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Ramsay World

Les bienfaiteurs de l'humanité sont des gens simples qui se sont forgé des recettes de réussite dans la pratique de leur Art.
A une époque trouble où on ne sait plus à qui confier un pouvoir que ne sait aller que dans le sens de l'auto-extermination (qu'il soit de la rive gauche ou de la rive droite), et où le terme de "démocratie" s'apparente plus à une relique héritée d'une langue morte, les questions qui se posent sont de l'ordre de la simple survie : Quelle serait la Réussite de l'humanité ? Quel est son Art ?

Les citoyens sont confrontés à un marché de l'emploi si rugueux qu'ils se voient malmenés d'un emploi à l'autre, acceptant de vendre leur vie au plus offrant, et le plus souvent débauchés pour des raisons insondables. C'est une vraie déchéance. Les dirigeants sont plus sensibles à des maximes publicitaires qu'à la logique ou même au moindre sentiment d'humanité. Et quand quelque chose ou quelqu'un sort de ce cadre, il sait d'avance qu'il n'aura aucun moyen de se défendre face à la vindicte du cercle fermé de ceux qui ont la bonne parole.

Ce cercle fermé, c'est la société d'aujourd'hui, ce sont les multinationales. Les politiciens se réfèrent à une peuplade imaginaire, bienséante, bien-pensante, et dont les meilleurs représentants à leurs yeux sont leurs patrons, les "élites". Et c'est dans ce cadre étroit de la réalité, qui rétrécit comme une peau de chagrin, que se modèle sa vision du "monde".
Et tout ce qui est hors de ce cadre, la majorité des gens, est considéré comme des manants errants sans but.

Le monde n'est plus défini que par l'addition des petites forteresses à but lucratif. Le "Système" appartient à ceux qui ont un salaire et qui ont pleinement refoulé leur esclavage, qui l'acceptent, et dont les pensées sont positives comme celles d'un enfant qui ne voit de mal nul part.
Le bon citoyen d'aujourd'hui est un zombie de l'intellectualisme, il commet des fautes d'orthographes, on lui pardonne aisément l'amplitude de son ignorance, ou la mauvaise qualité de son travail, pourvu qu'il soit si soumit à l'autorité et qu'il ne s'en rende même plus compte, pour finalement adopter, lui aussi, les maximes publicitaires à la mode.
Tout ce dont on a besoin de lui est qu'il acquiesce.

Avant qu'une quelconque énergie créative ne soit autorisée à être adulée par l'autorité du Système - ce qui participe, contribue, enrichie le commerce et lui fourni sa dose de maximes philosophico-commerciales - il faut qu'elle bénéficie d'une autorité qui ne se mesure que par la symbolique fortune précédemment engendrée par l'Art qu'il pratique. Ainsi fait l'argent est un symbole mesurable scientifiquement (avec une calculette) de l'autorité, de la foi et de l'écoute qu'on peut accorder à un fournisseur de maximes.

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J'en viens à deux personnages qui m'inspirent de hauts sentiments.
Gordon Ramsay, est celui qui arrive avec des recettes qu'il sait conjuguer avec Art aux situations les plus difficiles. Cela peut parfois être très émouvant, d'utiliser la cuisine comme moyen ludique de raccommoder un couple qui se déchire, ou de savoir percer la faille dans un mur d'hypocrisie de de déni aussi intense et solide qu'un mur d'apartheid. Sur le plan psychologique, les gens ont souvent des murs intérieurs, avec des tour de surveillance, prêts à tirer contre toute intrusion dans la pensée qui pourrait, d'une manière ou d'une autre, la remettre en cause, elle et ses fameux et si fiers minarets.

En général, ces blocages sont aussi puissants que de l'autre côté, la cécité mentale est atterrante.
On voit des cas, très courants dans la vie de tous les jours, où les gens sont toujours très fiers d'eux et ne voient aucun problème dans leur conduite ou la qualité de leur travail, alors pourtant qu'avec les années la dégradation est devenue telle que c'est devenu une véritable infection psychologique, un environnement invivable, et dans sa dimension physique (plus facilement visible), une véritable porcherie, d'une immondice telle que parfois il faut fermer d'urgence le restaurant, avant qu'il n'empoisonne ses clients.

Et là où Gordon est Jésuesque, c'est qu'il n'a que faire, ni de l'autorité du patron - non parce qu'il est millionnaire et qu'il a des restaurants de luxe dans le monde entier - ou de l'image qu'il renvoie de lui-même, ou des pincettes qu'il faut prendre avec les psychotiques en général, car il ne situe pas son action dans la surface publicitaire, mais dans le cœur de l'action et du problème. C'est limite s'il n'est pas lui-même victime de cécité mentale pour ces sujets superflus qui pourtant sont devenus centraux dans la philosophie de notre époque Orwellienne.

