31/05/2006 4 min #1103

De l'insignifiance des débats: l'alibi démocratique

Lorsque l'on exerce son esprit à une lecture critique des médias et que l'on consacre du temps à séparer le fait événementiel de l'orientation consciente ou non qui en est faite dans sa présentation (et donc de tenter un décryptage des motivations sous-jacentes à toute information), il apparaît évident, et c'est assez effrayant, qu'il existe une volonté clairement orientée des instances du nouvel ordre mondial, focalisée sur l'idée du pouvoir et du contrôle des masses, et visant à asphyxier, dénaturer ou discréditer toute réflexion dissidente ou remettant en cause le modèle consumériste et ses avatars idéologiques. Nul besoin de parler de complot, utilisons plutôt le terme de "système" global poltico-économique dominant, refusant toute remise en cause de ses pré-supposés "progressistes" fallacieux, pourtant évidents et régulièrement dénoncés comme tels. La première préoccupation de ce système est de régner sans partage, et en conséquence de noyauter les centres névralgiques de l'information.

La croissante concentration de l'ensemble des médias traditionnels dans les mains d'un groupe restreint d'empires médiatiques -et ou- industriels, impliqués directement et à tous les niveaux dans la production de bien consommables comme de services, nous rend difficilement acceptable leur prétention à nous garantir une information qui ne soit parasitée ou filtrée par ses intérêts particuliers; de même qu'elle nous rend incrédules quant à sa capacité et sa volonté à remettre en cause sur des bases objectives les principes d'une idéologie qui les nourrit si bien, et encore moins de dénoncer les dérives et catastrophes qu'elle provoque.

Dans un tel contexte, la voie est libre pour la désinformation et toutes ses ficelles, afin "d'éduquer" les masses à ne plus réfléchir et à déléguer leur libre arbitre et leur choix de société à des kyrielles d'experts et "d'intellectuels" inféodés à la pensée dominante, de même qu'à fournir les nombreux et indispensables dérivatifs, et autres loisirs consommables, contre espèces trébuchantes, naturellement. Le génie de la chose est de facturer cette aliénation à ceux qui la subissent.

Diviser pour mieux régner est et reste pour cela l'une des techniques les plus efficaces: elle consiste à créer artificiellement des groupes humains et à les opposer, afin de provoquer un maximum de confusion et de brouillage sur les questions les plus essentielles. Cette "balkanisation" des esprits atteint aujourd'hui à l'abandon de la recherche du sens, en faveur de micro-polémiques auto-suffisantes au sein de ces groupes, et finalement entre individus. Combats de coqs et d'égos... Sur les questions fondamentales de nos sociétés contemporaines, contrairement à une idée reçue, les tabous sont légion, principalement sous la forme d'auto-censure. On pousse les individus à raisonner de façon manichéenne, binaire, corporatiste, sur des sujets insignifiants. Les peurs et émotions brutes sont très demandées. Ceci est particulièrement visible à la télévision: les "débats" de société proposés sont des pantonymes grotesques ou s'affrontent les pour ceci et les contre cela. On oppose dans une simplification arbitraire des idées abstraites ou d'un intérêt nul. Et voilà l'alibi de liberté de pensée et d'expression posé. il ne s'agit bien entendu aucunement dans ces joutes de dégager de nouvelles voies, médianes ou transversales, où le dialogue et l'honnêteté intellectuelle auraient leur place, et de permettre ainsi aux sociétés et collectivités de trouver par elles-mêmes des solutions aux problèmes spécifiques auxquels elles sont confrontées, des solutions qui leur conviennent. il s'agit juste de donner un habillage démocratique à un nouveau totalitarisme, qui veut régner partout, quelles que soient les particularismes. Avec l'Avidité comme moteur, et la Propagande comme moyen.

Thibaut groups.google.com

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