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L'institutionnalisation de la cécité mentale

Même la bonne parole peut souffrir des maux qu'elle combat :
- s'interdire quelquefois des choses qu'on a l'habitude de faire
- oublier ce qu'évoque les conversations auxquelles ont se mêle
- adopter la personnalité / déduire le monde par lesquels ce qui est dit est vrai
permettent de l'opportunité d'explorer des terrains sur lesquels on n'a pas de maîtrise.
Dans la réalité, c'est rare qu'une chose ait à être répétée.
La vérité est créative.

(Car souvent)
La raison devient le nom qu'on donne à une méthode de la raison, qui contrairement à elle, ne peut être universelle.

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En contemplant l'histoire sociale de la Terre un schéma apparaît. Ce qui semble déterminant appartient à des époques de moins en moins espacées, et les sujets de ces articulations historiques sont de plus en plus intellectuels :
- l'invention de l'agriculture (et la sédentarisation)
- l'invention de l'écriture (et des lois, des règlements, et des dettes)
- l'acceptation de constats scientifiques en contradiction avec les apostolats culturels et religieux (et du facteur de temporalité dans le terme de la Vérité)
- l'acceptation du statut de l'Homme, comme ne devant pas subir l'esclavage (et des combats pour la justice)
- l'amour de la science malgré son étrange évolution quantique (la modernité)
- la fulgurance de l'informatique (et l'instantanéité de la connaissance, et aussi des sentences)
- la pro-activité politique (et la critique, légitime et documentée, du Système)

A un moment donné il y a eu un bug dans l'évolution historique.
Des faits intrigants ont empêché un changement de paradigme.
Tous les bienfaits qu'on attribue au capitalisme, la société moderne de l'information et des lumières qui clignotent, ne sont pas tant dus à la méthode permettant les moyens d'agir qu'aux hommes eux-mêmes.
Ce sont eux qui peuvent être fiers de ce qui a été réalisé, et non le fait qu'il ait fallut colonisé, spolié, exterminé pour "donner les moyens" d'évoluer normalement.

La méthode permettant la mise en œuvre des moyens est le système marchant.
C'est le fait de penser en termes marchants qui a forcé les états à s'emparer des terres qu'ils trouvaient opportun de considérer comme inhabitées. Et les peuples rencontrés à ces endroits comme des sauvages qu'il fallait exterminer. Cela a enclenché toute une série désastreuse de conséquences en cascade sur la morale humaine. Le système marchant s'est auto-labellisé / conforté / justifié, dans un élan de vanité, logiquement liée à une cécité mentale, désormais institutionnalisée.
Même la science devait servir le système moyennant une interprétation abusive de l'ordre du dialecte. Ainsi "l'adaptation au milieu" est devenu "la sélection naturelle".

En ce sens ils ont enfreint à nouveau une des lois enseignées par l'Histoire, l'acceptation du constat scientifique face aux apostolats.
C'est à dire que ce n'est pas si facile qu'il y paraît. Le point commun avec l'église de Galilée est que les décideurs y ont leurs propres intérêts. C'est cela, la pierre angulaire des paradigmes : le "ce qui en décide" doit appartenir à la raison, et non à des personnes.

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Le but (du système marchant) n'a jamais été autre que s'approprier les richesses, que sont les ressources naturelles qui peuvent être vendues à des gens qui en feront ce qu'ils veulent.
C'est une forme de démission de la raison. On confie cela "au marché", c'est à dire aux gens qui font comme ils veulent. Et évidemment eux, ne peuvent pas faire comme ils veulent puisqu'ils sont embringués dans un système marchant. Tout comme le furent les conquis embarqués de facto dans ce système.

Au lieu de se remettre en cause ils n'ont eu aucun mal à décimer et mettre en esclavage des peuples entiers. Pourtant il aurait suffit de parler poliment et d'égal à égal, pour avoir l'idée d'ériger le principe de propriété publique et en leur faisant profiter des biens communs, auxquels ils contribueraient.
Personne n'a eu les épaules pour faire plier l'histoire vers la Raison.
Le bénéfice en aurait été plus grand pour tout le monde sauf pour les négociateurs.

