Vi - Nicolas Sarkozy, Bernard Kouchner et l'anthropologie critique du tartuffisme

30 min

1 - La théologie anglaise et la politique

Vous êtes nés entre 1970 et 1990. Le Président de la République réaliste, donc audacieux qui vous a tenu les trois discours d'avant-garde que j'ai mis dans sa bouche se trouve déjà parmi vous, mais encore en culottes courtes. De surcroît, la France de la raison ne dispose pas encore des clés de la connaissance du cerveau théopolitique de l'humanité que l'anthropologie scientifique mondiale attend depuis Darwin. Quand vous aurez quitté les bancs de l'école, il vous faudra donc apprendre à armer la nation d'une politologie nouvelle, qui seule vous livrera les secrets de l'encéphale onirique actuel de notre espèce. Pour l'instant, sitôt que vous jetez un regard hors des frontières de notre pays, vous découvrez avec inquiétude que des vieillards chenus dirigent des peuples interdits d'examen de leur statut politique réel et qui ne se demandent jamais pourquoi, depuis soixante ans, leur malheureux territoire se trouve quadrillé de garnisons en provenance du continent américain.

Mais pour fonder une politique de libération d'une civilisation occupée par des troupes venues d'au-delà des mers, vous aurez besoin d'un globe oculaire nouveau ; car aussi longtemps que vous ignorerez pourquoi l'Angleterre s'oppose depuis toujours à la naissance de l'Europe souveraine, vous chercherez en vain la clé de l'histoire du monde.

Sans doute M. Nicolas Sarkozy avait-il le devoir protocolaire de recevoir, sinon en grande pompe, du moins avec un empressement adroit et de circonstance, le nouveau dirigeant de la pieuse Angleterre et de s'entretenir dévotement avec lui des dernières entreprises du Démon en Afghanistan, en Irak, en Iran et jusqu'au Kosovo. Il fallait d'autant plus sonder le cœur et les reins du nouveau gestionnaire de la théocratie protestante d'outre-Manche que son prédécesseur, un certain Tony Blair, entretenait avec le Créateur de la Genèse des relations à peine moins privilégiées que le chef planétaire de l'empire du Bien en personne. Mais vous avez le devoir de vous demander quelle est la marque de fabrique de la sonde anthropologique capable de plonger dans les arcanes du cerveau théologique des habitants des Iles Britanniques et dans quel laboratoire cet instrument est fabriqué depuis des siècles. Sachez que l'original et la copie répondent au modèle calviniste du terrorisme biblique. Or, le vieux Lucifer du peuple anglais a été rebaptisé le Terrorisme. Toute expertise des pièces de l'ascenseur cérébral qui assure la remontée des tortures infernales vers la terre des vivants doit se fonder sur votre connaissance anthropologique à venir du fonctionnement à tous les étages de la boîte osseuse que l'humanité protestante se partage. Car, depuis la Renaissance, l'autel catholique a sécrété une tout autre variété du Démon que la Réforme. Les métamorphoses du diable sont donc les clés de l'évolution de la masse cérébrale du simianthrope.

Apprenez que M. Brown ne dispose d'aucune autre grille de lecture de la politique messianique, de l'histoire rédemptrice et de la stratégie mondiale du salut de l'humanité que de celle dont M. Tony Blair vient de lui remettre le code secret. Comment le prodige eucharistique romain a-t-il fini par affaiblir le poison du mythe perse, qui se fondait sur l'écartèlement originel du cosmos entre un royaume du Bien absolu et un royaume du Mal absolu L'hostie miraculeuse du Vatican paraît désormais s'être changée en un vaccin politique. Mais cette thérapeutique assagie se trouve contrecarrée par une offensive redoutable du Lucifer des protestants que les démocraties d'origine calviniste et elles seules sont désormais appelées à lancer dans une croisade eschatologique contre le plus mystérieux et le plus redoutable ennemi que l'humanité ait jamais connu, le Terrorisme islamique. Et pourtant, au XVIe siècle la Réforme se vantait de disposer d'une théologie mithridatisée par Erasme et un peu moins manichéenne que celle de Rome.

