18/09/2007 12 min #11062

Manifeste pour une alternative

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Même la grande crise économique du début des années trente, crise pourtant structurelle d’un capitalisme en pleine expansion, n’apporta aucun discrédit significatif à un système qui n’hésita pourtant pas à jeter dans la misère et le désespoir des millions de salariés. Le système réussi même à rationaliser son échec et à le dépasser en imaginant des politiques économiques interventionnistes (politiques économiques keynésiennes) qui transformèrent le trouble du monde des salariés en une adhésion démobilisatrice.

dimanche 16 septembre 2007 par Patrick Mignard

En effet, l’intervention de l’Etat qui ressemblait étrangement au modèle soviétique (intervention structurelle de l’Etat, planification,…), sans pour cela atteindre son degré d’implication, conforta le mouvement ouvrier dans une stratégie de participation au pouvoir de l’Etat dans la perspective de sa « libération

Le système marchand sauva définitivement ses meubles par l’instauration de régimes fascistes dans les pays où la crise sociale pouvait mettre à mal la domination du Capital, montrant, s’il en était besoin, qu’il ne reculait devant rien pour assurer son hégémonie.

Le deuxième grand conflit du 20e siècle, dont le lien avec les conséquences de la crise des années 1930 est évident, n’a pas lui non plus mis un terme à la domination du Capital, bien au contraire,… démontrant en cela, contrairement à toutes les prévisions des visionnaires révolutionnaires, que la guerre ne constituait pas forcément un moment propice au renversement du système marchand.

Les intérêts économiques et politiques des alliés occidentaux et d’une URSS en plein délire totalitaire, soudèrent un front face à la politique absurde et hégémonique des puissances de l’Axe. La victoire de la coalition jeta les bases d’un monde bipolaire dans lequel les intérêts des uns et des autres furent scrupuleusement respectés au détriment des intérêts des autres peuples qu’ils dominaient et exploitaient sans vergogne. Ainsi naquit la « guerre froide » véritable stratégie médiatico politique de « poker menteur ». Au cours de celle-ci les « deux blocs », usèrent et abusèrent de la désinformation, des fausses statistiques militaires et économiques, de la course ruineuse aux armements, de la manipulation des états vassaux pour finalement aboutir à la situation chaotique que nous connaissons aujourd’hui.

La décolonisation à partir des années 1950 a ouvert une nouvelle page dans l’histoire du système marchand. Les empires sont tombés les uns après les autres. L’émancipation des pays coloniaux qui s’est soldée le plus souvent par des drames humains et politiques, a jeté l’opprobre sur les anciennes puissances coloniales sans pour cela affecter le moins du monde leur développement. C’est d’ailleurs l’époque où les pays industriellement développés vivaient une période faste qui a donné dans les années 60 la « société de consommation ». C’est une période où, malgré un discours contestataire, la collaboration de classes battait son plein, où les communistes servaient fidèlement les intérêts de l’URSS et de ses satellites, où l’Etat providence assurait aide et protection, où la relance économique faisait gonfler les dividendes, les salaires, le panier de la ménagère et les statistiques de l’emploi – les Trente Glorieuses.

Dans le cadre d’une « guerre des blocs » la décolonisation a donnait cependant un spectacle surprenant.

Soutenus pour des raisons diplomatiques et stratégiques par les pays dit « socialistes », nombre de pays en voie de décolonisation, sous l’impulsion de jeunes dirigeants qui avaient appris la contestation et le « socialisme » dans les universités occidentales et « soviétiques » ont opté pour la « voie socialiste », entamant ainsi une transformation de leur société, parfois tribale, panachée de structures coloniales, vers un modèle artificiel et intégralement importé. Ils étaient « conseillés » en cela par des « pays frères » du bloc « socialiste » plus soucieux de leurs intérêts économiques, diplomatiques et politiques que des valeurs et principes qu’ils avançaient dans leurs promesses, et

soutenus par une partie du monde ouvrier et intellectuel des puissances coloniales qui croyait voir, dans ces nouveaux pays, se réaliser ce qu’ils désespéraient de voir se réaliser chez eux.

