27/05/2006 6 min #1080

Les hommes ont-ils bons ou mauvais ?

Le 27 mai 06 à 00:58, Etienne MAILLET a écrit :

Les hommes ont-ils bons ou mauvais ?

Les changements peuvent-ils advenir par le changement personnel ?

Il est vrai qu'on juge par ce qu'on a vu et vécu, et qu'il est difficile

d'aller au delà. Pour Socrate, aucun homme ne fait volontairement le mal.

Ceux des puissants que j'ai rencontrés (ils étaient très puissants et tout

le monde les connaît) n'étaient pas de mauvais hommes . Mais leur sagacité,

leurs capacités et leur

intelligence n'étaient pas en regard de leur statut. Ils sont le fruit d'une

position dans un système (essentiellment la naissance) et d'un concours de

circonstance (une histoire personnelle), du hasard plus que le produit de

leurs

propres talents, efforts ou mérites.

Si ce n'était pas le cas, Mozart, Van

Gogh seraient morts riches et Türing n'aurait pas été contraints à la

castration chimique. Les exceptions, Picasso ou Dali, n'infirment pas la

règle. Il s'est fait des travaux historiques sur l'ascenscion de telle

famille de drapier qui suite à l'effort de plusieurs générations plaçait

l'un des siens au tout premier poste de l'Etat. Sainte Thérèse de l'Enfant

Jésus est le produit conscient de l'effort transgénérationnel d'une famille.

Pour les Nuer du Soudan (je crois), il faut plusieurs générations pour faire

un homme.

Dans le monde

interlope des multinationales - la dynamique propre des multinationales les

transforment en

proto-maffia à mesure au'on leur laisse la bride sur le cou - on rencontre

aussi de grands truands, de ceux qui organisent les grosses ventes à grosses

commissions dont se servent les gros pdg dans ce genre d'affaires. A mon

sens ils sont plus cons que mauvais. On voit aussi des personnages très

nuisibles, pervers, manipulateurs, mais on en rencontre dans toutes les

classes sociales.

Mon premier métier a été terrassier. Ensuite j'ai grimpé (et après

j'ai tout balancé, car je ne voulais pas vendre mon âme contre de l'argent

ou des honneurs ridicules et que je ne supporte pas le costar-cravate). En

chemin j'ai vu des conducteurs d'engins très intelligents, des médecins

stupides (mais suffisamment bien nés), des pdg débiles, des femmes de ménage

qui sauvent l'humain par leur valeur personnelle et des financiers qui

avaient toutes les capacités pour être de mauvais charcutiers. J'ai vu des

héritiers de grande famille (tout le monde connaît leur nom) totalement

ineptes et qui necontinuait d'exister que sur la lancée de l'organisation.

Deng Xiao Ping disait : gouverner un pays, c'est 99 % d'habitude. Bien sûr

tout l'effort idéologique du pouvoir est de faire croire qu'il faut du génie

pour y parvenir.

Le problème vient que nos systèmes font que nous glorifions les mauvais, les

cupides, les hargneux, les violents, les sans scrupules. Nous sommes des

lemmings ou des moutons de panurge. Nous aimons ça. Nous aimons la figure du

puissant, du fameux. Tel star de cinéma archi connue, vieux, fatigué et pas

vraiment brillant, sort deux trois banalités, et quelques vraies bêtise. Les

journalistes se pâment : quel génie ! (la plupart des journalistes sont

normalement médiocres. Certains honorent l'homme mauvais). Sur le

génie,j'aime bien Tostoï et sa descente en flamme de Napoléon (Guerre et

Paix). Très distrayant aussi, l'apologie journalistique de tel financier

dans les années 80, qui se retrouve en plein centre du scandale du Credit

Lyonnais 5 ans après.

Versailles serait une merveille architecturale quand c'est le

résultat d'un vol à une échelle nationale et multiséculaire. Nous nous

ébahissons à Florence, mais Fra Angelico ou Pétain quelle différence ? (à

mon sens, il n'y a plus d'art depuis le paléolithique, qui n'est pas datée,

rappelons le, mais un état technico-économique). Nous

restaurons des chateaux forts, où l'on parquait en cas d'agression, le

bétail, poules, cochons, veaux, vaches, paysans, par amour du patrimoine.

Laissons passer quelques décennies et si nous ne sommes pas tous morts d'ici

là, on inscrira les silos lance-missiles à l'inventaire des monuments

historiques (je sais tout celà est un peu caricatural, mais j'abrège). La

conquête de la lune serait un exploit, mais il n'a pas falllu dix ans pour

l'atteindre. Ce ne devait donc pas être si difficile, mais c'était surtout

crétin d'y dépenser tant d'argent et d'énergie. Traiter les vrais problème,

oui, serait faire preuve d'intelligence. Pour aller sur la lune, nous

n'avons fait qui suivre nos gonades, comme Bonaparte ordonnant, pour la

première fois dans l'histoire de faire tirer au canon sur une foule civile

désarmée, obéit à sa testostérone. De là démarre son ascenscion. Certains

mensonges ont plusieurs siècles, voire plusieurs millénaires, mais

nous y croyons durs comme fer.

Nous sommes serviles

comme des fourmis mais nous nous honorons d'un libre arbitre et d'une

intelligence qui ne sont, somme toute, guère supérieurs à ceux des insectes

sociaux. Si le cerveau est une merveille, c'est en tant qu'objet de

l'univers : mais nos concepts sont dérisoirement faibles et impotents. David

Bohm, et dan sun autre style Illitch, ne disent pas autre chose. Plus que

bon ou mauvais l'homme est surtout stupide quand il se croit le sommet de la

création. Pour Alexandra David Neel, le sens profond du mantra "Om mani

palme um" est : "je suis ça". Le tabou ou le mana sont "ça". Au centre de la

connaissance, il y a un trou, il y a l'inconnaissable. Son étendue est de

loin supérieure à celle du connaissable. La raison est valide, mais son

domaine est restreint. Nous Européens, qui maintenant sommes vainqueurs

planétaires, croyons le contraire. Prométhée a tué le sacré et en meurt

(voir Stenghers, Prygogine).

Pour les canaques, l'individu est un panier à claire-voie trempé dans

l'océan. Le courant qui le traverse, nous l'appelons nos pensées, notre moi.

La question du rapport de l'un au tout, du tout à la partie, du microcosme

au macrocosme naît avec la conscience. Mais si l'un est irréduc:h4le au

tout - quel mystère ! - comment l'isoler du tout. Comment nos cerveaux

débiles ne subiraient-ils pas les myriades d'influence comologiques,

quantiques, de champ, et à une échelle différente, ne se soummettraient-ils

pas aux lois de la complexité interne, celles des myriades de synapses,

goutellettes inter-synaptiques, d'influx, et à une autre échelle encore, aux

lois du comportement social, des hormones aux émotions, puis à la complexité

du système des idées dont certains font une réalité concrète, à l'instar de

Russel (physicien, logicien, philosophe, activiste anti-nucléaire) ?

La question du bien et du mal , ou de la morale, ne passe pas

ESSENTIELLMENT par les individus, mais par une construction

intellectuelle

et

institutionnelle

Là je ne suis pas d'accord. L'un et l'autre interagissent et forment un

système d'ordre supérieur, la solution n'est ni d'un côté ni de l'autre.

 commentaire