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Pour Une Anthropologie Originelle Iv - Esquisse d'une interprétation anthropologique des trois monothéismes

Avertissement

Le 23 octobre, M. Vladimir Poutine s'est enfin décidé à introduire, avec le courage et la loyauté requises, les termes de vassal et de vassalité dans le vocabulaire des relations diplomatiques courantes entre les Etats auto proclamés démocratiques. Cette initiative visait évidemment l'ordre signifié avec rudesse par Washington aux plus vieilles et aux plus respectables nations de la civilisation européenne - d'édicter précipitamment des sanctions industrielles et commerciales à l'égard de la Russie, et cela sans qu'il fût permis aux descendants de Copernic de contester des dispositions aussi unilatérales que contraires à leurs intérêts économiques et diplomatiques les plus évidents.

Les lecteurs de ce site savent que, depuis le mois de mars 2001, donc tout au long de cent soixante quinze mois, j'essaie de promouvoir les retrouvailles de la science historique et de la politologie contemporaine avec l'évidence que le mythe d'une Liberté réputée universelle, le culte d'un droit censé universel et l'apologie doctrinale d'une égalité universelle - mais seulement verbale - entre les nations grandes et petites n'a en rien modifié le discours impérieux des grands Etats à l'égard des faibles, et des vainqueurs à l'égard des vaincus. Les historiens et les politologues modernes semblent avoir oublié que l'empire athénien recourait déjà à l'éloquence messianisée dont Washington use aujourd'hui.

L'impiété de ma réflexion me conseille également d'informer mes lecteurs que je serai opéré de l'échine le 30 octobre et que l'issue d'une intervention chirurgicale sur la colonne axiale de Mathusalem est aléatoire par nature et par définition. Mais il se trouve que mes prochaines analyses de la vassalité cérébrale de la France actuelle et de l'Europe sont rédigées depuis plusieurs semaines et jusqu'au 20 novembre en prévision de l'antiquité et de la fragilité de mon support osseux central.

Ce sera donc mort ou vif que, le 6 novembre, je commenterai une conséquence diplomatique immédiate de la vassalité de l'Europe d'aujourd'hui, à savoir l'absence pure et simple provisoirement imposée à l'Occident des valets par une Russie en possession, elle, de sa souveraineté pleine et entière, donc l'interdiction un instant adressée à la France de figurer à la table des négociations ouvertes entre la Russie et les Etats-Unis.

Dernière minute: Une imprudence de M. Vladimir Poutine

La diplomatie russe ayant obtenu de Washington et de Ryad la présence de l'Iran à la table des négociations de Vienne du 30 octobre, la majorité des participants à la conférence a passé du côté de la coalition dirigée par la Russie. Du coup, les trois principaux vassaux européens des Etats-Unis - la France, l'Allemagne et l'Angleterre - ont été autorisés à revenir dans le jeu. Il s'agit, à mon humble avis, d'un piège dont M. Poutine serait bien avisé de se méfier. Peut-être profitera-t-il des quelques heures qui lui restent pour relire Le Joueur de Dostoïevski et se demander - mais à la face du monde - pourquoi Héliogabale, Sardanapale, Hitler et Staline réunis seraient tout subitement devenus des enfants de chœur comparés au monstre le plus repoussant de tous les temps - M. Bachar el Assad.

Comment une France qui a obéi docilement à l'ordre des Etats-Unis de garder les Mistral au port de Saint-Nazaire revendiquerait-elle à l'avenir les prérogatives réservées aux vrais Etats? Comment la Russie ne rappellerait-elle pas durablement à l'Occident qu'en droit international, la souveraineté est constitutive de la définition même des Etats et qu'elle a le devoir d'empêcher que des acteurs qui ne joueront dans la pièce que de masques grimés aux couleurs de leur maître ne montent sur les planches en faux acteurs d'un vrai théâtre? On ne joue sur la scène du monde qu'entre les vrais Etats - on n'invite pas les domestiques des uns ou des autres à usurper un statut et un rang auxquels ils ont renoncé depuis belle lurette, on ne les intvitera à participer à la représentation que le jour où ils parleront en leur nom et non en porte-voix du propriétaire qui les tient en laisse.