Pourtant en observant la rondité de la Terre, l'inanité de l'impérialisme aurait dû apparaître avec vigueur (puisqu'on se mord la queue), mais avec le refus de l'Eglise de reconnaître la découverte de Galilée, on voyait non seulement un refus de réflexion, mais aussi une défense d'intérêts qui ne sont valables qu'au sein du mauvais paradigme.
C'est ainsi qu'ils s'intercalent avec vanité entre les enseignements de Jésus.

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Déjà on se demande pourquoi le fait de cueillir un fruit ne revient pas au même qu'à créer de la monnaie ?
Il n'y a rien de logique, dans le système du commerce, où la valeur des biens dépend du rapport entre leur rareté et leur utilité.
Si on veut être honnêtes, l'utilité d'un bien serait déterminée de façon concertée et concrète, et sa rareté doit être considérée comme un méfait.
La méthode d'un Système honnête doit donc consister à réduire la rareté.

C'est l'abondance qui était promise aux humains s'ils avaient su se concerter, en spécifiant qu'il n'existe pas de propriété privée autre que l'habitat et les biens personnels.
Les pays ne seraient pas des jardins clôturés et concurrents, mais un bien commun dans lequel, après concertation, on peut puiser à volonté toutes les ressources nécessaires, avec la conscience tranquille pour ce qui est de ce qu'on va en faire, et du soin avec lequel a lieu l'extraction des ressources naturelles, puisque ce serait le rôle du Système que de répartir équitablement les richesses, c'est à dire, en substance, de les envoyer là où on en a le plus besoin, là où cela sera profitable pour le plus grand nombre, quel que soit le "pays".

Les questions sur le fonctionnement logistique de ce Système sont mineures. Sur le plan technique, il n'y a aucune limite.
Les biens, les moyens devraient être des Droits, et le Droit devrait être la seule condition à l'attribution des biens et des moyens. (Là où les moyens sont une condition d'accession aux droits).

Si on veut servir en politique, il faut se bouger et y aller. Quoi qu'on veuille faire ou qu'on ait fait de bien dans la vie, on l'a fait de manière proactive, en s'intégrant à un processus. On n'a jamais aimé les hiérarchies qui occultent les buts pour lesquels on travaille. (ça devrait être considéré comme un crime d'envoyer des jeunes gens à la guerre, car ils ne le feraient pas s'ils étaient plus savants et sages).

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Les religieux qui s'intercalent comme un rouage vers un processus divin, comme l'argent qui conditionne la jouissance de ses Droits, procèdent de la même manière que la raison se décline en méthodes figées et fiables.

Quand on confie la raison aux méthodes, le risque d'être déraisonnable est très grand.
C'est une question de confiance ou de foi en les méthodes connues, dont il est question.

De la même manière, les mouvements de désobéissance civile expliquent que "nul n'est sensé ignorer la loi" et que pour ce faire elle doit être raisonnable, compréhensible et justifiable, là où elle a tendance à s'appuyer sur sa force morale dans l'intérêt de ceux qui la promulguent.

Idem pour le système marchant, qui se veut une méthode de civilisation, ayat l'inconvénient de redéfinir la nature humaine d'une façon qualifiable d'immonde, et indigne. Le terrible de cette méthode est qu'elle ne fait pas exprès d'obliger tous les autres rouages à fonctionner comme elle.
Dès lors on se rend compte de l'immensité de la responsabilité d'un Système de société, puisque même la nature humaine est en jeu. Or justement, il faut la préserver. Dès lors donc, c'est ainsi que s'évalue la pertinence d'un système social.

Les Droits de l'Homme n'obligent en rien, ni ne promeuvent le système marchant. Ils énumèrent les résultats par lesquels on peut évaluer le degrés d'humanité d'une société (ou de son évolution). Si on vérifie les articles, on voit que nous n'y sommes pas.

Le terme de l'Organisation (au sens de planification rationnelle) serait un qualificatif bien plus juste au terme de "Système". Au moins cela veut dire quelque chose. Au moins on ne place pas la foi en l'avenir entre les mains d'un marchant, mais d'un précepte de nature scientifique.

Croire que la science va remplacer la raison, comme ceux qui craignent la révolte des robots, c'est oublier que les systèmes, procédures et les lois, le Droit, doivent découler de la raison et non se positionner comme des raisons elles-mêmes.

C'est tout un art philosophique que de savoir créer des raisons. Tandis que c'est facile de les dépouiller de leur substance comme si c'était un consommable.