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Ce qui fait société

Le terme crucial est la légitimité. Si un peuple lutte contre ses institutions, ce ne sont plus "ses" institutions, mais celles d'un ennemi du peuple.

Ce qu'on nomme l'Etat est un jeu puéril qui consiste à imiter ce que devrait vraiment être un état. Il en est de même pour la loi, la justice ou la démocratie.

Une civilisation est liée par les règles communes qu'elle utilise. Mais elle ne peut prétendre être la seule, ni n'a le droit d'interférer avec avec autre.

Un état se désigne par son territoire mais il est injuste qu'elle tente d'y imposer le régime de civilisation auquel il se réfère.

Un état ne peut exister que s'il est désiré par le peuple qui s'unir sous son égide.

Au bas de l'échelle d'un état il devrait y avoir des groupes de travail composé de citoyens libres d'y adhérer. Leurs travaux devraient être reconnus et conciliés avec d'autres afin que l'état ordonne/organise les activités.

Si donner et partager ne sont plus possibles, par manque de moyens ou par interdiction, il est légitime de constituer non pas un état mais une civilisation nouvelle. Avec ses propres règles de fonctionnement, dont l'émergence rend possible ce qui est recherché.

Cette civilisation peut très bien être a-territoriale, de manière à ce que ses ressortissants n'aient plus d'interaction avec le réseau de l'ancienne civilisation.
Sans revenus officiels, payés en "confiance", obtenant des biens gratuits, ils trouveraient de quoi subsister tout en s'extirpant d'un esclavage.

Ce qui constitue une société humaine est "sa constitution" des lois et "l'humanité" des buts atteints.
C'est le fait de pouvoir avoir confiance en celui qui accepte ses lois.
Et enfin c'est le fait que ses institutions soient le fruit du travail et des buts recherchés de tous ses membres.

"Un état qui ne garantit pas la justice n'a point de constitution". (DDH 1789 art. 16)
Mais surtout un état, un régime, ou une civilisation qui fonctionne sans son peuple n'a aucune légitimité.

De facto, la légitimité d'un état n'a que la consistance de la quantité de personnes qui la désirent (c'est une manière un peu byzantine de décrire la loi, mais c'est la loi).

De cette manière, un état est légitime si
- il est constitué d'une civilisation
- il est supporté et désiré par elle
- il est nécessaire et utile pour résoudre des questions qui sont de l'ordre de la planification, l'équité, la justice.

Sur ce point précis, comment se rendre nécessaire ?
Une civilisation est la somme de ses habitants, ils peuvent très bien savoir se débrouiller. Dans la civilisation du chacun pour soi, un état était légitime s'il apportait un plus que l'ensemble ne pouvait obtenir, c'est à dire la notion de gratuité (des biens publics) et de partage (état providence).

Sans cela, même si les gens le désiraient, l'état n'a pas de légitimité.
(Or ce n'est pas ce qu'ils désirent).

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On entend parler de "plan B" appartenant au cadre d'une civilisation en fin de cycle, incapable de remettre en cause des fondations idéologiques que remettre en cause est trop douloureux pour le cerveau.

L'humanité est habitée par une pulsion de vie qui s'exprime d'une manière constructiviste. Elle est désemparée de voir ses constructions si éphémères et de n'en récolter que du désordre et du malheur.

Elle a besoin de s'armer des outils et d'une vision qui lui assure que ses actes servent positivement cette pulsion de vie.

Nombreux sont ceux qui se vantent d'avoir déjà fini le travail qui consiste à cerner, s'approprier, ingérer et conscientisé le paradigme salvateur.

Mais encore faudrait-il avoir discerné le paradigme destructeur qu'est le simple fait de pratiquer le commerce. Aussi malsain qu'aberrant, le commerce est un chantage qui attire à lui des innocents qui découvrent trop tard qu'ils se sont faits mettre en esclavage.

Comment oser conditionner l'octroi d'un bien ou d'une richesse à autre chose qu'à ce qui est humainement acceptable ? Le concept de l'argent en est-il la réponse ?

Posséder de l'argent prouve seulement qu'on a été malhonnête, qu'on a pratiqué le chantage, ou qu'on a contribué à une industrie dont la survie prouve sa victoire lors d'une rivalité contre l'humanité.

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Les artisans ne peuvent être heureux de leur travail que s'il sert au mieux les intérêts d'un état qui en retour lui assure une gratuité et un partage de plus en plus important.
Ils seraient fâchés que leurs chaises servent de bois de chauffage ou que leur blé serve de moyen de pression contre leurs concitoyens. Comme ils devraient être fâchés d'être payés avec de l'argent sale, pour ainsi de garantir, justifier, finaliser un crime organisé contre ses propres concitoyens.