Le 13 novembre, j'esquisserai l'avenir cérébral, donc réflexif, d'une Europe qui s'étendrait, comme disait le Général de Gaulle, de l'Atlantique à l'Oural. Le 20 novembre, je traiterai de la réforme européenne de nos Sorbonnes, qui sont retournées au Moyen-Age. Comment ce Continent s'est-il enferré dans une scolastique aussi pseudo rationaliste que la précédente? Car la science historique et la politologie du XXIe siècle en appellent au même combat contre les Bridoye et les Trissotin qu'au XVIe siècle.

Mais pour comprendre comment la vassalisation de l'Europe de l'abstrait et de la France des pseudo philosophes de l'histoire en sont venues à pratiquer le culte du sceptre et du mythe américains de la Liberté, il faut tenter de sortir du Moyen-Age d'aujourd'hui, ce qui exige un rapide exposé, qu'on trouvera ci-dessous, des fondements d'une anthropologie originelle du sacré. Celle-ci dépose les trois dieux uniques sur l'établi et les observe dans leurs exercices en laboratoire.

Si ces analyses de la vassalité politique de type démocratique devaient se révéler posthumes, pourquoi m' interdirais-je de leur souhaiter bon voyage?

1 - Par quelles anses cosmiques saisir un monothéisme triphasé

La première plateforme de la méthode qu'imposera une anthropologie existentielle du sacré sera celle d'expliciter une mutation cérébrale, celle de l'analyse de la politique et de l'histoire. Qu'en sera-t-il de l'affolement et de la panique d'entrailles de nos anciens astronomes, qui se verront soudainement sommés de prendre un double rendez-vous, le premier avec la généalogie de leur discipline, le second avec les fondements d'une "astronomie existentielle" laquelle se trouvera sans cesse aux prises avec les frontières ultimes de la condition semi-pensante du genre humain.

La première conséquence logique d'une transgression radicale du champ matériel et visuel de la recherche scientifiques sera d'introduire en toute hâte dans nos sciences encore rudimentaires de nous-mêmes un humanisme de plus en plus distancié de la vie quotidienne d'une bête réputée évolutive, donc de plus en plus ascensionnelle, puisque l'ambition nouvelle des désespérés du cosmos les portera à tenter d'interpréter les théologies des ancêtres en zoologues avertis de la complexion qui caractérise nécessairement un Dieu réputé unique. Alors seulement les trois principaux monothéismes qui alimentaient les neurones des premiers hommes se diviseront entre les rêves hébraïque, chrétien et musulman. On sait que tous trois sont demeurés chasseurs, captateurs et domesticateurs d'un artisan supposé herculéen, mais maladroit du cosmos. Qu'en est-il du cerveau des apprentis de leur omnipotence et de leur omniscience avortées?

Observons l'ouvrier brutal et mal dégrossi des juifs: il disposait d'une ossature et d'une musculature plus impressionnantes que celles de Zeus et de son alter ego romain, le puissant Jupiter: "Dieu parle, écoute, voit, sent, rit, souffre; il dispose des organes adéquats à ces fonctions: il a des yeux, des mains, des bras, des oreilles (...) Il chevauche les nuées, il descend du ciel pour visiter la tour de Babel et pour disperser de ses propres mains ceux qui l'ont construite. Il ferme lui-même la porte de l'arche de Noé, il descend du ciel pour chercher Adam au paradis. Il écrase les raisins du pressoir comme un vendangeur. (...) Il éprouve tous les sentiments humains, la joie, la tristesse, le dégoût, le repentir, la jalousie." (André Chouraqui, La Pensée juive, Que sais-je, p.12)

Mais, de nos jours encore, aucun théologien de Jahvé ne prendra le risque, effrayant à ses yeux, de préciser, même approximativement, la dose de vaporisation d'une charpente de démiurge encore enraciné dans la zoologie. Du reste, peu importe le degré de désubstantification de l'organisme des trois colosses réputés uniques; dès lors qu'ils ne sont pas devenus unifiables, et pas même à l'école de leur propre enseignement. Mais chacun sait que les trois monothéismes d'aujourd'hui se caractérisent nécessairement par la recherche désespérée dont témoigne chacun d'eux d'une articulation axiale de leur cosmologie mythique avec tout le temporel de leur temps- et, pour cela, il s'agit, pour un type de théologie spectaculairement imprégnée de zoologie, de pactiser avec les us et coutumes locaux de la bête désorientée par son langage - lequel précipite violemment dans le vide et le confronte sans ménagement à son absence dans le vide de l'immensité.