Il a confiance en son jugement, il sait que n'importe qui peut le faire, que c'est un job, qu'il faut être discipliné, et ne pas se compliquer la vie, bref, il sait Comment se focaliser sur l'essentiel. Et dans l'élan de cette énergie il sait toujours déjouer les défenses immunitaires de ses "clients" et les faire revenir à l'essence de leur métier, là où il faut avoir "du cœur à l'ouvrage".
A ce moment là on ne peut plus lui dire Non, la corde sensible s'est mise à vibrer, et dès lors on peut soulever des montagnes.
(Et à partir de là le restaurant est rénové, la clientèle super satisfaite, et on prie pour qu'après ce nettoyage karmique l'entropie ne revienne pas faire son nid).

Il agit en véritable docteur, bien intentionné, sans arrière-pensée, flottant au-dessus des avis et des opinions, des discussions futiles, des faux-problèmes, et dans un esprit de gratuité où n'a rien rien à demander en échange, ni même la dimension égotique qui consiste à dire "Donne car ainsi tu possèdes". C'est à dire, en toute humanité, donnant à sa vie la valeur du bien qu'il fait aux autres.

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Le deuxième, comment dire, élément de réflexion, est le Disney World.
Au départ Walt a su trouver des recettes pour exprimer des émotion dans la cinématique, comme on en trouve dans la photographie et la danse. L'idée même de faire cela était nouveau, et d'ailleurs il n'était excité que par cette recherche de nouveauté. Il n'était que peu satisfait de ce qui consistait seulement à appliquer des recettes, cependant elles se sont additionnées et améliorées tout au long de sa vie. Car c'est toujours un bonheur d'appliquer des recettes dont on est le créateur, le père. C'est une des vertus de la liberté.

Les techniques d'animation ont engendré un univers mental qui était comme un refuge pour s'isoler du monde et de sa rugosité, et à la fois qui laissait percevoir dans son potentiel ce que le monde pouvait être, pour peu qu'on sache le voir. Il a exacerbé et rendu visible la dimension sensible du monde, comme le romantisme, non pas comme créateur mais surtout comme révélateur de l'existant, de ce qui échappe "au monde des adultes".

Il a créé DisneyLand pour immerger le spectateur dans ses oeuvres, faisant un faire pas de plus au monde des idées vers la réalité. Faire devenir réalité ce qui ne sont que des idées, est la définition dans la pratique de ce qui est révolutionnaire.
Les idées peuvent naître facilement, mais leur donner corps est une autre affaire. Et en même temps l'Ordre des choses, l'évolution, font que c'est toutefois moins difficile de faire devenir réalité une idée magnifique que de s'accrocher et faire perdurer des concepts et des recettes hors du temps. Dans le second cas, on peut y laisser sa chemise et mourir bêtement, alors que dans le premier, si on meurt, l'idée survie.

Ensuite il s'est dit qu'il fallait aller plus loin avec DisneyWorld, en créant un prototype de société parfaite, un lieu à l'abri du monde où pourrait germer et se développer des solutions qui ensuite seraient adoptées, pour le plus grand bien de tous. En effet il voulait apporter sa contribution à un monde meilleur, ce qui est l'apanage des personnes en bonne santé mentale.
J'étais surpris d'apprendre ce fait puisque après sa mort on n'en a plus entendu parler. Il ne s'agissait plus que d'une entreprise capitaliste de plus, un symbole même de forteresse isolée du monde où les valeurs qui comptent sont celles qui rapportent, sur le plan commercial, et sans autre état d'âme.

Et en même temps ce n'est pas trop surprenant puisque toutes les autres tentatives de cette nature ont toujours été phagocytées par le système du commerce, l'appât du pouvoir, la recherche de puissance, le désir d'appartenir à une élite, etc...
Elles ont été soit exterminées soit récupérées par détournement de l'élan initial.

Il n'en reste pas moins que l'idée est toujours là, flottante au-dessus des problèmes, prête à devenir réalité à condition qu'on s'en donne la peine. Elle contient des dangers évidents, car même à l'époque il y avait des lacunes philosophiques dangereuses, comme l'ombre d'un monde orwellien où on est forcés de croire à un bonheur qui en réalité a vite fait de prendre des tournures mécaniques, matérialistes, protocolaires, et à ressembler à un esclavage ahuri.