2 - De l'exténuation du Lucifer romain à l'ascension du diable protestant

Certes, le Terrorisme originel est celui de la damnation des méchants dans un royaume des morts livré à une épouvante éternelle. Cette géhenne est nécessairement commune aux trois religions du livre, puisque tout Dieu unique, donc omnipotent, est condamné à se présenter en acteur politique voué à distribuer des récompenses hypertrophiées dans les nues et à infliger des châtiments atroces sous la terre. Il est logique qu'un chef du cosmos de ce type ne puisse diviser ses auditeurs qu'entre des vénérateurs et des rebelles; car telle est la matrice de toute politique simiohumaine. C'est pourquoi, sitôt élus, les chefs d'Etat des démocraties elles-mêmes se trouvent entourés d'une cour d'adorateurs dont les psaumes élèvent dans les airs les effluves de la piété que la majesté de leur souverain attend d'eux; mais plus le tortionnaire en chef du cosmos et sa duplique sur la terre rivalisent de pompe et de solennité, plus leur somptueux apparat vestimentaire désarme le manichéisme démocratique protestant, qui s'en trouve réduit à cérébraliser l'épouvante et à déléguer au concept purificateur de " salut ", au concept nettoyeur de délivrance, au concept blanchisseur de "grâce divine" de mener la charge de la croisade de ses sanglants séraphins.

Mais comment la Réforme a-t-elle réussi à armer d'une panoplie de concepts idylliques l'expansion désormais idéologique de la foi démocratique Par la révolution théologique la plus extraordinaire que la religion du salut par la Croix - donc par l'échec sur la terre - ait jamais connue depuis l'arianisme, qui faisait du Christ un prophète mal récompensé, donc un annonciateur conçu sur le modèle des Moïse et des Mahomet ; car Calvin a renversé le pilier central de la religion de l'agonie, non seulement par la désacralisation radicale de la pauvreté des " innocents aux mains pleines ", mais par la sanctification de la prospérité. L'enrichissement angélique par le prêt à intérêt devenait le signe d'une grâce divine thésaurisée, l'accumulation pieuse de l'argent se changeait en garantie du salut par la dévotion rentabilisée, la prospérité du banquier austère se métamorphosait en preuve de sa prédestination à la vie éternelle.

Certes, dans le catholicisme également, le succès politique a longtemps cautionné l'authenticité de la foi - sinon l'Eglise n'aurait pu bénéficier de la prétendue Donation de Constantin. Mais les revers multiséculaires et inexorables de Rome dans le temporel ont progressivement affaibli, puis exténué sa théologie des revenus célestes de la puissance politique et de la prospérité financière. En revanche, le Nouveau Monde a recueilli et amplifié l'héritage politique du calvinisme en ce que la propagation idéologique du mythe de la liberté et de la justice démocratiques est devenue le nouveau signe de l'élection divine du peuple américain et le nouveau masque sacré de sa piété. Pour que l'empire d'outre-Atlantique pût implanter avec des mines dévotes un bouclier anti-missiles aux portes de la Russie et feindre de s'étonner de ce que le Kremlin n'applaudît pas à tout rompre le spectacle de la sainte progression à ses frontières de ses idéaux armés jusqu'aux dents, il faut que la nouvelle théologie de la grâce mise en place par Calvin joue désormais en faveur des succès mondiaux du concept, donc du sceptre de la Démocratie, du concept, donc du sceptre de la Liberté, du concept, donc du sceptre de la Justice, alors que la théologie vaticane du profit jouait autrefois en faveur des glaives qui avaient fait régner un Christ en armes sur les Etats Pontificaux.

C'est pourquoi le terrorisme biblique des origines ne traîne plus ses oripeaux que dans les caves de la Curie, tandis qu'il tonne et fulmine dans un ranch rustique du Texas et sous les décors modestes de Downig Street. Et pourtant, M. Brown sait aussi bien que le successeur de Saint Pierre qu'à un Lucifer en haillons ne répond qu'une auréole rapiécée. Notre espèce en chapeaute depuis deux mille ans le cerveau fêlé qui la fait flotter entre un ciel et un enfer de confection. C'est pourquoi M. Brown dit à la fois que le Terrorisme est universel, donc émacié, et qu'il s'est replié sur quelques arpents ; Satan ne sera combattu que sur le champ de bataille des Talibans de l'Afghanistan, parce que l'entretien de plusieurs gigantesques armées du Bien coûterait des milliards de livres sterling à une couronne d'Angleterre fort appauvrie.

Vous n'attendez donc pas du cerveau anglais qu'il obéisse jamais à la logique cartésienne. Sa facture est demeurée tellement rudimentaire qu'il ne voit aucune contradiction entre le rationalisme démocratique et le rationalisme sacré, de sorte qu'il attelle les deux canassons au char de la Liberté et de la Justice. Mais vous, vous devez conquérir une science du cerveau simiohumain qui vous permettra d'expliquer pourquoi un manichéisme démocratique trop dispendieux pour les finances publiques des îles britanniques est devenu une arme exclusivement protestante et pourquoi cette politique est réputée au service des guerres du droit et de la justice dans tout l'univers. La formation théologique de M. Brown n'est pas seulement insuffisante : elle est irrémédiablement déficiente, parce que ce serviteur de la couronne d'Angleterre ne dispose pas de la problématique anthropologique qui armera votre future interprétation du destin de la boîte osseuse de l'humanité.