2 - L'anse cosmique du judaïsme

Dans le judaïsme, le lien censé assurer un agrippement salvifique et rédempteur de la créature à l'entièreté du cosmos n'est autre que celui de quelques arpents de la Judée. Ces lopins seront censés avoir été expressément accordés par un acteur du cosmos à une poignée de ses fidèles. De nos jours encore, la politique mondiale d'Israël ligote jour après jour l'histoire guerrière et tempétueuse d'un pays rêvé à l'aventure d'un grain de sable sphérique et flottant dans les nues. Il s'agit seulement, aujourd'hui comme hier, de solidifier une assiette géographique d'une étendue de quelques hectares, et cela, quel que soit le degré de décorporation actuel du dieu Jahvé dans l'infini et l'insaisissable.

Rien n'a donc bougé d'un pouce dans les profondeurs zoologique de la piété depuis le "chaînon manquant" évoqué la semaine dernière et dont la découverte réjouit tellement les anthropologues modernes du sacré devenu semi animal. Car le cadenas mal fermé de la psycho-biologie cérébrale remonte à vingt mille siècles à peine - je rappelle seulement que la lumière met cent cinquante millions de siècles pour seulement se rendre aux confins de notre cosmos matériel, et cela à la vitesse d'un milliard et quatre-vingts millions de kilomètres à l'heure, je rappelle à nouveau que c'est à cette frontière que l'infini commence d'apostropher sérieusement les microcéphales du vide.

3 - L'anse cosmique des chrétiens

De son côté, le démiurge et dramaturge chrétiens est censé devenu le captif d'un homme cloué tout vif sur une croix de bois - et celle-ci est tenue pour le nouvel autel du sacrifice: il s'agit de n'immoler à son père que cette seule victime, mais d'un grand poids et à un prix inégalable. A ce titre, la victime sera délibérément expiatoire, et au profit exclusif du monstre originel censé régner de sa propre volonté et avec une bienveillance torturante sur le cosmos. Quel est l'intérêt du démiurge de troquer une fois pour toutes cette victime filiale en échange de notre "rachat" définitif, donc à titre de contre-partie bien négociée du "pardon" que notre fameux créancier des nues nous accorderait en despote patelin?

Mais notre passé d'offenseurs d'un souverain rusé, donc d'insulteurs coupables et d'héritiers des plus lourds antécédents pénaux, n'est pas si aisément monnayable, donc effaçable des tablettes du ciel. La promesse du vendeur de sa précieuse créance serait-elle inconsidérée? La promesse, dis-je, de passer définitivement l'éponge sur nos péchés serait-elle falsifiée. Décidément cette grâce largement étalée se révèle effrontément fallacieuse, dès lors que le prétendu pardon de notre Jupiter sera retardé indéfiniment. Il nous faudra acquitter sans relache et jusqu'à la fin du monde et toujours la sueur au front, un tribut dont le montant demeurera aléatoire et extensible à l'infini.

Cette entreprise d'acquittement différé ou manqué, ce marché de notre repentance prolongée cache une créance imprescriptible. Tout cela manque de cohérence intellectuelle; tout cela se heurte à des difficultés non seulement commerciales, mais théologiques infiniment plus insurmontables que celles de la rencontre du colosse Jahvé avec un bout de terre labourable en Judée.

Les apories anthropologiques nouvelles et ineffaçables que présente le monothéisme chrétien se révèlent d'autant plus éclairantes aux yeux des futurs existentialistes de l'infini qu'il deviendra plus impossible que jamais de séparer la part de la divinité vaporisée dans l'intemporel, d'un côté, et de l'autre, la portion de Zeus réputée s'être dûment substantifiée en la personne d'un privilégié suprême dont le sacrifice de bonne odeur à l'immolateur sommital de notre espèce - un prophète confondu avec la personne même du banquier-cyclope de l'absolu - tout cela élève un marché de dupes à la température d'une cosmologie fabuleuse.

4 - Les avatars de la théologie chrétienne

Et puis, le dieu devenu homme exercera-t-il sa fonction de victime rédemptrice seulement à mi-temps ou à plein temps? Pendant des siècles, les théologiens d'une créance à effacer du livre de comptes d'un boucher - et à l'aide d'un attrape-nigaud de ce calibre se sont échinés à consolider l'anse physique de leur ogre récalcitrant et avaricieux, donc de protéger subrepticement sa cuirasse de la menace d'une scission toujours aux aguets, donc féroce et titanesque, entre le corps éphémère et parfumé d'un mortel et son Jahvé aussi incapturable qu'éternel. Il fallait éviter le désastre, disait-on, d'une séparation brutale et sans remède entre la mortalité et l'immortalité d'une divinité née d'une grossesse normale, donc d'une divinité censée appelée à se promener trois décennies durant sur la terre ferme. Mais comment accorder entre elles deux partions du Dieu obstinément rebelles à s'articuler l'une avec l'autre - celle réputée issue d'une fécondation surnaturelle et pourtant guidée à son terme charnel par la nature et celle d'une parturition virginale tombée dans la zoologie?

