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Iv - Quel est le contenu de souveraineté du peuple français ?

1 - L'éthique de l'histoire du monde et la Constitution française

Vous commencez de grogner et de grommeler à tous les coins de rue. Votre prochaine sortie du sommeil s'annonce moqueuse et condescendante. Décidément, il n'est pas à l'école des Gavroche de la Liberté, le peuple de Descartes et de Pascal. Je vois que vous avez d'ores et déjà commencé de porter sur le cerveau du chef de l'Etat un regard de connaisseurs de votre ciel. Le "Connais-toi" du vingt et unième siècle vous attend.

Vous vous dites qu'on ne gouverne pas la France sans se livrer corps et âme au combat que la nation du cogito est appelée à livrer dans l'arène des évidences politiques du siècle. Que signifie aujourd'hui le : "Je pense, donc je suis" Autrement dit, que faut-il penser pour exister dès lors que tout chef d'Etat de la vieille Europe qui ne se frotterait pas les yeux au spectacle de l'occupation militaire de l'Europe serait si peu à l'échelle des attentes de son siècle qu'il ressemblerait aux derniers empereurs romains, qui croyaient gérer l'univers à jeter du pain au peuple et de la viande aux fauves. Il vous faudra vous demander, de surcroît, si un Président de la République française régulièrement élu par le peuple de 1789 pourrait, sans violer en cachette la loi fondamentale de son pays, se dérober à la vocation naturelle de la France de délivrer l'Europe du joug de l'étranger.

Vous savez que la Constitution française a promulgué depuis peu que le Président de la République sera destitué par le pouvoir souverain attaché à la volonté populaire dans le cas où il se montrerait " manifestement inapte " à exercer non point ses pouvoirs, mais ses devoirs. Qu'a voulu signifier le législateur, sinon qu'une responsabilité nouvelle vous est confiée, celle de conquérir la maturité politique nécessaire aux retrouvailles de la France et de l'Europe avec leur souveraineté perdue Vous aurez donc à peser en juristes la notion nouvelle "d'inaptitude manifeste" qui, pour l'instant, demeure une novation en droit international public et qui a donc besoin de se trouver précisée à la lumière d'une réflexion approfondie sur la politique et sur l'histoire. Est-il "manifeste" que la France doive se montrer fidèle à son destin, hier de libératrice de l'Europe des rois, aujourd'hui d'une Europe vassalisée par une démocratie déguisée en idéocratie messianisée Qu'en est-il d'un empire cuirassé par une forme nouvelle du sacré et dont le glaive se proclame au service de la "liberté" Voyons comment il appartiendra à votre souveraineté désormais définie par l'art. 67 de la Constitution française modifiée le 23 février 2007 de maintenir en fonction ou de destituer votre Président par le truchement d'une Assemblée nationale que vous serez parvenus à rendre consciente de l'enjeu de définir la souveraineté de la France et de l'Europe.

2 - La France des juristes de la liberté

Aucune démocratie n'avait osé jusqu'à ce jour soulever le problème de droit constitutionnel que votre génération aura à trancher et qui pourrait s'exprimer sous la forme suivante : " A quel moment la Constitution d'une démocratie rencontre-t-elle la politique internationale au plus haut niveau des responsabilités qui définissent un Etat souverain A quel moment la loi fondamentale d'un Etat de droit doit-elle exercer le devoir de montrer son chemin non seulement à une nation entière, mais à une civilisation mise en péril par la démission de sa classe dirigeante face aux entreprises d'un empire étranger A quel moment le Président de la République française sera-t-il déclaré manifestement inapte à conduire le pays sur le chemin que lui dicte la lettre et l'esprit des Etats définis comme tels depuis Périclès, c'est-à-dire depuis qu'il existe des nations légitimées par la souveraineté suprême du peuple"

Car un continent entier se trouve placé devant la menace d'extinction de la légalité des Etats qui le composent s'ils doivent être déclarés illégitimes, donc inexistants en droit international dès lors que l'occupation perpétuelle de leur territoire au bénéfice des armées d'un empire étranger ne se justifie par aucune menace militaire. Il résulte de cette interprétation du statut des Etats que la définition de l'existence politique des nations se trouve indissolublement liée à la sauvegarde de leur libre disposition d'elles-mêmes.