3 - M. Sarkozy et la science théologique de la politique

Mais peut-être, M. Nicolas Sarkozy est-il un simianthropologue fort distingué, peut-être connaît-il mieux que M. Brown, M. Kouchner ou M. Bush les secrets du cerveau théopolitique du genre simiohumain. Dans ce cas, il vous resterait à vous demander s'il a bien étudié la psychophysiologie religieuse propre aux peuples insulaires en général et s'il sait que la Grande Bretagne ne se ralliera jamais à une véritable politique européenne, pour le motif que son encéphale se trouve fatalement scindé bien davantage entre la terre et la mer qu'entre le Bien et le Mal, la raison et la déraison, Dieu et le Diable, le vrai et le faux des logiciens et des philosophes continentaux. Comment des îles confondraient-elles leur identité politique avec celle des habitants des terres dont elles sont condamnées à demeurer séparées par des étendues liquides périlleuses Comment une nation qui ne voit jamais d'autres ennemis l'assaillir que d'étranges animaux montés sur des coques de noix ballottées par les eaux ne serait-elle pas divisée de naissance entre le confort des arpents et les périls mortels de la mer Le cerveau de ce type d'insectes cuirassés est à la fois chancelant et construit sur pilotis. Il a été pesé avec soin par Jules César, Claude, Vespasien, Domitien, Guillaume le Conquérant, Charles Quint, Napoléon et enfin par un certain Adolf Hitler, qui s'est imaginé que si une île ne pouvait être conquise par la mer, elle le serait aisément à partir du ciel. Sachez donc que le simianthrope marin se construit sa divinité et la théologie bipolaire que la politique simiohumaine réclame de sa boîte osseuse en se mettant à l'écoute des ordres que lui donne la géographie de l'endroit. Puis " Dieu " façonne en retour le moule dans lequel la masse cérébrale de la créature se coulera.

4 - Les sources de l'épigénétique moderne

Vous devez donc vous initier à l'observation des idoles telles qu'elles se réfléchissent dans le miroir où leurs adorateurs dressent leurs effigies, parce que les dieux se contentent de dédoubler le cerveau schizoïde d'une espèce peinte en pied par son ciel. Tartuffe n'est pas seulement un personnage de Molière : vous devez décrypter ce génotype de toute anthropologie scientifique de la politique et de l'histoire. Dans ce contexte, les mentalités insulaires ne sont que des corollaires de l'archétype humain et de sa schizoïdie native. L'étude de la généalogie de cette bipolarité cérébrale vous sera facilitée par l'observation des cultures encloses de murailles océanes.

Toute la littérature anglaise est entourée par les eaux, comme il a été démontré en plusieurs volumes par un précurseur de génie de la politologie du XXIe siècle, Hippolyte Taine, mais également par Montesquieu, pour ne pas remonter à Tite-Live au chapitre 17 du Livre XXXVIII de son histoire de Rome en cent quarante livres, dans lequel il démontre qu'on modifie rapidement les gènes d'un peuple à le faire changer de territoire, tellement la géographie et le climat sont des transformateurs plus rapides et plus puissants d'une nation que sa semence. A ce titre, les sources de l'épigénétique moderne sont chez les historiens de l'antiquité.

Mais M. Nicolas Sarkozy est-il seulement informé de ce que l'empire romain lui-même n'a jamais réussi a digérer la Sardaigne et la Sicile et de ce que la France de 1789 n'est pas près d'assimiler la Corse C'est vous rappeler que si vous deviez ignorer les sources psychophysiologiques de l'évolutionnisme et de l'expansionnisme de l'Angleterre, votre politologie flotterait si bien dans les airs que vous ne la brancherez jamais sur la science historique de demain.

5 - L'inexpérience diplomatique de M. Nicolas Sarkozy

Vous déplorerez donc l'évidente stérilité de la première initiative diplomatique que M. Nicolas Sarkozy a cru devoir prendre. Car le rapprochement qu'il a esquissé entre Paris et Londres n'est que le prélude d'un ralliement plus complet de la France à l'axe anglo-saxon de la géopolitique, donc à une gestion des affaires mondiales fondée à la fois sur la défense des intérêts pétroliers communs à l'empire américain et à l'Angleterre et sur le souci primordial d'exorciser une éventuelle unification politique et militaire du Vieux Continent. Cette voie permettra bientôt à Londres de renouer ses attaches pluriséculaires avec la politique dite de la balance. Demain, Albion se rapprochera étroitement de l'Allemagne afin de neutraliser à nouveaux frais un continent dont la puissance menacerait son identité insulaire. Que M. Sarkozy ignore la spectrographie anthropologique des peuples et des nations est une chose ; mais qu'il ignore les leçons les plus rudimentaires de l'histoire du monde en est un autre.

