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Fermer ou ouvrir les frontières, détermine la légitimité de l'état

Pour l'état les frontières sont fermées par défaut, et ouvertes dans certains conditions.
Pour les Droits de l'homme les frontières sont inexistantes :

Art. 13 (1948)
(1) Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l'intérieur d'un Etat.
(2) Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays.

(Notons que les deux points parlent, respectivement, du voyage, et des migrations.)

Qu'est-ce qu'un état dont les frontières sont fermées ?
Elles peuvent être fermées dans un sens ou dans l'autre, dans les deux sens, aux marchandises ou à certaines personnes.
Chaque possibilité définit littéralement la nature d'un état.

D'abord, la légitimité repose sur la volonté du peuple :

Art 21 (1948)
La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics

Art. 6 (1789)
La Loi est l'expression de la volonté générale

Cependant, la légitimité de l'état repose sur le respect des Droits de l'Homme :

Art. 30 (1948)
Aucune disposition de la présente Déclaration ne peut être interprétée comme impliquant pour un Etat, un groupement ou un individu un droit quelconque de se livrer à une activité ou d'accomplir un acte visant à la destruction des droits et libertés qui y sont énoncés.

Art 16 (1789)
Toute Société dans laquelle la garantie des Droits n'est pas assurée, ni la séparation des Pouvoirs déterminée, n'a point de Constitution.

En conséquence, un état ou le peuple d'un état n'ont aucun droit de fermer les frontières d'un pays.

Pour rester dans la philosophie du droit, on peut ajouter que les raisons de la liberté de circulation sont aussi nombreuses qu'indépendantes de la volonté des hommes et de leurs conséquences :
- les hommes n'ont pas à mesurer les conséquence de leur migration
- et d'autre part les états ont à garantir que ces migrations n'auront pas de conséquences néfastes.

(Notons en passant que les Droits de l'Homme sont les devoirs des états).

Les migrations peuvent avoir différentes causes, on s'en moque à ce stade de la réflexion, ces causes sont internes à la liberté individuelle.

Nous avons là des citoyens qui désirent appartenir à un pays, et donc devenir "un fondement de l'autorité publique", c'est à dire contribuer, par leur seule adhésion, à la légitimité de l'état.
Inversement, si un citoyen réfute la légitimité de l'état, que lui reste-t-il comme liberté ? "La France on l'aime ou on la quitte", comme disait Sarkozy ? Ne serait-il pas plus noble de faire changer les choses ?

Art 21. (1948)
(1) Toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis.

Art. 6 (1798)
La Loi est l'expression de la volonté générale. Tous les Citoyens ont droit de concourir personnellement, ou par leurs Représentants, à sa formation.

De façon fondamentale, tout citoyen étranger a le droit de venir résider dans un pays et de prendre part à la direction du pays. Réciproquement, aucun état n'a le droit, ni d'empêcher un citoyen de rejoindre un pays, ne de l'empêcher de contribuer à ses lois.
Par exemple un groupe d'habitants peut aller de pays en pays pour contribuer à réformer les lois de chacun d'entre eux. C'est une liberté, c'est un "droit", et surtout c'est une possibilité qu'il serait injuste de contrecarrer.

Imaginons un état qui empêche ses habitants de quitter leur pays :
Dans ce cas la légitimité de l'état serait annulée. Elle ne reposerait que sur des sujets soumis à l'obligation d'y subir leur joug. Ce serait une prison.

Il y a le cas où les états autour empêchent les citoyens de migrer. Dans ce cas c'est aussi une prison et de plus, un acte de guerre.

Dans le cas où un état provoque un acte de guerre, causant des migration, les autres états ont pour prérogative d'attribuer un statut de "réfugié politique". De même, le statut de "réfugié climatique" permet de justifier une migration, mais en tout état de cause, il faut le rappeler, aucune justification n'est nécessaire pour l'application des Droits de l'Homme.

Et enfin dans le cas où le pays cause par incidence l'acte de guerre et voit les ressortissants immigrer chez lui (ce qui se passe en Europe). Dans ce cas,

En tout état de cause, quand un pays ferme ses frontières, il déroge aux Droits de l'Homme.
Avec ou sans l'accord de ses citoyens, cette décision est illégale.
A moins d'être ouvertement en situation de guerre, rien n'a le droit de freiner les migrations.

De plus la légitimité de l'état serait écornée, car la fermeture des frontières n'est pas la volonté du peuple, en y incluant ceux qui veulent en faire partie. C'est une question de logique car au fond, les états ne sont pas concurrents, et les Droits de l'Homme sont inter-étatiques. Ils concernent l'Humanité.

Enfin, sur le plan des considérations capitalistes, il y a deux remarques de cohérence à faire :
- La liberté de circulation et de contribution aux lois constitue une forme d'offre et de demande, qui jugule la légitimité de l'état. C'est donc un facteur de modulation dont l'intérêt est vif.
- L'apport de nouveaux citoyens n'est-il pas sensé augmenter la demande, les emplois, le PNB ?

Enfin, les états quittés par les peuples, ne sont-ils pas illégitimes du fait de l'impossibilité de les réformer, de sorte que sa population en conforme la légitimité ?

Tout cela est dit de façon très théorique.
Je veux bien croire que de nombreux facteurs viennent tirailler les opinions dans un sens ou un autre, mais en fin de compte il faut s'en remettre aux Droits de l'Homme, car ils sont les guides, comme des phares dans la nuit, qui permettent de garder la civilisation humaine, dans son entièreté, sur le chemin de son évolution... le seul qui ne soit pas celui de sa destruction.

Ce qui est en jeu est le sens donné au terme de "homme". Une fermeture des frontières fait de l'homme une marchandise, un surplus, un rebut. Une ouverture des frontière fait de l'homme une entité consciente, intelligente et sensible.