblitère souvent l'intérêt des autres. C'est normal, puisque le vocabulaire conscient procède de réflexes et que la tendance d'une langue vivante est de toujours faire usage des mots un peu au-delà de leur sens strict.
Cependant, dans une société malade (ou du moins c'est comme ça qu'on s'en rend compte) le sens des mots va toujours en se dégradant, voire en usurpant ceux des termes plus justes. Ou pire en les faisant oublier.
N'importe quel philosophe en herbe sait que la justesse des mots est garante de la paix de la civilisation, et pourtant les politiciens et les gens de lettres des médias les premiers, font usage de ces distorsions successives, allant parfois jusqu'à tellement pervertir un mot qu'il en devient le symbole d'exactement l'inverse de ce qu'il signifie.

Laïcité et djihad

Les termes de "laïcité" et "Djihad" servent de cas d'école à cette inversion. Ils veulent dire respectivement "respect des croyances des autres" et "introspection visant à surmonter ses propres faiblesses".
En somme ils veulent presque dire la même chose, ils parlent de l'urbanité, la politesse, le savoir-vivre, le fait de savoir se tenir en public, etc... Ils évoquent la dignité humaine dans la cohabitation.

C'est curieux que ces termes si proches aient été tous deux inversés.
Si on écoute la voix du Système, "laïcité" signifie le refus de l'agression que constitue la vue ostentatoire d'un signe distinctif clamant l'appartenance à un groupe qui n'est pas le sien", en d'autres termes l'intolérance, la standardisation, le nazisme.
Au lieu de s'appliquer à l'observateur, il veut s'appliquer à celui qui est observé, de façon à l'opprimer, sans se s'apercevoir que le nombre de personnes opprimées excède considérablement celui des personnes qui se sentent offensées, qui plus est, pour des raisons névrotiques.

Et celui du djihad évidemment est associé à des terroristes dont on suppose qu'ils sont assez rétrogrades et barbares pour vouloir terroriser ceux qui ne partagent pas leur foi, un peu comme dans une guerre de religion, avec en prime un revêtement moral qui consiste à apporter une critique du Système, de ses valeurs, de son injustice, ses guerres, tellement irritante qu'ils en deviennent violents. On laisse aussi supposer qu'ils agissent par jalousie ou par vengeance. Ainsi on en profite pour terroriser tous ceux qui critiquent le capitalisme. Et on ne se rend pas compte que c'est le Système lui-même qui génère cette psychose, et qu'il le fait dans son propre intérêt (qui consiste à dépouiller les gens de tout ce qu'ils possèdent).

Au-delà de fait que le terme soit fallacieusement employé, cette définition a été placée dans la bouche des agresseurs par ceux-là mêmes qui sont agressés. Et en fait on sait tous très bien que ces agresseurs sont en réalité manipulés et endoctrinés à des fins géostratégiques qui les dépassent totalement et dont ils ne profiteront jamais. Ils sont, ces terroristes, la façon dont le système considère l'être humain, une marchandise, des pions dans un plan.

Mais notons quand même comme ces deux termes proches ont été l'objet d'une attaque idéologique constante depuis une dizaine d'années, et depuis bien avant ça de façon préparatoire. Sur le temps on peut voir deux définitions opposées avancer l'une sur l'autre et reculer par moments, avant que la mauvaise ne l'emporte à nouveau.
C'est qu'il existe une guerre idées, et malgré son nombre les gens honnêtes sur internet ont encore du mal à rivaliser avec les ennemis du peuple et de la paix que sont les industriels, armés de leurs porte-voix médiatiques.

C'est intéressant toutefois de noter que ce qui est attaqué, dans une première étape stratégique, est le point commun à ces deux termes, qu'est le fait de se faire force à soi-même, s'auto-éduquer, se retenir, contrôler ses propres pulsions, être capable d'évoluer positivement pour le bien de tous, et pour une meilleure expérience de vie en société.

Sur le plan psychanalytique, on dirait qu'on a affaire à une personne [le Système] que la vie a rendu incapable d'évoluer, de progresser. La vieillesse de son esprit sclérosé lui interdit désormais toute forme d'éducation ou d'apprentissage. Il est tellement étroit d'esprit que, sous l'effet de la Nature qui, elle, évolue, il voit son horizon rétrécir comme des murs qui se referment sur lui et produit une très forte angoisse et sentiment d'étouffement, de paranoïa, de psychose. C'est un claustrophobe qui s'ignore puisqu'il n'a encore jamais eu à sortir du cadre étroit de ses schémas mentaux usés jusqu'à la corde.
Il en vient, en perdant le sens de la mesure, à reprocher aux autres des choses bien plus graves et complexes qu'il ne pourra jamais se reprocher à lui-même, alors pourtant qu'il touche du doigt exactement ce qui provoque une telle distorsion de sa perception de la réalité. Ce qui fait évidemment qu'en faisant ces reproches aux autres il active lui-même les termes de sa propre névrose et devient incapable de garder son sang-froid ou de la distance par rapport à ses propos.

La phase 2 : autodétermination->ingérence->souveraineté

Le terme de souveraineté a occulté les autres qui pourtant sont bien plus importants.
Déjà il faut comprendre que parler de souveraineté pour un pays agressé, pillé, colonisé, attaqué économiquement, n'est pas la même chose que pour un pays simplement dominé par des idéologies qui lui ont été imposées et qu'ils ont fini par s'approprier, bien qu'elles soient impropres.
C'est comme la droite et la gauche, c'est normal d'être "nationaliste" en Palestine car il faut sauver ou créer un état, qui est en guerre, mais ce ne l'est pas de l'être au sein d'un monde qui se veut coopératif. La nation ne subsiste qu'à cause des langues, pas pour mettre en opposition les idées. Être nationaliste aujourd'hui signifie directement approuver le principe de la guerre économique de tous contre tous, les individus et les pays. L'intérêt personnel à court terme au premier degrés prime sur tous les autres, que sont l'intérêt social, l'intérêt écologique, l'intérêt commun, l'intérêt par chaîne de conséquences, et les intérêts à long terme.