3 - L'interprétation cartésienne de la souveraineté

La Constitution française d'aujourd'hui se contente donc de rappeler la nature des vrais gouvernements. La loi fondamentale prend seulement acte de que le Président de la République en exercice, donc de fait, ne se trouve pas promu au rang de Président en droit sur la scène internationale pour avoir été élu dans les formes par le peuple, parce que le sens juridique de l'adjectif "inapte" signifie que son élection pourra être déclarée nulle et non avenue s'il était constaté qu'elle n'a répondu ni à la nature, ni à la définition de tout véritable Etat. C'est cette interprétation cartésienne, donc hautement logicienne de la notion de souveraineté que le Général de Gaulle a fait valoir contre le gouvernement de Vichy et qu'il a exprimée à nouveau dans les termes par lesquels il a demandé à l'occupant américain, et cela en pleine guerre froide, de retirer ses troupes du territoire national: "Il s'agit de rétablir une situation normale de souveraineté." Cela signifie que le Général de Gaulle a refusé de considérer que la France aurait été légitimement représentée et incarnée par le gouvernement de fait de Vichy, et cela bien que l'Assemblée nationale eût remis "régulièrement" l'Etat entre les mains du Maréchal Pétain. Aujourd'hui, cette "régularité" serait attaquable parce que l'art. 67 de la Constitution est transjuridique par définition, du seul fait qu'il subordonne tout le juridique à une définition de la souveraineté transcendante au temporel.

Du coup, les vrais chefs d'Etat de l'Europe sont appelés à se moquer des matamores habiles à revêtir les habits de lumière d'une fausse souveraineté. Vous saurez que les courages contrefaits ont leurs lécheurs et que les vaillances bien cirées ne font briller qu'une éloquence de théâtre. Face à l'occupation américaine de l'Europe, vous aurez à distinguer la bravade de la bravoure, les fleurettistes expérimentés des bretteurs de foire, les sabreurs de la politique des Richelieu et des Mazarin. Le premier pas d'une science de la pesée du cerveau des chefs d'Etat vous enseignera à reconnaître l'autorité des législateurs de l'esprit qui tournent le dos aux flibustiers ou aux pirates du suffrage universel.

4 - L'Iran et la France

Mais alors, quelles seront les capacités intellectuelles qui mettront un chef d'Etat à la hauteur du contenu réel de la notion de souveraineté propre aux Etats modernes Si la réflexion politique sur la nature réelle de l'arme thermonucléaire exige une connaissance anthropologique approfondie de l'espèce humaine et de son encéphale schizoïde et si, par conséquent, la réflexion sur les relations que la logique entretient avec la politique conduit à une pesée de l'intelligence et de l'éthique des chefs d'Etat des démocraties, l'art. 67 de la Constitution française exige une interprétation philosophique de sa portée juridique.

La Constitution modifiée le 23 février 2007 et la défense de la souveraineté nationale, 14 mars 2007

Car enfin, reconnaître que si l'Iran ne se soumettait pas aux exigences des huit puissances actuellement détentrices de l'arme nucléaire, il serait bombardé, c'est refuser au cogito, ergo sum du monde moderne de féconder la logique interne de la question posée, qui est de savoir si l'interdiction dont serait frappée cette théologie d'une apocalypse onirique par nature pourra arrêter à jamais le cours naturel de l'histoire, laquelle conduira fatalement d'autres Etats à rejoindre le club des octocéphales sacrés dont l'omnipotence n'est pas biblique, que je sache. La question de savoir si le chef de l'Etat dispose d'un télescope ou d'un microscope sur la scène internationale est donc indispensable à la pesée du contenu cérébral de l'adjectif "inacceptable" dont il a usé afin d'opposer un veto de type vaticanesque au droit du peuple iranien de disposer de la même arme que deux de ses voisins, le Pakistan et Israël. Vous aurez à connaître les composantes inconsciemment théologiques de ce non possumus laïc et à vous demander si le cerveau d'un chef d'Etat d'aujourd'hui peut réintroduire ce mode de pensée dans la politique internationale ou s'il doit connaître les ficelles du sacré démocratique. Il appartiendra au peuple souverain de dire s'il juge manifestement déficient le cogito d'un Président de la République dont la logique et l'éthique ne seront pas suffisamment cartésiens pour poser la question de la cohérence interne de la politique mondiale de la France. Car si un certain Discours de la méthode déclare, depuis 1636, qu'il faut penser pour exister, le chef de l'Etat devra se présenter en souverain du cogito actuel de l'humanité.

