18/09/2007 12 min #11060

Manifeste pour une alternative

::export from newsnet in analyses by newsnet date: 18/09/07
Le débat sur les structures alternatives commence à s'étoffer. Patrick Mignard vient de publier un article très important à ce sujet, article où il pose très justement des limites, où il apporte des précisions essentielles, et lance des orientations précieuses pour notre réflexion commune.

mardi 25 janvier 2005

Une apparence de faiblesse

Le hasard faisant quelquefois bien les choses, je suis tombé ce matin sur un article du journal Le Temps.ch. Le journaliste se félicitait du fait que, nous les altermondialistes, nous ne parvenions pas à mobiliser les foules contre le forum des « maîtres du monde » de Davos, ce rendez-vous des inutiles et nuisibles accapareurs des biens communs mondiaux. La manifestation n'a rassemblé, selon la police suisse, qu'environ 2 500 personnes. Bien entendu, le journaliste en question en a profité pour remettre en lumière la prétendue violence des militants altermondialistes tout comme notre incapacité, toujours selon lui, à proposer des remèdes au libéralisme sauvage.

Patrick Mignard, lui-même, reconnaît que ce manque de propositions est l'un de nos points faibles. Mais il faut dire que nous devons tout reconstruire, le libéralisme ayant tout ravagé pour se l'accaparer. Rares sont les domaines de la vie qui ont été épargnés par la voracité des possédants, par la rapacité des marchands, de tous ces idéologues d'un gaspillage mortel pour notre terre mais si rentable pour eux. Par ailleurs, il ne peut être question de revenir sur les solutions du passé, contrairement aux libéraux qui, eux, reviennent aux solutions prisées par leurs ancêtres du XIXe siècle en tentant de nous faire croire qu'il s'agit de règles novatrices.

En dépit de l'urgence que nous impose une situation mondiale déjà fortement compromise, notamment au niveau écologique, au niveau des ressources naturelles, mais encore par rapport à la pauvreté qui s'accroît partout et très rapidement, je partage totalement l'avis de Patrick lorsqu'il dit que « tout n'est pas possible tout de suite ! » C'est une évidence, l'une de ces évidences que les néolibéraux veulent faire passer à la trappe puisque leur slogan à eux, c'est « Tout, tout de suite ! »

De même, Patrick nous met en garde contre des structures que nous considérerions comme « idéales » ou « parfaites », tout comme contre les « structures fermées ». De fait, si nous affirmions que nos structures sont parfaites et idéales, nous tomberions dans la même stupidité que les néolibéraux qui considèrent, eux, que leur idéologie est indépassable, plus que parfaite en somme... Et si nous bâtissions des structures fermées, les dérives du type sectaire ne seraient pas loin...

Les raisons d'un optimise mesuré

Pour revenir sur la joie évidente du journaliste suisse, je dois reconnaître, qu'en apparence, nous aurions de quoi être totalement découragés lorsque nous regardons le nombre de partisans du changement de société, un changement pourtant urgent et nécessaire. Mais, quitte à passer pour un doux rêveur, je ne suis pas pessimiste. En effet, la prise de conscience de la nocivité du système libéral touche désormais tous les pays, même le paradis du libéralisme, les USA. Nous sommes tout de même des millions à ressentir qu'il faut changer, que nous ne pouvons pas suivre la folie des idéologues libéraux, les dérives des marchands et de leur système. Ce n'est pas rien ! Aucun mouvement, au cours de l'histoire, à ma connaissance du moins, n'a trouvé autant de partisans convaincus et engagés à divers titres dans le mouvement, en si peu de temps (à peine une dizaine d'années), aucun mouvement n'a trouvé autant d'humains prêts à changer leurs habitudes (et qui pour beaucoup on déjà commencé ce changement) en même temps que leurs pensées, dans un temps si minime. Ce qui signifie que nous sommes nombreux à être prêts à nous engager concrètement, selon nos possibilités personnelles, dans les structures alternatives décrites ou souhaitées par Patrick Mignard et Jean Ruhlmann.

L'autre raison de mon optimisme, c'est que ce ne furent jamais, au cours de l'histoire humaine, les foules qui firent les changements. Que celles-ci ne soient pas déjà au rendez-vous altermondialiste aujourd'hui, ne pose donc aucun problème, c'est dans l'ordre des choses. Par définition, la foule n'a pas d'opinion propre ; son opinion, lorsqu'elle en a une, lorsqu'elle ne cherche pas cette opinion dans les sondages, ce sont les meneurs qui la lui donnent et elle se contente de l'appuyer.