Si on pouvait hiérarchiser ces trois termes, (contrairement à ce que nous dit "la mode" actuelle) celui d'autodétermination serait le plus important, car il implique la liberté à l'échelle d'un peuple de gérer lui-même ses affaires, ce qu'il peut faire mieux qu'aucun autre. C'est une composante primordiale de la charte des Nations-Unies.
L'autodétermination des peuples est ce qui garantit qu'on ne porte pas sur eux de jugements trop mal instruits par l'anthropologie. Cette anthropologie apprend à savoir recadrer l'observation de la réalité avec un contexte qu'il faut d'abord comprendre et saisir. Avec cette instruction, viennent les clefs de la compréhension mutuelle. A défaut d'elle, prière de se référer à la loi qui est juste.

Ensuite le terme d'ingérence est inférieur car il peut très bien n'affecter que certaines parties de l'autodétermination, sous forme d'une influence. En terme général ce terme reste d'une très grande puissance de résonance car c'est un terme holistique, et un constitutif de la nature elle-même. Elle consiste à ne pas s'ingérer dans les affaires d'autrui, ce qui oblige à garder une posture de distance morale, qui à son tour oblige à passer par des arguments logiques, et donc viables, et donc profitables. C'est un terme qui permet la différence entre croyance et science, qui permet d'interdire l'action d'implanter des comportements par la force, et d'y préférer la douce persuasion.
C'est un terme de l'éducation, de ce qui fait "un bon père", qui laisse la liberté de commettre des erreurs mais veille toujours à éviter le pire, et à prodiguer une instruction faite de son expérience, qui ensuite sera reçue avec satisfaction, et profitera grandement au rapport à la réalité, dont la défaillance fait la psychopathologie.
C'est un terme professionnel, qui consiste à déléguer à l'employé la responsabilité de ses actes, et donc à lui permettre de s'améliorer par l'expérience, et d'augmenter la qualité.
C'est aussi un terme de notre relation à la nature, on ne nourrit pas les animaux, on ne les aide pas à accoucher, on ne choisit pas pour eux leur nourriture. En procédant de la sorte on garantie leur capacité à survivre.
Et enfin c'est un terme politique de la garantie du respect de l'autodétermination.

Le terme de la souveraineté, lui, applique ces notions à la vie d'une nation en faisant en sorte qu'elle ne soit pas contrôlée de l'extérieur, mais aussi en faisant en sorte que sa gérance soit confiée aux peuples qui y résident. Il n'y a pas plus de souveraineté quand les USA imposent des traités que lorsque les peuples n'ont plus aucun contrôle sur la politique.
Et ce terme qui avait le défaut d'évoquer un monde qui n'est pas celui de la coopération, mais l'avantage de promettre que s'il devait y en avoir une, elle serait saine, à force d'être employé, devient progressivement synonyme de celui de nationalisme, préférence nationale, racisme. C'est comme si, ayant mal compris ce terme, ces barbares incultes que sont les peuples (à qui donc, on ne peut plus confier d'influence sur la gouvernance) voulaient signifier qu'ils veulent contrôler tout ce qui se passe sur leur territoire, qui a le droit d'y séjourner, quels habits ils ont le droit de porter, etc...
(On a vu après le Brexit que les nationalistes l'ont interprété comme une victoire contre les étrangers).

La dégradation que subit ce terme au fur et à mesure qu'il est répété conduit à exacerber les notions préalablement amoindries de "laïcité" et de "effort sur soi (djihad en arabe)".
C'est pourquoi il y a une suite logique entre la décomposition de ces différents groupes de termes. C'est en quoi on observe une décadence de la société, qui s'exprime par la dissolution du lien social, en somme, une régression évolutive, une involution.
C'est aussi ce en quoi le soin apporté à l'exactitude des termes qu'on emploie est garant de la paix dans le monde.
Comme je l'ai dis en passant, en influençant négativement les peuples, les politiciens ne cherchent qu'à prouver que les citoyens sont inaptes à se gouverner eux-mêmes, et ne font qu'accroître leur domination.
Mais la nature est bien faite, c'est aussi à l'inverse, par imitation de la mentalité pourrie des politiciens déteint sur les peuples de sorte qu'il s'enlisent la haine, et que les nations se dissolvent, de sorte à faire perdre tout pouvoir aux politiciens - hormis celui de frapper, agresser, terroriser les peuples.

La solution à nos maux réside dans la culture des mots. L'ingérence, le fait d'accorder de l'importance à autrui, de respecter ses choix, est le garant à l'échelle individuelle tant qu'à l'échelle sociale de la richesse et de la fécondité de l'humanité, de sa capacité à trouver des solutions, de son évolution harmonieuse et de la paix.
Ces mots recèlent des solutions encore inexplorées. Même le système de gouvernance devrait s'en inspirer en se posant comme une "bienveillance" dont la vocation serait de prodiguer des conseils avisés qui seraient profitables au plus grand nombre et non pas des lois strictes génériques, dogmatiques et arbitraires, comme le faisaient les rois à une époque où on ne savait pas gérer la complexité.