Néanmoins, en 450 - en dernier ressort et à l'écoute du concile de Chalcédoine - il a fallu en rabattre du séraphisme théologique des origines et se résoudre à constater, en violation du Concile de Nicée de 325 que le prophète d'une immortalité scindée ne serait Dieu à plein temps et en personne qu'à enchaîner sans relâche des miracles inouïs. Mais pour le reste de ses journées sur la terre, le schizoïde d'un ciel harassé demeurerait tout piteusement un homme ordinaire, donc amputé, le malheureux, du baudrier fantastique de tous les vrais Célestes - alors que Nestorius avait été condamné à périr de soif dans le désert pour avoir refusé tout net de profaner la personnalité du Christ, donc de le diviser entre ses deux "natures", l'une fabuleuse, l'autre banalisée et tangible.

5 - Un Dieu disloqué dans le temporel

L'Eglise de l'an 450 se résignait à entériner la coupure irrémédiable du dernier Zeus des humains entre un corps fatalement en transit sur la terre et son éternité cellulaire, donc concrétisée jusque dans le "ciel". Quel document anthropologique éloquent que la continuation chrétienne du transport des Célestes anciens dans l'éther ! Aussi rien n'était-il définitivement réglé par un arrangement perdant pour les deux signataires. Comment le co-contractant humain se contenterait-il durablement d'un dieu sporadique, donc à éclipse? Dans son Catéchisme officiel de 1992; l'Eglise catholique a retiré derechef son Dieu biphasé à Arius, le conquérant, à Chalcédoine, d'un dieu dichotomisé et soumis, le malheureux, à des suspensions de séance, donc mis au chômage de force et dans l'attente de son prochain miracle.

Du coup, Rome est retournée tout entière et non moins souverainement à son enfermement dans l'apologie exclusive de l'unité psycho-physique du Dieu bicéphale, ce qui a aussitôt et fatalement ressuscité l'absurdité psycho-cérébrale inverse de la première et impossible à contourner - celle d'un schizoïde du ciel, celle d'un dieu licenciable au gré de son employeur. Jésus redevenait pleinement le Zeus des chrétiens, mais jusque sous les traits d'un marmot braillant dans ses langes. Du moins, l'anse chrétienne de l'absolu permettait-elle aux anthropologues d'une impotence et d'une omnipotence intermittentes et alternées de Zeus d'articuler les royaumes de ce bas monde avec celui d'une divinité proclamée saisissable en permanence sur la terre - et cela le plus physiquement du monde, puisque les monarques monothéistes seront censés participer résolument et d'une manière ininterrompue du "sang bleu" d'un Dieu sur l'enclume de la géopolitique.

6 - L'anse politique et militaire du christianisme

Le prophète d'occasion est un intermittent du spectacle. Cet acteur du cosmos sera censé avoir frénétiquement substantifié le ciel paternel; mais à ce prix, il partagera au quotidien les prérogatives et tous les apanages militaires dont bénéficient les monarques locaux. Avec qui les partager sinon avec le gigantesque corps sacerdotal de l'Eglise de ce bas monde? Car le clergé mondial, dûment hiérarchisé par le ciel, sera l'alter ego de Dieu sur la terre. Quel coup de génie qu'une armée de devins réputée incarner collectivement - et cela sur le modèle guerrier, le seul à s'y prêter - et incarner au mieux un Dieu vaporisé dans l'infini! Pour cela, il faut que les prêtres de la divinité monarchisée et militarisée jouissent d'un privilège inouï et exclusif, celui de boire seuls et à l'écart du troupeau le sang sacré de leur ciel dûment substantifié, tandis que la masse illettrée se verra réduite à la portion congrue de ne consommer que le corps d'un prophète à la fois divinisé et localisable, donc hiérarchisé et situable.

