060523 4 min

improviser des règles dans l'urgence

Vous pourrez rire, vous moquer,
mais c'est ce qui va arriver à la société dans peu de temps.

Quand la tornade s'est abattue sur le sud-Ouest des Etats-unis, les règles et les lois restaient les mêmes, malgré que le contexte venait subitement de changer : toutes les maisons détruites, des épidémies, manque d'eau, de nourriture.
Les policiers avaient pour ordre de tuer les voleurs, mais ils s'y refusaient.
Ils étaient bien plus occupés à s'assurer eux-même leur propre ravitaillement, de façon anarchique.

Dans le cas d'un brutal retour à ce qu'on peut appeler "une société tribale" (et même moins), ce sont les règles de société "par défaut", celles qui sont logées dans notre ADN, qui prennent le dessus.
Dans ce cas, toutes les injustices résolues progressivement pas la "civilisation" sont (elles aussi!) bannies.

Et justement, l'exercice qui consiste à créer de toutes pièces un système alternatif, ne peut-il démarrer de ce point-là ?
Et d'ailleurs, si un tel système semble être au point et prêt à être mis en oeuvre, n'aurait-il pas intérêt en premier à s'appliquer dans une petite communauté, dévastée par la pauvreté et la misère ?

Il y a déjà eu un certain nombre de tentatives de sociétés alternatives, la plupart, ont été un échec.
Les histoires de ces échecs sont très diverses, égoïsme, dérive, mauvaise gestion, sabotage...

L'exercice qui consiste à extraire une synthèse d'un système plus complexe n'est pas sans signification sur l'intelligence de ce système.
Si on ne peut le faire, c'est très parlant.
Dans le sens inverse, un système qui est rudimentaire mais qui fonctionne, qui permet de faire fonctionner ensemble les citoyens en évitant la bousculade et en créant le phénomène de "justice", lui, aura de bien meilleures chances de se complexifier, de se mondialiser.

Et la complexification en elle-même est sujette à une méthode. Elle doit garder comme focus les règles de base qui la compose initialement, et les "transcender", les améliorer, les répliquer dans différents domaines, de sorte à rester toujours aussi évidentes, et qui plus est, à fonctionner ensemble, ne pas être contradictoires les unes avec les autres.

Ceci permet de définir la société où on est comme un amas de règles instinctives, complexifiées d'une manière improvisée.
Que cet ensemble constitue un équilibre passablement satisfaisant est (pour moi) de l'ordre du miracle.

Dès qu'on fait l'exercice de repenser les règles de société, on doit se poser ces question : peut-on extraire des règles de base, sont-elles justes, sont-elles applicables de façon polyvalente, et cette polyvalence ne construit-elle pas de nouvelles injustices ?

Les règles de base de notre système actuel, sont issues des comportements tribaux, où il était essentiel d'accumuler des vivres pour l'hiver puis pour les hivers suivants, d'assurer sa subsistance par l'accumulation des biens, d'où l'importance de la propriété privée, sur laquelle tout se fonde, et en premier lieu l'argent, puis la liberté de contrat.

Mais par une sorte d'inéluctabilité, on a découvert la notion de "flux tendu".
Qu'est-ce que cela vient faire dans cette histoire ?
Le flux-tendu c'est la confiance en le fait que les biens de nécessité primaire seront toujours fournis.
Je pense que c'est en partant d'un tel principe, la confiance en la société et en son fonctionnement, qu'il faut construire le reste.
Ce principe, est apparu avec l'argent, s'il existe c'est grâce à la confiance que les gens ont en l'argent, qu'ils acceptent de monnayer leur travail.

L'histoire, ce serait donc, de ce point de vue, de décaler d'un cran vers le bas cette confiance mutuelle, en la plaçant sur la fourniture des bien de consommation courante, de la nourriture, du logement, de l'éducation, de la médecine, l'argent ne restant qu'une méthode fondée sur cette confiance.
C'est à partir de là qu'il me semble rationnel de fonder un système social.

Qu'il puisse être utilisé "dans l'urgence", sera de toutes manière (il me semble) le contexte de ses premiers pas.