05/10/2007 5 min #11426

Bienvenue en Utopie

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Comment vivrons-nous, une fois les réserves de pétrole épuisées ? A l'initiative d'un professeur d'université, une collectivité de bénévoles installée dans le nord de l'Ecosse fait le dur apprentissage de l'autosuffisance.

Photo : Les participants à Expérience Utopia doivent se projeter dans l'avenir, dans les années 2020, avec toutes les conséquences probables induites par le changement climatique, le renchérissement du pétrole ou encore l'augmentation de la population mondiale. - Crédit : DR

Traduction : Courrier International

Nous sommes dans les Highlands, juste à côté d'Inverness. J'arrive sac au dos dans la petite ferme qui m'accueillera pendant un mois. Je viens prendre part à un programme consistant à vivre de manière autosuffisante et qui me permettra, si tout va bien, de survivre si notre civilisation disparaît brusquement. La Utopia Experiment [Expérience Utopia], qui a débuté en avril, s'achèvera en octobre 2008. Le programme a été conçu par Dylan Evans, 41 ans, ancien professeur de robotique à la University of the West of England. M. Evans pense que l'épuisement des ressources pétrolières, la crise économique mondiale et le changement climatique amèneront la fin de notre mode de vie actuel. Quelque 200 volontaires, dont je fais maintenant partie, participent à cette étude. La communauté vit dans des yourtes conçues sur le modèle mongol et se lave soit dans un cours d'eau glacial, soit dans un vieux tonneau de whisky scié en deux. On fait la cuisine sur une cuisinière à bois. Il n'y a ni télévision, ni réfrigérateur, ni congélateur. Il faut s'occuper des cultures et des animaux. Utopia doit finir par devenir un petit monde autosuffisant, détaché des facilités qu'offre la vie moderne.

C'est une chance que le site ne soit pas tout à fait terminé à mon arrivée. Il y a encore l'électricité, l'eau courante, le gaz et de la nourriture de supermarché. Mais à partir de septembre, il faut s'accrocher, car tout ce que nous mangeons doit venir du jardin. Le mois suivant, on nous coupera l'électricité, et le mois d'après ce sera le tour de l'eau courante.

Je passe la majeure partie de mon temps dans le jardin, car c'est pour moi la priorité si l'on veut établir une communauté autosuffisante. Mais les priorités ne sont pas les mêmes pour tous. Tommy est là pour voir comment s'expriment les côtés artistique et culturel du groupe. Graham, 19 ans, étudiant en architecture, préfère les activités manuelles ; marteau en main, il est déjà en train d'assembler des bacs à compost. Carla, qui a plus l'habitude que nous de la vie en collectivité, s'occupe à filer la laine, à confectionner des sirops ou à saler la viande des porcs que nous avons abattus.

En l'espace d'une journée, j'apprends que les racines de pissenlit et les orties sont des légumes nutritifs si on sait les prépare. Au bout d'une semaine, je fais mon pain moi-même et je sais cuisiner pour une tablée de neuf. Une semaine de plus et j'ai fabriqué un lit, un jeu d'échecs et mis en place un solide treillage pour quelques pieds de haricots grimpants. De fait, on se rend rapidement compte que le plus grand défi, à la ferme Utopia, ce n'est pas l'apprentissage, qui est contagieux : plus on en fait, plus on a envie d'en faire. C'est plutôt de s'assurer que les participants continueront à faire ce qu'ils ont appris des autres, une fois ces derniers partis. Les participants ne restent à la ferme que de une à douze semaines ; ils pourraient repartir sans avoir pu transmettre leurs connaissances. Mais attendez un peu – c'est sûrement à ce niveau que la présence et le rôle de coordinateur de Dylan Evans seraient précieux. En fait, on me dit qu'il n'est pas souvent là. Il paraît que, depuis le début du projet, M. Evans n'a fait qu'aller et venir, physiquement mais aussi sur le plan psychologique.

En fait, il serait bien capable de faire capoter tout le projet à lui seul. La livraison de 17 tonnes de troncs d'arbre le laisse muet pendant une heure, terrifié par l'idée qu'il ne sait pas comment les débiter. Il reconnaît plus tard que son angoisse n'était pas due au simple fait de scier des troncs. Les troncs étaient à l'image de la charge que j'avais acceptée ; j'ai juste été tétanisé. Au début, les participants ont compris, mais…. Il s'interrompt au milieu de sa phrase, accablé par la réalité. Il nous confie également que ses préoccupations au sujet de l'avenir ne vont pas au-delà de l'immigration de masse et de l'inflation. Bref, pas tout à fait la vision apocalyptique qui a donné naissance au projet Utopia.

Mais pour l'instant, la vie suit son cours à la ferme. Les agriculteurs s'occupent des cultures. Tommy nourrit les cochons et ramasse les œufs. Les prochains participants auront à gérer de nouveaux projets, comme la construction d'un système d'énergie hydraulique sur la rivière et d'une cave pour conserver les récoltes pendant l'hiver. L'hibernation psychologique de M. Evans ne perturbera probablement pas beaucoup les activités quotidiennes à la ferme, aussi frustrante qu'elle soit pour ceux qui y travaillent. Au bout du compte, je pense que celui qui en aura appris le plus grâce au projet, c'est bien Dylan Evans.

Repères :

L'Expérience Utopia a été lancée en avril dernier pour une durée de dix-huit mois. Elle repose sur la participation de bénévoles de tous âges et tous parcours, mais dont les compétences ou les connaissances peuvent être transmises aux autres. La durée du séjour va de deux semaines à trois mois maximum.

Les participants doivent se projeter dans l'avenir, dans les années 2020, avec toutes les conséquences probables induites par le changement climatique, le renchérissement du pétrole ou encore l'augmentation de la population mondiale.

Le concepteur du projet, Dylan Evans, qui a démissionné de The University of the West of England, à Bristol, pour se lancer dans l'aventure, espère ainsi stimuler le débat autour de la nécessaire adaptation de notre mode de vie. Il prévoit d'écrire un livre au terme de l'expérience.

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