De votre côté, vous bénéficiez de la précipitation exceptionnelle que met l'histoire à vous instruire. C'est avec des ailes de moulin à vent qu'elle vous fait signe : voyez, vous dit-elle, comme la France entend se remettre les chaînes de l'OTAN aux pieds, voyez comme elle se veut l'avant-garde des vassaux d'une croisade des Atlantes contre le Démon en Iran, voyez comme elle voudrait obtenir du Vieux Monde qu'il mettre le drapeau de l'euro en berne et qu'il réduise les taux d'intérêt du crédit bancaire aux entreprises, parce que la monnaie européenne est notre principale arme de guerre - le bastion dont la vocation principale est de remplacer un jour le dollar dans le rôle de monnaie de réserve sur les cinq continents.

Mais gardez-vous bien de pleurer l'échec inévitable de toute tentative de votre génération de sceller une alliance fiable avec la Grande Bretagne. Au contraire, apprenez de ce monolithe à peser le prix qu'il aura fait payer à M. Sarkozy pour des espérances et des illusions aussi vaines par nature que par définition. Certes, l'ignorance et la naïveté de votre vieux Président - songez que ce Mathusalem est né au milieu du siècle dernier ! - aura affaibli d'emblée et durablement la politique de rapprochement non seulement nécessaire, mais vitale de l'Europe avec la Russie et la Chine. Mais quels pédagogues que les documents que sa myopie fournit à votre jeunesse avide d'apprendre le monde de demain à l'école de celui d'aujourd'hui!

6 - Un exemple

Voyez l'irréflexion et l'inconséquence du soutien de la France à une demande d'extradition que Londres a présentée au Kremlin afin d'obtenir l'expulsion d'un homme d'affaires, Andreï Lougovoï, accusé du meurtre de l'ex-agent du FSB Alexandre Litvinenko, alors qu'à l'instar de tous les Etats démocratiques, la Russie se trouve impérativement liée aux dispositions de sa Constitution, qui lui interdisent d'extrader des citoyens russes. Comment la France a-t-elle pu s'associer à une insulte aussi gratuite et irresponsable de Londres que celle de demander à une nation souveraine qu'elle viole sa propre Constitution ou qu'elle la modifie en un tournemain à la demande expresse d'une puissance étrangère De son côté, la Cour européenne des droits de l'homme avait poussé l'offense jusqu'à condamner Moscou - c'était en 2002 - à lui verser une amende de 20 000€ pour avoir violé par inadvertance la Constitution russe; car si le Kremlin avait effectivement commis l'erreur d'extrader un concitoyen, M. Mourad Garabaïev, c'était seulement pour le motif que l'administration de la Sainte Russie l'avait pris pour un Turcmène.

Mais puisque l'Europe en livrée se permet de contrôler les yeux bandés l'attachement des autres nations aux dispositions libérales de leur Constitution, alors qu'elle demeure aveugle aux dispositions inconstitutionnelles du Patriot Act et notamment à la pratique de l'estrapade dans le camp de Guantanamo et dans les chambres de torture que cette charte alimente à l'étranger, pourquoi l'Angleterre refuse-t-elle systématiquement l'extradition des étrangers réfugiés sur son territoire, bien qu'à la différence de la Russie, elle soit signataire de la Convention européenne d'extradition de 1957, qui contient des dispositions contraires Depuis 1990, le cheikh Abou Hamza, un collecteur connu de dons des musulmans anglais au soutien de la guerre de leur pays d'origine contre l'occupation militaire américaine jouit de la protection résolue de Londres, qui en refuse l'extradition aux Etats-Unis eux-mêmes.

7 - Le cerveau simiohumain

Comment apprendrez-vous à observer de l'extérieur le cerveau du simianthrope auto-domestiqué par ses problématiques Ne faudra-t-il pas, pour cela, que vous conquériez un regard sur l'incarcération proprement cérébrale dont seul le simianthrope peut souffrir dans le cosmos Ne faudra-t-il pas, de surcroît, que votre connaissance de la boîte osseuse de cette espèce vous révèle le secret de la servitude mentale à laquelle elle se trouve soumise de naissance, donc le secret de la vassalisation intellectuelle préventive qui l'enchaîne, et cela de telle sorte que la mise en esclavage politique des peuples par leurs idoles vous apparaîtra liée au fonctionnement même d'une raison demeurée ancillaire de son ciel Car le simianthrope se trouve arrêté sur un chemin post zoologique de son évolution, de sorte qu'il n'est pas encore devenu réellement humain, sinon il serait déjà arrivé à bon port; mais il a nécessairement commencé de faire usage de la raison encore semi animale qu'il a rencontrée sur sa route et qui le conduira à destination. Vous devrez donc découvrir la nature de son cerveau virtuel, puis vous attacher à préciser le fonctionnement de cet embryon en voyage et, en fin de parcours, conquérir une connaissance claire des promesses de sa boîte osseuse, bien que les facultés attachées à ce fœtus soient encore difficiles à caractériser.