Toutes les personnes qui produisent des richesses veulent et peuvent voir plus loin que le cercle fermé et étroit d'un "contrat libre" entre deux individus. Quel impact et quelle signification a cette transaction ? Ils sont en droit de le savoir.

Et si cette question devient prédominante pour régir les choix d'une société, alors oui nouas auront bel et bien à faire à une nouvelle civilisation.

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Les producteurs devraient s'unir et décortiquer ce qui justifie leur production.
Ils devraient conformer un ordre sociétal autour duquel s'érigerait la garantie que son travail serve positivement.

Pour servir au mieux, il faut avoir la certitude que le client se présentant avec les droits suffisants les aient obtenu en tenant compte d'un vaste ensemble de paramètres, d'ordre politiques.
Sont droit d'acquérir un bien est justifié politiquement, légalement, (et donc) moralement. C'est la confiance en ce droit qui fait société.

Notamment il peut y avoir différentes monnaies (verte, rouge, bleue) qui appartiennent à des champs incompatibles entre eux, comme :
- les droits inaliénables (mais limités par leur répartition, renouvelés chaque mois, réinjectant le non dépensé dans le système)
- les droits objectifs, qui sont les moyens d'accomplir une mission (monnaie professionnelle)
- les droits indivisibles (à limitation fluctuante) qui confèrent de la valeur à un bien immobilier (plus il sert plus il a de valeur).

Les Droits sont ce qu'il est permit à chacun de s'octroyer parmi ce que les autres produisent. Ils sont le fruit d'une législation. Ils sont la mise en application de la loi et des Droits de l'Homme. Ils sont également un socle commun sur la base duquel la civilisation aura standardisé la résolution des problèmes liés à la subsistance au quotidien. Ils ont pour objet de libérer l'humanité des basses questions matérielles.

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Il s'agit au final de lever une contradiction inutile entre "donnant-donné", entre "vendu-acheté", entre "produit-consommé". Dans chacun des cas il peut s'agir d'énergie humaine ou de biens matériels. Or ils ne peuvent décemment pas être confondus (à cause de cela l'homme est une marchandise).

Les biens existants sont :
- les biens intellectuels, issus du génie humain, la culture, la science, le savoir
- les services, qui mettent en jeu le corps physique
- les ressources biologiques et géologiques, en termes de poids ou d'espace
- les biens de consommation courante (innombrables)
- les immeubles et véhicules (à long terme)

Chacun de ces biens dépend de chacun des autres.
(Il est certain qu'ils doivent tous être sur-abondants.)

Mettre ces biens en concurrence pour que l'un permette d'avoir l'autre, est inepte.
Chacun d'entre eux ne peut être utilisé que dans le cadre d'un objectif. Leur valeur respective est partiellement conférée par ce qui est produit au final.

De la même manière, les industries doivent avoir pour objectif de produire ce qu'ils produisent, et non que cela leur serve dans le cadre d'un autre projet (ou d'un non-projet, comme celui de "gagner").
En ce sens, ce qui fait la valeur des industries est la qualité, la pérennité, et la contribution au bien-être apportée par ce qu'elles produisent.

Ainsi "la valeur" n'est pas une monnaie d'échange, c'est un score qu'obtient une activité ou un bien, une évaluation (la moins maladroite possible) de sa légitimité.

Une fois libérée de la question que la survie quotidienne, le but du système social est atteint, et c'est là que commence l'accomplissement évolutif de l'humanité.

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Enfin, la question de la propriété devient obsolète lorsque les biens sur suffisants pour garantir que l'habitation, l'approvisionnement et les choix professionnels soient les plus libres possibles.

D'autre part l'humanité, la civilisation, ne doit pas prétendre posséder la planète, la terre ou l'air. Elle n'est peut-être pas la seule civilisation, il y a aussi et surtout tout un règne animal et végétal doit nécessairement demeurer sauvage. De larges pans de la planète devraient être considérés comme extérieurs au champ de la civilisation, interdits aux hommes, préservés de toute influence néfaste.

Cette véritable richesse est la seule garante de la pérennité de l'humanité, sinon ce n'est même pas la peine de se fatiguer à imaginer un monde meilleur, pour qu'il s'asphyxie tout seul en moins de temps qu'il ne faut aux dinosaures pour disparaître.

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Pour en revenir au début, l'accomplissement d'un plan civilisationnel n'a pas de compte à rendre au monde soumit au Dieu Argent. Sa simple existence signifie sa légitimité.

Et puis, objectivement, soyons clairs, une fois rebouchés les trous dans la baignoire qui font de ce monde une pataugeoire, où l'évolution patine, où les hommes triment au quotidien pour rien, on aura réellement fait une économie fantastique en terme de rapport entre l'énergie dépensée et les bénéfices obtenus.