Mais le désir d'un lieu où expérimenter d'autres façons de vivre reste vivace, et plus que jamais, vital. C'est exactement ce dont notre monde a besoin, et s'il était honnête, même s'il était parfait, "le Monde" n'aurait aucune crainte à expérimenter d'autres façons de lier ensemble les humains.

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Ce qui lie ensemble les humains est ce qui fait société. Les tenseurs sont des liens hiérarchiques, des liens monétaires, et à une moindre tension des liens de fraternité, à égale mesure avec des liens de l'ordre de la pression sociale.
Portant ce qui est sensé faire société est la confiance qu'on peut avoir en un étranger, dans la mesure où lui aussi participe au même monde, applique les mêmes règles, connaît les mêmes préceptes, et partage la même histoire.
Ainsi, "ce qui fait société" est l'histoire dans laquelle nous sommes immergés, et finalement cette histoire est celle d'un drame, dans lequel l'humanité a plongé en toute bonne foi.
Finalement, la société se désagrège alors même que ne se font que se répliquer les règles et coutumes qui ont par le passé consolidé son unité.
Il n'est plus question, aujourd'hui, d'avoir confiance en un inconnu, puisque quand tout le monde arnaque tout le monde, il ne faut se fier à personne.

Aussi il faut constater que le vieux restaurant tout pourri où les patrons instables psychologiquement sont persuadés que leur cuisine est merveilleuse, est parfaitement l'image des patrons d'entreprises, de toutes tailles, qui vivent dans un confort psychologique qui les rend aveugles à la réalité de ce qui les conduit vers leur propre faillite. C'est une question qui reste en permanence à l'horizon, comme une ombre menaçante, et face à laquelle ils se sentent si impuissants qu'ils préfèrent ne pas la regarder en face.
Leur impuissance est égale à leur cécité mentale, qui libère leur esprit des contraintes de la réflexion, afin de se concentrer sur des urgences de plus en plus nombreuses et pressantes.
Et cela, sans compter le facteur humain, où ils se pourrissent la vie mutuellement et se perdent dans des querelles sans queue ni tête.

Ils ne savent pas prendre le recul nécessaire pour résoudre les problèmes non pas un après l'autre, mais tous ensemble d'un bloc. Une telle idée les conduirait en première instance au suicide.

Ils n'ont aucun mal à remettre en cause des facteurs pourtant inoffensifs, reporter la faute sur les autres, se plaindre de tout, s'irriter pour un rien, mais les seules choses qu'ils n'ont absolument pas l'idée de remettre en cause sont précisément celles qui garantissent leur faillite à court terme. Et ils préfèrent allègrement s'immerger dans un monde imaginaire totalement dénué de réalisme, régi par des lois poétiques, culturelles, ancrées, des habitudes étroites dans lesquelles ils peuvent se réfugier et oublier le Monde, et depuis lequel ils pestifèrent sur Les Autres... tout comme le font les élites, tels des Bœufs.

Et les politiciens, qui se réfèrent à ces patrons dénués de réalisme et d'humanité, ne font qu'amplifier l'échec civilisationnel qui se profile à l'horizon. Ils les encouragent et les chouchoutent. Pourtant on le sait, certains (de ceux qui sourient devant les caméras) sont parfaitement informés que le monde sera à court terme plongé dans une guerre civile mondiale, que la population de la France va passer de 60 à 45, et ont déjà pris leurs dispositions pour survivre quelques décennies à cette tempête, isolés et loin du monde, qu'il auront contribué à saccager totalement (ça au moins, c'est dit !).

Pourtant il ne faut pas être un génie de l'imaginaire pour s'apercevoir que si les humains s'organisent autrement qu'autour du principe du commerce, non seulement tout est viable, mais surtout tout est pérenne. Il n'y aurait plus aucune famine si on opérait une planification à long terme des ressources partagées équitablement entre tous. L'informatique peut allègrement accomplir cette tâche complexe sur le plan mathématique, et le désir de s'organiser rationnellement peut très facilement arriver à bout des problématiques qui consiste à savoir à quoi donner la priorité, dans l'affectation des ressources, et de l'énergie humaine.

Avec seulement la moitié des humains qui profitent du Système basé sur l'exploitation des autres, on pourrait à la fois couper les ressources au premier et mettre en mouvement les seconds.