Pour parvenir à interpréter des potentialités intellectives captives, mais riches d'avenir, vous remarquerez en tout premier lieu que le simianthrope est un paralytique cérébral qui s'adresse spontanément des questions qu'il croit pertinentes, mais qui lui sont imposées par des grilles de lecture devenues ataviques. C'est pourquoi il formule non moins spontanément des réponses étroitement calquées sur les codes d'interprétation aveugles à eux-mêmes dont il dispose à titre héréditaire, de sorte qu'au cours de sa navigation il ne se demande jamais sérieusement - et comment le ferait-il - quel conditionnement de son encéphale sous-tend et prédétermine entièrement son questionnement, donc sur quels boutons il appuie pour recevoir en retour et à tous coups la friandise d'une réponse empaquetée d'avance et qu'il s'imaginera immanquablement avoir trouvée pour avoir bien raisonné et argumenté fièrement.

C'est qu'on n'interroge pas une problématique comme on use d'une boîte à sous. Toute la difficulté est de trouver la méthode qui la rendra parlante en tant que telle ; car ses touches la laisseront muette et sourde du seul fait qu'elle ne fournira jamais davantage que le produit préformaté qu'on lui aura demandé de présenter dans un emballage garanti. Il vous faut donc trouver le logiciel qui vous permettra de lui demander comment elle vous fabrique des signifiants simiohumains à plaisir, donc du sens pré-programmé par les siècles, et comment l'intelligibilité illusoire du monde qu'elle sécrétera paraîtra rétribuée - ce qui vous contraindra à radiographier le cerveau de l'utilisateur du logiciel ; car si toute problématique fait usage du code que la demi raison du simianthrope aura procurée à son encéphale, vous comprendrez qu'il vous faudra radiographier au préalable la logique interne qui commandera les rouages de la machine, dont les composantes qui assurent le montage impérieux d'une fausse objectivité, mais d'apparence rigoureuse. Comment l'interprétation se trouve-t-elle truquée dès le départ par des observations pourtant exactes Comment, sitôt recueilli et vérifié, le matériau sera-t-il soumis à un cadrage trompeur du sens Quel est le mécanisme de la production des interprétations téléguidées par l'inconscient épistémologique du simianthrope, celles qui pilotent les signifiants cérébraux que ses problématiques aveugles lui font mettre en scène

Observez, maintenant, et dans cet esprit les ressorts de l'espèce de cerveau dont M. Kouchner fait usage et qui lui font sécréter des réponses en écho de sa problématique, puisqu'elles renvoient au miroir mental et politique dans lequel elles se "réfléchissent ". C'est ainsi que ce Ministre invoque la paresse d'une Europe coupable d'avoir trop tardé, en 1998, à envoyer des troupes salvatrices dans les Balkans, alors que la tragédie s'annonçait depuis des semaines et des mois aux yeux des diplomates avertis. Et regardez bien comment la fausse réponse se construit de se projeter sur l'Iran de 2007, afin qu'elle dresse son effigie oraculaire sur la scène du monde: la bombe thermonucléaire que préparerait Téhéran ne serait que la re-duplication mimétique, mais devenue catastrophique, des événements de Bosnie-Herzégovine neuf ans auparavant, qui sont censés avoir conduit à une conclusion béatifique à la suite de l'intervention providentielle de l'Europe et des Etats-Unis.

Comment le code d'interprétation " objectif " du présent tel qu'il est réputé se réfléchir fidèlement dans le miroir du passé est-il téléguidé par la vision américaine du monde dont M. Kouchner se veut le serviteur dévoué et dont il sert corps et âme les ambitions et la foi Pour radiographier les problématiques, vous devez apprendre à les observer comme des personnages théologiques finalisés par le havre cérébral dans lequel le fidèle a jeté l'ancre. Les ports d'attache du simianthrope ne sont pas des Eden neutres, mais des agents d'exécution de l'histoire. Comment le cerveau simiohumain s'agite-t-il sur les planches du théâtre mental qui le met en scène