L'alliance, depuis lors, de la classe nobiliaire et guerrière des Etats catholiques avec une caste sacerdotale sédentarisée et pourtant censée incarner Jupiter permettra à l'infini chrétien de s'agglutiner aux empires du temporel comme le lierre aux chênes. Le fantastique théologique est toujours une construction politique astucieuse, mais bousculée et incohérente. C'est précisément à ce titre que tout l'édifice éclaire les apories psychogénétiques dont souffre l'éternel "chaînon manquant" en son agrippement aux Etats.

7 - L'anse ou la poignée cosmologique de l'islam

L'édifice de la cosmologie qui articule l'islam avec les jardins andalous de l'Alhambra ne divinise ni le prophète Muhammad, ni les papyrus sacrés qui servent de supports matériels et périssables aux préceptes éternels du Coran. Seul le contenu de cet ouvrage est déclaré intouchable, parce que censé avoir été dicté mot à mot du haut du ciel - mais toujours au gré des circonstances et à point nommé - à un porte-parole assermenté et expressément désigné par la divinité - l'ange Gabriel. L'islam est la seule des trois principales théologies du monothéisme biblique qui ait tenté d'éviter la formation - fatalement expansive - d'un corps sacerdotal voué à se dilater et à se substituer progressivement à une divinité dangereusement officialisée et de plus en plus installée dans ses meubles doctrinaux. Car la coulée du temps suffira à accorder à l'autel intellectualisé et juridifié les privilèges les plus redoutables - à savoir les prérogatives politiques et législatives inévitablement couplées avec celles de la divinité en personne.

Du coup, l'islam moderne se révèlera un arbitre en mesure de démontrer aux anthropologies capables d'analyser la finalité politique du monothéisme et leur articulation avec la psychobiologie de la bête évolutive, d'analyser, dis-je, les apories insurmontables que rencontrera nécessairement tantôt un monothéisme privé d'ancrage dans la politique et dans l'histoire, tantôt désireux de s'enraciner profitablement dans le temporel - donc au profit des légions de devins intéressés à enrichir sans fin le trésor immense et extensible à l'infini du mythe rédempteur.

Certes l'islam contrôle du matin au soir la vie quotidienne de ses fidèles jetés cinq fois par jour et le front dans la poussière, puisque cette religion veille heure par heure au rythme des prières de ses fidèles et à l'alimentation pieusement permise ou interdite aux dévots - pour ne rien dire de la tenue vestimentaire ordonnée au sexe faible sur toute la surface du globe terrestre. Mais il sera à jamais impossible à cette cosmologie de fonder un nationalisme ardent, donc un patriotisme dûment enraciné dans le Coran, faute que le supra nationalisme du sacré et l' ubiquité mentale d'une Révélation lui accordent l'arène du tangible et du saisissable, donc le cirqueentier de la politique et de l'histoire.

8 - La bête disloquée

J'ai dit ailleurs (II - Une anthropologie des apories de la condition historique, 16 octobre) que les religions ritualisées au quotidien sont plus transnationales que les identités linguistiques, donc géographiques, qui finissent toujours par rencontrer l'assiette d'un peuple territorialisé, d'un Etat circonscrit, d'une patrie de topographes. C'est pourquoi le naufrage politique de l'Europe sera linguistique, folklorique et zoologique.

On voit ce qu'apporte à une anthropologie des religions monothéistes ambitieuse de se rendre logicienne la découverte du "chaînon manquant" actuel et de tous les temps. Car s'il y a évolution, il n'y aura jamais que des chaînons intermédiaires, donc des embryons d'humanité mis en route vers l'inaccessible. Il s'agira donc d'articuler le grossissement lent du cerveau simiohumain actuel avec une histoire en profondeur des sciences humaines. Cette histoire ira des australopithèques jusqu'au débarquement tout récent de l'infini dans l'anthropologie religieuse enfin greffée sur l'évolution du mammifère locuteur.

Le surgissement du mystère de l'espace-temps permet de donner à l'humanisme du IIIe millénaire une assise anthropologique branchée d'avance sur l'évolution cérébrale de la bête disloquée. La problématique chargée de rendre intelligible, donc déchiffrable, un animal déhanché entre sa charpente et le vide impose des paramètres transtemporels à l'interprétation scientifique de l'évolutionnisme, et cela tout simplement parce que l'infini et le temps sont les coordonnées anthropologiques et les nouveaux interlocuteurs trans temporels de la science expérimentale. (voir III - Les logiciens de la nuit, 23 octobre 2015)

Le 30 octobre 2015

aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr