070906

Clichés anti cubains

::export from newsnet in Latina by newsnet date: 06/09/07
Récemment j’ai eu à débattre, sur une chaîne de la télévision nationale, au sujet de Cuba. Au cours de ce rapide échange sont revenus sur le tapis les mythes et préjugés, vieux et ressassés, que, durant des décennies, ont nourri les attaques permanentes contre la Révolution, ses dirigeants et le régime socialiste établi par le peuple cubain en exerçant pleinement sa souveraineté et son droit à l’autodétermination tels qu’ils sont consacrés dans les documents fondateurs de l’Organisation des Nations Unies.

Mon contradicteur esquissa une peinture de la réalité cubaine maigrichonne, dirigée par un « Etat policier » qui impose une dictature idéologique dans l’éducation, la formation et l’information à des masses inertes de jeunes et de citoyens qui, sous le contrôle rigide du Parti Communiste, ont pour principale préoccupation d’assurer leur petit déjeuner, leur déjeuner et leur souper quotidiens

Cette vision d’un pays où régnerait – si on accepte cette façon de voir myope et embuée – la sous-alimentation, la lutte pour la survie, la répression et la terreur, comment peut-elle aller de pair avec les grands succès remportés par Cuba dans les domaines de la culture, de l’éducation, du sport, de la santé et autres indicateurs sociaux ? Est-il possible que sous la terreur imposée par un Etat omniprésent se développent la littérature, l’art, la musique, la danse, les sciences médicales, la biotechnologie, l’informatique, l’anthropologie ? Et comment expliquer le haut niveau des délégués de ce petit pays dans toutes les réunions scientifiques internationales auxquelles ils participent, que ce soit au niveau local ou mondial ? Comment accoler cette lugubre description de la patrie de Martí à ce géant de la solidarité internationaliste qui a vaincu, en Angola, l’armée raciste sud-africaine et a su créer ainsi les conditions pour la débâcle de l’apartheid ? à ce pays qui envoie des médecins, des enseignants et du personnel de soutien dans les coins les plus reculés et les plus démunis du monde et qui est capable, en plus, d’offrir généreusement à son ennemi juré nord-américain une aide médicale immédiate face à la tragédie qu’a vécue, en 2005, la Nouvelle Orléans ? à ce pays où le pourcentage des femmes techniciennes et diplômées dépasse celui des hommes ?...

Comment expliquer les taux de scolarisation cubains de 100% dans le primaire et dans le secondaire ?, ses performances scolaires en mathématiques, supérieures à celles des Etats-Unis, du Canada, du Royaume Uni, du Portugal, de la Norvège ?, le nombre d’élèves par classe, (20), à l’école primaire, inférieur à celui qu’on trouve dans les dits pays auxquels on peut ajouter l’Espagne, la France et le Japon ? Comment expliquer le taux de mortalité infantile, à Cuba, pour les enfants de moins de 5 ans, qui est de 8 décès pour 1000 enfants nés vivants alors qu’il est de 37 en Amérique Latine et de 81 au plan mondial, statistique qu’il faut compléter par un taux de 100% d’enfants cubains vaccinés. L’espérance de vie, à la naissance, est de 74 ans à Cuba alors qu’elle est de 66 ans au plan mondial. Il y a, à Cuba, 590 médecins pour 100.000 habitants alors qu’il y en a 160 en Amérique Latine. A Cuba, on dispose de 631 lits d’hôpital pour 100.000 habitants et de seulement 220 en Amérique Latine. La révolution a rendu possible que Cuba soit une puissance biomédicale et scientifique mondiale qui met à la portée des pays pauvres ses vaccins, ses traitements innovants et ses médicaments.

Lors de ce débat, mon opposant crut bon de mettre en avant le faible éventail de l’offre en matière de périodiques et de revues pour les lecteurs cubains. Il ignore, apparemment, qu’il existe, à Cuba, officiellement enregistrées : 577 publications périodiques, 128 maisons d’édition, (sans compter les dizaines de publications sur Internet), 382 bibliothèques publiques, 57 théâtres, 135 galeries d’art, 302 Maisons de la Culture, 265 musées, 406 cinémas, 364 librairies. « Selon les données publiées par l’Unesco, durant la période 1989-1994, si on compte le nombre d’ouvrages détenus par les bibliothèques publiques, avec 48 titres pour 100 habitants, Cuba dépasse le Mexique (36), le Pérou (25), le Costa Rica (10), Le Chili (5) et égale l’Italie qui en a aussi 48 » (Alfonso Sastre et al. Cuba 2005. Editions Hiru.)

J’ai pu observer et vérifier par moi même et directement le niveau de l’information sociopolitique des étudiants de tous les niveaux ou celui des téléspectateurs à travers les journaux télévisés, les cours et émissions spéciales, telles les Tables Rondes, qui abordent très souvent des sujets d’actualité pendant deux heures, avec des experts, des témoins et des analystes de premier ordre, sans coupures publicitaires et sans l’interférence des intérêts des sociétés privées pour dicter leur ligne politique aux participants.

Cuba, un Etat policier? Un pays qui n’enregistre aucune exécution extrajudiciaire comme celles de la « guerre sale » menée par l’Etat mexicain contre les militants de gauche depuis les années 50 du siècle dernier, avec les centaines de disparus politiques, torturés, assassinés ; un pays où durant toutes ces années, depuis le triomphe de la révolution en 1959, jamais les forces armées n’ont été utilisées pour réprimer et massacrer des manifestants sans défense alors que cela a eu lieu au Mexique (en 1959, en 1968, en 2006) ; un pays où il n’y a pas de groupes paramilitaires semblables à la Brigade Blanche, au Bataillon Olimpia, aux Faucons et à la douzaine et plus de groupes qui opèrent au Chiapas ; un pays où le taux d’homicides et de crimes de sang est un des plus faibles du monde, où il n’y a pas d’enlèvements de personnes et où n’agissent pas les diverses mafias du crime organisé avec les centaines d’exécutions qui s'en suivent (plus de mille durant les quelques mois du gouvernement illégitime de Felipe Calderón), où les autorités militaires et policières ne sont pas infiltrées par les narcotrafiquants ; bref, un pays où règne un Etat de Droit et dans lequel la justice n’est pas à vendre et n’offre pas l’impunité aux riches, aux puissants et aux politiciens du jour.

La plus grande conquête de la Révolution cubaine est bien visible : un peuple instruit et noble qui a su résister avec succès au plus féroce des blocus et à la permanente hostilité militaire, à la guerre occulte que lui ont livrée les Etats-Unis, en construisant un socialisme qui, certes, n’est pas exempt de carences, d’erreurs et de déficiences, mais qui constitue néanmoins pour les êtres humains une alternative de vie digne dans cet océan de mort et de destructions qu’est le capitalisme mondial.

Traduction Manuel Colinas
Source : La Jornada (Mexique)

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