Toutes ces expériences, qui ont agité les générations d’après guerre d’espoirs illusoires, et qui avaient pour mot d’ordre l’ « anti impérialisme » et l’« anti capitalisme » ont sombré et/ou sombrent dans le ridicule, le chaos et le drame… pour finalement rejoindre le contexte marchand international dominé par le Capital… et grossir la cohorte des pays les plus pauvres de la planète, pour les uns, le peloton de tête des « champions » de la mondialisation marchande pour quelques autres…

L’effondrement, dans les dix dernières années du 20e siècle du système soviétique et son remplacement par un capitalisme sauvage, marque le sommet de la faillite de toute la stratégie des penseurs et stratèges « socialistes » depuis plus d’un siècle… Pourtant, aucune révision fondamentale de la stratégie de transformation de la société n’a été entreprise.

Le système marchand est sorti, du moins idéologiquement, comme le grand vainqueur de cet effondrement. La pensée critique à l’égard de celui-ci s’en est trouvée grandement affaiblie puisque l’essentiel de celle-ci était fondée, depuis des décennies, avec plus ou moins de variables, en positif et/ou en négatif, sur le « modèle soviétique » ou ce qui avait servi à l’établir. La social démocratie qui avait, sans ambiguïté, fondé la sienne sur la collaboration avec le Capital s’est encore plus enfoncée dans celle-ci au point de faire cause commune avec les gestionnaires du système dominant et de devenir une partie d’entre eux.

Le 21e siècle voit donc, après prés de deux cents ans de luttes anti capitalistes, un monde où domine sans partage la marchandise, où toutes, sans exception, les expériences de renversement du système marchand ont échoué et où le capitalisme s’est installé partout, y compris dans les bastions apparemment les plus inexpugnables du « socialisme réalisé ».

Le système marchand a cependant réalisé une prédiction des penseurs du 19e siècle : il a développé de manière illimité les forces productives mais… sans pour cela faciliter pour ses opposants le passage à un autre système. Par contre, ce développement a entraîné un véritable pillage des ressources naturelles, une atteinte, peut-être irrémédiable, à l’équilibre naturel de la planète par la généralisation des pollutions, la destruction des écosystèmes et de la biodiversité… la création de substances d’une nocivité extrême répandues abondamment et sans précaution dans le milieu naturel, la création à des fins mercantiles par manipulations génétiques d’organismes vivants artificiels susceptibles de contaminer l’ensemble des espèces de l’écosystème.

Pour la première fois dans l’Histoire de l’Humanité, un mode de production met en péril la vie sur l’ensemble de la planète.

Le système marchand a développé par contre une autre particularité aux conséquences sociales incalculables – l’extrême développement des forces productives corrélative à une économie toujours plus importante de force de travail l’a paradoxalement incité à développer une financiarisation sans limite et qui peut se résumer par : l’accroissement toujours plus important de plus-value n’a pas incité à l’investir prioritairement dans une accumulation de capital productif. Ceci a eu pour conséquence un démantèlement des structures de production dans de multiples zones de production, une fragilisation et précarisation de vastes secteurs de population, un accroissement gigantesque des revenus du Capital sous la forme de dividendes et revenus d’obligations, un accroissement de la spéculation financière et une aggravation des inégalités.

Une telle logique, expression la plus élaborée du rapport marchand, montre le mépris total qu’a ce système pour la question sociale, c’est-à-dire les conditions d’existence de l’être humain.

Il est à noter que les anciens « pays socialistes » (Russie et satellites) et mêmes ceux qui le demeurent encore officiellement (Chine), ont participé, et participent activement, à ce processus, avec leurs dirigeants « communistes » à leur tête… ce qui en dit long sur la conception politique qui leur a donné naissance et le sérieux et l’honnêteté politique de tels personnages. Ceci en dit long aussi sur la pertinence de la « pensée politique » des organisations, dans les pays occidentaux, qui se sont aveuglément et religieusement, porté caution de ces régimes auprès de leurs peuples.

L’Etat moderne, présenté dans le cadre du système marchand comme l’expression la plus achevée de la volonté du peuple et de la défense de l’intérêt général n’a pas honoré, loin s’en faut, ses « promesses de baptême ». Il a su préserver les intérêts du Capital dans sa phase de développement initiale, n’hésitant pas à faire verser des fleuves de sang aux salariés et à toutes celles et ceux qu’il dominait, lorsque ses intérêts vitaux, du fait de la concurrence inter capitaliste et des conflits d’intérêts stratégiques et diplomatiques, l’exigeaient. Il a su, pour sauver le système dont il est le garant, mettre en place des politiques interventionnistes qui donnaient l’illusion d’une gestion égalitaire et démocratique de celui-ci, pour reprendre, par la suite, tout ce qu’il avait concédé. Maniant habile la carotte et le bâton, devenant, sans état d’âme, état providence et état gendarme, il a trompé la plupart des opposants au système au point d’en faire des « loups aux dents de lait », voire carrément des complices et alliés.