On pourrait ressentir cette dernière remarque comme le produit d'un esprit qui se croirait supérieur, élitiste. Eh bien non, voilà une notion dont je me fiche éperdument. Elle n'a pas plus de valeur à mes yeux que le statut donné par la fortune ou par un titre. Tout cela n'est que vent. Je crois que la vie est profondément diversité. Certains individus, ici c'est le cas de plusieurs millions d'entre nous, ressentent avant les autres, certains dangers. Pourquoi ? Certainement pas en raison d'une supposée supériorité. C'est sans doute le fruit des expériences personnelles et de l'attention qu'on y porte ; c'est sans doute encore la capacité à résister à des événements destructeurs et de garder de ce fait un esprit ouvert sur le monde au lieu de se renfermer dans la haine toujours stérile et nuisible ou dans un découragement autodestructeur. Je devais préciser cela, mais c'est un autre débat.

Si le fait d'être plusieurs millions répartis sur toute la surface de la terre n'est pas une garantie de réaliser nos objectifs à coup sûr, c'est tout de même encourageant. Les rires du journaliste, du coup, passent pour ce qu'ils sont, des rires jaunes chargés de dépit et d'inquiétude.

Des structures qui existent et des pistes

Au travers des diverses expériences que nous connaissons chacun, à titre personnel, pour peu que nous y fassions attention et que nous soyons capables de les transformer en occasions de réflexions sérieuses, nous ressentons le besoin de changer les idéologies dominantes, ces règles imposées qui nous révulsent. Comme la prise de conscience se fait dans tous les milieux, c'est toute la diversité des éléments qui régit notre vie, qui est concernée.

Le travail : tout est à inventer

Ainsi, pour ma part, parce que comme tant d'autres, j'ai perdu mon travail et n'en ai jamais retrouvé (je parle d'un travail et d'un contrat dignes de ce nom), je n'ai pu que me poser la question du travail. Et notamment, sur quoi repose la nécessité d'un travail salarié ? Plus précisément, j'en suis venu à me demander pour quelle raison sérieuse nous acceptons de dépendre d'un « patron ». Sans doute par confort, par habitude, et parce que dans l'état actuel aucune réflexion de fond pour trouver un autre système ne semble avoir été lancée. Mais il est évident que si nous voulons pourrir le système marchand de l'intérieur, c'est là une piste importante.

Le salariat, de plus en plus, est la grande source de profit des marchands, c'est-à-dire des profits de certains patrons et de l'ensemble des actionnaires, tant ils détruisent le droit du travail pour refaire de nous des prolétaires dignes du XIXe siècle. L'essentiel de leur enrichissement actuel se fait sur la baisse des salaires, sur la destruction du droit du travail et sur les délocalisations. Dès lors que nous y réfléchissons vraiment, il apparaît que le travail salarié sous contrat avec le patronat tel qu'il veut s'imposer aujourd'hui est un piège qui se referme de plus en plus durement sur nous.

Si nous voulons nous en sortir, il faut donc que nous trouvions d'autres formes de contrat de travail, d'autres liens au travail, d'autres moyens de trouver les ressources nécessaires à notre vie que la dépendance au monde patronal dont le rôle, par définition, ne sera jamais social. Le social est une aberration pour le capital. Il faut tout faire pour que le travail futur permette à tous ceux qui le veulent d'être des créatifs et non pas de simples outils de production.

Et je pense que ce changement majeur du rapport au travail ou la façon dont un métier peut s'exercer peut tout à fait être pris en charge par une structure alternative. Trouver la solution n'est pas facile. Par ailleurs, il serait étonnant qu'il n'y ait qu'une solution ; plusieurs pouvant cohabiter ensemble.

Education : Partir vers l'éducation citoyenne

Nous sommes nombreux, désormais, à ressentir la nocivité de la consommation érigée en absolu pour atteindre l'inaccessible croissance éternelle. Nous sommes nombreux à penser, à dire, à écrire, que si nous cessions de consommer comme des « bœufs », le système marchand s'écroulerait de lui-même, ne trouvant plus de débouchés à ses produits majoritairement inutiles à la vie d'un individu comme d'une famille. Mais lorsque nous tenons ce discours, nous nous rendons compte que nous parlons dans le désert... Il y a donc toute une éducation à faire, ou plutôt à refaire. Trente à quarante ans de matraquage publicitaire en faveur de la société de consommation, ne peuvent s'éradiquer sans un important effort d'éducation citoyenne.