8 - La psychophysiologie des problématiques du simianthrope

Le mode d'emploi kouchnérien du fonctionnement de la boîte osseuse de notre l'espèce demeure trop caricatural pour se rendre suffisamment instructif à vos yeux. Mais j'ai tenu à vous présenter cette ébauche, parce qu'elle ne deviendra éclairante que si vous ne vous arrêtez pas à la dénonciation de son infantilisme. Il s'agit maintenant que vous mettiez en évidence le champ du regard entièrement nouveau que vous devrez conquérir par delà le spectacle du seul ridicule politique de la caméra kouchnérienne. Pour cela, il faudra que vous soyez parvenus à observer les ressorts universels de la vassalité politique qui commandent en secret la semi raison filmique du simianthrope ordinaire. Car le spécimen, certes encore rarissime, dont le globe oculaire remarquera que l'arme thermonucléaire ressortit au genre onirique et que la communauté internationale vivra aussi bien avec elle qu'avec celle du Pakistan ou d'Israël du seul fait qu'elle est inutilisable par définition sur un champ de bataille, ce spécimen supérieur, dis-je, n'aura pas compris pour autant qu'il ne s'est pas contenté de substituer une réponse plus pertinente à celles que produisent les neurones spéculaires du simianthrope banal, mais une tout autre problématique, donc un tout autre mode de questionnement de l'humanité et du monde, donc de la politique. Comment le cerveau de M. Ahmadinejad fonctionne-t-il quand il réplique à M. Pelley de CBS : " Dans les relations politiques aujourd'hui, la bombe nucléaire n'est d'aucune utilité. Si elle était utile, elle aurait empêché la chute de l'Union Soviétique. Si elle était utile, elle aurait résolu les problèmes que les Américains ont en Irak. Le temps de la bombe est dépassé. " M. Ahmadinejad sait-il que l'excommunication majeure des chrétiens était tout imaginaire, mais que des terreurs mythologiques mènent le simianthrope depuis des siècles Dans ce cas, ce théologien serait-il un anthropologue du XXIe siècle

Comment se fait-il que le raisonneur supérieur qui réfutera la problématique primaire de M. Kouchner ne portera pas encore un regard transcendantal sur les grilles de lecture du simianthrope en général, donc sur les soubassements anthropologiques qui télécommandent les codes d'interprétation et les visions du monde que sécrète son encéphale Certes, si infirme que cette malheureuse espèce soit demeurée, du moins est-elle parvenue à hiérarchiser ses spécimens cérébraux par l'observation du recul relatif dont bénéficient les intelligences dites supérieures ; mais elle n'a pas encore élaboré une science qui lui permettrait de scanner la notion de recul. Du coup, elle ne sait pas que la raison peut changer de nature à prendre " ses distances ", comment on dit, mais à la condition expresse qu'elle découvre la balance à peser les encéphales ; et que, pour cela, il convient de hiérarchiser les modes de construction et de fonctionnement de leurs problématiques ; car celles-ci sont en charge du sens, donc de l'intelligibilité du monde.

Je vous expose des problèmes difficiles ; mais vous savez déjà que la vraie question est celle de votre accès à la connaissance anthropologique du lien qu'il vous faudra mettre en évidence entre la domestication politique volontaire ou semi volontaire de l'Europe d'aujourd'hui et l'interdiction qui lui est faite par son maître d'outre-Atlantique de jamais se servir d'une masse grise suffisamment trans-simienne pour qu'elle pût s'autoriser à radiographier les problématiques qui commandent l'auto-vassalisation des peuples, tellement le désir de servitude est demeuré congénital au simianthrope. Il se trouve, de surcroît, qu'elle est déjà longue, l'histoire de la transition entre l'encéphale virtuel dont dispose le singe-homme d'aujourd'hui et cerveau ambitieux de radiographier les visions semi animales du monde dont il a accouché dans le passé. C'est ainsi que le transport de la problématique ptolémaïque vers celle de Copernic n'a été possible que lorsque les calculs obstinément fondés sur la course apparente du soleil dans le ciel ont commencé d'offrir une résistance acharnée à des équations de plus en plus convulsives. La chimie phlogistique a résisté jusqu'à la dernière extrémité aux tortures de Lavoisier et le cerveau du simianthrope du XXIe siècle n'a encore digéré ni Darwin, ni Freud.