Ainsi, la neutralité économique et politique de l’Etat moderne n’a été qu’une extraordinaire mystification faisant du salarié un être formellement libre sur le plan politique, le citoyen, mais le soumettant totalement aux exigences du capital par l’intermédiaire du marché de sa force de travail. La marchandisation des services publics et de manière générale de toutes les activités humaines montre, s’il en était besoin, le caractère mensonger du discours sur sa « neutralité » politique.

L’Etat montre aujourd’hui sa vraie nature, celui de garde-chiourme du Capital.

Le règne de la marchandise triomphante c’est aujourd’hui :

un monde ouvert où le capital circule sans entrave en exigeant une rentabilité à court terme et demeurant totalement étranger aux conséquences sociales et écologiques de ce mode de fonctionnement ;

une nouvelle division du travail qui a vidé la « classe ouvrière », des vieux pays industriels, de tout son potentiel stratégique, qu’elle n’a d’ailleurs jamais utilisé, et qui remet en question tous ses acquis ;

une modification sociologique des anciens pays développés industriels qui ont perdu une grande partie de ce qui constituait la classe ouvrière industrielle qui devait être la classe « fossoyeuse du système » ;

une généralisation du salariat, même dans les catégories sociales qui y avaient en grande partie échappé : commerce, santé, professions libérales, agriculture, banque, et même social ;

un citoyen formellement libre mais politiquement soumis à un système électoral orienté et manipulé par les puissances du Capital et dont les conditions de vie, liées à sa place dans l’appareil de production, dépendent entièrement des exigences de la valorisation de celui là ;

des anciens pays coloniaux qui sont devenus les « pays ateliers » pour la valorisation du capital international, fournissant une main d’oeuvre à bon marché ;

une valorisation du capital, privilégiant de plus en plus le court terme qui, non seulement, se fonde sur la production de biens et des services, mais aussi et surtout, sur une pure spéculation financière, spéculation a laquelle est associé de plus en plus des salariés (des pays riches) au travers des fonds de pensions, généralisant et aggravant les conditions sociales et d’intégration du plus grand nombre ;

une organisation internationale du Capital représentée par des organisations comme le Fond Monétaire International, la Banque Mondiale et l’Organisation Mondiale du Commerce, auxquelles les Etat ont abandonné tout ou partie de leurs prérogatives économiques, qui assure une fluidité maximum des capitaux et une marchandisation généralisée de toutes les activités et productions humaines ;

une standardisation de la production détruisant toute singularité, soumettant l’activité productrice à une stricte rentabilité et aux exigences d’un marché complètement manipulé par la publicité… générant une production pour laquelle la qualité a été volontairement sacrifiée sur l’autel du profit ;

un pillage illimité des ressources naturelles à des fins mercantiles alimentant une croissance économique volontairement incontrôlée, qui constitue le principe fondamental du fonctionnement du système marchand ;

une destruction de l’environnement par l’émission de pollutions de toutes sortes, résidus du fonctionnement illimité et chaotique du système.

Ce système en perpétuelle expansion, apparemment en pleine possession de sa puissance, qui est persuadé, et essaye de persuader, qu’il a éliminé toute opposition sérieuse, n’en demeure pas moins miné par deux contradictions qu’il est incapable de dépasser :

il peut de moins en moins aujourd’hui assurer la stabilité d’un lien social – le salariat -qui se délite. Il a de moins en moins les moyens, et la volonté, de négocier avec celles et ceux qui en sont les victimes et a recours, et va avoir recours, de plus en plus à une violence institutionnelle pour assurer sa pérennité ;

il est incapable, de part les principes même qui l’animent, de contrôler le pillage des richesses naturelles et la dégradation de l’environnement.

Ces deux contradictions, de plus en plus évidentes, font que le système marchand est entrain d’entrer, comme tous les système dans l’Histoire avant lui, en décadence. Il s’agit désormais d’assurer une transition vers une alternative.

(À suivre...)

altermonde-sans-frontiere.com

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