C'est là que peut intervenir une structure alternative qui se met en place actuellement, je pense à l'association Récit (mais elle n'est peut-être pas la seule...)(Voir : Brésil). Ce type structure sera indispensable, non pas pour endoctriner les foules, mais pour leur permettre de se réapproprier l'esprit critique, seul garant de la réalité d'une démocratie, puisque sans esprit critique, les régimes politiques ont les mains libres... Cela produit, entre autres, des réélections comme celle de George Bush aux USA, avec des promesses de guerres prochaines...

Consommation : Des structures qui existent ou se mettent en place

Dans ce domaine de la consommation, il existe déjà, sans structure et sous forme très individuelle, l'alterconsommation. Ces alterconsommateurs font peur aux grands distributeurs et aux agences publicitaires. On les comprend, mais je fais partie des gens qui se réjouissent de ce mouvement, même s'il n'est guère possible, à l'heure actuelle de fédérer ces gens. Rien ne dit, cependant, que dans un avenir proche, ce ne soit pas possible. Mais en tout cas, ce mouvement qui commence à prendre suffisamment d'ampleur pour inquiéter les tenants de la consommation à outrance témoigne d'une réelle prise de conscience des individus qui ne veulent plus suivre stupidement les injonctions de la publicité et les ordres de consommer venant de la tête de l'Etat.

Dans le domaine de l'alimentation, l'une des plus belles structures alternatives, selon moi du moins, s'appelle les AMAP, mais aussi, très proche dans l'esprit, les jardins de Cocagne. Là, il s'agit de bien plus qu'une tentative. C'est en route et ça marche ! Certes, il reste beaucoup de travail pour que chaque ville puisse s'approvisionner à l'une de ces formules. Des militants de plusieurs associations y travaillent. (Voir sur le site ce qui concerne Juste pour rêver ou méditer...). Avec ce système, nous sortons de la logique marchande et nous restons dans les circuits courts qu'il nous faut chercher à généraliser pour réduire les transports absurdes de marchandises que nous connaissons depuis plusieurs décennies. Si nous le voulons, si nous avons conscience de l'importance d'un tel système, nous pouvons y participer là où ils existent où chercher à en construire là où ils ne sont pas encore créés.

Le système des AMAP est notamment intéressant par le fait qu'il permet à des paysans de leur garantir un revenu, aux clients de leur garantir des fruits, des légumes et à certains endroits des produits laitiers ou de la viande de qualité. Il n'y a pas pour ces paysans d'obligation de faire du bio, mais de diminuer progressivement les intrants, donc les produits chimiques.

Culture : En route pour des structures alternatives

Dans le domaine de la culture notamment musicale que les fabricants de CD veulent enfermer dans leur marché trop cher et toujours exclusif, des initiatives de structures alternatives commencent à voir le jour également. Ainsi certains groupes (voir le groupe Godon sur altermonde Interview : Le groupe Godon - Rock, téléchargement et logiciels libres !) au travers des licences « Creative Commons France » se sont lancés dans le téléchargement libre. C'est relativement nouveau, mais participe du même mouvement pour se libérer des lois marchandes néolibérales absurdes et trop souvent criminelles.

De même, pour Internet, il existe le GNU et Linux. C'est hors circuit marchand et ça marche mieux que les produits exclusivement marchands !

Conclusion provisoire

Je pense qu'il existe encore bien d'autres structures qui se mettent en place ou qui existent déjà, en France, mais aussi chez nos voisins et chez nos amis du monde entier, je pense notamment au mouvement créé par Vandana Shiva (Voir : La menace OGM - 5 : Vandana Shiva) en Inde. De ce fait, sans le crier, sans même que cela apparaisse aux yeux des journalistes trop formatés et totalement inféodés au monde marchand, le mouvement altermondialiste et les mouvements proches créent déjà bel et bien ce nouveau monde possible auquel nous aspirons. Mais sans notre participation à tous, certaines de ces initiatives s'éteindront. Alors que si, en masse, nous les soutenons et les renforçons, là, nous luttons efficacement contre le monde marchand qui nous veut du mal.

Nous tenons la victoire au bout de notre résistance, pas de notre indifférence !
Que chacun réfléchisse et participe au débat lancé sur altermonde et endehors.org !

Post Scriptum :Revue à découvrir :

PERMACULTURE, ÉCOVILLAGES, GROUPEMENTS D'ACHATS BIO...

Le n°17 de la revue Passerelle Eco est sorti !

PRATIQUES ET TÉMOIGNAGES, DES ALTERNATIVES ECOLOGIQUES CONCRÈTES

altermonde-sans-frontiere.com

 commentaire