5 - La balance à peser le cerveau de l'Etat

Sur quelle balance extraordinaire pèserez-vous la raison du monde d'aujourd'hui Sur celle dont le fléau indiquera des poids en fonction des distances. Le poids le plus léger sera celui d'une intelligence qui ne portera que sur l'immédiat et dont la logique et l'éthique circonscriront un étroit territoire. Dans ce cas, l'adjectif "inacceptable" renvoie à un œil inapte à réfléchir sur sa rétine la seconde distance à laquelle un cerveau moyen est capable d'accéder, celle que représente M. Jacques Chirac, par exemple, qui va jusqu'à déclarer que l'arme atomique iranienne serait pulvérisée quelques secondes après son lancement et que le vrai danger est seulement celui de la prolifération d'une arme "inacceptable" entre d'autres mains que celles de huit grands sages, dont les USA. Cette balance ne permet ni de se demander pourquoi l'Iran enverrait une bombe mythologique, donc non militaire, sur un Etat armé, lui aussi, des foudres de l'apocalypse, donc non opérationnel sur un champ de bataille réel, ni de quelles possibilités les huit têtes du dieu actuel de l'atome disposent pour interdire la contagion d'une foudre mythologique. La troisième distance permet au fléau de la balance d'observer l'encéphale actuel de l'humanité, qui ignore encore que l'arme thermonucléaire n'est pas stratégique, mais théologique, parce que calquée sur le dieu du Déluge et qu'à ce titre, elle est liée au prestige des grands Etats, donc dissuasive à ce titre. La quatrième distance s'interroge sur la nature des prestiges politiques de type onirique.

Quel poids politique Rome perdrait-elle aujourd'hui à renoncer à la dissuasion mythologique qui lui est propre, celle de la damnation éternelle Ici, la balance à peser l'intelligence de l'humanité à l'école des diverses portées de son regard demande d'importants perfectionnements. Car, d'un côté, si la foudre infernale est encore réellement dissuasive dans le cerveau simiohumain d'aujourd'hui, la foudre atomique demeurera crédible encore longtemps. Du coup, le Japon, l'Allemagne, l'Inde et demain le Brésil, voudront se la fabriquer. Mais d'un autre côté, nous ne savons pas encore si les progrès de la pensée rationnelle mondiale permettront d'accélérer l'apprentissage cérébral des chefs d'Etat actuels au point que la longévité mythologique de l'enfer thermonucléaire serait fort brève.

Vous voyez où vous conduit la pesée du cerveau du Président de la République sur la balance dont le fléau indique les distances où l'intelligence place l'adjectif "inacceptable".

6 - La politique des Etats et la transcendance du droit international

Je cesserais donc de vous entretenir de la politique au sens cérébral du terme, donc du contenu éthique et logique du : "Je pense donc je suis " à l'âge atomique et je renoncerais à tenter de peser sur la balance de la pensée le cerveau des chefs d'Etat modernes si je ne soumettais quelques réflexions supplémentaires à l'attention de votre intelligence. Car votre génération sera celle des régénérateurs d'un Continent vassalisé. Comment me contenterais-je de brandir sous vos yeux l'étendard des fanfaronnades, des jactances et des gesticulations d'un Président de la République qui se révèlerait étranger à une histoire qui a pris rendez-vous avec l'idole du Déluge, mais qui l'a rendue imaginaire à titre définitif pour avoir remis l'apocalypse biblique entre les mains de plusieurs Etats

Vous aurez donc à définir la transcendance transjuridique de la souveraineté de la France à l'heure où son cogito a rendez-vous avec le cerveau de demain de l'humanité. J'attire votre attention sur la portée philosophique profonde d'une définition de la conscience d'eux-mêmes des Etats fondée sur une éthique de la liberté dès lors que celle-ci est reconnue pour transcendante au temporel; car une telle définition de la souveraineté de la raison signifie rien moins que le débarquement de l'intelligence de demain dans l'histoire d'aujourd'hui. Tout le droit écrit, y compris le droit constitutionnel, s'en trouve réduit à un rang subalterne et dûment disqualifié par le cogito de demain au sein de la polititologie contemporaine.

Mais si l'approfondissement de la réflexion des Etats actuels sur les fondements éthiques et rationnels de la liberté conduit l'anthropologie, tant politique que philosophique, à retrouver le " spirituel " au plus profond de la conscience logique et si le royaume de l'intelligence se substitue à celui des théologies d'autrefois pour définir un droit et une justice intériorisés au point de surplomber ce que promulguera la loi seulement écrite, l'Europe retrouvera les fondements derniers de son génie politique et philosophique, non point dans le christianisme platement pastoral des Eglises, mais dans Sophocle qui, le premier, a pesé les vivants et les morts sur la balance des "lois non écrites".

13 septembre 2007
perso.orange.fr