9 - Les problématiques théologiques

C'est pourquoi vous ne progresserez dans la politologie trans-zoologique dont accouchera votre siècle que si vous apprenez à observer du dehors les spécimens de votre espèce dont l'encéphale se trouve encore programmé par des idoles, lesquelles sont demeurées invisibles en tant que telles aux yeux des simianthropologues. Les premiers de vos congénères que leur audace a conduits à observer leurs dieux de l'extérieur n'ont paru qu'en ordre dispersé, et vous savez qu'ils ne sont devenus un peu plus nombreux que depuis la Renaissance. Mais un recul cérébral de cinq siècles seulement n'est pas suffisant pour fabriquer la balance dont les plateaux seraient appropriés à la pesée des trois monothéismes. Prenez le débat pourtant multiséculaire sur la pesée de la liberté de la " créature ". Si le recul du simianthrope est demeuré de type religieux, ou bien il pèchera de sa propre et entière volonté et, dans ce cas, son idole témoignera non seulement de son impuissance ridicule face au libre arbitre de sa créature, mais également d'un sadisme révoltant à son égard, puisque sa fausse innocence aura créé une espèce fatalement condamnée à tomber entre les mains du diable; ou bien la " créature " ne pèchera pas en toute liberté et en pleine connaissance de cause, mais seulement parce qu'elle aura été prédestinée, la malheureuse, à choir dans la géhenne et, par conséquent, cette pauvresse démontrera, certes, l'omnipotence de son géniteur, pas à quel prix ! Car elle ne pourra se trouver citée à comparaître devant aucun tribunal, ni en ce bas monde, ni en l'autre, puisque tout Etat devra se résigner à reconnaître l'irresponsabilité native de ses citoyens. Il sera en outre bien impossible non seulement de jamais promulguer des lois coercitives, mais de construire aucune cité relativement ordonnée et disciplinée, donc salutairement punitive. Vous avez reconnu le fond du débat entre le simianthrope janséniste et le simianthrope catholique: les Provinciales de Pascal ont illustré de manière radicale les embarras politiques insolubles par nature auxquels toute idole se trouve enchaînée.

Vous devez donc vous demander pourquoi l'espèce à laquelle vous appartenez ne s'est jamais convertie à un examen sérieux du code cérébral qui conditionne le champ de son questionnement des fondements de sa liberté. Quelle est l'origine du postulat selon lequel il existerait une idole tour à tour embarrassée, sotte et cruelle, laquelle se serait résolue à créer une "créature" méchamment condamnée à tenter de percer les secrets cérébraux et moraux impénétrables de son maître. Vous aurez donc à lever le tabou qui interdit à votre raison actuelle d'observer les sources et la nature de toute vassalité proprement simiohumaine, parce que votre siècle vous imposera cette torture libératrice; et votre époque ne le pourra qu'à la condition que vous observiez le creuset religieux de toute politique, qui ne peut que se demander sans relâche comment récompenser et punir sans trahir la justice. Mais vous serez aidés sur ce chemin par la ruine progressive des constructions théologiques du simianthrope. Peu à peu le cerveau infirme d'un personnage cosmique censé contraindre sa " créature " à se torturer à vide sous la meule d'une problématique nécessairement vouée à l'échec se trouvera exposé sur la table d'opération où les simianthropologues des idoles les dissèqueront au bistouri d'Isaïe.

10 - Tartuffe aujourd'hui

Quel est le degré actuel de lucidité et de cécité d'une espèce dont ses idoles expriment l'aporétique générale Pour articuler votre politologie avec une critique des problématiques apeurées et sans issue du simianthrope, il vous faudra observer l'archétype d'une espèce masquée par ses séraphins - celle dont M. Kouchner vous a présenté un spécimen paradigmatique ; car si l'ange est le masque de Caïn, et si l'humanitaire est le chérubin sanglant de l'histoire kouchnérienne, dans quel miroir observez-vous le simianthrope dédoublé par sa fausse innocence Molière distinguait encore les vrais dévots des faux. Mais il n'y a plus de " vrais dévots " sous le soleil au sens que ceux-là jouiraient du privilège extraordinaire de connaître la vérité : votre siècle ne connaît plus que des dévots dupés par leur sincérité et des dévots volontairement tartuffiques. Du coup, la connaissance rationnelle du degré de tartuffisme du demi-cerveau du simianthrope kouchnérien se révèle la clé anthropologique de la politique internationale, c'est-à-dire des démocraties oniriques en général.

C'est ainsi que le Ministre des affaires étrangères de la France ne saurait ignorer que la question soulevée par l'Iran n'est pas celle qu'une arme thermonucléaire évidemment inutilisable dans l'ordre temporel, donc para religieuse par nature, est censée poser au monde réel, mais seulement celle qu'adresse à la géopolitique actuelle, donc demeurée cérébralement infirme, la possibilité stratégique, pour de grands Etats, de déclencher aussi sciemment que le dieu biblique une terreur irrationnelle dans l'opinion internationale, et cela à seule fin de permettre à l'empire américain d'étendre son influence au Moyen Orient. Quand l'Amérique se regarde dans le miroir de son Dieu, elle découvre que l'idole s'est mise à l'école du messianisme démocratique des Tartuffe du XXIe siècle. Quelle est la nature des idéalités conquérantes qui servent de saint miroir au docteur angélique de la politique M. Kouchner assure à la " démocratie " évangélique un accès au pétrole de la Perse. C'est pourquoi, par un lapsus révélateur de sa piété - mais qui connaît encore un certain Sigmund Freud - M. Kouchner a dit que " la pire des solutions était la paix ". Tartuffe est devenu le personnage central de l'histoire du monde et le Ministre des affaires étrangères de la France est son prophète.

