26/05/2006 4 min #1062

Méfiance envers les anachronismes

Le 23 mai 06 à 13:53, Etienne MAILLET a écrit :

"Justement, un système collectiviste peut plus facilement exister au niveau

petit que grand".

Michel Seguy point du doigt un point très important : celui de

l'accumulation/distribution qui concerne aussi bien le savoir, les

techniques, le pouvoir et les biens.

Chaque société place le curseur AC en un endroit particulier selon des

modalités qui lui sont propres. Les notions d'accumulation/distribution sont

centrales dans l'anthropologie politique.

Contrairement à ce qui a été écrit sur ce forum, les sociétés

"traditionnelles" sont bien communistes, un terme qui eut une longue

existence AVANT 1917 et qui ne prend que dans la récente modernité les

connotations étatiques, totalitaires et planificatrices que nous lui

connaissons. Méfiance envers les anachronismes donc.

Ce "communisme primitif" connaît, celà a été observé partout, la propriété

collective (certains arbres fruitiers, bosquets, pâtures, parcours....),

familiale ou privé (en général les objets touchant le corps.

Qu'il soit impossible de ne pas percevoir via ses propres cadres

conceptuels, certes. Mais celà veut-il dire pour autant qu'on ne puisse pas

communiquer du tout ? C'est un très ancien débat philosophique (Platon et

les sophistes s'opposaient déjà sur ce point). La musique déjà est un moyen

sensible, par delà les cultures et le temps, de communiquer

émotionnellement.

Il me semble - et c'est là une opinion personnelle - qu'on ne peut nullement

affirmer la supériorité d'aucune culture sur aucune autre. Même si l'on

s'attache à la raison (je repense à Platon), comment dire qu'elle, ou que la

science - produit raisonnable si l'en est - aurait un statut cognitif,

philosophique ou anthropologique supérieur à, disons le temsp du rêve des

aborigènes australiens ?

Des notions aussi sophistiquées et "modernes" que l'espace riemanien (un

espace où temps, matière/energie, espace sont liés, les droites pas

parallèles, et d'autres choses APPAREMMENT mystérieuses) sont au contraire

parfaitement suscep:h4les d'intuition directe. Je soutiens d'ailleurs que de

telles conceptions faisaient partie de certaines culture aborigènes, certes

non pas sous des formes discursives, mais en tout cas culturelles et

sensibles.

Dans un tel espace riemanien, il se conçoit aisément qu'une particule

quantique puisse se scinder "en deux" et que chacune des "parties" conserve

avec l'autre une ralation instantanée, quelles que soit la "distance" qui

les sépare. Ceci est de la physique ultra-dure, quoique bâtie sur des

hypothèses ultra-sablonneuses comme la tension du vide, qui n'est qu'un

discours sur le zéro ou le néant.

Ainsi des femmes Boschimans perçoivent le retour de leurs compagnons d'une

fructueuse expédition de chasse alors qu'ils sont à plusieurs heures de

marche encore. Malaury (les derniers rois de Thulé) rapporte le cas d'un

groupe d'Inuit, ayant épuisé les ressources de leur territoires, mené par un

vieux chamane vers une terre qu'il n'a jamais vue qu'en rêve, 2500 km plus

au nord, via une route et une géographie qu'il n'a jamais parcourue... et

qui la trouve ! Combien de mères qui surent à l'instant leur enfant décédé

au loin ?

On a dit de la raison qu'elle constituait le plus petit commun dénominateur

entre les hommes. Elle permet de communiquer mais il importe certes de

prendre la dimension de ses vastes incompétences.

Etienne Maillet

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