L'idée maîtresse d'une organisation rationnelle est qu'un système est moteur, sa raison d'être est de générer, non de consommer. Il doit pouvoir transformer des éléments simples et disparates en éléments complexes et efficaces. Ce qui justifie qu'on nomme "Système" une organisation sociale, est qu'il soit prolifique, qu'il produise des richesses, qui soient palpables par les citoyens, et qui constituent pour eux la récompense de leur effort collectif.

Dans le vieux monde le paradigme de base croit, de façon scolastique (donc depuis le moyen-âge), que la richesse est matérielle, qu'il suffit de prendre ici pour posséder là. Dans la mentalité on ne fait que consommer et détruire, on consomme les aliments en détruisant des forêts, et on ne sait pas faire autrement. Et dans le monde des idées, l'esprit affamé et putréfié se nourrit de maximes publicitaires qu'ils répète jusqu'à dégrader même le sens des mots qu'il utilise. Tout se consomme et donc, se détruit. "Il faudrait deux planètes pour continuer ainsi" (sauf que dans ce cas il en faudrait 4 et ainsi de suite).
La société est sénile, atteinte de démence, sa personnalité et son humanité se dégradent. Les rues se dégradent. La raison et la logique, trop dures à avaler, sont sans cesse occultés par des comportements mécaniques et préhistoriques, tels que la soumission aveugle à l'autorité.

Ce dont nous avons besoin est d'un docteur !
Le danger qui menace l'humanité est sa vulnérabilité. Le fait est que seul un changement de cadre, de paradigme, permet d'octroyer un regard suffisamment anthropologique sur l'humanité pour qu'il soit salvateur.
Toutes les solutions qui consisteront à conforter la dictature du Commerce et la politique de l'appât du gain, ne feront que conduire le monde à encore plus de désillusion.
Et en même temps des solutions aussi puissantes que celles-là seraient facile à détourner positivement dans le but de se défaire du système actuel. C'est pourquoi ces solutions sont gardées secrètes, car avant de les révéler il faut, à la dictature mondiale, s'assurer des modalités de sa mise en application.

Oui je disais, un réel danger, d'une puissance historique, auquel nous n'avons jamais été confronté et contre lequel il n'existe pas de solution dans le passé, conte lequel nous n'avons aucune immunité. Un danger dont il va falloir tout apprendre pour réussir à s'en dépêtrer.

Combien de temps aurait-il fallu à ces restaurateurs pour s'en sortir s'il n'y avait pas eu Gordon Ramsay pour les dépoussiérer mentalement ? Cent ans ? Ils étaient foutus et il leur a sauvé la vie.

Mais "Qui va sauver la nôtre ?" est une mauvaise question, issu d'un ancien paradigme.
C'est comme "demander à un cheval de réparer un manège" (ça vient de Rick & Morty). Le cheval tourne sur le manège, il n'a aucune vue ni compréhension du problème, ni aucune capacité à l'appréhender.

L'idée d'une société expérimentale où s'appliqueraient des règles d'équité et de justice, maximisant la liberté et l'épanouissement des êtres humains, afin qu'ils vivent pleinement leur vie, délivrés des chaînes qui assombrissent leur cœur, constitue un premier cap de dégagement (les problèmes il faut s'en dégager).

Ce dont nous avons besoin n'est pas qu'un extraterrestre apporte la solution à nos problèmes (car ils sont surtout psychologiques), mais d'apprendre à les résoudre. Or pour apprendre à les résoudre, autant commencer en essayant de résoudre ceux des autres. Ce qui sauvera l'humanité, c'est sa capacité à se comporter de façon humaine !

Je sais qu'il existe des planètes qui sont de véritables éden de paix et de bonheur. Ce bonheur a été acquit après une longue et périlleuse histoire, mais les recettes de ce bonheur ne sont pas inaccessibles, scientifiques, ou même enseignées à l'école.
C'est le fruit d'une émulation et d'un apport constant et mutuel au bonheur des autres. Il résulte d'une grande capacité à être attentif, curieux, à l'écoute, et à savoir juguler ses névroses (légitimes) pour en faire une énergie créatrice.

Je ne vais pas dire comme la télé que l'effort à faire est d'abord sur nous-mêmes, puisque pendant ce temps, la Dictatoure en profite pour nous dépouiller de tout, et qu'elle est responsable de tous les maux. Il n'y a pas d'exemple à suivre, ce qu'il faut écouter, c'est soi-même, le soi-même du début, dans toute sa pureté, qui était étonné par la dureté du monde et qui se demandait pourquoi les gens, depuis tout ce temps, ne s'étaient toujours pas unis pour engendrer un monde meilleur.
Il n'y a rien d'impossible ou de fantastique à cette idée.