Vous devrez donc apprendre à observer les bénéfices collatéraux que le simianthrope tartuffique retire des problématiques dévotes dont il se fait une forteresse cérébrale ; et il vous appartiendra de radiographier le cerveau qui sert de bastion théologique à une Europe en tenue de valet et ligotée à sa servitude religieuse sur le même modèle moliéresque que l'Eglise d'autrefois habitait l'astronomie de Ptolémée. Le discours politique de l'Occident tartuffique n'est-il pas demeuré ptolémaïque, en ce qu'il entend ignorer que le Vieux Continent porte la livrée de l'Amérique et que les gigantesques bases militaires que le Nouveau Monde a installées à demeure sur ses terres enfantent la cécité de la servitude volontaire dont vous secouerez le joug

Mais pour cela, vous remarquerez que les huit puissances nucléaires actuelles sont de gigantesques Tartuffes dans la maison d'Orgon et qu'elles n'ont respecté ni les clauses du pacte qu'elles ont solennellement signé et qui leur enjoignent de démanteler leur propre arsenal nucléaire parallèlement à celui de l'Iran, ni leur engagement de ne pas étendre la pieuvre de l'OTAN aux pays de l'Est. Du coup, comment ne verriez-vous pas que les Tartuffe mondiaux de l'atome répondent à un modèle entièrement nouveau du tartuffisme politique en ce qu'ils sont bien convaincus de ce que le dieu Liberté n'est pas logé dans le cosmos et de ce que la justice n'habite pas le vide de l'immensité, alors que tous les psychanalystes et les anthropologues du sacré savent que les faux dévots de Molière croyaient encore en l'existence objective d'un Dieu installé dans l'éternité et se repentaient par instants de lui préférer les appas d'Elvire. Comment deviendriez-vous les esprits politiques que votre époque attend si vous ne citiez le dieu mort à comparaître à la barre de votre tribunal de l'éthique et de la justice Car si vous l'avez tué, c'est que vous avez pris barre sur lui ; et un Dieu qu'on voit grimacer dans le miroir de sa créature n'est jamais qu'une idole. Ne l'avez-vous pas tué en raison de la sauvagerie, de la cruauté et de la sottise de sa problématique de l'hypocrisie politique Quel dieu êtes-vous donc à vous-mêmes, vous qui aurez appris à tuer les faux dieux Ne donnez pas à Jahvé, à Allah et au Dieu de la Croix un avenir de Tartuffes des nues - ils ont rendez-vous avec l'avenir de votre sainte intelligence - celle du regard de votre vrai ciel sur l'humanité ; ne laissez pas M. Sarkozy et M. Kouchner faire de la France le Tartuffe de la démocratie mondiale sous la tutelle d'un souverain étranger.

11 - L'insularité humaine

Voyez avec quelle rapidité l'opinion française et européenne se réveille, voyez la célérité que mettent les peuples sur les cinq continents à prendre la relève de leur classe dirigeante de valets, voyez le front uni que votre jeunesse présente d'ores et déjà face à l'irresponsabilité, à l'ignorance, à la corruption, à la légèreté, à la trahison de vos fausses élites.

Souvenez-vous de la Bérésina qui a englouti la grande armée des aveugles et des fous. Le gigantesque réseau d'Internet est devenu votre éducateur. Voici quelques semences que je puise dans ce grenier à blé de votre planète de la connaissance : " Il faut se préparer au pire ", lâche Kouchner, l'air d'un homme qui en sait plus long qu'il ne veut bien le dire. Nicolas Beytoux: " Et c'est quoi le pire " Bernard Kouchner, l'air de s'adresser à un débile : " Mais le pire, c'est la guerre, Monsieur! " Nicolas Beytoux, sec : " Oui, et on se prépare comment " Bernard Kouchner, avec un petit rire supérieur : "D'abord en préparant des plans qui sont l'apanage des états-majors (...) et en proposant que des sanctions plus efficaces soient éventuellement mises au point." (Bernard Langlois, Politis, 20 septembre 2007)

La seconde révolution de 1789, celle des peuples devenus pensants à l'échelle du monde progresse à pas de géant. Soyez-en les acteurs. Mais pour cela, il vous faudra devenir les théologiens de vos idoles, tellement vous leur avez servi de modèles. Croyez-vous que le vrai Jahvé soit le génocidaire du Déluge Croyez-vous que le vrai crucifié soit le fournisseur des marmites du Diable Croyez-vous que le vrai Allah encapuchonne les têtes, coupe la main des voleurs et lapide les femmes adultères Votre avenir politique passe par votre avenir isaïaque. Vous avez de la chance: vous appartenez à la première génération politique condamnée à accoucher d'un vrai Dieu. Qui est le Dieu au-delà des idoles qui vous attend

27 septembre 2007
perso.orange.fr